CHAPITRE VI
Des Stomates, ou Pores de la Cuticule.
J £ désigne , avec M. Link , sous le nom de stomates (sto« inata), des orifices ovales, très- visibles lorsqu'on soumet au microscope la cuticule de la plus grande partie des surfaces herbacées des plantes. Grew est le premier anatomiste qui les ait observés, mais sans les désigner par un nom particulier, et sans leur donner une grande attention (1); Guettard, qui les a vus à la loupe seulement, les a désignés sous le nom de glandes miliaires {%)\ Gleichen les a bjen observés sur les fougères, mais les a pris pour leurs organes mâles; Hor.-Bénéd. De Saussure les appelle glandes corticales (glandulae corticales), et les décrit avec soin dans son Opuscule sur Técorce des feuilles; Hedwig les désigne sous le nom de pores éçaporatoires (spiracula) (3) (pori exhalantes) ; Jurine fils , Link (4) , et Kieser (5), sous le nom simple de pores (6)^ De La Métherie, sous celui de glandes épidermoïdales. M. Mirbel les a nommés, dans divers ouvrages , /wre* alongés on grands
(.; Voy.pl.48, f.2.
(a) Mëm. Acad. Scienc. de Pari», 1745.
(3) ^edvig, Samml., i, pi. 5, f. i , 6. Theor. gêner, retr. et aucU , pi. 3 et 4.
(4) Ann. Mu8. , 19, pi. 17, f. 11.
(5) Ries., Mém. org. des Plant., pi. 19.
(6) Rud..Anat. , pi. i , f. i, 4 j pi. 5, f. 4. Sprcng., Bau. Gcw. , pi. 1, f. 3, 5; pi. a , f. 85 pi. 7, f. 35, 36.
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ORGANES ÉLÉNENTAlAbS. 79
pores (7); M. Rudolphi les a bien décrits sous le nom de pont de tépiderme (S); je les ai moi-mênie mentionnés sons te nom de pore$ corticaux (pori corticales); Mais , comme ancan de ces noms composé^ n'est rigoureusement exi^pt , et qu'un terme simple est d'un emploi plus commode, )e préfère aujourd'hui de les désigner sous le 00m de stomates, que M. Link leur a donné. Ce mot veut dire bouche; mais je l'adopte comme image, sans prétendre Passimiler, comme on le verra, aux bouches des animaux. Je le préfère à celui de pores ^ parce que ce dernier est employé dans des sens très-divers, pour désigner toute espèce de petit orifice.
Les stomates se présentent sous ta forme de pores ovales, tantôt presquç arrondis, quelquefois assez alongés; leur grandeur, qui varie d'une plante à l'autre, est communément en rapport avec la grandeur des mailles dessinées sur fa cuticule; les plantes liliacées, et^ en général, celles à tissu lâche, les ont ordinairement plus -grands et plus rares; celles à tissu serré les ont plus petits et plus rapprochés. L'orifice béant des stomates a été vu et admis unanimement par tous les observateurs , excepté par M. Mirbel, qui, après l'avoir admise et figurée dans ses premiers ouvrages (9), soupçonne (j'ignore sur quel fondement) que cet orifice des stomates est une illusion d'op- ■ i> I II I ■ ■■ ■ I II III
(7) Élém. » pi. 14» f- I» 3 » 3> Thëot. , ad. a , pi. i, f. i» n.o ^,
(8) DstDS nu Mémoire lu à PInstitut, en 1801 > dont an extrait fut inséré immédiatement dans le Bulletin philomatiqne, et qui a été pabifé en entier dans le premier volnm» des Mémoires des SaTans étrangers : la plupart des résultats indiqués dans ce mé«
* moire ont été confirmés en 1807 par M. Rudolphi, dans son Anatomie des Plantes.
(9) Mirb. , Anat. Tabl. , f. 18, 19, ao, ai, a4.
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80 ORGANES ÉLÉllENTAIllES.
uque. On peut, en particulier, reconnaître la porosité des stomates ^n ceci, que leur orifice se voit également^ soit qu'on examine la cuticule par-dessus ou par-dessouSé Non-sedement tous les autres anatomistes admettent que les stomates sont réellement perforés, mais liront tous observé que leur ouverture varie de grandeur, selon les circonstances où ils se trouvent : ils sont, (u général, ouva:ts dans les feuilles qui végètent bien^ et dans les parties exposées au soleil : ils sont moins ouverts , ou quelquefois ' tout-à-fait clos, dans les surfaces foliacées souffrantes, trop âgées ou mal éclairées depuis quelque tetnps. Leur bord a l'apparence d'une espèce de sphincter ovale , susceptible de s'ouvrir et de se fermer-, le trait qui entoure ce sphincter est toujours continu avec ceux qui forment le réseau de la cuticule; sous celle-ci,. et, dans Tinterv^fHe^ entre le pore et le bord du sphinctijer, on trouve très-souvent des. molécules de matière verte assez adhérentes^
Les stomates existent d'une manière plus ou çioins prononcée dans toutes les surfaces foliacées des^végétaiyc vasculaires, ^voir : sur les feuilles proprement dites, les stipules, les écorces herbacées, les calices, les péricarpes non charnus *, ils manquent dans toutes les racines , dans les tiges âgées, les pétioles non foliacés, la plupart des pétales , les fruits charnus, et toutes les graines des végétaux vasculaires ; ils manquent CBCore dans tous les organes des végétaux cellulaire^. Quelques naturalistes, et notamment M. Trcviranus , assurent cepepdant en avoir vu dans un petit nombre ^e mousses; mais je n'ai pas su les y reconnaître; M. Rudolphi nie aussi leur existence dans les mousses et les hépatiques.
Les feuilles ne portent pas des^tomates indifféremmen^
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ORGANES &Léll£NTAIRES. 8l
sur toutes les surfaces; les unes, comme, par exemple, celles de poirier, de bégonia spatiulata, etc., n'en ont (p'k la sur&ce inférieure; la plupart de celles des liliacées 00 des graminées en ont aux deux surfaces; les feuilles flottantes des nymphéacées en ont à la surface supérieur^ seulement. M. Rud(Jpbi assure qu'ils manquent complètement dans quelques feuilles extraordinairement laineuses , telles que les marrubium. On n'en trouve sur les pétioles.que lorsque ceux-ci sont dilatés en des espèces de feuilles^ ou bordés de lind>es foliacés. Les stipules n'en ont que lorsqu'elles sont foliacées; il en est de même des jeunes pousses, qui en ont lorsqu'elles sont herbacées, mollis et vertes, et qui en manquent généralement lorsqu'elles spnt , ou trop ligneuses , ou trop charnues , ou trop membraneusefi; quelques tiges ligneuses, mais à écorce verte et de nature presque foliacée, ont des stomates comme les véritables feuilles : telles sont, par exemple, celles de lephédra. Les involucres et les calices suivent des lois analogues; ils out des stomates quand ils sont jEoliacés, et n'en ont que peu ou point quand ik sont membraneux; les périgones en ont presque tous à la face inférieure , même quand ils sont .colorés, comme celui de la belle-de-nuit, et la plupart en manquent à la face supérieure ; les pétales n'en ont presque jamais (lo), si ce n'est dans quelques plantes, telles que le michauxia^ le campanula barbata^ lepega" num harmala, qui en ont à l'extérieur; le dictamnus'al'
èusj et, selon M., iludolpbi, ïepilobium dngmtifolium,
-■ (la) Si quelques auteurs ont parliî des stomates des pétales comme fr^quens , c'est qu'ils ont pris pour de vrais pétales , ou ^es calices colorés » comme dans ^es nigeiles et les passiflores , ou^ des pe'rigones , comme le lis et la belle-de-nnit.