DRAINAGE
Si Teau est absolument nécessaire à la végétation, son excès est nuisible, et les sols où l'eau séjourne à une faible profondeur ne don-
yl) Nos expériences sur Tévaporation nous ont conduit à donner à l'influence de la lumière sur la maturation des graines une importance considérable, et nous avons été heureux de trouver qu'à notre insu, cette idée avait été émise depuis longtemps par un des esprits les plus distingués de ce siècle, M. A. de Humboldt^ bien qu'avec moins de précision que nous ne l'avons fait : « Si là où les myrtes croissent en pleine terre (Salcombe, sur les cdles du Devonshire *, Cherbourg, sur celles de Normandie) et où le sol ne se couvre jamais, en hiver, d'une neige permanente, les températures d'été et d'automne suffisent à peine pour porter les pommes à maturité ; si la vigne, pour donner un vin potable, fuit les îles et presque toutes les cétes, même les côtes occidentales, ce n'est pas seulement à cause de la température qui règne en été sur le littoral ; la raison de ces phénomènes est ailleurs que dans les indications fournies par nos thermomètres, lorsqu'ils sont suspendus à l'ombre. Il faut la chercher dans l'influence de la lumière directe, dont on n'a guère tenu compte jusqu'ici, bien qu'elle se manifeste dans une foule de phénomènes. 11 existe à cet égard unç différence capitale entre la lumière diffuse et la lumière directe, entre la lumière qui a traversé un ciel serein et celle qui a été affaiblie et dispersée en tous sens par un ciel nébuleux. Je me suis efforcé il y a longtemps {De distribulionc geographica plantarum, 1817) d'attirer l'attention des physiciens et des phytologues sur cette différence et sur la quantité de chaleur encore inconnue que l'action de la lumière directe développe dans les cellules des végétaux vivants. {Cosmos^ trad. de H. Paye, 1855, t 1^ p. 387.)
(2) M. le baron Thenard m'a raconté que^ dans une visite qu'il faisait au mois de juin à un fermier anglais, il avait commis une erreur de plus d'un tiers sur le rendement probable d'un champ de blé, en l'estimant comme il l'aurait fait en France : la récolte, magnifique en berbê, ne justifiait jamais, à l'automne, les promesses qu'elle foisait au printemps.
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nent jamûs que de mauvais produits. Les causes en sont nombreuses : dans un sol semblable, les travaux s'exécutent difficilement; pendant une grande partie de Tannée il est inabordable aux attelages, et les façons ne peuvent être données au moment opportun ; les graines confiées à une terre très-humide pourrissent sans germer, car la première condition de la germination est la présence de l'oxygène, qui pénètre difficilement dans les terrains où l'eau séjourne. Habituellement, en effet, les terres marécageuses sont noires à cause de leur richesse en débris organiques, ce qui indique que la combustion lente qui a lieu dans les sols bien aérés ne se produit que difficilement dans ceux qui renferment un excès d'humidité. Enfin les terres humides sont dites avec raison des terres froides : en effet, la plus grande partie de la chaleur qu'elles reçoivent est dépensée à évaporer l'eau qu'elles renferment, et non à échauffer le sol.
On a essayé depuis longtemps de triompher de ces mauvaises conditions en déterminant l'écoulement des eaux surabondantes, soit par de simples fossés à ciel ouvert, soit par des tuyaux souterrains, par des drains régulièrement disposés.
La théorie et la pratique du drainage ne peuvent être abordées dans un cours de chimie agricole, et nous renvoyons le lecteur aux traités spéciaux écrits sur ce sujet ; toutefois il importe de rappeler quelquesuns des avantages de cette pratique agricole, qui n'a pas cependant pour la France la même importance que pour l'Angleterre.
Le drainage abaisse le plan de l'eau souterraine à une assez grande profondeur, pour que les semences et les racines des plantes herbacées ne séjournent plus dans l'eau stagnante, mais pénètrent dans une terre à la foisliumide et aérée; il n'enlève, en effet, que l'eau superficielle : et si la sécheresse se fait sentir, l'eau des couches inférieures aux drains remonte par capillarité jusqu'à la superficie; si, au contraire, la saison est humide, l'eau traverse le sol sans y séjourner et s'écoule par les drains. La terre est ainsi toujours poreuse, et l'air peut y circuler ; la chaleur s'y fait aussi sentir, et d'après des expériences dues à M. Parkes, un thermomètre placé successivement dans une terre drainée et non drainées donné un excès de température de 5*,6 à l'avantage de la première : c'est un fait bien connu, que les terres drainées mûrissent leur récolte plus vite que les terres non drainées. L'avantage que le cultivateur trouve dans la pratique du drainage est généralement estimé à 10 pour 100 net du capital engagé dans l'opération, et l'on sait que beaucoup de fermiers acceptent avec empressement de payer 5 pour 100 et plus d'intérêt pour les sommes dépen-
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sées au drainage par les propriétaires ; ce qu'ils ne feraient pas si les travaux ne devaient pas leur rapporter bien au delà de cet intérêt
Il y a quelques années, on estimait à 120 000 le nombre des hectares de terrains drainés en France ; ces travaux représentaient une dépense de 35 millions. Le gouvernement impérial avait essayé de favoriser cette opération, en mettant une somme considérable à la disposition des cultivateurs ; mais la réglementation a été tellement excessive, qu ils ont peu profité de cette bonne volonté apparente. Il y aurait cependant un intérêt général à développer le drainage dans les pays marécageux, car il est reconnu que la santé publique s'améliore singulièrement quand les eaux stagnantes disparaissent. Dans beaucoup de localités, le nombre des fièvres intermittentes et autres maladies de même espèce a été considérablement rédoit par le drainage : dans la Dombes notamment, le nombre annuel des cas de fièvre a diminué dans le rapport de 100 à 16.
iUMiniMement des Landes. — Un des exemples les plus remarquables qu'on puisse citer de l'influence qu'exerce l'assèchement du sol sur sa fertilité est fourni par les landes de Gascogne.
On sait qu'elles forment un vaste plateau presque entièrement horizontal, placé à une hauteur de 80 à 100 mètres au-dessus de la mer ; leur sol est maigre et sablonneux, sans aucune trace d'argile ou de calcaire; il présente une ép^sseur moyenne de 0'",60 à O^'jSO et repose sur un sous-sol imperméable. Celui-ci atteint une épaisseur moyenne de 0'',30 à O^yAO; il est connu sous le nom daliosy et composé d'un sable ordinairement agglutiné par des matières végétales en une sorte de ciment que l'eau ne peut pas traverser, et qu'il est même difficile d'entamer par les instruments agricoles. Pendant l'hiver, tout le pays est inondé par suite des pluies torrentielles qu'amènent les vents du sud-ouest et de l'absence d'écoulement des eaux, qui séjournent sur le sol jusqu'au moment où elles s'évaporent au printemps sous l'effet du soleil : six mois d'humidité telle, que les habitants, rares et fiévreux, doivent se hisser sur des échasses pour parcourir le pays, puis six mois de sécheresse, tel était le pays avant les travaux entrepris par M. Chambrelent, ingénieiu: des ponts et chaussées, qui fit exécuter des fossés de 0*,A0 à O^yôO de hauteur, présentant un faible écoulement ; leur longueur totale est de &00 mètres par hectare. Les eaux stagnantes, même pendant l'hiver, disparurent complètement ; on put alors commencer le boisement par des semis de pins et de chênes qui réussirent parfaitement.
Les essais tentés depuis 18A9 par M. Chambrelent ont démontré la
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possibilité d'utiliser ces terres autrefois abandonnées, et aujourd'hui l'assainissement et la mise en valeur des landes de Gascogne s'exécutent avec la plus grande activité dans les départements de la Gironde et des Landes ; activité qui a été, au reste, particulièrement surexcitée par la hausse considérable qu'a amenée la guerre de 1* Amérique sur le prix de la résine que les pins fournissent abondamment.