C. Déglutition. - Quand la bouchée alimentaire est
suffisamment broyée et mêlée de liquide, la langue, promenée le long des dents et contre les joues, la rassemble de tous côtés en une petite masse demi-liquide, qu elle charge, en quelque sorte, sur son dos ; puis, appliquant sa pointe à la voûte palatine, la langue forme un plan incliné en arrière vers le pharynx, et se pressant contre le palais, elle force ainsi la petite pelote à progresser d’avant en arrière, et l’amène jusqu’à l’isthme du gosier.
Au moment où la bouchée alimentaire franchit, cet isthme, le pharynx s’en empare en vertu d’un mécanisme connu sous le nom de mouvement péristaltique, et sur lequel il faut insister, parce qu’on le retrouve toujours le même depuis l’entrée jusqu’à la sortie du tube digestif et qu’il est la seule cause de la progression des aliments dans tout leur trajet. Nous avons dit que la tunique musculaire du tube digestif est formée de deux plans de fibres, les unes circulaires, en forme d’anneaux, les autres longitudinales, parallèles à l’axe du canal. Au moment où le bol alimentaire approche, les fibres longitudinales se contractent, se raccourcissent et portent la partie inférieure du tube au-devant de la bouchée ; les fibres circulaires se resserrent alors sur. les aliments, les saisissent, et, en revenant à leur place, les entraînent avec elles. Une nouvelle contraction des fibres longitudinales amène alors sur la bouchée des fibres circulaires situées plus bas, qui la font descendre d’un second degré ; et ainsi de suite, les anneaux musculaires se la renvoyant successivement, la bouchée avance par soubresauts d’un bout du tube à l’autre. Un ver qui rampe donne une idée fidèle de ce mécanisme.
C’est là précisément ce qui se passe dans la déglutition. Les fibres longitudinales du pharynx se raccourcissent ; le pharynx remonte, se porte à la rencontre de
la masse que. lui présente la langue, s’en saisit et 1 entraîne en redescendant.
Pour que ce mouvement s’opère sans encombre, il faut qu’aucune parcelle alimentaire ne puisse ni refluer dans les fosses nasales, ni couler vers le larynx. Aussi ces deux ouvertures se ferment-elles spontanément au moment de la déglutition. L’orifice des fosses nasales se ferme parle rapprochement de ses bords latéraux, qui viennent audevant l’un de l’autre, comme les rideaux d’une fenêtre : sur leur ligne de rencontre, la luette vient s’appliquer exactement, et cette languette charnue complète l’obturation hermétique. Quant à l’ouverture laryngée, elle se réfugie, en quelque sorte, sous la base de la langue, et, pour plus de sûreté, Y épiglotte vient se rabattre sur le trou béant et le recouvre. Lorsque par hasard, au moment de la déglutition, l’on vient à émettre quelque son, et que l’épiglotte est forcée de découvrir le larynx pour livrer passage à l’air, il peut arriver que des particules alimentaires tombent, au passage, dans l’orifice respiratoire * cet accident survient quand, au moment d’avaler, on se met à rire, ou à parler, et c’est là ce qu’on appelle avaler de travers. La toux convulsive qui éclate alors est l’effort désespéré de l’appareil respiratoire pour chasser le fragment alimentaire.
Le mouvement de la déglutition n’est pas soumis à Fem- , pire de la volonté. C’est l’un des plus brillants exemples des mouvements involontaires, ou mouvements réflexes (le maître réservera l’explication de ce genre de mouvements pour les leçons finales, qui traiteront de§ fonctions nerveuses ; il se bornera ici à décrire rapidement le phénomène sans l’expliquer). Le point de départ de ce mouvement est la sensation des aliments au contact de la muqueuse de l’isthme du gosier; cette sensation amène
automatiquement les contractions musculaires dont la succession constitue l’acte d’avaler. Il est parfaitement impossible d’avaler par l’action de la seule volonté. Quand nous croyons avaler à vide, nous ne faisons qu’envoyer vers le pharynx un peu de salive, qui, dès qu elle touche le gosier, provoque le réflexe de la déglutition. Depuis l’isthme du gosier, jusqu’à leur sortie de l’organisme, les aliments cessent de nous appartenir et sont la proie de mouvements de ce genre, auxquels la volonté n’a nulle part, qu’elle ne peut ni hâter ni enrayer *.
Une fois engagée dans l’œsophage, la bouchée alimentaire progresse en vertu du mécanisme des contractions péristaltiques et arrive dans l’estomac.
D. Digestion stomacale. — A son arrivée dans, la poche stomacale, le bol alimentaire se trouve soumis à deux actions simultanées, l’une mécanique, l’autre chimique.
Action mécanique. — La paroi musculaire de l’estomac de l’homme est trèsmince, faible, comparée à celle de certains animaux (des oiseaux, par exemple, dont l’estomac peut tordre et pétrir des balles de plomb). Elle ne peut rien pour broyer les aliments, s’ils n’ont pas été suffisamment mâchés. Elle ne fait que les promener lentement, par des contractions très lentes et très douces, tout le long de la poche stomacale, de façon à les mélanger et à les remuer sans cesse. Il résulte de ces mouvements un fait remarquable : les aliments solides se rangent et s’entassent à la périphérie, laissant au centre un espace vide, par où les liquides, l’eau par exemple,
1. On a cité quelques exceptions. Certains individus, fort rares, possèdent le pouvoir de faire remonter les aliments de leur estomac jusqu’à leur bouche. On a décrit quelques-uns de ces cas sous le nom de rumination humaine.
s’échappent et passent directement dans l’intestin. Les muscles de l’estomac sont trop faibles pour agir efficacement dans le vomissement : ce sont les muscles de 1 abdomen qui pressent alors le réservoir stomacal et forcent les aliments à s’échapper par la seule issue qui^ leur soit ouverte, le cardia, et à rétrograder vers 1 œsophage.
Action chimique. — Cette action est due au suc gastrique. Le suc gastrique n’est pas sécrété d’une façon continue ; il l’est seulement au moment de l’arrivée des aliments, et encore faut-il pour cela que ces aliments soient de ceux qui ont à subir l’action de ce suc, c’est-àdire des albuminoïdes. La sensation particulière de ces substances sur la muqueuse de l’estomac amène immédiatement, par action réflexe, .l'écoulement d une grande quantité de ce liquide.
Le principe actif du suc gastrique est un ferment, une substance azotée, analogue à la ptvaline, et qui a reçu le nom de pepsine. La pepsine est l’agent de la digestion stomacale ; c’est elle qui digère les albuminoïdes. Mais elle n’agit sur eux qu’en présence d’un acide -, aussi le suc gastrique contient-il une petite quantité d acide, chlorhydrique, selon les uns, lactique, selon les autres. En.présence de cet acide, la pepsine attaque violemment les albumines et leur fait subir une série de modifications qui les réduit à un état de dissolution tout particulier ; dans cet état, elles ne sont plus précipitables par les acides, elles ne sont plus coagulables par la chaleur ; celles qui étaient coagulées deviennent liquides, celles qui étaient liquides deviennent transparentes et aqueuses ; on appelle ces matières transformées des peptones. La peptone est un liquide parfaitement absorbable, prêt a passer dans les vaisseaux sanguins, et qui est la der-
nière modification des albuminoïdes (viandes, œufs, etc.) par les forces digestives.
C’est là toute la digestion stomacale, car le suc gastrique respecte les fécules et les graisses. Toutefois l’action de la salive sur les fécules continue dans l’intérieur de l’estomac, et le contenu de cet organe est une bouillie grisâtre, que l’on appelait autrefois le chyme, et qui n’est autre chose qu’un mélange de peptones digérées, de fécules en voie de se changer en sucre, et de graisses divisées en petites goutelettes.
La digestion des albumines, c’est-à-dire leur métamorphose en peptones assimilables, est plus ou moins laborieuse, suivant la nature ou le mode de préparation des aliments. Ainsi le blanc d’œuf se digère bien plus vite cru que cuit ; de même la digestion de la viande est plus rapide quand elle est crue ou incomplètement cuite, que lorsqu’elle est desséchée par la cuisson.
L’estomac absorbe-t-il? On a encore quelques doutes sur ce point ; cependant il paraît à peu près certain qu’il n’exerce aucune fonction absorbante. Ainsi un cheval dont on a lié le pylore peut garder dans son estomac d’énormes quantités d’un poison foudroyant, la strychnine, sans être empoisonné. Ainsi encore un homme dont une maladie a obstrué le pylore continue à souffrir de la soif, alors même qu’il remplit d’eau son estomac : lui donne-t-on l’eau en lavement, elle est absorbée par l’intestin et la soif disparaît. L’estomac est donc une portion exclusivement digestive de l’appareil alimentaire.
E. Digestion intestinale. — Les, aliments arrivent dans le duodénum par ondées successives, à mesure qu’ils ont subi l’action du suc gastrique, et commencent leur voyage dans l’intestin grêle. Ils se trouvent, dans ce trajet, soumis à un mélange de deux liquides, le liquide
intestinal , produit de la sécrétion de toutes les glandes de la muqueuse de l’intestin, et le suc pancréatique.
Le suc intestinal n’a d’action digestive sur aucune des trois sortes d’aliments, albumines, fécules, ni graisses. Il sert uniquement à délayer le bol alimentaire et à en faciliter les mouvements.
Au contraire, le suc pancréatique à une énergique action digestive sur les trois genres d’aliments. Il achève, sur les féculents, l’œuvre commencée par la salive, et complète leur transformation en sucre. Il agit sur les albumines et les métamorphose directement en peptones assimilables. Enfin il émulsionne les graisses, c’est-àdire qu’il les amène à l’état de gouttelettes excessivement ténues, assez fines pour filtrer à travers la membrane intestinale et passer dans les vaisseaux sanguins ou lymphatiques chargés de les absorber.
Quant à la bile, nous avons vu que son rôle n’avait rien de commun avec les phénomènes digestifs proprement dits, et qu’il concernait plutôt le mécanisme de l’absorption, sur lequel nous reviendrons ultérieurement.
A mesure qu’ils s’avancent à travers l’intestin grêle, les aliments ralentissent leur vitesse ; ce ralentissement tient à ce que leur consistance augmente, les parties liquides étant absorbées au fur et à mesure. Il vient un moment où tout ce qui est assimilable a passé de l-’intestin dans les vaisseaux, et où il ne reste plus dans le canal digestif que les parties inaptes à la nutrition, qui viennent s’entasser dans le gros intestin, en attendant le moment où elles seront expulsées de l’organisme.
leçon VI
(Modèle de leçon)
L’appareil respiratoire. La respiration.
Sommaire.
Respiration, nécessité de l’oxvgène. »«””» > **» s " rl “‘ d “ le milieu atmosphérique. ,
1» Armnreil respiratoire. Comme quoi cet appareil est necessaire aux Arbre respiratoire: trachée, hrotches, res,.
Cagelhoraeique : colonne vertébrale, sternum, cétes, mnseles inter-
plèvre^Description^des" deux feuiüets de la plèvre. Cavité pleurale. tom.3“è„e,end 1. poumon solidaire de la cage thoracique. Rôle de la pression atmosphérique.
2» Oscillation du thorax. Inspiration et expiration : mouvements du diaphragme. *
ffg 1 '£ ”,fmo”. aSl Quantité de Pair qui entre et sort à chaque mouvement respiratoire ; nombre de ces *
par minute. Chiffre de la quantité d’air respire par vingt-quatre
SoSrttiire. Sanglot. Bâillement. Toux. Effort.
.. . phénom ènes chimiques. Arbre sanguin parallèle à l’arbre resp, XTKatl capillaire. Étendue de 1. surface pulmonarre, e,
„é‘“d»e d«■»combustion. Ox,dation du carbone et do 0 ra?d3»« a‘» de produire de la chaleur et du mouvement. For-
Bèb’i 0 » stïr il siuqde’véhiculefta vésicule pulmonaire
Q„f;:^ é SS.«”“.ur siège, non „s poumons, mais «de Paçid, carbonique expiré. Asphyxi.e : triple mécanisme de 1 asphyxie.
GO
Messieurs,
Nous avons vu, dès notre première leçon, que la préprésence de l’oxygène est l’une des conditions fondamentales de la vie des cellules, quel que soit l’être vivant que l’on étudie, animal ou végétal. Ce gaz est donc indispensable à la vie, sous quelque forme qu’elle se manifeste, et il l’est en particulier à la vie humaine. Nous avons dit également, en traitant la question des aliments, que l’homme puise de l’oxygène dans la plupart des substances dont il senourrit ; mais ce n’est là qu’une source très secondairedê l’approvisionnement organique d’oxygène ; la plusgrande partie de ce gaz est fournie à l’homme par l’air atmos phérique , au sein duquel il le puise sans cesse au moyen d’un appareil spécial et compliqué, Y appareil respiratoire. L’homme a donc besoin d’air pour vivre : il ne peut vivre que s’il respire, c’est-à-dire s’il se ravitaille incessamment d’oxygène au sein du milieu aérien. De là vient que tout autre milieu, l’eau par exemple, ou tel ou tel gaz autre que l’air, est impropre à la vie, et amène promptement la mort par asphyxie, c’est-à-dire par défaut d’oxygène. Nous pouvons, à la rigueur, nous passer d’aliments pendant un temps relativement fort long: l’organisme peut supporter l’inanition des journées et même des semaines entières avant que la mort ne se produise. Mais il nous est impossible d’interrompre notre respiration au delà de quelques minutes, sans interrompre du même coup notre vie elle-même. L’existence de l’être vivant en général, et de l’homme en particulier, est donc suspendue à cette condition indispensable : la présence de l’air et d’un air suffisamment riche en oxygène; que cette condition vienne à manquer, soit que l’organisme ne baigne plus dans le milieu aérien, soit que ce milieu ait perdu sa richesse normale, soit encore que l’appareil respiratoire fonctionne mal, et l’on verra inva-
LA RESPIRATION
riableraent la vie s’arrêter avec une rapidité foudroyante. Ce fait, Messieurs, domine toute la physiologie et aussi toute l’hygiène, et j’y insiste à dessein, pour ne laisser à cet égard aucune obscurité dans vos esprits.
Avant d’étudier le phénomène physiologiqu e de la respiration, il convient de connaître, ensesdiverses parties, l’appareil même à l’aide duquel il s’opère, et le jeu mécanique de cet appareil. Nous diviserons doncnQtreetude en trois parti es disti nctes. Dans la première, nous exarrnnêrônsTaTdisposition des organes respiratoires; dans la seconde, nous en exposerons le mécanisme ; enfin la troisième sera consacrée aux phénomènes j Jjjjmqug^
de la respiration.
Les organes respiratoires ne se retrouvent pas, Messieurs, chez tous les animaux. Les êtres rudimentaires, placés au plus bas degré de l’échelle zoologique et constitués par une seule cellule ou par quelques cellules seulement, plongent directement dans l’air, et, des lors, ils peuvent directement aussi, sans nul besoin d’un appareil spécial, y puiser l’oxygène nécessaire à leur vie. Mais dans l’animal supérieur en général, et dans 1 homme en particulier, les cellules superficielles de la peau sont seules au contact de l’air, tout le reste de la masse vivante en est éloigné et n’a aucun rapport direct avec ce fluide. Aussi la nature est-elle contrainte de recourir à des artifices particuliers pour amener l’oxygène de l’air a pénétrer au sein de l’organisme, à jy circuler et a s y distribuer à tous les tissus, aussi bien à ceux qui occupent la profondeur du corps qu’à ceux qui en forment la superficie.l/ies artifices^e,xéduisent à deux :de premier,- c est 'rinlroduction de l’air dans une cavité du corps, qui se \ nomme l’appareil respiratoire ; le second consiste a lancer sans cesse à travers cet appareil un liquide particulier Me sang, lequel s’y trouve en contact avec 1 air, lui dérobé son oxygène et, circulant ensuite à travers toutes les parties de l’organisme, leur distribue ce gaz indispensable.
De la sorte, nos tissus, s’ils ne baignent pas dans l’air, baignent cependant dans un liquide chargé d’oxygène et au sein duquel ils puisent les éléments de leur vie. Le sang est, selon la remarquable expression de notre grand
Claude Bernard, un « milieu intérieur » où vivent nos cellules.
Quelle est la disposition de l’appareil respiratoire? Cet appareil, Messieurs, se compose d’un canal unique, la trachée, qui s’ouvre à l’air par deux ouvertures, le nez et la bouche, et qui aboutit à une double et vaste cavité, les deux “poumons logés avec le cœur dans la cage thoracique. Figurez-vous les poumons comme un grand réser-
LA RESPIRATION. C3
voir auquel l’air arriverait par uu tube toujours ouvert. Mais j’aime mieux me servir d’une comparaison plus frappante. Figurez-vous l’appareil pulmonaire tout entier comme un arbre, Varbre respiratoire ; la trachée, c est le tronc de l’arbre; à peine entré dans la poitrine, ce tronc se partage en deux maîtresses branches, les deux
Fig. 20. — A, lobule pulmonaire (grossi); B, le même de grandeur naturelle: V, extrémité terminale de la bronche; 2, vésicules pulmonaires ; 3,’ tissu cellulaire soutenant les vésicules.
grosses bronches, dont chacune va donner naissance à un poumon. En effet, cette grosse bronche se divise (ou, comme on dit en botanique, se dicotomise ) en deux bronches plus petites, chacune de celles-ci en deux autres plus petites encore, et ainsi de suite, jusqu’à ce que, de division en division, les bronches soient devenues à la fois extrêmement nombreuses et extrêmement ténues, exactement comme les grosses branches d’un arbre se ramifient à l’infini et forment une multitude de menues
branchettes. Chacune de ces bronches fines se termine parmi cul-de-sac renflé, une sorte de sphère creuse qui se nomme la vésicu le pulmonaire / Les vésicules pulmonaires sont cômmèTês feuilles cfe 1 arbre respiratoire.
Le poumon n’est autre chose que la réunion de toutes les fines ramifications bronchiques, portant chacune sa vésicule. Vous comprenez, dès lors, aisément que l’air qui entre dans la trachée par la bouche ou par le nez, pénètre ensuite de bronche en bronche jusqu’à la vésicule pulmonaire.
Les poumons, avons-nous dit, occupent la cage thoracique. Vous vous rappelez la structure de cette cage : vous savez qu’elle est formée, en quelque sorte, de deux montants, l’épine dorsale en arrière, le sternum en avant, et de vingt-quatre barreaux arqués, les côtes qui s’attachenféïTarmî^^ et viennent en avant
aboutir au sternum (à l’exception des fausses côtes, qui s’arrêtent avant de joindre cet os). Vous n’avez pas oublie que la forme générale du thorax est celle d’un cône a base inférieure. L’intervalle qui sépare les côtes, l’une de l’autre est fermé, rempli par une double^ couche de muscles, les muscles intercostaux q ui vont d’une côte à l’autre et les rendent toutes solidaires. En outre, le fond de la cage, la base du cône est fermée par un énorme muscle plat, le diaphra gme, l equel s’attache à tout le bord inférieur du thorax, c’est-à-dire aux dermeres cotes, aux vertèbres et au sternum, et transforme ce cône en une véritable cavité close de toutes parts, excepte toutefois à son sommet; par l’ouverture du sommet pénétré la trachée, qui s’épanouit et forme la masse des pou-
Les poumons, Messieurs, logés dans cette cavité dont les parois sont osseuses et dont le fond est musculaire, l’occupent tout entière (sauf toutefois la place necessaire pour le cœur). Mais le point important sur lequel j appelle toute votre attention, c’est que le poumon n’est pas
LA RESPIRATION
gn contact j>mméd iaJLavec les p arois thoraciques ; il en est séparé par hjrtèure^
Qu’est-ce que la plèvre? C’est une mince membrane partout continue avec elle-même, mais formée de deux feuillets distincts qui enveloppent tout le poumon et tapissent toute la cage thoracique. Je vais me servir ici d’une comparaison qui vous paraîtra peut-être quelque peu triviale, mais qui n’en est pas moins juste et qui vous fera mieux saisir ma pensée. Prenez un bonnet de coton, un de ces vulgaires bonnets de nuit formés, comme on dit, de deux doubles. Enfoncez-le sur votre tête, et enfoncez, par-dessus, votre chapeau. Votre tête, c’est le poumon ; votre chapeau, c’est la cage thoracique; le bonnet de nuit, c’est la plèvre. Observez seulement que le feuillet qui tapisse le poumon s’y attache solidement en tous ses points, de même que celui qui tapisse le thorax adhère étroitement aux parois de la cage; mais les deux feuillets n’adhèrent pas entre eux, ils sont indépendants l’un de l’autre ; ils peuvent jouer, glisser, l’un sur l’autre. Ils le peuvent d’autant mieux, que la plèvre est une membrane dite séreuse, imperméable, mais parfaitement lisse et .toujours lubréfîée par une humidité constante. J’insiste, Messieurs, sur ce mode d’union du poumon et du thorax, parce qu’il est la clef du mi&ardsmÆ jespira t oire, c omme vous allez le voir dans un instant. Retenez donc bien ce fait, que le poumon est séparé du thorax, ou, si vous voulez, est uni au thorax par une membrane formée de deux feuillets distincts, l’un adhérent au poumon, l’autre adhérent au thorax. Comprenez bien surtout comment la plèvre est partout contenue avec elle-même, n’offre nulle part la moindre ouverture. Entre les deux feuillets de la plèvre, bien qu’ils ne soient pas unis l’un à l’autre, il n’y a donc qu’une cavité virtuelle, car cette cavité, est vide d’air, et dès lors les deux feuillets s’appliquent partout l’un sur l’autre, ne laissant entre eux aucun espace libre. On peut donc résumer celte explication en disant que le
PÉCAtJT. — Anatomie. 5
poumon est séparé du thorax par une cavité.jvide d’air.
Or, Messieurs, l’air est dans le poumon, il le pénètre dans tous ses canaux, il en occupe toutes les vésicules. Par conséquent, ainsi que vos connaissances en physique vous permettent de le deviner, cet air, en vertu de la seule pression, appliquera sans cesse le poumon contre les parois du thorax, le rivera, pour ainsi dire, à ces parois, le forcera de les suivre en tous leurs mouvements.
C’est même là, Messieurs, qu’est le secret de la distension du poumon ; c’est ainsi seulement que s’explique le fait que bronches et lobules restent toujours ouverts, libres, béants, permettant la constante circulation du fluide aérien. Le poumon, en effet, est formé d’un tissu trèsj ortement élastique ; s’il pouvait obéir à son élasticité naturelle, il se rétracterait, se réduirait à un tout petit volume, effaçant le calibre des bronches et la cavité des lobules. Mais il n’est pas libre de se rétracter; le vide existe tout autour de lui, entre les deux feuillets de la plèvre, et l’air, qui a pénétré dans les bronches à la tension atmosphérique, surmonte aisément la résistance élastique du tissu pulmonaire, le distend et l’applique fortement, invariablement aux parois de la cage. En voulez-vous une preuve? Quand une plaie, un coup de couteau, par exemple, a ouvert la cavité pleurale, l’air s’y précipite aussitôt, fait équilibre à l’air contenu dans le poumon, et cet organe, soudainement libre d’obéir à ses propriétés élastiques, se rétracte et se réfugie comme une grosse boule vers le haut de la poitrine. Le blessé se trouve tout à coup privé de l’usage d’un de ses poumons, et il tombe dans un état d’oppression haletante qui peut le mener à la mort. De même, si l’on examine"! les poumons d’un enfant qui n’a pas encore respiré, on J les trouve durs, revenus sur eux-mêmes, n’occupant/ qu’une toute petite place vers la colonne vertébrale. Mais' aux premières inspirations, l’air entre dans le tissu de l’organe, le distend peu à peu et le force à occuper toute
LA RESPIRATION
la capacité thoracique. Ainsi le poumon, .qu’aucun lien matériel n’attache aux parois du thorax, leur est cependant indissolublement relié par une force considérable, la pression atmosphérique. Voici la 'Seconde fois, si vous recueillez vos souvenirs, que nous constatons le rôle capital de cette force dans le mécanisme physiologique. La première fois, nous l’avons vue contribuer puissamment à la solidité de nos articulations. Aujourd’hui, nous la trouvons à la base du phénomène respiratoire. C’est là un exemple bien propre à vous montrer que la nature n’emploie pas, dans le monde de la vie, d’autres procédés que ceux que vous avez étudiés dans le monde inorganique : son oeuvre est la même partout.
Nous pouvons maintenant, Messieurs, aborder l’étude du mécanisme à l’aide duquel l’air s’int roduit dans le poumon pour y vivifier le sang, et en sort quand il a cédé son oxygène.
Les côtes, vous le savez, sont mobiles sur la colonne vertébrale ; ces arcs osseux peuvent, soit incliner leur extrémité antérieure vers la terre, se rapprochant ainsi de la colonne, soit, au contraire, se relever horizontalement en s’écartant du rachis. Ce n’est, pas tout : le plan de leur courbure peut varier en ce sens que leur convexité peut se porter en dehors, au moment où leur extrémité antérieure se porte en haut. Remarquez ce double mouvement : il a un résultat unique, l’augmentation de la capacité du thorax. En effet, quand les côtes se relèvent, le diamètre antéro-postérieur de la poitrine (c’est-à-dire la distance entre l’épine dorsale et le sternum) s’allonge notablement, et, comme en même temps les courbures des côtes se portent en dehors, le diamètre transversal (c’est-à-dire la distance qui sépare l’une de l’autre deux côtes symétriques) s’allonge aussi d’une quantité proportionnelle.
Il suffit donc, pour accroître la capacité du thorax,
que les côtes, d’obliques qu’elles étaient, deviennent horizontales, et que leur convexité se redresse également et se dirige eif dehors. Inversement, il suffit, pour diminuer la capacité’ du réservoir aérien, que les côtes retombent à leur place primitive.
Ces deux mouvements des arcs costaux sont produits par deux groupes de muscles. Le premier groupe, qui prend son point d’appui sur les vertèbres ou sur les os de l’épaule, est composé par les muscles inspirateurs ; il relève les côtes. Le second, qui prend son attache, fixe sur les vertèbres inférieures ou sur les os du bassin, abaisse les côtes et comprend les muscles expirateurs. Nous verrons dans une leçon prochaine quel est au juste le mécanisme de l’action musculaire. En attendant, figurez-vous ces muscles comme autant de cordages contractiles, attachés par un de leurs bouts aux côtes, et par l’autre bout allant s’accrocher, les uns aux os de l’épaule et aux vertèbres supérieures, les autres au bassin : il est clair que si les premiers se contractent, c’est-à-dire se raccourcissent, ils soulèveront les côtes et dilateront le thorax; que, d’autre part, quand les seconds se contracteront, ils abaisseront les côtes et rétréciront la cavité thoracique.
Ce n’est pas tout, Messieurs. Le fond de cette cavité est, nous l’avons vu, formé par un muscle plat, qui s’insère sur tout le pourtour inférieur du thorax. Quand ce muscle est détendu, il se laisse bomber par les organes ^de l’abdomen (foie, estomac, intestins); il forme une voûte qui fait saillie dans le thorax et en diminue d’autant la capacité. Au contraire, dès qu’il se contracte, il se raidit, refoule les organes de l’abdomen, perd sa forme bombée pour ne former qu’une surface plane, et, par conséquent, agrandit ainsi la poitrine. Le jeu du diaphragme concorde avec celui des côtes : quand celles-ci remontent pour dilater le thorax, le diaphragme se contracte et contribue puissamment à cette dilatation en
LA RESPIRATION
allongeant le diamètre vertical de la poitrine; quand elles redescendent, il se laisse distendre et ballonner par les viscères abdominaux, et concourt ainsi à diminuer la capacité du réservoir respiratoire.
Ainsi, Messieurs, la poitrine se dilate et se contracte par l’allongement et par le raccourcissement de ces trois diamètres à la fois. Le mouvement de dilatation s’appelle inspiration; celui de contraction se nomme expiration.
Si maintenant vous rapprochez l’observation de ce double mouvement de ce que nous avons dit des fonctions de la plèvre, il vous est aisé de concevoir comment le poumon est contraint de subir et de suivre les variations de volume de la capacité thoracique, comment il se dilate avec elle et se rétracte avec elle. Vous pouvez dès à présent comparer la machine respiratoire à un véritable soufflet, mais à un soufflet qui aspirerait et rendrait l’air par C, abdomen.
la même canule. Que le thorax s’amplifie et le soufflet s’ouvre à l’air qui s’y précipite. Quand vient l’instant de la contraction thoracique, le soufflet se ferme et expulse l’air. Sans empiéter ici sur une leçon ultérieure, il esl bon de vous signaler en passant la nature réflexe des mouvements respiratoires. Vous vous souvenez de ce que nous avons dit, à ce sujet, de la déglutition : ici
encore vous trouvez ce mode automatique, involontaire, de mouvement. La nature semble avoir voulu soustraire à la volonté, c’est-à-dire aux intermittences de la volonté, aux distractions, la direction d’un phénomène dont rien ne doit, sous peine de mort, troubler le régulier accomplissement.
Quelle est, Messieurs, la quantité d’air qui entre et sort dans nos poumons à chaque oscillation respiratoire? 11 est évident que cette quantité varie suivant l’amplitude de l’oscillation, suivant que l’on respire, comme on dit, plus ou moins profondément. La capacité totale du réservoir pulmonaire peut être évaluée à quatre litres et demi environ ; mais, quand on fait la plus grande expiration possible, il reste toujours 1 litre et demi d’air qui ne peut en aucune façon être chassé: ce que vous concevrez aisément, puisque nous avons établi que le poumon ne peut pas obéir entièrement à son élasticité et revenir tout à fait sur lui-même. La différence entre le chiffre de cet air résidual et celui de la capacité totale des poumons donne le chiffre de l’air que l’on peut successivement appeler dans la poitrine et en chasser. Vous voyez que ce chiffre est environ de 3 litres. Mais ceci n’exprime que le résultat d’une respiration au maximum de profondeur : dans la réalité, quand nous respirons normalement, paisiblement, on a constaté qu’un demi-litre d’airjt seulement entre et sort à chaque oscillation du thorax.
Quelle est maintenant la fréquence de ces oscillations? Elle est plus grande chez l’enfant que dans l’âge adulte. En général, on peut dire qu’un homme normalement conformé respire quatorze à seize fois par minut e, ce qui porte environ à^vin^TnïïlIë’TèVîoriïï^ d’inspirations par vingt-quatre heures, soit à l O 000 litres la quantité d’air respiré par jour. Ainsî^messieurs, 10 mètres cubes d’air circulent par vingt-quatre heures dans nos poumons.
LA RESPIRATION
Avant d’aborder l’étude des phénomènes chimiques de la respiration, et pour terminer ce qui a trait au mécanisme des oscillations pulmonaires, il nous reste à dire quelques mots de certaines variations spéciales de ce rythme respiratoire.
Le soupir n’est autre chose qu’une vaste et profonde inspiration, qui introduit lentement une grande quantité d’air dans les poumons. Il se produit sous l’influence de certaines émotions morales ou simplement quand le travail respiratoire s’opère trop lentement.
Le rire est une expiration décomposée en plusieurs saccades successives et qui résulte de contractions convulsives du diaphragme. Le sanglot est également produit par une expiration saccadée et convulsive. Le bâillement est une inspiration aussi profonde que possible, suivie d’une expiration lente et accompagnée d’une contraction spasmodique, d’une sorte de crampe des muscles de la mâchoire et du voile du palais.
La toux n’est qu’une expiration extrêmement brusque, précédée d’une inspiration lente ; aussi a-t-elle pour effet de rejeter au dehors les mucosités que renferme l’arbre aérien.
Enfin Y effort est un phénomène remarquable, dans lequel la poitrine se remplit au maximum et se laisse complètement distendre ; puis, le larynx se fermant solidement, le thorax se contracte, presse violemment la masse d’air qui ne saurait s’échapper et s’appuie ainsi sur cet air immobile, de manière à offrir un point d’attache ferme et solide aux muscles qui doivent fournir l’effort. Aussitôt que ces muscles ont agi, le larynx s’ouvre et l’air, violemment chassé, s’échappe avec un bruit caractéristique (ce bruit han! avait donné lieu au vieux verbe français ahanner , peiner, faire effort).
Messieurs, nous n’avons fait jusqu’ici qu’observer en quelque sorte la surface, l’extérieur de l’acte respira-
toire. Il nous faut maintenant pénétrer dans sa nature intime, et pour cela examiner les relations réciproques du sang et de l’air à l’intérieur des poumons. C’est là la troisième et, sans contredit, la plus importante partie de cette étude.
Et, d’abord, où s’accomplit la rencontre du sang et de l’air? Quel est précisément le lieu de leur rendezvous ?
Ce lieu, c’est, la vésicule pulmonaire. C’est là que les deux fluides se rencontrent pour opérer leur mystérieux échange. Un gros vaisseau, Y artère pulmonaire , part du cœur et se dirige vers la racine du poumon, c’est-à-dire vers, la terminaison de la trachée ; là ce vaisseau se divise, comme la trachée, en deux artères plus petites, chacune de ces artères en deux autres, et ainsi de suite, formant ainsi un arbre sanguin en'tout comparable à la description que nous avons faite de l’arbre aérien: les ramifications de l’un suivent exactement les ramifications de l’autre. Les dernières divisions de l’arbre sanguin sont de fines artério- Tig. 22. — Réseau capillaire ] e g semblables aux plus fines seope) Um0n VU 3U miCr °" bronches, et chacune de ces artérioles vient aboutir à une vésicule pulmonaire; elle y entre et s’v étale en un réseau serré de tous petits vaisseaux, plus déliés que le plus fin cheveu, et nommé, pour cette raison, réseau capillaire , lequel tapisse tout l’intérieur de la cavité vésiculaire. C’est là, Messieurs, c’esf dans ce réseau que le sang rencontre l’air, dont il n’est séparé que par Indélicate et
LA RESPIRATION
presque imperceptible paroi des vaisseaux où il circule ; à travers cette paroi vout s’opérer les échanges gazeux qui constituent le vrai phénomène respiratoire.
Or, Messieurs, voulez-vous dès à présent mesurer l’importance des actes que voient s’accomplir nos vésicules pulmonaires? Quelques chiffres suffiront à vous en donner l’idée.
Si l’on suppose la surface intérieure des vésicules pulmonaires étalée et que l’on en suppute l’étendue, on arrive au chiffre énorme de 200 mètres carrés ! Sur ces 200 mètres* le réseau capillaire sanguin occupe environ les trois quarts , soit 150 mètres carrés.
Si, d’autre part, on cherche à évaluer la quantité de sang contenue dans ces 150 mètres de vaisseaux vésiculaires, on trouve qu’elle est de 2 litres ; en multipliant ce chiffre par celui des contractions du cœur, on arrive à ce résultat qu’il passe 20 000 li tres de sang p ar vingt-quatre heures dans le r éseau pulmonaire.
Ainsi, d’une part., 10 000 litres d’air et, de l’autre, 20 000 mille litres de sang, viennent, en vingt-quatre heures, au contact les uns des autres, sur une surface de 200 mètres carrés ! Il me suffit, Messieurs, de vous signaler ces chiffres, pour vous faire prévoir l’énorme intensité des échanges gazeux qui s’accomplissent au fond de nos poumons et vous révéler toute l’importance de la respiration.
C’est, qu’en effet l’on pourrait dire sans paradoxe que respirer, c’est vivre. On vous a fait connaître, en chimie, l’immortelle découverte de Lavoisier. Vous savez que le premier il montra la véritable nature de la combustion ; il prouva que toute combustion est une oxydation, qu’un corps qui brûle n’est autre chose qu’un corps qui s’unit à de l’oxygène, et qu’il n’y a qu’une différence de degré entre la lente oxydation du fer qui se rouille et l’oxydation brusque de l’allumette qui s’enflamme. Mais il alla plus loin: il démontra que la respi-
ration n’est, elle aussi, qu’une combustion, et que la chaleur du corps vivant est produite par l’oxydation du charbon et de l’hydrogène, exactement comme la chaleur d’une cheminée ou d’un poêle.
La combustion est, en effet, comme le fond de la vie. L’oxygène n’est si nécessaire à l’être vivant que pour brûler, dans son organisme, les matériaux combustibles fournis par l’alimentation, les hydrocarbures. Et pourquoi l’être vivant a-t-il si grand besoin d’opérer en luimême une incessante combustion? Pour une raison que je vous ai fait prévoir dans une leçon précédente, quand je vous ai parlé des aliments : parce qu’il a besoin de produire de la chaleur et du mouvement. Vous pouvez vous figurer l’organisme comme un véritable appareil de chauffage, ou, mieux encore, comme une locomotive. Il reçoit, par la digestion, des matériaux combustibles, qui sont comme le charbon de la machine à vapeur ; d’autre part, ses poumons dirigent incessamment sur ce charbon un torrent d’oxygène qui le brûle. De cette combustion résulte, ainsi que vous le voyez dans la locomotive, une chaleur considérable et des mouvements divers. Les poumons ne sont donc autre chose qu’une sorte de soufflet, lançant sur le foyer de la vie l’air nécessaire à sa flamme. Nous reviendrons, Messieurs, dans des leçons ultérieures, sur ces importantes questions des combustions organiques et de la production de chaleur et de force. Pour le moment, je tiens seulement à vous bien faire concevoir le pourquoi de la respiration, la cause de cette nécessité de l’oxygène et le rôle purement physique que joue ce gaz dans l’économie. Il entre en nous uniquement pour aller oxyder le carbone et l’hydrogène qui y sont entrés par d’autres voies ; cette combinaison chimique s’opère avec un puissant dégagement de chaleur, et cette chaleur sert à élever la température de l’organisme et à produire les mouvements nécessaires à la vie.
LA RESPIRATION
Quels sont, Messieurs, les- éléments constitutifs des hydrocarbures ? Leur nom l’indique ; ce sont : le carbone et Vhydrogène. Quel est le résultat de l’oxydation de ces deux éléments? La chimie vous permet de répondre. L'oxydation de carbone produit de Y acide carbonique ; Y oxyàa.üoa de l’hydrogène produit de 1 eau. Ainsi la combustion organique, qui est comme le phénomène le plus intime de la vie, aboutit à une incessante production de deux gaz: l’acide carbonique et la vapeur d’eau. Yivre, c’est, au point de vue respiratoire, assimiler de l’oxygène pour en former, avec le carbone et hydrogène, ces deux substances nouvelles. Il faut donc que l’organisme se débarrasse de ces deux gaz au fur et à mesure qu’il les produit. C’est encore le sang qui se charge de cette fonction; c’est lui qui prend, dans les tissus, l’acide carbonique et la vapeur d’eau au fur et à mesure de leur formation, et va les déverser au dehors. Une partie de ces gaz s’élimine, comme nous le verrons plus tard, par la peau. Mais c’est dans le poumon que le sang transporte et abandonne la plus grande partie de ces deux substances. 4 ?
Ainsi, Messieurs, c’est bien un échange qui s opéré dans l’intérieur de la vésicule pulmonaire, entre le sang d’une part et l’air de l’autre. L’air y arrive charge d’oxvgène (21 d'oxygène pour 79 d’azote ); le sang, de son côté, revient des tissus chargé d’acide carbonique et de vapeur d’eau. Que se passe-t-il? L’air abandonne, exhale ces deux gaz, et en revanche se charge d oxygéné, qu’il emporte pour le distribuer aux organes
Nous verrons, en traitant de la circulation, quelle est pour ainsi dire, la structure du sang, et par quel mécanisme il charrie ces différents gaz. Retenez pour le moment cette analyse brève et précisé du phenomene respiratoire: c’est un échange en re .e U1 l’autre le fluide sanguin, l’un abandonnant son oxygéné autre cédant de l’acide carbonique et de la vapeiu d eau. A
fond, Messieurs, vous pouvez le deviner, ce n’est pas dans le poumon que s’accomplit le vrai phénomène de la respiration; le poumon n’est là qu’un lieu de transactions, une sorte de marché, où se font les provisions et où s’écoulent les déchets de l’organisme. Mais la vraie respiration, elle se passe dans les tissus mêmes, dans les cellules : c’est là que l’oxygène rencontre le carbone et l’hydrogène et les brûle en formant deux gaz nouveaux. Aussi la grandeur des échanges pulmonaires donne-t-elle la mesure de l’intensité de la vie elle-même, de l’énergie du fonctionnement des organes en général ; ces échanges sont plus considérables après un repas, pendant un grand travail musculaire, ou même pendant un grand travail cérébral, enfin chaque fois que la vie prend une intensité plus grande.
Puisqué le sang se débarrasse dans le poumon de l’acide carbonique et de la vapeur d’eau qu’il contient, il est clair que ces deux gaz doivent se trouver dans l’air expiré. Rien de plus • aisé que de s’en assurer. Pour la vapeur d’eau, elle apparaît par condensation sous forme d’une légère buée, soit qu’on souffle sur un miroir, soit que l’on respire dans une atmosphère froide et sèche. Quant à l’acide carbonique, une expérience très simple en décèle la présence : il suffit d’expirer (fig. 23) de l’air, à l’aide d’un tube, dans un verre contenant un peu d’eau de chaux limpide, pour voir la solution se troubler en formant du carbonate de chaux insoluble. La présence de ces deux gaz et l’absence de l’oxygène, voilà ce qui fait la différence entre Pair inspiré et l’air expiré. En moyenne, nous expirons, par vingt-quatre heures, 400 litres d’acide carbonique, et nous absorbons 500 litres d’oxygène : chiffres importants à retenir, Messieurs, et que vous pouvez rapprocher de ceux qui mesurent l’ampleur de la surface pulmonaire et l’énorme volume des masses d’air et de sang qui circulent à travers notre appareil respiratoire.
LA RESPIRATION. 77
Il faut, disions-nous à l’instant, que l’organisme se débarrasse de l’acide carbonique et de la vapeur d eau
î sans cesse ; nous aurions pu dire : ü le taut de mort, sous peine d 'asphyxie.
:z un petit oiseau sous une cloche de verre
hermétiquement fermée : vous le verrez mourir au bout de quelques minutes. La première, la principale cause de sa mort, c’est la privation d’oxygène. Il est mort après avoir épuisé tout celui que contenait la cloche : sa vie s’est éteinte faute d’oxygène.
Toutefois l’expérience a montré que, si l’on restitue de l’oxvgène à l’atmosphère de la cloche au fur et à mesure que "l’oiseau le consomme, la mort ne tarde pas à survenir. L’oiseau, dans ce cas, meurt empoisonné par l’acide carbonique accumulé dans la cloche ; le sang qui revenait à ses poumons, mis en présence d’une atmosphère saturée de cet acide, ne pouvait plus exhaler celui qu’il renfermait, et ce gaz, impropre, comme vous savez, aux combustions, arrêtait les oxydations des tissus, c’est-à-dire la vie.
Enfin on constate qu’il ne suffit pas, pour entretenir la vie de la petite bête, de lui fournir de l’oxygène et d’enlever l’acide carbonique. La vapeur d’eau exhalée contient certaines particules organiques extrêmement promptes à se putréfier et qui la rendent meurtrière. Si l’on veut faire vivre l’oiseau, il faut encore le débarrasser constamment de la vapeur d’eau qu’il émet.
Tels sont, Messieurs, les trois modes de l’asphvxie, lesquels agissent le plus souvent simultanément. C’est là une question des plus importantes pour la santé publique, et qui appellera toute votre attention quand vous étudierez l’hygiène l . Vous apprendrez alors de quel prix inestimable est, pour la santé et pour la vie, la parfaite pureté de l’aliment respiratoire, et à quels désordres graves, mortels même, peut conduire une insuffisance, en apparence peu sensible, dans la quantité ou dans la qualité de « cet aliment de la vie », comme on l’appelait autrefois. Sachez seulement qu’une pro-
1. Voyez le Cours d’Hygiène, à l’usage fies écoles normales primaires, par le D r E. Pécaut leçon L
LA RESPIRATION
portion de 2/1000 es d’acide carbonique dans l’air suffit pour causer des accidents, ou, si vous aimez mieux, que 2 litres de ce gaz suffisent à vicier 2 mètres cubes d’eau. Comme nous en exhalons environ 20 litres par heure, c’est donc environ 10 mètres cubes d’air par heure qu’il faut fournir à chaque individu pour assurer un renouvellement convenable du milieu respiratoire. Encore, dans cette évaluation, ne tient-on pas compte de la viciation de l’air par l’évaporation de l’eau de l’organisme; en tenant compte de cet élément dans le calcul, on approcherait aisément du chiffre de 20 mètres cubes par personne et par heure.
Nous voici parvenus, Messieurs, au terme de cette rapide étude de la respiration. Arrêtez-vous un instant pour jeter un coup d’œil d’ensemble sur les phénomènes que nous venons d’observer. A la lumière des explications précédentes, la vie elle-même va vous apparaître avec un singulier caractère de simplicité. Représentezvous le corps vivant comme un ardent foyer où s’opère sans cesse la brûlante combinaison de l’oxygène avec l’hydrogène et le carbone. Vous aviez vu l’alimentation introduire périodiquement ces deux: substances au sein de l’organisme. Aujourd’hui, vous venez de voir l’appareil respiratoire introduisant, à chaque oscillation du thorax, l’oxygène atmosphérique, et le sang, simple véhicule, allant perpétuellement chercher cet oxygène dans les poumons, et y déversant en échange les produits gazeux des oxydations organiques. Vous comprenez maintenant de quelle nature était cet artifice dont je vous parlais au début de la leçon, à l’aide duquel l’être vivant tourne, en quelque sorte, la difficulté et réussit à mettre ses cellules en contact avec le gaz vivifiant. Remarquez, en outre, que tous les phénomènes que nous venons d’observer ne sont que l’application des lois que vous avez étudiées au cours de nos leçons de physique et de chimie. Remarque intéressante, qui vous montre que
ces lois sont maîtresses partout, que le domaine de la vie ne leur échappe pas, et que tout se fait, au sein de l’être, en vertu des mêmes forces qui régissent le monde inanimé.
LEÇON Vil
(Résumé)
La voix. La parole.
Sommaire : Considérations générales. Description du larynx. Mécanisme de la phonation. Caractères du son vocal. La parole : les consonnes, les voyelles, le mutisme.
A. La voix. — Considérations générales. — La voix n’existe pas chez les animaux inférieurs ; aux premiers échelons du règne vit tout un peuple d’être muets, également incapables de rompre le silence qui les enveloppe et d’en avoir conscience, réduits à une vie végétative où n’apparaît qu’en germe la vie de relation. La voix se montre pour la première fois chez les insectes, mais elle est encore grossière et rudimentaire; chez les moins parfaits d’entre eux, elle n’est que le bruit des ailes ou des membres, et la conséquence involontaire et inévitable de certains mouvements; chez les plus parfaits (cigale), elle commence à être un moyen d ’expression> puisqu’elle est produite par un appareil spécial, qui agit ou reste muet, selon la volonté de l’animal. Mais encore n’est-elle qu’un bruit, invariable, inflexible, simple avertissement par lequel l’insecte signale sa présence.
Chez les animaux supérieurs, la voix acquiert la flexibilité, caractère nouveau qui lui permet de se plier avec quelque exactitude aux intentions de la volonté. On voit
PÉCAUT. Anatomie,; ®
apparaître chez ces animaux un mécanisme nouveau de formation des sons : le passage de l’air expiré à travers une portion spéciale et vibratoire des voies aériennes.
Mais c’est chez l’homme, et chez l’homme seul, que la voix est l’organe merveilleusement souple et varié de l’expression. Tous les autres, comparés à celui-là, sont infidèles. Les membres exécutent des signes, mais ces signes sont limités à ceux dont l’interprétation est simple et évidente. Les muscles de la face peuvent aussi exprimer l’état de notre âme, mais sans nulle précision; d’ailleurs le jeu de ces muscles peut être provoqué automatiquement, par le mécanisme réflexe, sans la participation de la volonté, en sorte qu’ils trahissent nos pensées plus qp’ils ne les expriment. Seule la voix possède l’exactitude et la flexibilité nécessaires pour devenir l’instrument parfait de manifestation de la pensée: de là naît le langage, caractéristique de l’homme.
Les organes de la voix — La pièce, principale de l’appareil phonateur est le larynx.
Le larynx est la partie supérieure de la trachée (.Rappeler que la trachée est le tube par lequel les voies respiratoires viennent s'ouvrir dans le pharynx). Il est .situé dans la région supérieure du cou, derrière la base de la langue, en avant de l’œsophage, et il est recouvert par une sorte de soupape mobile, Y épiglotte, qui l’ouvre ou le ferme aux moments opportuns.
Le larynx est un organe d’une structure fort compliquée, dans le détail de laquelle il serait inutile d’entrer. 11 suffit de savoir qu’il forme une sorte de tuyau large et court, composé de plusieurs pièces cartilagineuses soudées entre elles. Sa partie antérieure fait saillie sous la peau et forme cette tumeur mobile, plus apparente . chez l’homme fait que chez la femme ou l’enfant, et que
LA VOIX. — LA PAROLE
le vulgaire nomme la pomme d'Adam. Par son bord inférieur, ce tuyau se continue directement avec la trachée.
Un double rétrécissement le coupe à deux hauteurs différentes. Le rétrécissement supérieur est formé par deux replis de la muqueuse du larynx, qui s’avancent
Fig. 24. — Vue extérieure du larynx: 1, pomme d'Adam.
3, trachée.
l’un vers l’autre et qu’on a eu le tort de nommer cordes vocales supérieures; ces prétendues cordes vocales ne jouent aucun rôle dans la formation des sons. Le rétrécissement inférieur y joue, au contraire, le rôle capital. Il est également constitué par deux replis, disposés visà-vis l’un de l’autre comme les deux lèvres d’une bon-
tonnière. Mais, point important, ces deux replis ne sont pas seulement formés par la saillie de la muqueuse :
Fig. 25. — Le larynx ouvert, de façon à montrer les cordes vocales supérieures (1) et les cordes vocales inférieures (2).
chacun d’eux contient, sous la muqueuse, un muscle mince et long, soumis à l’influence de la volonté. Ces deux replis sont les seules vraies cordes vocales , à tort
LA VOIX. — LA PAROLE
nommées inférieures : ce sont eux qui vibrent pour former les sons i .
L’espace compris entre les deux cordes vocales se nomme la glotte .—Variabilité de la longueur de ces / cordes selon le diamètre du larynx, c’est-à-dire selon l’âge et le sexe : elles sont plus courtes chez l’enfant et I chez la femme que chez l’homme adulte.—Variabilité de; leur degré de tension, suivant que le muscle qui les[ constitue se tend et se contracte.—Enfin variabilité de s leur écartement, c’est-à-dire de la largeur de la glotte, à ^ raison de certains mouvements de bascule imprimés aux diverses pièces de la charpente cartilagineuse par un groupe de muscles situés k l’extérieur. Toutes ces variations de tension des cordes, de forme de la glotte, de position du larynx, c’est-à-dire les conditions mêmes de la phonation, sont dues à des mouvements volontaires; il suffit de sectionner les nerfs qui commandent ces mouvements pour paralyser le larynx et anéantir la voix.
Mécanisme. — Si l’on observe le larynx au laryngoscope, c’est-à-dire à l’aide d’un petit miroir placé dans le fond de la bouche, sur lequel on projette une vive lumière, on aperçoit ainsi l’intérieur du larynx vivement éclairé. On constate que, dans la parole, la glotte se rétrécit, tandis que, pendant le silence, ce défilé s’élargit, laissant libre passage à la colonne aérienne.
Partant de là, on crut d’abord pouvoir assimiler le larynx à un sifflet (instrument où c’est la colonne d’air
1. Une expérience simple démontre que le larynx est l’organe indispensable de la voix. Si la trachée vient à être ouverte au-dessous du larynx, comme dans l’opération de la trachéotomie, de façon que l’air, entrant et sortant par cette incision, cesse de passer par le larynx, la voix est détruite, l’opéré est muet. Que l’on bouche du doigt cette ouverture, que l’on force ainsi l’air à traverser le défilé laryngien, et l’opéré retrouve la parole.
qui vibre en se brisant contre une lame tranchante), et attribuer la production de la voix à la vibration de l’air se brisant contre la glotte.
On sait aujourd’hui qu’il n’en est pas ainsi. Ce n’est pas l’air, ce sont les cordes vocales qui vibrent dans l’émission des sons. Dès lors, le larynx peut s’identifier, non plus à un sifflet, mais à un tuyau à anche , à un hautbois, par exemple. Les cordes vocales, brusquement écartées par le choc de l’air, reviennent sur elles-mêmes, sont de nouveau écartées, reviennent encore et ainsi de suite ; elles subissent ainsi une série de mouvements de vaet-vient dont la fréquence (voy. Physique, Acoustique) est en raison de la hauteur du son émis.
Mode de tension de la corde vocale. — Pour qu’une corde vibre, il faut qu’elle soit, tendue ; la corde laryngienne réalise la perfection d’une corde vibrante, puisqu’elle est constituée par un muscle qui peut se contracter, c’est-à-dire se tendre à volonté. La corde d’une harpe, d’un piano, se tend par étirement à l’aide d’une clef. Mais la corde vocale, en sa qualité d’organe contractile, modifie elle-même son degré de tension, et par conséquent la hauteur des sons qu’elle rend. Merveilleuse promptitude de la corde vocale à varier sa tension suivant les ordres de la volonté. L’éducation peut donner à l’instrument laryngien une agilité et une précision dont nul autre instrument n’approche. Les vocalises d’une chanteuse ne sont que l’effet d’une série de modifications à la fois instantanées et parfaitement graduées, apportées à la contraction du muscle vibratile.
Le larynx est la principale, mais non la seule pièce de l’appareil de la phonation. Tout le vestibule du conduit aérien et une partie de la trachée contribuent accessoirement à la formation des sons. La trachée, le pharynx, la
LA VOIX. — LA PAROLE
bouche, les fosses nasales amplifient et modifient les sons et font office de résonnateurs. Aussi ces régions présentent-elles des mouvements qui varient suivant la qualité des sons. Exemple : dans les sons aigus, le larynx s’élève, tendant ainsi fortement la trachée, qui vibre plus haut (de là l’expression crier du haut de sa tête) ; il s’abaisse au contraire dans les notes graves, relâchant les annexes résônnatrices ; l’obstruction du nez modifie le caractère de la voix; les altérations du pharynx, de la luette, des bronches en font autant.
Caractères du son vocal. — Le son glottique peut varier d’intensité (a), de hauteur (b), de timbre (c).
(a) L’intensité dépend uniquement de l’énergie avec laquelle la soufflerie de l’instrument, c’est-à-dire le thorax, pousse la colonne aérienne. Le cri est le son vocal au maximum d’intensité ; il constitue seul la voix des animaux. L’homme, à ses premiers mois, se rapproche par là deranimâlitè, puisque toute sa phonation se réduit à crier; s’il est privé d’ouïe, sa voix reste « criarde », c’est-à-dire inharmonique. L’éducation auditive lui apprend seule à la moduler. En dépit de cette éducation, la voix humaine reste relativement inharmonique dans la parole. Ce n’est que dans le chant qu’elle acquiert cette régularité d’intervalles qui la rend musicale.
(b) La hauteur du son (voy. Physique, Acoustique) dépend de la longueur et de la tension des cordes vibrantes. De là vient que le larynx plus large de l’homme, ayant des cordes plus longues, émet des sons plus graves que celui de la femme ou de l’enfant. La mue de la voix est un abaissement subit, du ton vocal, qui se produit à l’époque de la puberti (treize à quinze ans) et qui est environ d’une octave pour les garçons, de deux tons pour les filles.
En outre, chez le même individu, selon que les cordes vocales sont plus ou moins tendues, la voix se meut dans une série de gammes. Cette série est, en général, double. La première, dont on se sert la plupart du temps, est plus basse ; c’est la voix de poitrine. La seconde, plus aiguë, est dite voix de tête ou voix de fausset. La voix humaine peut ainsi varier dans une étendue plus ou moins grande, selon les individus, mais qui est en général de deux octaves. Selon que, pour chacun, ces deux octaves sont comprises en des régions plus ou moins hautes de l’échelle musicale, on classe les voix en diverses catégories. Ce sont, en allant des plus basses aux plus hautes : voix de basse, de baryton, de ténor pour les hommes; voix de contralto, de mezzo-soprano et de soprano pour les femmes.
(c) Le timbre (voy. Physique, Acoustique) dépend de sons accessoires, qui accompagnent le son fondamental, et que l’on appelle sons harmoniques. Ces harmoniques varientselon lastructureetladisposition des résonnateurs vocaux, c’est-à-dire selon les individus.
B. La parole. — La parole est la voix articulée. Les sons dont elle se compose ne sont pas séparés les uns des autres par des intervalles musicaux : ils sont en outre infiniment plus brefs que les sons du chant. La langue, les lèvres,, les dents, l’isthme du gosier sont les principaux organes de l’articulation de la voix.
Division des sons du langage en deux catégories : voyelles, (a) consonnes (b).
(a) Les voyelles sont 'uniquement produites par les vibrations accessoires du pharynx et de la bouche. Ces parties varient de formes, de dimensions, de tension, suivant la voyelle à émettre. Lorsque l’on prononce une
LA VOIX. — LA PAROLE, voyelle à voix basse, la glotte reste parfaitement inactive; si, à ce moment, la bouche étant disposée de façon à prononcer cette voyelle, on fait vibrer un diapason devant les lèvres ouvertes, on entend résonner la voyelle, bien que les poumons n’aient pas fait vibrer la glotte. Les cavités sus-glottiques, pharynx, nez, bouche, agissent à la façon de résonnateurs diversement accordés.
(b) Les consonnes n’ont pas d’existence propre, au point de vue acoustique. Elles ne sont que des voyelles, dont l’émission est précédée, accompagnée ou suivie d’un mouvement particulier des organes résonnateurs accessoires. Elles se produisent quand les parties susglottiques présentent à la colonne aérienne certains obstacles, placés en différents points, et que le courant d’air ébranle diversement.
Labiales : l’obstacle siège au niveau des lèvres. Gutturales : il est constitué par les parois de l’arrièrebouche. Linguales : c’est la pointe de la langue qui le forme. Dentales : il est formé par la langue appuyée aux dents.
Cet obstacle est vaincu de façon diverse : par explosion (b, p, d,k); par un glissement dur (s, f, ch) ou doux (z, v, j) ; par tremblement (r). Le son r n’est autre chose que le son d’une voyelle quelconque modifié par une vibration rapide de la pointe de la langue, qui tremblote comme le ferait un chiffon dans un tuyau d’orgue.
(Il serait possible d’anticiper ici sur une leçon ultérieure, et de dire quelques mots des centres nerveux de la parole.
Les nerfs qui président à la parole naissent du cerveau en un point très limité, qui fut déterminé par le chirurgien français Broca. Ce point est dit le centre de la phonation. Mais il est un autre point cérébral qui est
indispensable à la fonction de la parole : c'est le centre de la mémoire des mots : Une maladie cérébrale qui détruit soit l'un , soit Vautre de ces centres supprime la parole; mais quand elle frappe le premier , le malade n’a pas oublié les mots, il peut les écrire et les comprendre; quand elle a atteint le second, l’écriture est impossible comme la parole.)
Le mutisme. — Quelques hommes sont dès leur naissance privés de la parole. Le mutisme est alors, presque invariablement, la conséquence de la surdité. Le muet de naissance est sourd, et il n’est muet que parce qu’il est sourd, c’est-à-dire parce qu’il ignore les sons et leurs valeurs : il pourrait parler s’il savait parler. Qui n’a pas entendu est muet : il faut pouvoir entendre les sons pour les émettre de manière à leur donner une valeur significative. Un enfant qui a entendu jusqu’à trois ou quatre ans, s’il perd l’ouïe, perd la parole.
Dès lors il est aisé de concevoir que l’on puisse rendre la parole aux sourds-muets, en leur décrivant minutieusement le mécanisme des sons parlés et en leur apprenant à les émettre, bien qu’ils ne puissent les entendre.
(Le maître terminera la leçon en signalant, mais en quelques mots seulement, la relation étroite qui unit le langage à l’intelligence. On peut dresser peu à peu un animal à imiter l’articulation des sons: on ne l’a point, pour cela, doté de la parole. C’est que la parole repose sur l’exercice d’une faculté supérieure, purement humaine, la raison : elle suppose chez l’homme la faculté d’abstraction, à l’aide de laquelle il fait de sons tout matériels, les symboles de ses idées. Parler, ce n’est donc point seulement émettre des sons de nature variable, faculté commune à l’homme et aux animaux de haut rang: c’est encore et surtout créer une série de conventions abs-
LA VOIX. - LA PAROLE
traites, en vertu desquelles ces bruits modes de la pensée. Voilà pourquoi le de l’homme, et comment il crée, enti supérieur, un abîme que jusqu’ici riei
représentent les divers : langage est le propre re l’homme et l’animal 1 n’a pu combler.)