LEÇON VIII
(Résumé)
Le sang. Le cœur.
Sommaire : Rôle du sang, sa composition. Le cœur : schéma de la circulation, structure du cœur, son fonctionnement.
A. Du sang.
Rôle du sang. — On a déjà pu se rendre compte du rôle capital que joue le sang dans l’économie. Le sang est un liquide qui circule sans cesse, par un système compliqué de canaux, à travers toutes les parties de l’organisme, allant chercher au dehors les matériaux de la nutrition (oxygène et substances alimentaires), pour les apporter aux tissus, prenant dans ces tissus les résidus, les déchets de la nutrition (acide carbonique et eau), pour aller les déverser au dehors. Ce mouvement circulatoire est continu ; il se poursuit sans trêve depuis la première formation de l’être jusqu à sa mort, àtraveis le sommeil et la veille, et ne saurait s’arrêter sans que
par cela même la vie s’arrêtât aussi.
Quantité. — On a cherché par divers moyens à évaluer la quantité de sang contenu dans l’organisme. Cette
quantité peut être approximativement estimée à l/'13 e du
poids total, soit environ 5 kilogrammes de sang pour un homme du poids moyen de 65 kilogrammes. Du reste, cette
quantité peut varier du simple au double suivant que l’organisme est à jeun, ou qu’il vient au contraire d’absorber des aliments. Sur un lapin, à l’état normal, il faut enlever 30 grammes de sang pour amener la mort ; mais, si l’on fait jeûner l’animal deux ou trois jours* une saignée de 7 grammes seulement suffit à le tuer.
Composition. — Le sang se compose de deux parties
Goutte de sang vue au microscope.
l’une solide, l’autre liquide, toutes deux à peu près égales en volume et en poids.
(a) La partie solide du sang est formée par les cellules ou globules sanguins. Ces globules sont de deux ordres: les uns blancs, les autres rouges. Les globules blancs, infiniment moins nombreux, sont aussi moins importants. C’est, le globule rouge, ou hématie, qui est l’élément capital et actif du sang. Il se présente sous la
forme d’un petit disque rouge, légèrement excavé sur ses deux faces, d’un diamètre de 1/150' de millimètre, et d’une épaisseur de 1/600®. C’est, on le voit, une cellule d’une extrême petitesse. Mais les globules rouges sont en nombre infini ; 1 litre de sang en contient en moyenne cinq trillions, soit à peu près vingt à vingt-cinq trillions pour tout l’organisme. Ils jouissent d’une extrême élasticité, qui leur permet de changer de forme à la moindre pression, et de s’effiler, pour ainsi dire, afin de s’engager dans les vaisseaux les plus déliés. Cette modification dans la forme du globule amène des modifications dans la couleur du sang: quand, sous l’influence de l’oxygène, le globule s’aplatit, lacouleur est rouge clair; lorsque l’action de l’acide carbonique le fait se gonfler comme une petite sphère, il devient opaque et d’une nuance noirâtre ; de là ce fait que le sang artériel oxygéné est rouge vif, le sang veineux d’un rouge noirâtre.
Le globule rouge a pour fonction d’être le véhicule de l’oxygène. Il l’absorbe, l’emmagasine, comme le charbon ou l’éponge de platine se charge des gaz, et il le transporte ensuite dans les tissus, où il s’en dessaisit. En échange, il emmagasine de l’acide carbonique, mais en petite quantité; la plus grande partie de ce gaz ne se fixe pas sur les globules, mais se dissout simplement dans la partie liquide du sang. Ainsi c’est le globule rouge qui est le véritable instrument de l’oxydation; on conçoit dès lors pourquoi il existe dans le sang en quantité si prodigieuse. On conçoit également pourquoi les personnes pâlies par l’anémie, ou les privations, ou la convalescence, ont une si faible vitalité : elles sont pâles, parce que leur sang est pâle, c’est-à-dire parce qu’il contient peu de globules rouges ; dès lors elles absorbent peu d’oxygène : ce qui revient à dire que le
foyer de la vie est chez elles languissant et exposé à
s’éteindre.
(b) La partie liquide du sang n’est autre chose qu’une simple solution d’albumine dans de l’eau (10 d’albumine pour 100 d’eau). Une portion de cette albumine, nommée la fibrine, est coagulable par le refroidissement ; c’est elle qui fait le caillot du sang refroidi. Le sang caillé est formé par la fibrine devenue solide et emprisonnant dans ses mailles les globules rouges et blancs. L’autre portion de l’albumine se coagule par la chaleur.
Il y a encore quelques autres éléments dans le sang: sucres, matières grasses, des sels alcalins de soude ou de potasse, etc., sans compter les gaz, l’oxygène fixé sur les globules rouges, l’acide carbonique dissous dans le sérum.
B. Le cœur.
L’appareil de la circulation se compose de quatre parties : 1° un organe moteur central, le cœur; 2° un système de canaux ramifié, les artères, conduisant le sang loin du cœur; 3° un second système de canaux, les veines, le ramenant au cœur; 4° un réseau de vaisseaux très déliés, les capillaires, intermédiaire aux deux précédents, et conduisant le sang des artères dans les veines. Nous n’étudierons aujourd’hui que le cœur.
(Avant de commencer cette étude, nous engageons le maître à tracer au tableau un schéma linéaire analogue à celui que nous intercalons ici, et à résumer rapidement, comme suit, le trajet et la direction du ' sang : On peut considérer le cœur comme formé de deux poches contractiles, A et F, placées sur le trajet du courant sanguin pour lui donner l’impulsion. Partons de la poche gauche ou cœur gauche A, et suivons le trajet du sang jusqu’à son retour au point de dé-
part. Le cœur gauche A, rempli de sang comme toutes les parties du réseau circulatoire, se contracte, et, grâce à un système bien combiné de soupapes, il le chasse, selon la direction des flèches, dans le tronc artériel B, lequel se ramifie pour porter Je sang dans toutes les parties du corps. Des dernières ramifications de ce tronc, le sang, continuant à avancer, passe dans le réseau capillaire G, à travers les parois duquel
Fig. 27.
s’opèrent les échanges de la nutrition et de la combustion ; le sang y abandonne son oxygène et se charge d’acide carbonique. Poussé par les ondes successives que lance le cœur gauche, le sang continue son voyage ; des capillaires il passe dans les veines et dans le tronc veineux D, qui l’amène au cœur droit F. Celui-ci, à son tour, se contracte, et grâce à un jeu de soupapes qui empêche le sang de revenir sur ses pas, il lance PÉCAUT. — Anatomie. J
08 COURS D’ATSÂTOMlË ET DE PHYSIOLOGIE.
ce liquide dans le vaisseau G, qui va se ramifier dans les poumons et aboutit au réseau capillaire H, réseau étalé dans les alvéoles pulmonaires. Là le sang veineux se débarrasse l’acide carbonique, se charge d’oxygène, et redevenu artériel, il s’achemine, par le vaisseau E, vers le cœur gauche, où il n’arrive que pour être de nouveau lancé à travers tout l’organisme. Ainsi, en résumé, l’odyssée du sang est celle-ci : parti du cœur gauche, il gagne, par les artères, tous les tissus, et, arrivé aux capillaires, il y devient veineux ; puis passant dans les veines, des veines dans le cœur droit, du cœur droit dans les poumons, il y redevient artériel, et revient au cœur gauche. — On voit qu’il y a deux circuits circulatoires : l’un, qui part du cœur, gauche traverse tout l’organisme et revient au cœur droit; c’est la circulation générale, ou grande circulation; l’autre, qui part du cœur droit, traverse les poumons et revient au cœur gauche ; c’est la 'petite circulation. De même il y a deux réseaux capillaires: l’un, celui des capillaires généraux, qui occupe toutes les parties du corps et est le théâtre des échanges entre le sang et les tissus ; l’autre, celui des capillaires pulmonaires, qui n’occupe que les vésicules des personnes et qui est le théâtre des échanges entre l’air et le sang.)
Cœur. — Le cœur est un muscle creux et contractile, d’une forme conique ; la base du cône est située en haut et un peu inclinée à droite ; la pointe se dirige vers le bas, et correspond à un point situé quelque peu au-dessous du mamelon gauche. Suspendu entre les deux poumons, entouré d’un sac fibreux, le péricarde, le cœur s’abrite derrière le sternum et les troisième, quatrième et cinquième côtes gauches.
Structure inférieure. — Une cloison verticale le sépare en deux moitiés droite et gauche, n’ayant entre elles aucune communication. Une cloison horizontale divise à son tour chacun de ces deux compartiments en deux autres plus petits, placés l’un au-dessus de l’autre, et communiquant directement par une ouverture. Les deux compartiments supérieurs se nomment les oreillettes,
les deux inférieurs portent le nom de ventricules. L’oreillette gauche communique donc avecle ventricule gauche, et l’oreillette droite avee le ventricule droit.
Deux canaux volumineux déversent le sang veineux dans l’oreillette droite: ce sont les deux veines caves,
Fig. 28. —Coupe du cœur. G. oreillette droite; A, ventricule droit; D, oreillette gauche ; B, ventricule gauche.
l’une veine cave supérieure, qui apporte le sang de la moitié supérieure du corps (tête, cou et hras), l’autre, veine cave inférieure, qui ramène le sang de la moitié inférieure (abdomen et jambes). Un seul vaisseau, l’artère pulmonaire, part du ventricule droit; il conduit le sang veineux aux poumons.
Quatre vaisseaux viennent s’ouvrir dans l'oreillette gauche : les quatre veines pulmonaires, qui lui appor»
tent du poumon le sang devenu artériel. Un vaisseau unique, énorme, part du ventricule gauche : c’est l’artère aorte, qui va se ramifier à l’infini pour amener le sang artériel dans toutes les parties du corps.
Fonctionnement du cœur. — Chacune des deux moitiés du cœur se comportant exactement comme l’autre, se relâchant et se contractant aux mêmes instants, il suffit d’en observer une, le cœur droit, par exemple :
L’oreillette droite reste distendue en vertu de son élasticité musculaire, offrant ainsi une cavité vide au sang veineux, qui s’y écoule par les deux veines caves. Elle agit, en somme, comme une saignée pratiquée à l’extrémité du réseau veineux et se laisse passivement remplir par l’afflux continu du sang. Tout à coup, au moment où elle est pleine, elle se contracte brusquement, d’un seul coup.
Le sang qu’elle renferme, ainsi pressé et comprimé, tend à s’échapper. Il ne peut refluer du côté des veines caves, car à chacune de ces veines, une soupape, une valvule (que le professeur peut assimiler à une porte à un battant, ne s’ouvrant qu’en un seul sens) lui barre la route. Une seule ouverture lui est ouverte, celle qui mène dans le ventricule droit ; il s’y précipite.
Dès qu’à son tour le ventricule est plein, il se contracte. Même jeu de soupapes : la valvule qui garnit la porte de communication de l’oreillette avec le ventricule se ferme solidement, et le sang, comprimé avec force, n’a qu’une voie d’échappement, l’artère pulmonaire; il s’y engage et se dirige vers le poumon, pendant qu’une soupape, placée à l’orifice de l’artère pulmonaire, se ferme derrière lui et l’empêche de rétrograder.
Une seconde contraction de l’oreillette, suivie d’une seconde contraction du ventricule, lance une nouvelle
ondée sanguine, qui fait progresser la pretnière ; et ainsi de suite, de seconde en seconde, des ondées successives établissent un courant continu du cœur droit vers les poumons.
Même série de phénomènes dans le cœur gauche. Même dilatation passive de l’oreille gauche, que remplit le sang qui revient du poumon par les quatre veines pulmonaires. Même contraction soudaine de l’oreillette, chassant le sang dans le ventricule. Même contraction du ventricule, lançant violemment le sang dans l’artère aorle. Même jeu de soupapes se refermant derrière le courant sanguin et le contraignant à suivre la direction voulue.
Les deux oreillettes se contractent en même temps, les deux ventricules également. On nomme diastole auriculaire, diastole ventriculaire , le relâchement, la dilatation de l’oreillette et du ventricule, se remplissant de sang. On nomme systole ventriculaire, systole auriculaire, la contraction de l’oreillette et du ventricule.
La systole auriculaire, qui n’a qu’à pousser le sang dans les ventricules, est soudaine, brève et peu énergique. La systole ventriculaire, qui doit lancer le sang à travers un vaste réseau de canaux, est lente et d’une extrême puissance. Celle du ventricule gauche est la plus puissante des deux, car ce ventricule doit faire traverser au sang l’immense système de canaux qui occupe notre corps tout entier: aussi ses parois sont-elles beaucoup plus épaisses et capables d’un vigoureux effort. Les deux ventricules se contractent, se tordent avec une extrême énergie pour vaincre l’énorme résistance de la colonne sanguine, et dans ce mouvement la pointe du cœur se redresse convulsivement et vient battre contre la paroi thoracique: la main appliquée sur les extrémités
antérieures des quatrième et cinquième côtes gauches est rythmiquement soulevée par cette percussion.
La fréquence des systoles (vulgairement des battements) du cœur est variable selon l’âge et selon l’état de santé ou de maladie. Plus rapides aux premiers jours de la vie, elles vont se ralentissant jusqu’à la mort. Chez l’adulte de vingt-cinq à trente ans, on compte en moyenne de 65 à 70 pulsations à la minute. Dans la fièvre, ce chiffre peut monter jusqu’à 100, 120, 140 et même 180 pulsations.
Il suffit de mettre le doigt sur une artère quelconque pour sentir les chocs imprimés par le cœur à la colonne liquide : l’artère a sa systole et sa diastole isochrones à celles du cœur. (On choisit, pour cette exploration, une artère superficielle, peu éloignée de la peau, celle du poignet par exemple : c’est ce qui s’appelle compter le pouls.)
(Nous engageons le maître à relever sa leçon par quelques brèves considérations terminales sur les bruits du cœur et le parti que la médecine en tire par l’auscultation. Quelques mots sur ce sujet seront pour l’auditoire une vraie révélation, propre à lui faire saisir la sûreté des méthodes scientifiques modernes. Voici la matière de ce hors-d’œuvre :
L’oreille appliquée contre la paroi thoracique distingue un son régulier, rythmique, produit par les mouvements du cœur. Ce son, chacun peut le vérifier, se compose de deux bruits séparés, le premier un peu sourd, le second éclatant, analogues au tic tac d’une forte montre. L’expérience a montré que le premier bruit est produit par le claquement des valvules auriculo-ventriculaires, qui se tendent brusquement au moment où les ventricules se contractent. Le second bruit résulte du claquement des valvules de l’aorte et de l’artère pulmonaire, qui se ferment après la contraction des ventricules pour empêcher le sang de refluer vers le cœur. Or ce sont précisément ces valvules qui s’altèrent presque toujours
dans les maladies du coeur; épaissies, raidies racornies elles ne jouent plus bien : dès lors, en cas de maladie leubrut see et net est remplacé par un bruit tout different, analogue à un souffle, qui indique qu’elles ferment mal et que le sang s’v "lisse avec bruit. On comprend comment 1 oreille exercee
& SS peu. ainsi. P» la seule —nudue^ discerner les débuts d’une maladie que rien ne révélait^exte Sèment, e. comment, ainsi découverte, la malad.o pourra être combattue.)