AVERTISSEMENT
En 1865, le regretté M. Monny de Mornay, alors directeur de 1 Agriculture, voulut bien me charger de professer la chimie agricole à VÉcole de Grignon ; les nécessités de mon enseignement me forcèrent de rechercher dans les recueils scientiûques français ol étrangers les nombreux documents qui me paraissaient de nature à éclairer les questions que j'avais à traiter; ces recherihes devinrent encore plus actives Tannée suivante, quand M. Wurtz me fit l'honneur de me confier la rédaction des articles lie chimie agricole destinés à son Dictionnaire^ et j'eus ainsi peu à peu entre les mains tous les éléments de Touvrage que je publie aujourd'hui.
En l'écrivant, j'ai eu non-seulement le désir de faciliter les études de mes jeunes et sympathiques auditeurs de Grignon , mais aussi d'être utile aux personnes qui s'occupent de travaux agricoles.
J'ai cru remarquer, en effet, dans les différentes parties de la France que j'ai parcourues, que si les cultivateurs avec lesquels j'ai été en relation avaient souvent acquis une grande habileté dans la conduite de leur exploitation, il leur était parfois impossible de trouver les raisons scientifiques de leur mode d'agir; les éléments de la discussion leur faisaient défaut : je me suis efforcé de les leur fournir. C'est pour leur rendre plus accessible l'ensemble des phénomènes très-complexes qui se succèdent
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devant eux, que j'ai composé cet ouvrage, et si j'ai réussi à être assez clair pour qu'un homme d'une instruction moyenne puisse me lire aisément, j'espère qu'il trouvera dans ce volume des notions précises qui lui faciliteront sa tâche.
Le Cours, de chimie agricole traite successivement du développement des végétaux, de la terre arable, des amendements et des engrais.
Pour aborder utilement l'étude du sol, pour déterminer la nature des matières qu'il doit renfermer ou que le cultivateur y ajoute pour en tirer d'abondantes récoltes, il convient de connaître le mode d'alimentation des végétaux qui s'y développent. Nous traitons dans les premiers chapitres, de la germination, de Tassimilation du carbone, de l'azote et des matières minérales. Nous décrivons ensuite les principes immédiats formés à l'aide des éléments précédents, en insistant particulièrement sur les propriétés et le mode de dosage de ceux de ces principes qu'utilise l'industrie (sucre, amidon et fécule, tannin, matières grasses, etc.). Le dernier chapitre de cette première partie comprend l'étude des métamorphoses et des migrations des principes immédiats dans les végétaux cultivés; nous constatons l'importance de l'évaporation, celle de la force de diffusion qui entraîne les principes élaborés dans les feuilles jusque dans les graines, les tubercules ou les tiges ligneuses ;ils y séjournent pendant la mauvaise saison, puis s'en échappent au moment du réveil de la vie végétale, pour constituer les jeunes organes à l'aide desquels les plantes puisent de nouveau, dans la terre et dans Tair, les éléments nécessaires à leur accroissement régulier.
Outre les travaux déjà anciens de Haies, de Priestley, d'Ingenhousz^ de Sennebier, de Th. de Saussure, nous avons mis à profit pour écrire ces chapitres les ouvrages ou les mémoires de MM. Boussingault, Liebig, Decaisne et Ui Maout, Duchartre, Fremy, Peligot, Jamin, Cahours, Th. Graham , Is. Pierre, Berthelot, Cloëz, Malaguti, Julius Sachs, Zœller, etc., enfin les
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mémoires que nous avons publiés nous-mêmes dans divers recueils.
L étude de la terre arable comprend six chapitres : nous y avons décrit sa formation, -ses propriétés physiques, ses propriétés absorbantes, son analyse, sa constitution chimique, enfin nous avons résumé ce qu'on sait aujourd'hui sur les causes qui déterminent sa stériHté ou sa fécondité. Le cours d'agriculture du comte de Gasparin, les recherches de MM. Ebelmen, Daubrée, Hervé Mangon, Schubler, Huxtable, Thomson- Way, Delesse, Vœlcker, Risler, nous ont été particulièrement utiles ; nous avons fiiit, en outre, connaîîre les méthodes analytiques que nos élèves de Grignon mettent en pratique depuis plusieurs années.
Si la terre arable renferme habituellement tous les éléments nécessaires au développement des plantes, si même ceux-ci s'y rencontrent en quantités notables, ils y sont presque toujours à létal insoluble, et ils ne peuvent, par conséquent, servir d'aliments aux plantes, qu'à la condition d'être profondément modifiés; de là, les diverses méthodes employées par les cultivateurs pour mnendêr leurs terres, c'est-à-dire pour mettre à la disposition des végétaux les matières insolubles qu'elles renferment; de là, h Jachère, pendant laquelle l'air pénètre dans le sol retourné par le soc de la charrue, attaque et rend solublçs les matières organiques qui s'y trouvent ; de là encore, l'emploi de la chaux et celui du plâtre. Les travaux de MM. Lawes et Gilbert, Barrai, Bineau, Pouriau, Masure, etc., nous ont été particulièrement utiles pour écrire cette troisième partie.
Si énergiques que soient les agents chimiques employés par les cultivateurs pour rendre assimilables les éléments inertes que renferme le sol arable, ceux-ci sont cependant encore insuffisants pour fournir aux besoins de la masse de végétaux de même espèce que portent nos sols cultivés. Toutes ces plantes atteignent simultanément chacune des phases de leur développement, elles ont au même instant les mêmes exigences, et pour y satisfaire il faut ajouter aux sols les matériaux qui viennent remplacer ceux