‹ Cours de chimie agricole, professé à L'École d'agriculture de GrignonChapitre 12 sur 228 · S 16. — HYPOTHÈSES DIVERSES SUR LE MODE DE FORMATION · texte numérisé non relu

S 16. — HYPOTHÈSES DIVERSES SUR LE MODE DE FORMATION

DES COMPOSÉS HYDROGÉNÉS.

On rencontre dans les végétaux des substances, comme les résines, les essences, les sucs propres (caoutchouc, etc.)* qui sont exclusivement formées de carbone et d*hydrogène, et Ton a beaucoup discuté au commencement du siècle la question de savoir si elles pouvaient être formées dii-ectement par l'union du carbone et de l'hydrogène provenant, l'un cle la décomposition intégrale de l'acide carbonique, l'autre de œlle de l'eau.

Cette formation impliquerait la décomposition de Teau par les feuilles, que niait Th. de Saussure ; mais nous sommes loin aujourd'hui de partager son opinion, et nous avons vu que l'hypothèse qui admet la décomposition âmultanée de l'eau et de l'acide carbonique, déterminant la formation du glucose en même temps que le dégagementdel'oxygène, présentedegrandes probabilités.Toutefois, pour qu'il se formât directement dans les feuilles des carbures d'hydrogène par cette réaction du carbone de l'adde carbonique sur l'hydrogène de l'eau, il faudrait que pour un volume d'acide carbonique disparu, il se dégar geât non plus un volume d'oxygène, mais un volume et demi d'oxygtoe, et c'est ce qu'on n'a jamais observé : les excès d'oxygène dégagés sont toujours très-faibles.

U est infiniment plus probable que la décomposition de l'eau a lieu comme nous l'avons vu plus haut, en même temps que celle de l'acide carbonique; qu'il se produit d'abord du glucose, et que la formation des combinsûsons riches en hydrogène et en carbone est le résultat d'une iiédnctioD secondaire s'exerçant sur des hydrates de carbone déjà formés.

Les travaux de H. Berthelot établissent que les formiates, représentés par de l'oxyde de carbone et de l'eau, donnent des carbures d'hydrogène' sous l'influence d'une température élevée, il est vrai; mais cette condition ne doit pas nous empêcher d'admettre dans les végétaux une réduction semblable, car la décomposition de l'acide carbonique et de l'eau qui se réalise dans la feuille frappée par les rayons lumineux ne peut être reproduite dans le laboratoire qu'à l'aide des chaleurs excessives que M. H. Sainte-Claire Deville a su employer si habilement dans ses expériences de dissociation.

Au lieu donc de supposer que les carbures d'hydrogène qui existent dans les végétaux sont formés par l'union directe du carbone et de l'hydrogène, nous admettrons que le végétal est le siège de réductions successives des hydrates de carbone. Quand ces réductions sont incomplètes, nous voyons apparaître des produits renfermant encore de l'oxygène, comme les corps gras ; tandis que lorsqu'elles sont complètes, ce sont les résines et les essences qui sont formées.

Quant à imaginer que les plantes résineuses prendraient directement dans le sol des composés complexes riches en carbone qui seraient comme la matière première des carbures d'hydrogène, c'est là une hypothèse qui ne repose sur aucune donnée sérieuse. On n'a aucune preuve que les matières complexes solubles du fumier ou du terreau, que les principes organiques enfouis dans le sol, soient assimilés ; il est probable que, s'ils le sont, c'est toujours en faible quantité, et l'on sait au reste que les arbres résineux et les oliviers prospèrent dans des localités où ils ne reçoivent aucun engrais, et où le sol ne paraît pas renfermer une notable proportion de matières organiques.

On *voit que, si un grand nombre de travaux importants sont venus éclairer les points essentiels qui touchent à l'assimilation du carbone, il n'en a pas été de même pour l'assimilation de l'hydrogène, et que l'étude de cette question importante est encore des plus incomplètes.

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