‹ Cours de botaniqueChapitre 34 sur 63 · SECTION IL · texte numérisé non relu

SECTION IL

Z>tf /a tige des Exogènes ou des Dicotylédones,

, ' La tige des exogènes offre l'organisation la plus compliquée de toutes ; et si je commence par l'^amen de celte dasse, c'est qu'elle' est beaucoup mieux connue que les deux autres; que la multiplicité même de ses organes fait que chacun |oue un rôle plus facile à décrira, et que, renfermant jf ailleurs tous ks arbres de nos chmats, c'est elle qui se présente naturellement à notre esprit et à nos recherches.

On reconnaît, dès le premier coup-d'œil, deux parties bien distinctes dans la tige des exogènes ; savoir : le corps Ugneua: ou système central^ qui est placé au 'centre de la tige, et fait la partie principale du tronc, et le corps ou système cortical^ ou Xécorce qui enveloppe le corps Tome /•'*. 1 1

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l6t OBGAIIBS rOMDAMBNTÀCX.

ligneux (i). Cbacuoe de ces deux parties présente elfe* méfse deux portions distinctes , et placées en sens kiverse (d). La partie paren^hymateuse du corps ligneax , la moelle cenfrale ou la moelU proprement dite, en occupe le centre ; et la partie fibreuse , <|ui se compose du bois et de X^uhUr , est disposée par couche autour de la moelle. Au dbntraire, dans Técorçe, la partie parenchjmateuse, ou la moelle corticale^ qui porte le nom S enveloppe cellulaire, se trouve, en-dehors; et la partie fibreuse, cpî comprend les couches corticales et le liber, est à Tinté* rieur. Le corps ligneux et le corps cortical sont donc deux parues organisées en sens inverse Tune de rautrc(3). Nous allons d'aborà étudier chacun de ces organes considéré séparément , pour nous élever ensuite à quelques considérations générales sur leur ensemble.

Aat. l.^ -^ Du Système central ou ligneux.

J i*!*. Considérations g^Dérales.

Le système central, ou le corps ligneux d'un arbre considéré en masse, se compose d'un nombre indéfini de cônes emboîtés l'un sur l'autre, trés-alongés, et qui, toupés horizontalement) offrent auuot de couches concentriques. Chacune de ces couches est composée, oomme M. Dutrochet l'a bien établi (i), de deux parties principales : I.* une zone de tissu cellulaire arrondi, située du

(i) DC., FI. fr., éà. 3, pt I, 1 ro. Mirk., Élém. , pi. 9, f.. I. Turp., Icoii.> pi. a, f. 6.

(a) DC. , FI. fr. , éd. 3 , vol. I , p. 75. Dutroch. , Mcm. Mas., 7^ p. 391.

■(3) Dnliawi., Pbys. atb. 4» pi. 2, f. 09.

(«) Mém. IVId9. d'Hist. nst. 7, p. 879 «t suiv.

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OICANBS FOUBAVBNTAVX. i65

efrié ÎBtéiieiir; et %.* luie looe de fibres oa de faisoetv de Tiisseaiix et de cellules alongés, située du côté extérieur. Par-conséquent, la couche la .plus iptérieure ou la plus audenne offre la aone de tissu cellulaire sous la forme d'un cylindre central : c'est ce qui forme la moelle proprement dite; et toutes les couches suivantes offrent kur tissu cdlulaire sous la forme d'une zone plus ou moins étroite, qui sépare la zooe de fibres de l'année précédente d'avec celle de l'année actuelle. Tout cet appareil est traversé, du centre à la circonférence, par des lames de natnre analogue à la moelle, qui, dans les coupes transversales, ont Fapparence des rayons d'une roue ou des lignes boraires d'un cadran, et ont reçu le nom de rayons mé* duUains.

Nous devona examiner soccessivement ces diverse? parties. .

J a. Dt ]t moelle centrale.

Si ToB coupe en travers une tige de snrean, par exemple , oa de tout autre arbre exogène , on observe dans le centre un canal ordinairement anguleux ou à-peu-prés cylindrique, auquel Grew donnait le nom de creux médullaire, et qu'on nomme généralement canal médnUaire (canalis medullaris). Ce canal est rempli, au-moins dans la jeunesse des' branches, d'un tissu cellulaire arrondi , auquel on a donné le nom de moelle (meduUa), parce qu'il occupe le centre du bois, comme la moelle remplit la cavité centrale des os aibngés dans les animaux. La moelle a été nommée., par M. Dutrochet, medulle, et par H. Cassini, assemblage utriculaire intérieur»

Les cellules dont la moelle est composée, soqt ordi* nairement plus régulières, plus grandes, plus dilatées, et

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l64 OBGANES FONDÀMBIf TAUX.

d'une consistaDce plos spongieuse que celle du reste dit tissu; dans plusieurs plantes, ce tissu cellulaire compose la totalité de la moelle; dans un assez grand nombre, on trouve une rangée circulaire de fibres isolées les nnes des autres^ et disposées dans la moelle sur le bord extérieur du canal ; c'est ce qu'Hedwig a désigné, dans ses premiers ouvrages, sous le nom de vasa ^brosa, et que je nom* merai^^r*?^ médullaires (fibrae meduUares); enfin, dans un petit nombre d'exogènes, ces mêmes fibres,. au4ieu d'être rangées circulairement, sont éparses dans toute la moelle; c'est ce qu'on remarque facilement dans les tiges des férules (t), et que M. Mirbel a aussi observé dans celles de la belle-de-nnit. Les tiges de férule ont la moelle très-grosse^ entremêlée de fibres éparses, et le corps ligneux à-peine visible , comme cela arrive dans la plupart des tiges annuelles; de sorte quiau premier coup»d'œil, on serait tenté de les prendre pour des endogènes. Ces fibres médullaires se colorent quelquefois, lorsqu'on fait tremper de jeunes .tiges dans de l'eau colorée, ce qui annonce qu'ils donnent passage aux sucs séveux; la partie cellulaire ne se colore jamais dans cette même expérience; c'est ce qui résulte soit des essais faits par le jésuite Serrabat, qui, sous le nom de Delabaisse, a publié une Dissertation sur la circulation delà sève, soit de mes propres expériences sur ce sujet.

L'étui médullaire (vagina medullaris ) est une coucbe. Ugneuse qui entoure immédiatement la moelle. M. Du Petit- Thouars observe qu'il semble former un cylindre continu du sommet de l'arbre jusqu'à sa base; mais que , comme la

(r) V©y. pi. 3,' ^g. 3.

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ORGANES FONDAMENTAUX. l65

moelle, il est composé d'autant de parties qu'il y a de pousses. C'est uoe couche de fibres ligueuseç dans lesqaelles on trouve des trachées déroulables, non-seulement dans la première année, mais, comme BilM. Mirbel et Ou Petit-Thouars l'ont observé , dans des troncs fort âgés. Dans plusieurs arbres , cet étui médnl|$ire conserve, même dans des branches âgées, une couleur verte qui annonce qu'il est encore doué d'un mouvement de végétation : c'est ce que Sénebier a vu dans le phytolacca, et ce.<iue fai remarqué aussi dans le marsonnier^ le catalpa, Taidante, etc. U parait que c'est Hill qui, le premier, a observé cet organe -, il l'avait nommé corona, et le regardait comme le prindpal mobile de la végétation (2). Dans plusieurs arbres, et notamment dans ceux à feuilles alternes, la moelle forme un canal continu d'un bout de l'arbre à l'antre, maïs légèrement resserré à chaque nouvelle pousse (3). Dans d'autres, au contraire, tels que le marronnier, le frêne, la v%ne (4), etc., qui sont tous à feuilles opposées, la moelle est interrompue, à chaque noeud ou à, chaque pousse annuelle, par une espèce de cloison Ugneuse; la même chose a lieu, d'une maniire plus évidente encore, dans les tiges articulées, par exemple, dans celle du caealia articulata,

La masse du tissu cellulaire de la moelle varie beaucoup d'espèce à espèce; les herbes et les arbrisseaux en ont en général plus que les arbres. La férule (5) a la moelle la plus grande que j'aie encore, observée proportionnelle-

(a) Du PetiuTii. , Xl.« Ess.^ $ 20.

(3) Voy. pi. 3 , f. 3.

(4) Grcw, Anat. , pi. 19 , f. a.

(5) /5/cf.,pl. 19, f, 3.

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|66 ORtiANBé FOIfDAMBHTAVX.

ment ao cbamétre de la tige. Patnû les arbres, ceux à boit trés-dors semblent aroir en général moins de moelle que tes antres ; Tébène , le gayac en ont fort peu ; le poirier, le tbéne un pieo davantage; le surean, l'épine blanche, le figuier, le sumac, l'ailante, k marronnier, en ont davantage encore.

La grandeur des cellules de la moelle esc aussi très-» Variable, si l'on compare les espèces êntr^lles. Le sureaa et le chardon onf, l'un et f autre, une moelle fort consi» dérable; mais dans le premier, elle est composée d'on grand nombre de très-petites cellules *, dans le second , d'un nombre moins considérable de cellules beaucoup plus grandes.

Le canal médullaire des jeunes pousses, att4iett d'être cylindrique, présente fréquemment des angles disposés régulièrement. Ces angles sont en rapport avec la disposition des feuilles Sur la branche. Cette observation inté-» fessante de MM. Palisot de Beauvoîs et Du Petit-Thonars, n'a pas été appliquée à un assez grand nombre d'espèces pour qu'il soit possible d'en tirer quelques conséquences Importantes; elle mérite tout-à-fait d'être reprise avec attention.

Mais pour se faire de* la moelle une idée jusre, il est tnoins important d'étudier les variations qu'elle présente dans les divers végétaux, que de suivre son histoire en» tière dans un même végétal : c'est ce que nous allons essayer de faire rapidement

La moelle d'une très-jeune pousse est un tissu (6) cet» Inlaire régulier, continu, ou strictement Cotitigu dans toutes

(6) Grew^ pi. aa , 6.

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OAGANES FONDAMSNTAUX. , 167

«et parties {one etuire puce Grew, p. lao) , et imbibé desocsq^î le resdent mon, et lui donnent une couleur YeUe €t herbacée* Dès que la végétation est avancée , tes celloles de ce tissu se vident, et se desséchent plus on moins vke selon les espèces, prennent une teinte blanche on brunâtre dans certains arbres , et alors il se passe , dans les différentes tiges, Tua des trois phénomènes snivans : si k moelle est assez consistante, et que ses celloles soient petites ou du^moinr susceptibles de s'étendm sans déchirement, comme^ par exemple, 4atts le sureau, le iBarrQnnier(7), alors la moelle se dessèche peu-i-peu, et, i la fin de la première année, prend Fapparence d'un tissa cellulaire desséché, mais conserve toutes ses anciennes formes. Dans quelques arbres, tel que le cbéne, le tissu cdhilaire.de la moelle se solidifie ^ et devient dur et corn*' pacr, mais sans perdre sà forme primitive. Si la moelle, a des ceiioJes grandes, on un tissu qui n'est pas susceptible d'extension, alors ce tissu se rompt en travers ou en long, selon qu'il est tiré en tel ou tel sens par l'alongement ou lélarg^ssement de la branche. Ainsi, dans certaioeç tiges, telles que celles du noyer, du jasmin officinal, etc., ra)oDgem«Qt des jeunes pousses rompt la moelle en travers, et forn)0, a la fin de la première année, de petits disqnes transversaux de moelle desséchée, séparés par autant de cavités dîsciformes (8).

Sî , au contraire, Taccroissement en diamètre est proportionnellement plus fort que l'atoogement, alors la moelle se fend en long, comme on le voit dans le chardon, les phlomis^ et en général dans les tiges herbacées , chez

(7) Dolum. , Phyt . iirb. i, pi. a , f. t5. (%) Grew, Anal., pi. 19, f. 4*

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l68 ^ ORGANES FONDAMENTAUX*

lesquelles le canal médullaire se creuse par une tubulure longitudinale, ou dès la première année, ou quelquefois un peu après, lorsque la première couche ligneuse vient à se dilater.

Mais que devient cette moelle après la première année? Cette question est, dans la réalité, plus curieuse qu'utile; car cette moelle , inerte et desséchée, ne parait plus avoir aucune action. Grew a , le premier , avancé que la moelle était plus petite dans la branche de deux ans que dans celle d'un an; qu'elle diminuait encore dans la branche de trois ans, et ainsi de suite ; d'où il parait induire qu'elle s'évanouissait au bout de quelque temps. Duhamel a formellement annoncé cette disparition de la moelle dans les vieux.troncs;/?^»'^-/'^!!^ dit-il, le canal médullaire di» minue de diamètre ^ eh dans les gros arbres {ceux mêmes qui dans leur jeunesse ont le plus de moelle) , on ne voit plus ni canal ni substance médullaire, (Phys. arb. I, pag. 37).

Mustel admet aussi cette disparition de la moelle sèche , et la formation de nouvelles couches ligneuses dans l'intérieur du canal médullaire. (Traité végét. I, p. 62).

M. Mirbel dit aussi, dans son Histoire des Plantes (vol. I, pag. 194)) qu'un liber intérieur (dont il admet l'existence) se développe, et la moelle disparait com» plètement. Presque tous les auteurs modernes ont partagé cette opinion. Sénebier parait admettre comme un fait certain cette disparition de la moelle, puisqu'il cherche les moyens de l'expliquer; mais il parait croire que ce phénomène n'est pas général à tous les arbres. (Phys. vég. I , pag. 267). Varennes de Feuille a, le premier , élevé du doute sdr l'assertion de Duhamel, en disant qu'il possède

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OBGANJBS FONDAMBKTAUX. 169

deux écbaDtiUoDS qui prouvent Je contraire (Mem. for., II, p^g. 286). Mais dans ces dernières années, MM. Knight (Trans. phil. pour 1801) et DuPetit-Tfaouars (Essai sur la Vég., XI, pag. ao5, lu à llnstitut en i8o5, et XIII , pag. 4^ etc.) me parais3ent avoir mis dans le jour le plus évident la proposition contraire à celle de Duhamel , c'est-à-dire , la non-disparitian de la moelle dans les vieux troncs ; leur témoignage est confirmé par MM. Desfontaines, Jussien et Labillardiére , commissaires de l'Institut , qui ont trouvé la moelle dans de vieux troncs de sureau, de chêne, d*épine blanche, de hêtre, de charmille et d'orme, et je l'ai vérifié moi-même smi plusieurs arbres , tels que le mar- ' ronnier (9) , l'aâante.

Gemment donc une question en apparence si simple que celle de savoir s'il y a ou s'il n'y a pas de moelle dans les vieux troncs , a-t-eUe pu être si long-temps un sujet d'erreur et d'incertitude? Cest que Ton n'a pas assez remarqué que toutes les jeunes branches n'ont pas , à beaucoup près, un égal diamètre , et que leur canal médullaire est en proportion ayec leur grosiseur; ainsi, par exemple, les branches gourmandes du sureau ont une moelle dont le diamètre est au-moins double de celles des branches à frm't. M. Du Petit- Thouars a même remarqué que parmi les jeunes branches de sureau (10), le diamètre de la moelle varie dans«diverses proportions entre une et neuf lignes. Ces variations se présentent dans presque tous les arbres ; de sorte que si Ton examine une jeune pousse fort grosse, et ensuite une branche provenant d'une jeune

(9) Voy. pi. 5 , 6g. 1 , un« branche de marronnier de (juinzo ans, où Ton Toit encore la moelle intacte.

(10) Hist. d'un More, de Bois ; p. ia5 , fig. A.

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J70 ORGANES FONDAUENTAUX.

pousse plus mioce, 00 décidera que la moelle a diminué, tout comme ou déciderait le contraire, si l'on prenait une jeune pousse fort mince , comparée à une branche proyenne d'une jeune pousse fort vigoureuse. Les troncs très-durs dans lesquels le canal médullaii^e est a-peine visible, proviennent de branches qui, dès leur jeunesse, avaient une moelle extrêmement petite. Ceux à moelle visible proviennent de branches qui ont eu , dès lenr jeunesse, une moelle abondante, et le même arbre présente quelquefois ces deux sortes de branches.

Si Ion a disputé sur un fait aussi simple que l'existence ou la disparition de la moelle dans les vieux troncs , on conçoit qu a plus forte raison on a du ne pas s'accorder surTusage de la moelle. Le3 imciens naturalistes, et quelques modernes qui croyent à la sensibilité des plantes , ont regardé la moelle comme analogue au cerveau ; mais qu'est-ce qu'un cerveau qui s'oblitère chaque année, et qui manque dans tant de végétaux ? D*autres , comme l'indique la similitude des noms, l'ont comparée avec la moelle des os des animaux ; mais la moelle des os est per* manente dans un eut de fraîdieur ; celle du bois s'oblitère. Haies et Mustel la comparent à la substance qui remplit les plumes des oiseaux dans leur jeunesse, qui se dessèche lorsqu'elles ont pris quelqu'accroissement, et qui devient, comme la moelle végétale, un réservoir d'air» D'autres l'ont comparée au c<£ur, au poumon , à l'estomac, etc. ; mais quittons ces comparaisons inutiles , et cherchons à étudier cet organe considéré en lui-même.

Cesalpin et Linné ont pensé que la moelle donne naissance au pistil ; ils ont été entraînés à cette opinion par la ressemblance de la place que le pistil et la moelle occu-

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ORGANBS FONDAIIBNTAUX. 17I

penf daos la fleur et dans le bois. Mais toutes les plantes endogènes qui n'ont pas de moelle centrale, n'en ont pas moins un pistil, et un pistil au centre de la fleur.

Uagncd croyait que la moelle est destinée à élaborer les sucs les plus par(iiits, non ceux qui sont nécessaires pour la simple nourriture du bois, mais tels qu'il les faut pour les fruits, et il essaie de prouver son sentiment , en citant des arbres qui- ont beaucoup de moelle, et qui portent beaucoup de fruits. Mais les branches qui ne sont point destinées à porter du fruit ne sont pas munies de moins de moelle <pie ks branches i fruit; on citerait plusieurs exogènes qui portent beaucoup de fruit, et ont fort peu de moelle; el enfin dans beaucoup d'arbres, la moelle se dessèche' a^ant la fleuraison.

C'était sans doute quelqu'idée analogue à celle de Magool qui avait porté les agriculteurs a dire que pour avoir des fruits sans noyau, il suffit de détruire la moelle des arbres. Dabamel, qui a fait cet essai , a vu que si la branche surrit assez à cette opération pour porter des fruits, ces fruits ont des noyaux comme à l'ordinaire* Au reste, k présence de là moelle dans les branches qui ne sont pasdestinées i porter des fleurs , prouve ass^z que l'usage de cet organe n'est pas relatif à la fleuraison.

Borelli et fiales attribuent à la jnoelle une action puis-* stfite dans la végéution ; ils pensent que cette subs^Moe spongieuse placée à l'extrémité des branches y attire l'humidité; que ceUe<i y adhère fortement; que le soleil cherche à l'en séparer^ et que de cette lutte résulte Falongement des fibres : cette explication est trop éloignée des plus simples notions de la physiologie , pour qu'il soit nécessaire de la réfuter.

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Malpighi a pensé que la sève monte dans le corps ligneux; qu'elle est de là transportée dans la moelle par les rayons médullaires, et qu'elle y reçoit une élaboration particuL'ère. Plepck, qui adopte Tidée de Malpigbi, y ajoute que la moelle est un réservoir de nourriture que la jeune pousse absorbe dans les temps de sécheresse. Ces derniers auteurs se sont fort approchés de la vérité *, mais ils ont trop négligé une circonstance essentielle : c'est que la moelle n'a de vie, d'action^ d'existence physiologique que dans les premiers momens des développemens du bourgeon , et que passé cette époque elle devient flasque et inutile; elle est donc un réservoir de nourriture» destinée à alimenter la jeune pousse, jusqu'à ce que celle-ci, ayant développé ses feuilles , puisse se suffire à ellemême. Elle est, si j'ose m'exprimer ainsi, le cotylédon du bourgeon , pourvu que l'on entende cette expression sous le rapport de l'emploi physiologique de l'organe, et non par rapporta son rôle organographique.

Telle était la manière dont, d'après les faits généraux y j'avais présenté l'usage de la moelle, dans le cours public de physiologie végétale que j'ai donné au Collège deFrance, en 1 8o&. Depuis lors, j'ai eu la satisfaction de voir un observateur distingué arriver, de son côté, auxmêmes idées, et les étayerparun fait très-curieux. M.fDuPetit-Thouars(i i),a remarqué que le lecyihisy qui est bien certainement une plante exogène, germe sans cotylédons apparens(i2),

(il) Essais y^ét. i, p. 3a el 199.

(la) Les Trais cotyUdons de ce genre paraissent soud^ si intimement ensemble, qu'on ne peut les séparer, et qu'ils forment un embryon indivis, simulant celui des monocotyle'dones. (Voyet lui?» m, Chap. iT, art. 40

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. OKGANBS FONDAMENTAUX. i^S

mais que sa première pousse a une moelle fort grosse, ïjai sert à la nourriture de la jeune plante, et joue ainsi phjsioiogiqûement le rôle de cotylédon, comme la moelle ordinaire pour les bourgeons. Si Pon voulait imaginer un être de raison propre à donner F explication de la théo» rie, on ne pourrait, dit M. Du Petit-Thouars, /riiezur rencontrer que ce fait. Après sa dessiccation ou son épuisement , si la. moelle est encore de quelque utilité , ce qui est fort douteux, ce ne peut être, ainsi que Grew Payait pensé, qu'en tant qu'elle deyiéndrait une espècede réservoir d'air atmosphérique. Dans l'article des rayons médullaires, nous parlerons de l'analogie de la moelle avec Fenveloppe cellulaire, et des rayons qui unissent ces deux organes.

Tout ce que nous venons de dire de la moelle centrale, s'appVique avec delégètes nuances aux moelles des années suivantes, qui , sous la forme àe zones médullaires , représentent pour cbacane d'elles la moelle centrale : il résulte de leur position que leur forme est très-différente: mais leur analogie de nature est sensible. On peut s'en assurer en observant certains arbres, tels que le rius typhinum , où la moelle est colorée, et on l'on observe une coloration identique dans la moelle du centre et dans celle des années suivantes. Cette dernière ne se rompt jamais comme celle du centre, ce qui tient encore à sa position; mais elle suitd'aôUenrs les mêmes phases; elle commence par êt^'e fraîche et pleine de sucs, puis finit par se dessécher ou se solidifier. Lorsqu'on fait macérer un morceau de bois, ses parties cellulaires, n'ayant jamais la même densité que les zones fibreuses, se dénaturent les premières, et Ton obtient alors les zones fibreuses plus ou moins détachées les unes des autres, par la disparition du tissu cellulaire intermédiaire*

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174 0B6AIVSS F01IDAHJB5TAUX.

J 3. !Det Coures liseuses du Bois et de PAobier.

Entre la moelle centrale et lecorce, se trouvent de$ couches ou zones concentriques, qui portent le nom de couches ligneuses (strata lignea , in volucra lignea Malp.) L'ensemble de ces couches forme ce qu'on nomme vulgairement le bois de Tarbre; ce que Malpighi nommait portion ligneuse (lignea portio), et d'antres corps ligneux (corpus ligneum), ou sjstème, central. Grew le désigne en anglais, soua le nom de main body^^ c'est-à-dire, corps in' termédiaire. Cette partie, qui forme la base solide des arbres, se présente dans les vieux troncs, sous deux as* pects différens; i **les couches centrales qui sont plus dures, plus colorées, évidemment plus âgées que les couches extérieures : ce sont elles qui composent ce que les ouvriers nomment le cœur du bois, ce que les naturalistes désignent sous, le nom de bois (lignum), ou de bois parfait, et ce que M. Dutrochet a récemment proposé de nommer daram^n. a.o Les couches extérieures sont plus tendres, d'une couleur blanche, et d'un âge évidemment postérieur aux précédentes : elles forment la partie qui a regu le nom X aubier (alburnum, alburua Malp.) à cause de sa blancheur, ou de bois, imparfait^ à cause de sa jeunesse, compàrablement au bois parfait.

Pour faire bien comprendre la différence qui se trouve entre le bois et l'aubier, il est nécessaire d'anticiper un peu sur ce que nous aurons à dire dans la suite sur la formation des couches ligneuses : ai^our du canal médullaire, il se forme, dès la première année, une couche qui entoure immédiatement ce canal ; à la deuxième année, une aeconde couche placée immédiatement en dehors de la première l'entoure encore de tous côtés, et ainsi de suite(i);

(i) Voy. Leeu^enh., Anat., p. is, f. i.

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OB«Alf£S FONDAMElfTAUX* ï-ji

la seide différence essentielle qu'on obeenre entre la prenùère couche et les suivantes, c'est cpe la preoiiére pré-* •ente, même à un âge avancé , des trachées k l'état déronlable, et qu'on ne trouve dans les suivantes , même à l'état de jeunesse , que des vaisseaux rayés ou ponctués (i). Chaque année, les couches déjà formées acquièrent plufl^ de dureté et de consistance, parce que les sucs qui les traversent y déposent continuellement des molécules. II arrive enfin > au bout d'un nombre indéterminé d'années, que les couches ne peuvent plus prendre de consistance c^rienre; ceUes qui sont encore assez jeunes pour acquérir de nouvelles molécules,. forment l'aubier; ceDes qui ne peuvent plus en acquérir, forment le bois. On conçoit, d'après cette exposition pure et simple du fait, que Taubier est nécessairement moins tenace, moins consistant, moins compact que le bois; on conçoit que les diverses couches de l'aubier peuvent offrir divers degrés de consistance d'après leur ancienneté; tandis que celles du bois, étant parvenues a leur maximum d'endurcissement, doivent offrir «ne masae plus homogène, quoique toutea d'âge différent.

DafiS quelques arbres , et notamment dans ceux qui ont peu de dureté^ la ligne de démarcation du bois et de l'aubier est peu sensible : c'est de qu'on voit dans le peuplier, le saule, le marronnier, le céiba, etc.; au contraire, dans les bois durs ceue ligne est très-prononcée par la dureté et la couleur des organes; ainsi, dans l'ebène, le bois est, comaie tout le monde le sait , d'un noir parfait, tandis que £aubîa' est blanc (3); dans l'arbre de Judée, le bois est

(i) Mirb. , Théor. , ëcUa, p. i36.Kad. Anat., p. iSj, etc. W Voy.pl. 5, f. a.

ïjB OBCANES FONDAMENTAUX.

jaune et i'aubier blanc; dans XephyiUrea, le bois est d^un rouge brunâtre, et Taubier blanc ; mais dans cette dernière espèce, on ne trouve du bois parfait que dans des afbres tris-vieux , et j'ai remarqué jusqu'à cinquante couches d'aubier d§ns desphyllirea âgés d'environ deux cents ans, que j'ai été obligé de faire couper dans la partie du jardin de Montpellier, plantée par Belle val.

On conçoit facilement que, dans des arbres d'espèce différente, il doit exister des variétés multipliées dans le nombre , l'épaisseur, la dureté , et la couleur des coucfavs de l'aubier, comparée^ à celles du bois ; mais, dans chaque espèce elle-même, on trouve encore quelques différences dans les divers individus. Ainsi , en général , les arbres qui croissent dans les lieux ou dans les saisons humides., ont plus d'aubier que ceux qui se développent dans les places ou dans les années sèches. Duhamel assure que, dans divers chênes-rouvres, on compte de sept à vingt-cinq couches d'aubier.

Le rapport de l'épaisseur de l'aubier au bois varie d'espèce à espèce, et d'individu à individu, non-seulement d'après les causes précédentes, mais surtout d'après l'âge de l'arbre, ^msi l'aubier est égal au bois dans un chêne de six pouces de diamètre : il est cooune 4enx à sept dans un tronc d'un pied, comme un àneuf dans un de deux pieds, etc.; et encore, ces proportions données par Duhamel sontrelles très-variables. Mustel a observé que les différentes parties d'une .même couche d'aubier pouvaient se transformer en bois parfait à des époques différentes; ainsi, il a vu des chênes qui avaient, d'un côté, quatorze couches d'aubier, de l'autre, vingt; ou d'un côté, seize; de l'autre, vingtdeux , etc. Presque toujours , les couches d'aubier sont

0RGANE9 FONDAMENTAUX. i^^

plus épaisses du côté où eHes sont le moins nombrçuses, c'cst-a-dire, en d'autres termes, que lorsqu'une racine renoootre ime bonne veine de terre, elle nourrit la partie correspondante de Tarbre plus abondamment. Ces parties mieux nourries , ont des couches ligneuses plus épaisses et qui arrivent plus vite à l'état de bois parfait, tandis que les racines qtd rencontrent de mauvaises veines de terre, nourrissent mal les parties correspondantes , et pa^consé* quent, celles-ci ont des couches plus minces, et restent ptos long-temps k atteindre le point de leur dureté complette.

Tons les ouvriers savent très-bien que l'aubier a moins de solidité que le bois, et ont soin de l'enlever des bois de construction. Btiffon, qm a fait de concert avec Duhamel d^s expériences importantes sur ce sujet, a trouvé que dans le cbêne, h différence de solidité de l'aubier et du bois est cùosme 6 est à y. Maïs lacause prîncl|)de pour laquelle l'aubier est rejeté aved soin des bois de construction, é'est qu'a raison de son tissu plus lâche, il est plus altérable que le bois par l'humidité, par les vers et par les insectes. On rencontre souvent des pieux placés dans des lietix humides, dont l'aubier est, ou entièrement pourri, ou altéré d'une manière sensible, tandis que le bois est encore très-sain. .Pour remédier à cet inconvénient, Duhamel et Buffon ont proposé, d'après leur propre expérience, d'écorcer les arbres un an avant de les couper, pAr là on empêche l'arbre de former une nouvelle couche d'aubier, et la nourriture qui aurait été employée k développer cette nouvelle couche, se jetant sur les couches d'aubier déjà formées , le$ durcit prcsqu'à l'égal du bois parfait. Cette méthode paraît devoir être utile pour les constructions navales en particu-

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