LEÇON IN
(Résumé)
Le tube digestif (suite).
Sommaire : L’intestin grêle, sa structure. — Le gros intestin, sa structure. — Les' glandes salivaires. — Le foie et la bile. — Le pancréas.
A. Intestin grêle. — C’est la plus longue portion du tube intestinal. Sa longueur est* d’environ 6 à 7 mètres, son diamètre moyen de 3 centimètres. Il commence au pylore et finit à la valvule iléo-cæcale, qui le sépare du gros intestin.
Structure .—Ici encore, on retrouve la triple tunique, musculaire au dehors, avec deux plans de fibres, les unes longitudinales, les autres annulaires ; fibreuse au milieu; muqueuse au dedans. La muqueuse intestinale présente une conformation remarquable ; elle possède des villosités, des valvules et des glandes.
Les villosités sont de très petites saillies d’environ 1 dixième de millimètre, qui hérissent en grand nombre la surface de l’intestin et lui donnent l’aspect du velours; il y en a environ dix millions dans tout l’intestin grêle. Chacune de ces villosités renferme un riche réseau d’artères et de veines, ainsi qu’un réseau lymphatique : ce qui démontre que le rôle des villosités est un rôle d absorption ; elles servent à multiplier, en quelque sorte, la surface intestinale, et leurs vaisseaux, séparés des ali-
ments par une mince membrane, absorbent les sucs
nutritifs.
Les valvules sont des replis de la muqueuse, replis
Fig. 14 — Tube intestinal : d, duodénum; c, rectum; a, valvule iléo-cœcale ; b, appendice vermif'orme, f, intestin grêle.
qui n’occupent pas toute la circonférence du tube, mais seulement les deux tiers ou les trois quarts ; leur bord libre flotte dans l’intestin, dont elles servent aussi à
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augmenter la surface. Leur nombre est d’environ huit à neuf cents.
Les glandes sont extrêmement nombreuses et de plusieurs espèces ; une seule de ces espèces en compte de quarante à cinquante millions ; elles sécrètent le suc intestinal. (Le nombre immense de ces glandes explique que tout ce qui modifie leur activité retentisse aussi gravement sur la santé, et qu’en parti- Fig. 15.'— Glandes de l’intestin, culier l’exagération de
cette activité, dans les diarrhées, cause un si prompt et si profond affaiblissement.)
Disposition. — La première portion de l’intestin grêle, celle qui fait immédiatement suite à l’estomac, a reçu le nom de duodénum; c’est dans cette portion, longue d’environ 20 à 25 centimètres, que viennent s’ouvrir les deux canaux qui apportent l’un la bile et l’autre le sue pancréatique (voyez plus loin). L’intestin grêle est extrêmement flexueux; il se replie sur lui-même, formant une foule de circuits, de circonvolutions, se glissant dans tous les interstices que laissent entre eux les divers organes abdominaux et profitant des moindres vides. Il n’est pas complètement, libre, malgré sa mobilité. Une membrane à la fois très fine et très résistante, le péritoine, l’enveloppe sur tout son trajet, lui formant comme une quatrième tunique, et le rattache solidement à la colonne vertébrale. Mais ce lien est assez lâche pour laisser à l’intestin grêle une grande liberté de mouvements. De là vient que si la paroi abdominale offre quelque point faible, quelque solution de continuité,
l’intestin s’y glisse et fait saillie au dehors (hernies). D’autre part, cette mobilité lui est indispensable pour lui permettre de reculer et de céder la place aux autres organes quand ils sont distendus (l’utérus par le produit de la conception, l’estomac par la digestion, la vessie par l’urine, etc.).
B. Gros intestin. — C’est la partie terminale du tube digestif. Il commence dans la fosse iliaque droite (c’està-dire un peu au-dessous de l’os iliaque), s’élève verticalement, puis, parvenu au niveau du foie, il se coude à angle droit, se dirige horizontalement vers la gauche, se coude une seconde fois, descend verticalement, parvient dans la fosse iliaque, où il décrit une double flexuosité en forme d’S, et, arrivé devant les dernières vertèbres, descend verticalement pour aboutir à l’anus. Il forme donc une sorte de circonférence, ou, si l’on veut, de cadre, entourant la masse des circonvolutions de l’intestin grêle.
Sa longueur totale-est comprise entre l m ,50 et 2 mètres. Son diamètre, comparé à celui de l’intestin grêle, est énorme ; il varie, suivant la portion que l’on considère, entre 5 et 10 centimètres; c’est que le gros intestin n’est pas un canal de passage, comme celui qui le précède, mais bien un réservoir de dépôt, où s’entassent, avant d’être éliminés, les résidus de la digestion.
Sa forme est également différente de celle de l’intestin grêle. Elle n’est pas régulièrement cylindrique, mais elle présente de grosses bosselures, disposées en trois séries parallèles à l’axe de l’intestin. Les fibres musculaires longitudinales, au lieu d’occuper toute la circonférence du tube, comme dans les autres parties de l’appareil digestif, sont ici disposées en trois bandes, qui séparent les séries de bosselures.
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Le gros intestin commence par une sorte de large culde-sac renflé, dans lequel vient s’ouvrir la portion terminale de l’intestin grêle; ce cul-de-sac a reçu le nom de cæcum. Une soupape formée de deux lèvres membraneuses ferme l’orifice de communication des deux intestins : c’est la valvule iléo-cœcale; elle laisse passer les aliments de l’intestin grêle dans le cæcum, mais ne leur permet pas de refluer en sens inverse. La portion ascendante du gros intestin se nomme le côlon ascendant; elle est d’un diamètre considérable ; la portion horizontale a reçu le nom de côlon transverse, tandis que la portion descendante qui lui fait suite s’appelle côlon descendant. L’intestin subit alors une double courbure, qui lui fait prendre le nom d’S iliaque, puis se termine par une portion verticale, le rectum, canal d’un grand diamètre, qui suit la courbure du sacrum, et forme l’extrémité inférieure du tube digestif : un épais anneau musculaire le ferme solidement.
Un peu au-dessous de la valvule iléo-cæcale, vers le fond du cæcum, s’ouvre un petit appendice, mince et long, terminé en cul-de-sac, l’appendice vermiforme : c’est le vestige, .parfaitement inutile chez l’homme, d’un organe digestif important chez beaucoup d’animaux : les aliments passent habituellement devant son orifice sans s’y engager; quand par malheur ils y pénètrent, il n’est pas rare de voir survenir l’inflammation et la perforation de ce dangereux appendice, accidents presque toujours suivis de mort.
La muqueuse du gros intestin, n’étant pas destinée à jouer un rôle important dans les phénomènes d’absorption, diffère essentiellement de celle de 1 intestin grêle . elle est parfaitement lisse et glabre, ne possède ni villosités ni valvules, et ne contient qu’un nombre restreint de
glandes. Néanmoins elle jouit d’un pouvoir absorbant sensible, quoique très faible : elle assimile les particules nutritives qui ont pu échapper à l’action de l’intestin grêle (ce rôle est aisément démontré par l’efficacité des lavements médicamenteux, et même des lavements nutritifs ; la substance du médicament est absorbée, puisqu’elle agit sur le patient ; et les matières nutritives le sont également, puisque l’on peut prolonger la vie de certains malades en leur donnant par cette voie du bouillon, des peptones, etc.). Du reste, le cæcum des herbivores est doué de propriétés absorbantes considérables, et même de propriétés digestives; il constitue, chez ces animaux, un véritable estomac supplémentaire.
C. Annexes du tube digestif. — Trois appareils, tous trois formés de glandes, complètent l’organe de la digestion. Ce sont les glandes salivaires, le foie et le pancréas. Ils exercent sur les aliments des actions purement chimiques, en les imbibant de liquides spéciaux, la salive, la bile, le suc pancréatique. (L’action de ces sucs, ainsi que celle du suc gastrique, sera étudiée dans la leçon suivante.)
a. Glandes salivaires. — Ces glandes sont au nombre de six, trois de chaque côté de la bouche, et elles forment comme une chaîne ininterrompue autour de la mâchoire inférieure. Ce sont : les glandes sublinguales, placées de chaque côté du frein de la langue, dans l’épaisseur du plancher de la bouche; —les glandes sous-m,axillaires, logées en dedans des branches du maxillaire inférieur,— et enfin les glandes parotides, très volumineuses, situées entre l’angle de la mâchoire et l’oreille. Chacune de ces glandes est munie d’un conduit excréteur, par où elle
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déverse dans la bouche le liquide sécrété. La réunion de ces liquides forme la salive.
La salive est un liquide limpide, un peu visqueux, moussant légèrement lorsqu’on l’agite, et d’une densité
Fig. 16. — Les glandes salivaires : 1, parotide ; % glande sublinguale ; 3, glande sous-maxillaire.
un peu supérieure à celle de l’eau : c est du reste de l’eau contenant 1 à 2 pour 100 de matériaux solides. Sa réaction est normalement alcaline ; recueillie chez une personne à jeun, elle peut présenter une acidité relative, mais qui est due uniquement à la décomposition de débris alimentaires restés entre les dents. Le principe actif de
la salive est une matière azotée, qui est une forme tle l’albumine, la ptyaline, et qui possède l’importante propriété de transformer Yamidon en glycose : c’est grâce à cette propriété que la salive intervient dans les phénomènes digestifs. — La quantité de salive sécrétée par vingt-quatre heures peut être approximativement évaluée à 1000 ou 1500 grammes (de 1 litre à 1 litre et demi). Cette sécrétion est continue : il s’écoule toujours assez de salive pour humecter complètement les premières voies digestives. Mais elle n’est pas uniforme ; c’est pendant la mastication que l’écoulement prend toute sa force, tandis qu’il est insensible entre les repas. La réflexion, certaines émotions, augmentent ou paralysent la sécrétion de la salive (se reporter aux leçons sur le système nerveux pour l’explication de ces modifications réflexes) ; ainsi la peur, le saisissement, la timidité dessèchent la bouche. La vue d’un repas appétissant y « fait venir l’eau ».
b. Foie. — Le foie est un organe préposé à la sécrétion de la bile et à la formation du sucre ; il est en outre l’aboutissant de toutes les veines qui viennent de l’intestin et. qui lui apportent les produits de la digestion.—Le foie est le plus volumineux de tous nos viscères : il pèse de 1%,500 à 2 kilogrammes. Il présente une forme très irrégulière, que l’on pourrait comparer à la moitié d’un œuf, obliquement coupé suivant son grand axe, et dont le gros bout serait à droite. Il occupe le flanc droit, c’est-à-dire la partie droite et supérieure de l’abdomen, et s’avance vers la ligne médiane ; il est situé à droite de l’estomac, au-dessous du diaphragme, derrière les sept ou huit dernières côtes droites, qui le protègent contre les violences,extérieures. Il est maintenu dans cette place par des ligaments qui l’attachent aux organes
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voisins, par le péritoine qui le recouvre, et par la masse intestinale, sur laquelle il repose comme sur un coussinet élastique.
Le foie n’est qu’une énorme glande ; ou plutôt il est constitué par la réunion, l’intrication de deux glandes différentes, l’une qui fabrique la bile et la déverse dans l’intestin; l’autre qui élabore une partie des produits
Fig. 17. — Le foie : 1, vésicule biliaire; 2 et 4, canal cholédoque; 9, veine porte; 6, veine cave inférieure.
digestifs, en fait de sucre, et verse ce sucre dans le sang. Il faut se servir du microscope pour démêler, dans le tissu du foie, les éléments de chacune de ces glandes.
La première de ces glandes, la glande biliaire, est munie de deux conduits excréteurs, qui se confondent bientôt pour ne former qu’un canal unique, le canal cholédoque, lequel va s’ouvrir et verser la bile dans la première partie de l’intestin grêle, le duodénum. Sur le trajet du canal cholédoque se trouve une grosse ampoule, la vésicule biliaire, où la bile peut s’accumuler dans les
intervalles de la digestion (c’est la vésicule du fiel des animaux). Le rôle de la bile dans la digestion est encore sujet à discussion. Il paraît probable qu’elle n’y a qu’une action indirecte. Elle n’est versée dans le duodénum que quand les aliments sont déjà loin dans l’intestin. Elle n’agit donc guère sur eux, sinon pour s’opposer à la fermentation putride. Mais elle agit sur la muqueuse de l’intestin; elle favorise la chute de la couche superficielle de cette muqueuse : en effet, cette couche, après avoir servi à la digestion, est en quelque sorte usée, elle se fane, tombe et est entraînée avec les résidus alimentaires; la bile active ce dépouillement, cette desquamation intestinale; elle balaye l’atelier où vient de s’opérer le travail digestif, remet l’intestin à neuf et le prépare pour la digestion prochaine. La bile est un liquide jaunâtre, amer, qui contient environ 5 grammes de matériaux solides pour 100 grammes d’eau; ses matériaux sont des sels de diverse nature, des matières colorantes et un corps gras particulier, la cholestérine, qui est tenu en solution dans la bile; dans certaines maladies la cholestérine se dépose, forme des calculs qui, poussés par le torrent biliaire à travers le canal cholédoque, le déchirent et provoquent d’atroces douleurs (coliques hépatiques). La sécrétion de la bile est continue, mais s’exagère à la fin de chaque digestion ; ce liquide vient s’accumuler, au fur et à mesure de sa formation, dans la vésicule biliaire, où il attend le moment de se déverser dans l’intestin. Lorsqu’un calcul, ou une maladie du foie empêche l’écoulement de la bile, elle passe dans le sang, se répand dans tous les tissus et leur communique sa couleur jaune-vert (jaunisse). On peut évaluer à l ks ,300 le poids de la bile sécrétée par vingt-quatre heures.
La seconde glande a des fondions extrêmement com-
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pliquées, qui furent étudiées et élucidées il y a peu d’années par Claude Bernard, et qui peuvent se résumer ainsi : toutes les veines intestinales aboutissent à un tronc commun, la veine porte, lequel vient se ramifier dans le tissu de cette glande et lui apporte le sang qui a passé par la muqueuse digestive ; ce sang charrie la plus grande partie des matériaux nutritifs absorbés par • l’intestin; la glande opère sur quelques-uns de ces matériaux (féculents ou glucoses) une série de transformations obscures qui aboutissent à la formation du sucre. Le foie est, à cet égard, comme un grand entrepôt organique de sucre : il le fabrique, l’accumule et ne le livre au sang qu’au fur et à mesure des besoins de l’organisme (quand cette fabrication s’exagère, le sucre envahit tous les liquides du corps, l’urine en particulier, et cet excès de matière sucrée constitue le diabète).
Ainsi le foie est un organe unique, formé par la juxtaposition de deux appareils très différents. Le premier de ces appareils intervient seul dans l’acte de la digestion; il sécrète un liquide qui met la muqueuse de l’intestin en état de fournir une nouvelle besogne : c’est Yappareil biliaire. Le second opère, sur les produits absorbés, une modification chimique et les métamorphose en sucre : c’est Yappareil glycogène.
c. Pancréas. — L’organe de ce nom est une longue glande, dirigée horizontalement, dont la forme pourrait se comparer à celle d’une langue de chien, et qui est située derrière l’estomac; sa grosse extrémité est tournée vers le duodénum, auquel elle s’attache. Sa longueur est de 18 à 20 centimètres, sa hauteur de 4 centimètres, sa largeur de 1 à 2 centimètres. Le conduit excréteur de cette glande, ou canal pancréatique, va se jeter dans le duodénum, tout à côté de l’embouchure du
canal cholédoque. La bile et le sucre pancréatique coulent ainsi dans le duodénum par deux orifices placés côte à côte.
Le suc pancréatique est un liquide que ses propriétés et sa composition, rapprochent singulièrement de la salive. On lui a souvent donné le nom de salive abdominale.
En effet, comme la salive, il possède la propriété de faire passer Yamidon à l’état de glycose. Il la doit à une substance azotée, la pancréatine, qui est l’analogue de la ptyaline de la salive. Sa réaction est alcaline ; à ce titre, il sert à neutraliser la réaction acide que les aliments présentent au sortir de l’estomac. En outre, il paraît Fig. 18. — a, a, duodénum. exercer sur les graisses une b, c, d, pancréas. action émulsionnante, c’est-
à-dire qu’il les réduit en gouttelettes extrêmement fines, et les met ainsi en état de passer dans les vaisseaux et d’être absorbées. Mais sa grande fonction est d’achever dans l’intestin l’œuvre que la salive a commencée dès la bouche, c’est-à-dire la métamorphose des féculents en sucre.