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CHAPITRE IV

De la Structure de la Graine des Plantes phanérogames.

^ ARTICLE I«

De la Graine en général.

Uni: graine (semen) , considérée dans son rapport tvec la fleur, est un ovule fécondé; considérée isolément , c'est une cavité close de toiues parts , et qui renferme' le rudi* ment d'une plante.Elle se compose de Pembryon^ougerme, qui a reçu la fécondation, et de st% diverses annexes, dont les unes serveut d'organes nourriciers, et les. autres de tégumens protecteurs.

Il faut bien distinguer la graine proprement dite^ telle que je viens de la définir, des fruits monospermes et des tubercules ; ainsi , on pourrait la confondre , comme on l'a &it souvent en botittiique, et comme cm le fait habituelle* ment dans le langage ordinaire^ ou avec un péricarpe monospermè, adhérent à la gfaine, comme le carîopae, tel que le grain du blé; ou avec le corps qui {m>vient de la Soudure d'une graine solitaire avec le péricarpe et le calice, comme l'akène des composées; ou avec ce même akène encore soudé avec l'involucelle, comme dans le scolymus. Dans tous ces cas, la graine fait bien partie du corps auquel on donne son nom , mais elle n'est pas isolée, et si l'on n'avait pas le soin de la séparer, ou en réalité ou

OA«A]fBS IBPBODUCTBURS. 69

par la pensée, des organes qui y sont joÎQU) il serait imposable de compreodre $a description.

D'antre part, on est souvent tenté de prendre pour des graines les tubercules ou bulbîUes qui naissent dans certaines parties des plantes ^ mais qui sont des germes développés sans fécondaticdi* La distinction de la graine d'avec ces corps est souvent très-dilficile, qudquefo|^ impo^ible; aussi, pour éviter tonte incertitude, je tirerai tout ce que j'ai à dire de la graine des plantes dans lesqueUes ce doute ne peut pas exister, et je remettrai aux chapitres soÎTans a examiner les cas ambigus.

Une graine peut être eonsidérée comme un germe qui se dévebppe à l'aisselle d'une feuille recourbée sur Im' en forme d'enveloppe close. Ce germe fécondé pre&d le nom ^embryon (embryo); la feuille qui l'entoure , celui de $ptfmoderme («permoder^Hs) ou peau de la graine : ces deux organes sont seuls essen&eb à la graine mûre. On trouve quelquefois, dans le spermoderme, un autre cofps qu'on iiomme albimien (albumen), et qui mérite une attention spéciale : ie spermoderme, Falbumen et l'eqdHyoB, seront dooe les trois polies que nous aurons à étudier.

Le cordon ombilical porte la graine par son extrémité; la trace qu'3 laisse sur elle après qu'elle s'en est détachée, ou, en d^autre termes , la plfice par laqudle la graine adhé* rait aufonicule est sa cicatricule aussi appelée lHeoaLomkîh lie (failus, cicatricula) : cette place est toujours coosîda-ée comme la base de la graine; le sommet n'est pointdéterminé anatdmiquement comme dans le fruit, où k trace du style l'indique clairement, tandis que la graine ne donne naissance à aucun autre organe, et qu'elle est le terme final de la végétation : mais on est convenu d'appeler axe idéal

70 ORGANES REPRODUGTBURS.

dé la graine la ligne droite ou courbe qui, partant de la base^ suit à égale distance des bords , et on nomme sommet Textrémité de cette ligne; il suit évidemment de ces définitions : z.** que la base d'une graine est du côté du pédicelle du fruit dans les graine^ dressées, du côté de Taxe ou des parois du fruit dans les graines horizontales, du côté du $tyle dans les graines pendantes*, 2.^ que la position delà graine ne se considère que relativement au péricarpe, et non au reste de la plante : ainsi, lorsqu'un fruit est pendant, on dira que la graine est dressée, lorsque son sommet sera dirigé vers la terre 5 on dira qu'elle est pen^ dante si son sommet se dirige vers le ciel.

L'avortement des ovules ou des graines, soit avant la fécondation, soit pendant' la âeuraison , où la maturation est un phénomène si fréquent , qu'on pourrait dire sans exagération qu'il est rare de trouver des fruits dont tous les ovules soient parvenus à l^état de gralines mûres. Ce phénomène a aussi lieu dans le règne animal à un point très-prononcé; il peut être déterminé par les dérangemens les plus légers, soit dans l'appareil fécondateur, soit dans l'appareil nourricier des ovules , et brs même que ces deux systèmes d'organes sont daits l'état parfait, lors même qu'aucun accident extérieur ne vient les déranger , il y a encore deux causes fréquentes qui déterminent ces avortemens:

i."" La position pkis ou moins latérale des fleurs, relativement à l'axe ou de l'épi, ou delà branche, ou -de la tige elle-même, détermine une inégalité dans la facilité avec laquelle la sève pénètre dans les .divers côtés de la fleur ou du fruit , et les côtés leis moins favorisés offrent souvent' des avortemens.

OBGANES BBPBODUCTBVRS. 7I

2iO La fécondation ne peut s'opérer sur t<fUs les stig* mates à*Ia-fois> et les yaisseaux fécondateurs, qui vont des 5tJgmates aux ovules , n'apportent pas la foviUe à tous ceux-ci an même moment. Lorsque les ovules ne grandissent pas rapidement après leur fécondation, cette inégalité dans l'époque de la fécondation n'entraîne aucun avortement; mais si l'un ou quelques-uns des ovules grandissent rapidement après leur fécondaticm, ils tendent à fiiire avorter les autres, soit en attirant à eux la sève nourricière , soit en comprimant ou oblitérant les filets du cordon pistiUaire ou nourricier des autres ovules. Gomme ces causes tiennent l'une et. l'autre à k structure origi-' nelle de chaque espèce, il en résulte des avoftemens d'ovules presque constans> comme on le voit si clairement dans le chêne, le. marronniér-d'Inde, le cûcotieI^ des Maldives, etc., etc.

Les soudures de la graine avec les parties du péricarpe nous ont déjà occupé*, mais je dois mentiomier ici la soudure accîdentelte des graines entre elles, phénomène rare, et dont je n'ai encore vu, qu'un exemple positif qui m'a été fourni par M. Hejland : c'est celui de deux graines du marronniér-d'Inde qui s'étaient à moitié sondées ensemble. Je mentiorae ce fait, non-seulement pour sa rareté , mais parce qu'il pourrait bien conduire à l'explication d'un autre plus important et moins rare, savoir : la pluralité des embryons dans une même graine. Ce fait est fréquent dans diverses espèces d'auranûacées; ainsi l'orange (i) en a ordinairement trois ou quatre, le paropel-mousse huit h dix, et on Ta observé accidentellement dans quelques

(1) Turp. IcoDOgr. , pi. 3i, f. i3.

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72 OR€àNBS BEI^10.BU€TSlIft«.

antres pl^oif^s (2). Richard n'hésite paa à regarder >ceue pluralké comme mopslruettse^ Je serais tenté de croke qu'elle est due k Ir soudure complète de deux ou plusieurs ovules dont les spennodermes ooHés ensemble n'en ont pitts semblé faire <pi'un , et dont les enibr^^ons se sont déreloués simnlttfiéQieut. Quoi qu'il eu soît , cette pluralité d'eoibi?y<Mn existe dans quelques graines, et lanlot ces etnèrjona sont isolés Jes uas des antres ^ tantôt ils scMit soudés iensemble. Ce dernier cas a été observé par aion fib; ayant remarqué une eupkorbia hsUoscçpfa (3) qui levait avec quatre cotylédons^ il s'aperçut que ce nombre était 'du à ce que deux embryons étoient collés ensemble dans toute leur longueur; il a depuis (Aserré, dans le Z^pidium saimum^Xt sinapis ramosa(J^^ cette même monstruo^ié, qui rappelle parmi les plantes ce que sont les monstres animaux formés parla soudure de deuxfumeaux* On saitque dans ces motastrnositès aninules il arrive souvent qu'une partie des organes ide l'un des fumeaux ou <de tous deux vient àtiisparaitre : c'est ce qui forme les venux à deux têtes ou à six jambes, ela La même cbose a Ueu dans les soudures d'embryons; quelquesnins, an-lieu de quatre cotylédons, n'en (wrt que trois: c'est ce qu'on^^serve et dans les euphorbes et les kpidmm, dont )e yim^ àe. parler, et ce que j'ai revu arriver accidentellement 4ans les renoncules, les solanum (6), les haricots^ etc., etc. Pour achever ce qui est r^tif à la pluralité des embryons,

(a) Turp. 1. c. , f. 14, ex. de Mardisïa coriacea.

(3) Voy. pi. 54,f. ,.

(4) V03r.pl. 53; f. T.

(5) Voy. pi. , f.

OBCAHBS RXr|OBV€TBUBS. 7}

j'ai vokfexk dépassé IWdre nainrel des faits nxqnds je reviens.

Les graines d'un même individu ne sont pas toutes exactement de la même grosseur ; dans la plupart des cas cette différence a peu d'importance, et Von dioisit en générd ks graines les plus grosses pour les semer, parce . qu'on a remarqué ^e les individus qni en résultent sont plus T^onreux. Mais dans quelques cas y cette différence de grosseur prend on intérêt particulier ; ainsi M Autenrieth(6) a remarqué que parmi les graines du chanvre, qui, comme oo sait, «st une plante liabituellement dioique , celtes qui sont les plus allongéesi les pins gxpsses et les plus pesantes produisent des plantes mâles , tandis que cdles ipii «ont plus arrondies et an p^u moins pesantes produisent des plantes fie^ielles ; les pr^ières ont la radicule plus Jongo^ :et une germination nn peu plus rapide (peleB secondes. On n'a pm encore étendu ces observations à -d'autres plantes dioïques, de sorte qu'il seraM im^ pfyudeia,^aiisi'«ta£ actuel de nos connaissances, d'affîr' mer si ces lois sont .plus ou moms généirales.

Le poîd^ :des £rain£s €st beaucoup plus susceptible d'^re appréciée en j;éoièmI les graines mûres. et fécondes sont j^ pesantes que l'eau, et cette toi parait trës*uni'' versdle. Les graines qui n'ont pas acqujs leur maturité^ ou dont l'embryon n'a pas été fécondé , sont presque toujours plus Itères que* Teau, caractère pratique dont se serrent tous les jardiniera pour distinguer ks bonnes et les mauvaises graines : il tant retnorquer que -de bonnes graines peuvent surnager lorsqu'elles retiennent utie cou-

(6) Disq. de cliacr. sex. sem. Tubiog^, iSai,^i. i et 3.

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74 ORGANES REPRODUCTBÎjBS.

che d'air captif autour d'elles , à raison des poib y des ailes ou des cavités qui peuvent les entourer.

ARTICLE IL

JDu Spermoderme ou de la Pea» de la Graine.

La peau^ enveloppe on tunique propre de la graine, est un organe tellement distinct, qu'il fallait bien lui créer un nom, Richard , par analogie avec le mot de péricarpe , avait proposé celui de périsperme^ puis celui Hépisperme^ mais ces deux termes ne m'ont pas paru admisMbles, Le premier, parce que M. de Jassieu l'avait établi dans un tout autre sens-, le second , parce que n'étant point symé^ trique avec le sens du mot épicarpe (i) , il produirait confusion. Je les ai remplacé par le mot spermoderme ^ qui exprime, en un seul mot, la périphrase de peau ou tunique de la graine ; cette enveloppe existe dans toutes les graines , et je ne saurais admettre ce que dit M. Mirbel de son absence dans quelques-unes; Gsertner la, considérait comme formée de deux membranes qu'il appelait test et tunique interne , mais si je me suis édkrté de la nomeiiclature de Richard, j'adopte entièrement son ppinion sur la nature de cette enveloppe. Elle est, comme tous les organes foliacés (2), composée de deux membranes et d^un tissh intermédiaire; on ne peut pas plus la dire for-

(i) L'épicarpe est répiderme du péricarpe ; l'épîspcrme sctait dans la graine, ce que le péricarpe tout entier est dans le fruit; le test est dans la graine le vrai correspondant de Tépicarpe.

(a) M. Du Petit*T|iouars considère le spermoderme comme une feuille, et Tembryon comme le bourgeon développé à son aisselle. U a vu des monstruosités, dans lesqueUes le*spennoderme paraissait oliangé en feuille.

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OBGANES RBPRODUGTBU^S. 75

mée de deux membranes, parce qu'elle se dédouble quelquefois avec facilité, qu'on ne peut dire qu'une feuille est formée de ses deux surfaces seulement , ou que le péricarpe n'a pas trois parties. La membrane extérieure du «permoderme porte le nom de test (testa) , la membrame intérieure celui d'endoplèvre (endoplevra) , et le plexus intermédiaire celui de mésosperme (mesospermum ) : ces trois parties forment, par la réunion, la tunique dose, et sans valves ni sutures, qui entoure l'amande.

Le test, lorsqu'il est dépouillé de to\is les tégumens ac* cessoiresj que Tarille, le péricarpe, le calice, ou même finvolucre, peuvent lui fournir, ie test, dis-je, se présente le plus souvent sous la forme d'nne membrane lisse comme le test des coquilles , et c'est de là que lui est venu son nom ; quelquefcHS cependant il est mat , comme dans les tulipes, ou revêtu de petits tubercules ou de stries, comme dans les oxalis. Mais , en général, il est lisse, même luisant, sec, scarieux, osseux, ou presque pierreux, comme à^Jksle guilandina bonduc.

Maigre cette apparence , il est doué â un degré éminent de la faculté d'absorber l'eau ambiante, et joue, sous ce rapport , un rôle important dans la germination. Il offre même ceci de singulier, que quoique le microscope n'ait pu encore y apercevoir aucune espèce de pores, il absorbe non-seulement l'eau, mais même les molécules colorantes de l'eau teinte, par exemple, delà cochenille : celte marche d'absorption est tout-à*fait analogue avec ce qui se passe aux extrémités des radicules et dans les stigmates, ce qui m'a engagé à considérer le test comme un tissu formé de spoogioles séminales; sa couleur présente beaucoup de variétés, et offre rà et là^ sur-^

76 OEGANES EBPEODVCTBURS.

tout dans la famille des légumiaeuses, les teistes les plas TÎTes et les plus tranchées ; par exemple dans les abrus, \eserythrina^\t% haricots, etc* ^ Le test est interrompu au point où le oordoii ombilical aboutit à la graine , ce qui forme la dcatricnle , sur la* quelle îe reviendrai tout^à-Theure: cette interruption semble indiquer que cet organe, comme l'épiderme des feuilles, doit son état à ce qu'il est plus exposé i Pair que les 'autres parties du spermoderme : ce qui confirme cette opinion , c'est que le test ne peut quelquefois* point se distinguer , x)u du -moins n'a pas sa consistance habituelle dans toutes les graines qui sont revêtues par un épiderme, et surtout par celles qui sot^t soudées avec le péricarpe.

L'endoplevre ou tunique interne du spermoderme, est exactement dansr la graine ce que l'endocarpe est dans le fruit, c'est-à-dire la face supérieure delà feuille pliée ou courbée sur elle-même : cette membrane n'a jamais ni le luisant, ni la solidité du test; elle est presque toujours d'une couleur blanche unie, et d'un tissu celluleux qui sem*bleraît devoir être trés-prompt à s'imbiber d'eau ; mais il en est tout autrement; cette membrane contient les sucs aqueux des jeunes graines sans les absorber , et à l'époque de la germination, elle empêche l'eau de passer à l'embryon directement ; l'endoplevre semble moulé sur \ amande (nucleus) de la graine ( on donne ce nom à l'ensemble de ce qui est contenu dans le spermoderme); mais c'est ramande qui se moule primitivement sûr la place restée vide dans le spermoderme-, et qui ensuite , en grandissant, distend celui-ci, et contribue par là à tasser la face ioterne, ou l'endoplevre.

Celui-ci, en uo point déterminé qu'on nomme chalate

ORGANES RXPBOSUCTBUas. 77

on ombilic interne, dofioe passage aux vaisseaux qui vont porter à Fembryon les sucs nourriciers ou fécondateurs.

Le mésosperme est dans la graioe ce que le m^socàrpe est dans le fruit , ce que le mésophylle est dans la feuille , c'es^à'dire le plexus de3 vaisseaux fibreux et du tissu cellulaire , qui se trouve entre les deux membranes : je Ta'vais d'abord , par analog» avec le mot de sarcocarpe , nommé sarcoderme^ m«s le même motif qui a fait abandonoer le premi^ de ces termes , fait aussi ^ et à plus forte raison), rejeter le second.

Le mésosperme , en effet , est le plus sou veut^un plexus fibreux très-mince et peu apparent i il ne prend la consistance charnue ou pulpeuse que dans un très-petit nombre de cas, comme, par exemple, dans le magnolia, Vins Jbetidissima (3) , etc. Les graines qui ont cette particùla* rite sont nommées semina saccata dans les ouvrages descriptifs; \9l imture sèche et friable du test fait qu'il adhère moins au mésosperme ^e celui-ci à l'endoplèvre; c'est à cause de cette drconstance que ceux des carpologistes qui oit voulu ne compter que deux membranes dans le ^ermoderrae, mit réuni sous le nom de tunique interne ou de £x/»/^r(0^ Fendoplevre et le mésosperme.

Les fibres ^ forment le mésosperme partent «n gênérai de Tond^ilic , et s'^>a&0ttissent entre les deux mem* branes du spermoderme ; elles remplissent deux usages , ou peut*être sont de deux natures ; les uûes , qui viendraient de l'oifilbilie externe ou du cordon ombiljcal,. apporteraient à Tcmbryon et au spermoderme sa nourriture , pendant la durée delà maturation ^ et s'oblitéreraient peut*

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(3) Redoute , Liliaç. , pi. 35i.

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78 OIIGANES REPRODUCTEURS.

être à la maturité ; les autres^ qui se dirigeraient de toutes les parties de la surface , vers le point d» Tendoplevre où l'embryon aboutit, auraient pour usage d'y apporter Teau pompée d^ns la germination. Ces deux ordres de fibres q'ont point encore été distingués avec précision ; mais on peut reconnaître celles qui servent à la germination , en faisant développer des graines un peu grosses dans de Teau colorée» Je me suis servi de celles de fève , et j'y ai très-bien vu les fibres du mésosperme se colorer graduellement par l'introduction de l'eau de* cochenille ; fy ai^ivu même cette couleur pénétrer jusqu'à l'embryon. En choisissant quelque graine un peu grosse où la position de l'ombibc interne fut bien différente de celle de l'externe, on pourrait décider, par une expérience directe , le problême encore obscur de la nature et de la direction des fibres du mésosperme.

La portion de la graine dans laquelle le test manque est, comme nous l'avons dit , la cicatricule , ou le point auquel le cordon ombilical vient aboutir ; on peut y distinguer deux parties : l'une, située vers le bord , est nne petite dépression que M. Turpin a nommée micropyle^t^^ et qui est , selon lui, la trace du lieu où arrivait la branche du cordon pîstillaire; l'autre, que le même naturaliste nomme omfhalode (5), occupe presque tout le reste de l'ombilic, est légèrement bombée au centre , et parait la 4race de la cicatrice du cordon nourricier.

. Lorsque l'embryon est dirigé vers la cicatricule, alors

(4) Iconogr. tabl. i, f. 19, a. Anu. Mns. d'Hist. nat, 7, pi. 11, aux points marqués.

(5) ihid. y f. 18^ et dans les Annales du Muséum» 7, pi. ii» aux lettres o.

ORGANES ]llPI^0jDIICT)bUBS4 ^g

les vaisseaux vont directement de celle-ci k l'orobiUc interne, et les deux ombilics se -confondent; mais quand Vembrjon est dirigé dans un autre sens , alors le point auquel il aboutit , oà l'ombilic interne est très-distinct de Texlerne, et le cordon ombilical se prolonge au travers du mésosperme de la cicatricule à la chalasie ; dans cette route, il prend le nom de rapié ^' cfa*on lui a donné par une analogie grossière avec Tanatomie animale , parce qu'il est ordinairement visible à l'extérieur i comme une espèce de petite nervure. Le C(M:don ombilical est un prolongement de la fibre carpellaire, qui porte la graine , et se prolonge lui-même en raphé ; la cfaalaze est le véritable ombilic^ c'est-à-dire le point où l'embryon tire de la plante* mère sa nourriture; mais sa position est souvent difficile k déterminer, soit à cause de sa petitesse, soit à cause des cliangemens de position de l'embryon pendant la durée de la maturation.

n est quelques graines monocotylédones dans lesquelles la radicule del'embiyon détermine par sa position une petite saillie sur un point déterminé du spermoderme; et k l'époque de sa germination, elle popsse au dehors une partie de cette bosselure ; c'est ce que Gsertner a nommé papille embryotege , (nom que M. Mirbel a proposé de changer en celui S opercule^ : il est douteux que ce soit un organe proprement dit , vu le petit nombre des végétaux qui le présentent', et il est plus vraisemblable que c'est une simple forme.

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80 ORCXtrES BfiPRODUCTJlilJRS.

ARTICLE III

De P Amande des graines , considérée dans son dévc' loppement^

Tout ce qui est renfermé dans le spermoderme pc^e collecâvemenl le nom d'amande on de noyan de la graine , ce qni compr^d Tembryon, ses anncaies imnédiates , et un corps propre à plusieurs graines , el qu'on iH>mme albumen*

Avant d'étudier chaque partie , telle que la maturité de la graine nous l'offre ^ il convient de dire quelques mots sur le développement général de ces oignes. Cet article est plutôt un cadre à remplir par des observations subsé- ,quentes, ou un appel aux phytotômistes , qu'il n'est une histoire réelle de ces organes; car le développement des parties internes de la graine n'a encore été observé que sur un trop petit nombre de plantes, et d'une manière trop incomplète, pour qu'on. puisse le r^arder &)mme connu.

Spallanzani ( Opasc.^ éd. 1787, vol. 3) a vu que les ovules préexistent à la fécondation ; mais quand on examine leur état intérieur, on n'y trouve alors point d'em. bryon visible; la cavité de la graine n'est remplie que d'un liquide mucilagineux. NeedHam avait prétendu qu'on y tK>uvâit l'embryon immédiatement après la fécondation ; mais SpaUaniani atteste ne l'avoir 'jamais vu que plusieurs semaines ou environ un mois après cette époque. M. Dutrochet (Ann. mus., vol. 8) confirme en général ces résultats; excepté en ceci, qu'il y a des végétaux, tels que le châtaignier, dont les ovules eux-mêmes ne sont visibles qu'après la fécondation. Cette diversité dans l'ap-

ORGANES REPRODUCTEURS. 8l

paritîon des ovules , qui est en eUe-méme de peu d^importance , doit nous tenir en garde contre les conâéquences trop positives qu'on voudrait dédmre d'obsenratioDS analogues sur la première apparition de l'embryon ; car nous ne pouvons voir l'origine réeUe d'aucun organe, it nos yeux j de quelques microscopes qu'ils soient armés, n'apperçoivent que des développemens : mais il résulte de Finégalîté de ce développement dans diverses plantes, que lorsque nous voulons comparer les premiers linéamens visibles des êtres, nous pouvons rarement savoir si nous comparons des époques semblables de leur existence.

ARTICLE IV

De r Albumen.

Si Ton examine un ovi^le au moment de la fleur^on,^ on trouve que son spermoderme est déjà bien formée et que la cavité intérieure est remplie par un liquide mucila^ gineox, auquel, par analogie avec le règne animal, on a donné le nom d'oixTzio^. Ce liquide est, ou peut être, transmis dans la cavité de la graine par le cordon ombilical , ou pips probablement sécrété par l'endoplèvre : Gœrtnei: admet un sac qui renferme l'acanios, et de plus une autre liqueur qu'il appelle chorion ; mais j'avoue que ]e nrai jamais rien vu de pareil; et je crains ^qu'cMi n'ait admis ces organes moins d'après l'observation que par analogie avec le régne animal

Dés que la fécondation est opérée, l'embryon qui nageait dans Tanmios commencé à prendre du développement pi tend à y occuper plu^ d'espace , et l'ainnios, par conséquent, à diminuer. Celui-ci est probablement absorbé par l'embryon , auquel il servirait de nourriture , ou réab^

Tom. H. 6

sorbe par les organes voisins : quoiqu'il eu soit, il arrive au bout d'un certain temps , que , dans certaines plantes , la totalité de l'amnios a disparu, et alors Pembryon occupe seul la cavité spennique ; que dans dWrea, la partie la plus fluide de l'amnios a seule £sparu , mais que ses molécules soKdes se sont déposées et concretées &ï un corps solide particnlier : c'est ce corps qui, considéré à l'époque de la maturité , a été primitivement c^servé par Grew, lequel , dès i68^ , lui a donné le nom H albumen ; puis par Malpîghi, qui semble l'avoir confondu avec les enveloppes propres déFembryon; par Adanson, qui en asimpleoient parlé sous le qom à^ corps particulier ^ mais a relaté son existence dans diverses familles ; par Gaertner qui , en 1 788 , a repris le nom primitif d'albumen ; par M. de Jusiîeu qui , en 1789, l'a décrit sous le nom àe périsperme ; et enfin par Richard , qui a proposé celui Sendosperme. Gleichen le nommait pAzce»/» séminal^ et Bœhmer, cotylédon. J'adopte le nom $ albumen^ soit parce quHl £ait allusion à l'albumen des œufs par une analogie tolérdolement vraie ; soit parce que ce nom convient à ce corps , en ce que celni^i est de couleur blanche dans toutes les graines; soit parce que ce nom a une priorité d'un ^cle sur tous les autre»; soit parce qu'il est employé dans Tou-r vrage classique de la Carpologie ; soit enfin parce que le terme de perispprme est contre l'étymologîe , puisque sperme lùi jamais voulu dire embryon, et contre la vérité anatomique, parce qu'il n'est pas toujours autour de l'embrycm , mais quelquefois à côté de lui ou entouré par lui.

Ce qui importe bien plu* que le nom , c'est de remarquer que l'albumen est moins un organe pt6))rement dit y qtt'un résidu d'organe, ou un dépôt formé dans u6 tissu

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OIlGA]<(BS REPRODUCTIVES. 83

celiidaire; il D'afËre au-moiii6,à la maturité de la graine, aucunes connexions organiques, ni avec Tendoplèvre ni avec J'embryon ; on n^aper^çoit dans son intérieur aucane organisation vasculaire, mais seulement nne masse compose de tissu cellulaife et n'adhérant à aucun des organes voisins; si ce n'est peut-être dans les cycadées et les co^ nifères^où il y a une légère adhérence de ta radicule avec TalbumeD. Ce qui a souvent induit à parler d'albumen adhérent au spermoder me, c'est tfoe plnsûsurs naturalistes, même des plus habiles, ont décrit comme un albumen l'endoplèvre, lorsqu'elle est épaisse et diamue; c'est en particulier ce qui est arrivé dans celles des légUQioeuses, où l'on a admis un albumen. La graine , où la nature de ce corps peut se suivre avec le plus de facilité, est cette énorme graine du cocotier, dont l'albumaoi occupe une si grande partie ; dans sa jeunesse , te coco est rempli d'une liqueur aqueuse qai deviaR bientôt émulsive , et prend alors le nom de Jait. Cest à cette époque qu'on en fait usa^ comme boisson : biemôt la partie solide suspendue dans Témulsion se dépc»e et ^e concrète sur les parob de la graine , dans un état qui. ne re^emble pas mal à la consistance de nos asnandes , et qui est mangeable comme elles. Enfin ce dépôt amj^didé se durcit^ et finit par former un albumen à cbair un peu huilense , qui tapisse toute la paroi tle la graine ; le centre , d'abord occupé par une matière aqueuse, se convertît en une cavité aérienne par l'évaporation ou l'absorption de cette eau. Ce que je viens de décrire dans h coco, où Fou a en intérêt et facilité à Tobserjrer , est vrai de toutes les graines où il se forme un albumen , excepté que cette matière comble d'ordinaire toute la cavité sans laisser de vide , et que sa grandeur, sa

forme , sg nature ^ sa position , sont différentes dans différentes plantes.

Dans une graine de grandeur donnée , lé volume de Valbumen est essentiellement en raison inverse de celai de l'embryon, dont il est, pour ainsi dire, lé complément; les familles dans lesquelles Talbumen est le plus gros en proportion de Tembryon , sont celles des palmiers , des liliacées et familles voisines, des eupborbiacées, desnyctaginées , des rubiacées^y des ombellifères , des renonculacées, etc.; il se retrouve, mais dans des proportions beaucoup moindres, dans les convolvulacées, les violariées, etc.; il n'existe que dans jcertains genres, parmi les h* biées; enfin, il manque constamment dans les crucifères, les légumineuses, les composées, etc. Les familles qui n'ont poiut d-'albumen ont l'embryon assez gros, et nous verrons plus loin que ce sont les seules dans lesquelle's on rencontre des cotylédons charnus: dans celles qui sont mu> liies d'albumen , Tembryoa est quelquefois d'une petitesse extraordinaire; ainsi celui des renonculacées cm des omibellifères n'offre souvent qu'un petit point niché dans l'albumen , vers la base de fia graine. En générai , on doit remarquer que l'albumen ne manque presque dans aucune ifamillede monocotylédones:*les alismacées seules en paraîsiseûl dépourvues, tandis que l'absence totale, de ce corps est fréquente parmi les dicotylédones : sur les familles 'de cette classé/ il y eu a environ un tiers qui manquent habituellelàent de ce t^orps.

La nature de l'albumen présente de.graodés.diversites dans les diverses &milles , et une constance remàrquible dans chacune d'elles. L'un de ses états les plus ordinaires est d'être charnu, comme on le voit dans les .rubiacées-

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ORGANJES REPRODUCTEURS. 85

CLUchonacées. Cet état charnu dégénère en cotisistaDce ferm^ et presque ligneuse dans quelques familles ^ telles que les ombellifères.

a."* L'albumen est souvent huileux, comme on le voit dans plusieurs palmiers, et surtout dans les euphorbiacées : parmi celles-ci , on remarque que leur embry^ est aussi imprégné d'huile , mais que la nature, de ces deux huiles fixes est différente : ceUe de l'eibbryon est acre , comme le sera là plante entière , dont l'embryon est l'abrégé en miniature; celle de falbumen, qui est une sécrétion particulière d'un organe, est en général do]ace et salubre, quoique plus ou moins laxative*.

3.^ L'albumen est fréquemment féculent ou farineux, comme on l'observe dsyas Içs caryophyllées, les nyctaginées , et surtout parmi les graminées ; car c'est l'albumen des graminées céréales q\u sert de nourriture principale à l'espèce humaine.

4.' On trouve enfin des albumens cornés^ tels que ceux dés asparagées , d^ rubiacées-étoilées ou cofTéacées, etc. •

Tous les albumens connus sont de nature salubre, quelle que soit la famille à laquelle ils appartiennent j ceux des euphorbiacées seuls, sont laxatifs ; leurs propriétés sont assez semblables dans tous ceux qui ont une consistance analogue. Ainsi tous les albumens farineux contiennent une fécule sensiblement homogène; ralbua]ien fari-; neux des polygonées , par exemple , peut être substitué à celui des graminées;, tous les^lbumens cornés présentjCDt quelque analogie avec celui du café ; ainsi ceux du gratteron et du ruscus , lorsqu'ils sont roli§ , out Vodeirr de celui du café.

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La forme géoérale de ralbumen est moulée sur la cavité iuterne de rendoplèTre , et modifiée par cdle de Tembryon. En général, il est tout d'une seule masse ; maïs il y a quelques genres de rubiacées , teb que le ruHdea (i) etlegrumilea^ oàTalbumen se présente sous Tapparence de petits grjimçaux , détachés les uns des autres. Ce corps ofire dans quelques plantes, et notamment dans toute la famille des annonacées, un caractère qui est assez remarquable ; savoir, que Téndoplèvre est comme ridé ou pro» lonigé en feuillets rentrans , de manière que quand on coupe l'albumen en long , il semble nmni sur ses bords de petites lamelles transversales ; caractère fort remarquable, que M. Rob. Brown a retrouvé dans le genre anomal de Veupomatia, qu'il a découvert à la Nouvelte-Holbnde.

La position de l'albumen est toujours de remplir le ride laissé par l'embryon : en général , celui-ci est plus ou moins central, et alors l'albumen l'entoure de toutes parts, ce qui lui avait valu le nom de périsperme; quelquefois l'embryoû est latéral , on situé â la base, près de l'ombilic interne , et alors l'albumen occupe le reste ie la cavité ; par exemple, dans le pourpier, la belle*de*nuit , etc. : enfin , quand l'embryon est périphérique , c'est-à-dire quand il décrit tout lé contour de la graine ; alors l'albumen se trouve au centre, comaae, par exemple, dans plusieurs polygonées. Il est des graines parmi les malvacées et les bombacées , chez lesquelles l'albumen est réduit à un petit dépôt farineux , niché entre les cotylédons.

L'usage de l'albumen n'a pas encore été parfaitement étudié: il est évident que l'amnios, surtout quand il est

(i) Voy. pi. 3^,f. 2.

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0EGANE8 BEP&ODUCTElfRS. 87

absorbé; doit senrir à nourrir TeDabryon dans son déve* loppement, et que Talbumen, une fob formé ^ doit servir à noorrir la plantole à Tépoque dé k germination. Chi voit en effet la plupart des albumens ^ et peut-être tous, se transformer à cette époque, par l'addition de Teau absorbée, en une matière émuisive, qui est pompée par Tem* bryon et sert à le développer; mais les détails de ce phénomène n'ont point été suffisamment observés, et je dois d'autant plus m'abstenir d'en parler ici , qu'ils rentrent tout -à «fait dans le domaine de la physiologie.

ARTICLE V

De t Embryon.

L'embryon est le germe fécondé, le but, le terme de tovli la fonction de la reproduction sexuelle* G>nskléré en lui-même, c'est une jeune plante en mimature, déjà mume de tous les organes essentiels à la nutrition , d'une radne q|iù, à cet âge, porte le nom i/à radicule^ d'usé tige qui reçoit , par analogie, celui de cauUeule^ ou plus habi* tuellement celui de plumule ; et enfin de feuilles aux" quelles^ vu leur apparence très^différente des autres, on a donné le nom de cotylédons {i). Examinons l'embryon dans ses trois figes: i.® à son état de germe non fécondé; s.o ^ son état de .torpeur dans la graine fécondée; 3.<> dans Iw cbangemens qu'il reçoit par l'acte de la germination.

Le premier de ces articles sera court ; car l'embryon est à peine visible avant la fécondation : dès qu'on peut l'apercevoir , il parait très-petit et noyé dans l'eau de l'amnios, ayant sa radicule dirigée et peut-être adhérente du

(t) Voy. Gre\v. Anal., pi. i, et pi. 2 , f . 1—4, pi. 7$ à 80. Malp. oper. , éd. 4.** i, pi. 53.

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eôté de l'ombilic interne, qui. est, comme je' Tai dit plus haut , appliquée le plus souvent sur l'externe. Il est possible que la radicule de l'embryon tire sa nourriture , soit de la cicatricule/soit de l'amnios, sans connexion organique, et par une simple aj>sorption analogue à celle par laquelle les racines tirent de. la terre les sucs nourriciers, comme la germination de la fève (:&) m'engage à. le penser. Il est possible qu'à Cette époque de sa vie, Textrémité de la radicule communique par un filet vasculaire avec le cordon ombilical, et que ce soit par ce filet que l'embryon reçoive la fécondation et la nourriture ; mais ce filet n a point encore été vu par les anatomistes d'une manière positive; s'il existe^ il est probable qu'il se détruit avaot la maturité. Le filet qui a été vu par Richard, allant de la cicatricule à la radicule, dans les cycadées (3) et les étatféres, ne serai];41 point cdui dont on vient de parler, qui dans ces familles, serait plus persistant que dans les autres? Lorsque l'embryon ne reçoit pas la fécondation, ou que l'ayant reçue, quelque cause particulière arrête son développement, on peut supposer deux cas possibles, et la nature nous les montre réalisés peut-être l'un et l'tiutre; ou bien l'ovule entier avorte par suite de l'avortement de l'embryon , et alors la graine manque à la place où elle devrait se trouver ; c'est là le cas le fibs fréquent : ou bien les tégumens de la graine continuent à se développer de manière que la semence a l'air bien conformée à l'extérieur; mais elle est vide à l'intérieur. Lorsque la graine a un albumen, celui-ci se forme souvent dans ce cas comme

(a) Voy. DC. , Mém. légum. II, p. 63.

(3) Rich. Anal, dn fruit, éd. angl. par Lindl., pt 5, f. 4. Mem. con. et cyc, pi. 26, f. F.

' OBGA^ES REPRODUCTEURS* 89

à l'ordinaire; mais la place de l'embryon est vacante. Ainsi iJ n'est pas rare de trouver des grains de café bien conformés, quant au ^permoderme et à l'albumen, mais où la cavité de l'embryon est vide. Il est quelques cas dans lesquels il est diffidle d'afQrmer laquelle de ces méthodes d'avortement a réeUement liçu; ainsi, par exemple^ si l'on examine les fruits du ranunculus lacent^ ^ qui est une plante hybride , on les trouve bien conformés à l'extérieur , mais vides en dedans ; est-ce la graine qui a avorté dans le carpelle ou l'embryon dans la graîoe? Dans ce cas particulier , je crois que la graine a avorté en totalité , parce que Falbnmen manque; mais s'il s'agissait . d'une plante sans albumen , la question serait insoluble ; c'est ce qui a lieu dans le centaurea hybrida , dont les akènes sont vides, sans qu'on puisse affirmer si le spermoderme existe ou non.

L'embryon fécondé grandit en général assez rapidement , et attire à lui par sa vie propre les sucs nourriciers ; Feau de l'amnios disparaît graduellement ou en totalité, on sdL partie liquide étant sdîsorbée, le résidu solide se concrète en albumen. Dans le' premier cas, la graine ou l'embryon sont dits sbns- albumen (éxalbuminosùs) , et l'embryon est appelé quelquefois nu on épispermique ^ dans le cas contraire , la graine ou l'embryon sont dits muois d'albumen (^aîbuminosus ou endospermicus). Il faut observer que le mot de perUpermicus signifie , dans la nomenclature de Jussieu, qu'il y a un albumen, et dans celle de Richard qu'il n'y en a point; exemple qui, au milieu de mille autres , tend à prouver l'inconvénient des changemens de noms.

Lorsque les deux ombilics coïncident au même point ,

yO ORGANES REPRODUCTEURS.

la radicule est dirigée vers la cicatricole, qui, comme on sait , est la base de la graine , et alors on dit que l'embryon est dressé, ou que la radicule est dirigée en bas, ou infère ; c'est le cas le plus fréqueiot : lorsque l'ombilic interne ne correspond pas à (externe, 1^ radicule qui est toujours dirigée ver& lui peut se trouver ou latérale, comme dans le café (4), ou dirigée en haut, soit supère, et l'embryon estalors inverse, comme dans le dovLm(AypA€Bne Gaertn.) (5); c'est là le seul sens exact dans lequel oo puisse désigner la position de l'embryon; mais les carpologistes ont souvent entendu ces termes dans un ajutre ^ sens; ils ont fréquemment rapporté la directicm de l'embryon, non à la graine, mais au fruit; de telle sorte que lorsqu'une graine est pendante dans Je fruit, tous les termes qui désignent chez eux la position de l'embryon doivent en général être pris en sens inverse.

Soit que l'embryon soit infère ou supère , il peut être droit, courbé où plié sur lui-même: dans le premier cas, s'il est long, il occupe l'axe de la graine, et se nomme axiie^ par exemple, le spondias (6), Vempetrum (7), etc. ; s'il est court , il n'occupe qu'une faible partie de l'axe, et l'on dit qu'il est basilaire^ s'il est à la base, comme dans le genre des renoncules (8); apicilaire^ s'il est au sommet, comme dans les clématites (9). Des différences analogues ont lieu parmi les embryons courbés ; ils sont

(4) Gaertn. fruct. i, pi. a5.

(5) Ibid 2 , pi. 82.

(6) 76wl., pi. io3.

(7) /5iU,pl. 106, f. I. I. 4.

(8) Ibid. I, pi. 74, f. 2.

(o) lhid.y f. 5.

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OBGANES B£PilODUCT£URS. 9I

d'ordinaire latéraax et appliqués sar Tan des bords de la graine; s'ils sont égaux à sa longueur on plus courts qu'elle, ils Tont de leur origine à l'autre extrémité, on les dit alors courtes', par exemple, dans divers polygo^ num (10); si lenr longueur dépasse celle de la graine, ils reviennent |iar l'autre bord vers leur base, et on les dit dors périphériques^ par exemple, dans répinard(i i); s'ils scmt plus longs encore. Us peuvent décrire un et deini, deux ou trois tours, et on les nomme spiraux, par exemple dans le dodonaea (12). Quant aux embryons plies sur eux-mêmes , je ne puis faire comprendre leur structure qu'après avoir parlé des parties de l'embryon.

La /'âif/cji/e(radicula) est la partie de la plantule qui représente la racine; dans la plupart dès dicotylédones, elle se présente sous une forme conique , trés-semlJable à celle des racines ordinaires; elle va en s'amincissant graduellement du collet jusqu'à son extrémité, qui est pointue; à l'époque de la germination, elle s'alooge par son extrémité, comme le font les racines pendant tout le cours de leur Tie ; et ne pousse qu'assez tard des radicules latérales : c'est aux plantes douées de cette organisation que Richard a donné le nom ^exorhises, parce que leur radicule est , pour ainsi dire, saillante et développée: au contraire, dans toutes les monocotylédones et quelques dicotylédones , telles que le berberis (i3),le nénuphar , etc. , la radicule de l'embryon est épaissie et comme arrondie à l'extrémité; elle ne s'allonge presque point au moment de la germina-

(10) Gaertn. fr. 1, pi. 119.

(11) /*!€£. fir. a, pi. 126, f. 6.

(la) lbid,y pi, m, f. i.

(i3) Ibid. fr. i,pl 42, f. 6.

tien; mais, à cette époque, elle doone naissance, soit latéralement, soit par le sommet , à quelques radicelles ordinajrement simples, qui jouent le rôle de radicules, et semblent quelquefois sortir de la radicule arrondie par des espèces de fentes particulières; cette structure spéciale a fait donner par Richard , aux plantes qui en s!bnt douées , le nom îXendorhizes. On l'avait depuis long^temps observée dans celles de ces plantes qu'on a le plus souvent occasion de voir, telles que le froment, le seigle et l'orge, et on avait voulu voir dans cette organisation une précaution particulière pour la nourriture de l'homme*, une observation plus attentive a prouvé qu'un grand nombre d'autres végétaux participaient à la même structure.

Il arrive souvent parmi les^ embryons endorhizes, ou que k radicule d'où doivent sortir les radicelles, est trèsgrosse et comme en tête , et alors on dit que l'embryon est macropode^ par exemple, le pekea (i4)> ^^ ^^^ l'une des parties latérales de la radicule prend quelque accroissement insolite , et alors ce genre de tubercules a été confondu avec plusieurs autres sous le nom de yitelliis^ ou que l'extrémité radiculaire arrêtée dans son alongement, se réfléchît sur elle-même, et forme une espèce de ^ac clos de toutes parts, qui enveloppe tout l'embryon , et qui a reçu le nom de saccule^ c'est Cje qu'on voit dans la tribu des nymphéées (i5). Ainsi celte distinction des végétaux en exorhizes et endorhizes, qui semblait promettre une nouvelle confirmation de la division naturelle des deux grandes classes de phanérogames , se trouve réduite \ un

(i4) Rich. in. ann. mus. vol. 17, pi. 9,%. 60, Gi.

(j5) DC. , Nymph. in Mcm. soc, hist. nat, Gcn. i, pi. i.

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ORGANES REPRODUCTEURS. (j5

phénomène Tenianpable , il est vrai , mais qui ne peut servir de Garactère classicpie.

Lorsqu'à la germination des exorhizes on coupe lextrémité de la radicule , au moment où elle sort de la graine, on la transforme, pour ainsi dire, artificiellement en endorhize } c'est-à-dire qu'on la force à - produire des radicelles latérales beaucoup plutôt que sa nature ne rent comporté. La distinction des endorhizes et des exor hizes qui semble si tranchée au premier coup-dœil, devient moins {>rononcée quand on exainine tous les cas intermédiaires } ainsi les radis ordinaires présentent au-dessous de leur coUet deux espèces de lanières appliquées sur la racine, ^et qui sont des sortes de eoléorhizes; car ces lanières sont les débriis d'une espèce de gaine que la radicule a percée ou déchirée en se proloDgeant> de sorte qu'on pourrait dire que le radis est une plante endorfaize , Ijni ne pousse qu'une seule radicule.

Les. radicules, quelle que soit leur foribe, sont souvemt munies , an moment de leur développement , de poils |>articuliers : ces pdls sont d'un blanc argenté, 'msez longs, bér^sés, nids: d'une con^stan(% très-molle, et d'une durée assez courte ; ils naissent principalement près du collet, et toujours dans les parties exposées à l'air-, leur usage particulier n'est ppint encore bien connu , mais leur existence est surtout remarquable en c^ que les racines sont en général dépourvues de véritables poils. J'ai donné à çetix-ci , pour désigner leur place ^ le nom Ae poîU radzcauk, ( Voyez liv. I**^ chap. lo, art. j)^

La radicule de l'embryon , quelle que soit sa forme , se reconnaît, i^*" dans la graine, avattt la germination, parce qu'elle est toujours dirigée du côté exlériçur; caractère

C)4 0RGA?îE5 REPRODUCTEUR*.

très-important à (d)server dans les plantes monoootjlé^ dones , où il est quelquefois le seul dont on piHsse se servir facilement pour distinguer les deux extrémités de Tembryon; 2.* après la germination , parce que ( sauf un trèspetit nombre d'exceptions , tdiles que le gui ) la radicule est dirigée yers le centre de la terre : cette direction est tellement prononcée , qu'elle se présente dans toutes lès circonstances les plus diverses ; on observe en particulier que quelle que soit la portion des graines germantes, lenr radicule se dirige en bas y et si Ton retourne vers le.zénith une radicule plus ou moins développée , elle tend toujours à se retourner d'elle-même pour reprendre sa position naturelle. La cause de ce phénomène est un objet de physiologie délicate, qui sera discuté aiUeurs; je me borne k citer ici le £ut comme caractère distinctif des radicules germantes*

La plumuîe (plumula) est, avons-nous dit, la tige de l'embryon ou de la jeune plante, déjà présente dans la graine ou dans la germination ; elle se distingue, quelle que soit sa forme, parles caractères opposes aux précédens^ savoir, dans la graine , parce qu'elle est dirigée du côté intérieur; dans la germination, parce qu'elle tend à s'élever vers le zénith, qu'elle verdit à la lumière et dfire tous les autres caractères des tiges. La plumule peut se diviser en deux jNtrties, que Richard a désignées sous les noms de tigelle et de gemmule..

La tigelle Ccauliculus; est cette partie de la plumule qui va du cdl^ aux cotylédons ; la gemmttîe (gemmula) ce qui est au-dessus des cotylédons: dans les embryons qui n'ont pdai de coCylédans apparens^ comme la cuscute, la tigelle et b genumile se confondent.

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OBGÂN£S B£PKODUCT£UBS. 9$

L'existence de la tigelle a été souvent méconnue^ parce que cet organe est quelquefois si court, qu'on peut à peine le distinguer ; mais comme tes cotylédons naissent toujours sur ia tige , ]a distance grande ou petite de leur origine jusqu'au coHet peut toujours être mentionnée; cette Ion* gueur de la tigelle parait même de peu d'importance dans la symétrie de la plantule; ainsi, parmi les papib'onacées, le haricot présente une tigelle qui a jusqu'à deux pouces de longueur, et le pois en ofifré une si courte qu'elle est k peine visible (i6). La longueur de la tigelle influe beaucoup, à l'époque de la germination, pour déterminer si les co^Iédons sont saillans hors du sol, situés à fleur de terre, ou souterrains; ces trois manières d'être se retrouvent dans diverses plantes de la famille des légumineuses, et cet exemjde suffirait à loi seul , et indépendamment de tout autre raisonnement, pour prouver qu'on ne peut pas, comme Willdenow l'avait proposé, tirer de ces caractères les divisions pTÎmmres des plantes. (Voyez Tkéor. ëlém. , éd. 2 , pag. 4^8 ) ; ce sont des particularités remarquables, mais non des caractères classiques. La tigelle est ton* jours simple, même dans les plantes qui deviennent les plus brandiues ; presque toujours dépourvue de feuilles, même lorsque celleS'Ci seront très4]iombreuses près de la racine : les branches et les feuilles ne commencent à se développer qu'au-dessus des cotylédons. Je ne connais^

(16) Yoy. lea figures de germinations des lëgvminenses dans DC , Mém. l^gnm. , pL 4 ^ ^7» ^^ partout la tigelle est marquée t^ et la Traie tige ou gemmule T. Voyez aussi les germinations figurées à la suite de cet ouTrage, aux planches 4By ^> So, &t, Sa , 53 9 54 , et dans lesquelles la tigelle est aussi marquée < >< et la^ vraie lige T.

96 ORGANES BEPRODUGT£URS«

d'exception à ces règles que les euphorbes, qui, selon Tobservation de M* Rœper, ont quelquefois des bourgeons sur la tigelle, au-dessous des cotylédons (17).

L'existence de la tigelle, qui est si évidente à la germination , tend à prouver qu'on ne doit point, comme l'ont fait quelques naturalistes, confondre le collet proprement dit, c'est-à-dire Je plan de séparation de la racine et delà tige, avec-Forigme dés cotylédons. Ces deux points diffèrent , dans le haricot , de près de deux pouces, et ne peuvent jamais coïncider entièrement.

La gemmule , ou la partie de la tige qui s'élève ai^-dessus des cotylédons , est , à vrai dire, le premier bourgeon de la plante, comme son nom est destiné à l'indiquer ; il est des graines où elle se présente sôus l'apparence d'une petite pointe aiguë et à peine visible ; il en est d'autres où elle offre déjà dé petites feuilles assez visibles, auxquelles on a donné le nom Ae feuilles primordiales', en général, la gemmule en se développant , à l'époque de la germination, offre toutes les apparences d'une jeune branche qui sort du bourgeon munie de feuilles •, dans quelques cas, tels, par exemple, que le cactus melocactus{\S)^ Veuphorbia canariensis (19), et en général dans les plantes grasses à très-petites feuilles; *elleest très-grosse, dbi&rpue, arrondie et dépourvue d)e feuilles: dafns^es ca&, on Ta quelquefois prise pour un cotylédon unique; mais , eti y regardant de-plus près , on -trouve \es deux cotyl é don s ^ très ' pet its il est vrai, et comme cachés sous Ja* masse de là gemmule.

(17; Rœp. cuph. germ., pi. 3, t 58.

(i«) Voy.pl. 48,f. 3.a. &!c, (19) i*id.,pl. 48, f.4. a. i.

byGoogk

ORCANB8 RBPRODCCTEITRS. 97

Les embryons à grosse tigelle ont reçu le nom d'embryons macrocéphales.

On donne ^avons-nous dit plus haut , le nom de cotylédons aux premières feniUes de la plantule, déjà formées et visibles dan» la graine. Que les cotylédons soient des feuilles , c'est ce qu'il est facile de prouver :

I.* Par leur transformation habituelle en feuilles et leur coloration en vert à l'époque de leur germination ;

1.^ Par leur position respective, semblable ou analogue à celle de \sl plante déjà développée ;

3.» Par leur anatomie absolument semblable à celle des feuilles, et parce qu'ils sont en général munis de vaisseaux et de stomates distribués de la même manière. L'ensemble des nervures, ou vaisseaux des cotylédons, a été nommé racines séminales^ par GreW, OXJl'V aisseaux mammaires , par Bonnet;

4.* Parce que . dans les plantes où les feuilles offrent des phénomènes spéciaux, tels que la mobilité de celles des sensitives , ou la présence des glandes dans les hypericum on les cotonniers (20), etc., les cotylédons offrent les mêmes caractères;

5.' Parce que leur développement , leur mort, leur chute, sont analogues à ce qui se passe dans les feuilles ordinaires;

6.^ Parce que les cotylédons manquent dans les plaiftes qui sont naturellement dépourvues de feuilles, telles que les cuscutes (21);

7.* Parce que, lorsqu'ils sont opposés , ils portent à leur aisselle, comme les feuilles opposées, tantôt une seule

(20) Voy. pi. 5i,f. I.

(ai) Voy.pl. 34, £.3. »

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