TERRE NOIRE DE RUSSIE
(tchornoiiem).
kil.
21 6&8 189 912 lâ5 297
kil.
TERRE
de le Brie,
Chapellee-BonrboD
prè8 de Tonman
(Sein6'«t-lfarne).
kil.
(1) M. Grandeau a donné récemment dans le Journal d^agriculture pratique (1872, 1. 1, p. 471) la composition de quelques échantillons des terres noires de Russie, qu'il a comparé, comme je l'ai fait en 1862, à la composition d'une terre de France d'une fertilité médiocre. Les échantillons de M. Grandeau ont été pris avec soin, et ils représentent les diverses couches depuis la surface jusqu'à 3 mètres ; or, contrairement à ce qui semblait devoir être indiqué particulièrement, à partir de 1™, 80 la richesse en azote de la terre n'est plus indiquée ; au moins cet élément est marqué par un trait dans l'analyse de M. Grandeau, de telle sorte qu'on ignore s'il a été dosé et si l'on n'a rien trouvé, ou si le dosage n*a pas été fait C'est cette dernière interprétation qui paraît exacte, car, pour les autres éléments, les diverses couches ne diffèrent que médiocrement. J'ai donc cru pouvoir conserver les considérations suivantes, qui, ainsi que je l'ai dit dans le travail de 1862, donnent sans doute des nombres trop forts.
On trouve une sorte de confirmation des nombres précédents dans . les analyses données par M. Liebig relativement aux quantités d'azote trouvées dans la terre noire de Russie. D'après l'illustre professeur de Munich, elle renfermerait par hectare :
Au minimum 26,709 d*ammoniaque (1).
Au maximum ' . . . . b2,22li —
Ces nombres ne diffèrent que médiocrement des nôtres, bien que les échantillons analysés soient certainement différents ; d'autre part, M. Boussingault attribue à quelques-unes des terres françaises qu'il a analysées une profondeur de O'fSôS, et il trouve alors pour Tazote d'un hectare :
Terre de BiUchwUler lii,755
Terre du Liebfrauenberg 12^970
Terre de Bechelbronn 6,985
Herbage d'Argentan 25,650
nombres qui, bien que supérieurs à ceux que nous avons trouvés pour la terre de la Brie, sont bien éloignés de ceux de la terre de Russie n"* 2. La différence de fertilité, de puissance à porter des récoltes est donc due surtout ici à l'épaisseur variable des terres analysées (2).
Devx terres d'inégale fertilité diffèrent plus par lear épaiaaeor ^ve
par leur composition. — Nous avons VU, daus les chapitres précé* dents, que la plus grande partie des principes contenus dans la terre arable s'y trouvent à l'état insoluble; ce n'est que lentement que la matière azotée se transforme en acide azotique et en ammoniaque, et nous nous rappelons que M. Boussingault a montré qu'une graine semée dans un sol renfermant 130 grammes d'une terre fertile mêlée à du sable y avait vécu comme dans un sol absolument stérile, bien qu'il y eût dans ces 130 grammes de terre une quantité d'azote suffisante pour subvenir à ses besoins, si cet azote eût été engagé dans une com-
(1) Il est bien entendu qu'il faut comprendre azote des matières organiques calculé sous forme d'ammoniaque, et non d'ammoniaque toute formée.
(2) Certains faits connus des cultivateurs montrent de la façon la plus nette l'influence considérable de l'épaisseur de la couche arable.
Dans la discussion qui suivit la présentation du mémoire que nous venons de résumer, à la Société chimique en 1862, un de nos collègues, M. Laveisse, rappela le fait suivant : Un propriétaire avait acheté des terres dans les Landes, où la terre arable n'a qu'une tré9> faible épaisseur et repose sur une couche très-dure, très-dense d*a/tos ; il n'obtenait que des récoltes peu rémunératrices, quand il eut l'idée d'enlever toute la couche arable de la moitié de l'un de ses champs pour la remettre sur la seconde moitié. La terre arable avait doublé d'épaisseur, et dès lors la culture fut possible et fructueuse, il reste, bien entendu, à savoir cep^^idant si la plus-value des récoltes a pu couvrir les frais considérables de main-d'œuvre el de transport qu'a nécessités l'opération.
binaison soluble. Des plantes de la mèriie espèce végétaient au reste vigoureusement dans une plate-bande du potager d'où la terre avait été extraite; mais, dans ce second cas, la plante avait à sa disposition une masse de terre infiniment plus considérable que dans le creusetpot de l'expérience précédente, et ses racines pouvaient s'étendre librement et aller glaner de toutes parts la petite quantité d'azote actueUement assimilable répandue dans la terre arable.
Il y a entre une terre profonde et un sol d'une faible épaisseur exactement le même rapport qu'entre le creuset-pot et la plate-bande dans l'expérience de M. Boussingault. Le sol, bien que présentant toujours la même composition ou de faibles différences, comme la terre de Russie n** 1 et la teire des Chapelles, peut être cependant très-différemment fertile; car, dans un cas, les plantes peuvent envoyer leurs racines dans un très-grand espace, tandis qu'il est très-limité dans le second : or les nombres suivants, dus encore à M. Boussingault, montrent que les plantes dans la culture ordinaire ont à leur disposition une masse de terre assez considérable, qui est de 29 kilogr. pour un haricot nain, de 86 kilogr. pour une pomme de terre, de 215 kilogr. pour un pied de tabac, et enfin de 1334 kilogr. environ pour un pied de houblon.
En résumé, les exemples précédents suffisent pour établir que deux terres inégalement fertiles diffèrent souvent plus par leur épaisseur que par leur composition ; d'où il faut conclure qu'il sera très-habituellement avantageux au cultivateur d'attaquer le sous-sol avec de puissantes charrues, de façon à le faire pénétrer dans le sol luimême, dont l'épaisseur s'accroîtra ainsi peu à peu. Une des causes auxquelles il. faut surtout attribuer l'augmentation de rendement des cultures depuis vingt ans, est certainement l'emploi de plus en plus fréquent d'instruments perfectionnés qui entament la terre plus profondément que les charrues anciennes. Il faut remarquer toutefois que cet accroissement dans l'épaisseur de la couche arable doit être accompagné d'une augmentation proportionnelle dans la quantité d'engrais employée. On avait observé depuis longtemps que les terres argileuses sont longues à mettre en valeur, et que des fumures abondantes n'y produisent pas d'abord tout l'effet qu'on semblait devoir en attendre : cette remarque judicieuse se trouve expliquée aujourd'hui par la découverte des propriétés absorbantes des terres arables (voy. 2" partie, chap. V) ; et l'on conçoit que si l'on mélange à un sol déjà enrichi par des fumures répétées un sous-sol encore pauvre, celui-ci pourra retenir à son profit les principes solubles que le sol
358 LA TERBE ARABLE.
primitif aurait abandonnés à Teau qui y circule, et par suite aux plantes qui y enfoncent leurs racines, et qu'ainsi la quantité d'aliments disponibles se trouvera diminuée.
Ces inconvénients sont faciles à éviter, et l'on reconnaîtra que dans nos contrées septentrionales il y a habituellement grand avantage à augmenter l'épaisseur de la couche arable pai* des labours profonds, quand on dispose d'une masse d'engrais notable et qu'on a le loisir et le moyen de multiplier les façons.
Nous venons de résumer les connaissances que nous possédons aujourd'hui sur les causes de fertilité des terres arables ; il est malheureusement évident que nombre de ces causes nous échappent encore, et qu'il nous est impossible de formuler d'une façon précise pourquoi telle terre est capable de fournir d'abondantes moissons sans fumure pendant de longues années, tandis que telle autre cessera de produire aussitôt que l'engrais lui fera défaut.
Laissons donc ce sujet après l'avoir poussé jusqu'à la limite de nos connaissances actuelles, et occupons-nous maintenant des causes de la stérilité.