‹ Cours de chimie agricole, professé à L'École d'agriculture de GrignonChapitre 123 sur 228 · AMENDEMENTS CALCAIRES. — MARNES. — CHAUX. — TANGUES · texte numérisé non relu

AMENDEMENTS CALCAIRES. — MARNES. — CHAUX. — TANGUES

L'usage des amendements calcaires est extrêmement ancien. Pline nous apprend que les bons effets de la marne sur la végétation étaient connus des Gaulois, des Bretons, des Grecs et des Romains; c'est aux populations de la Gaule et de l'Angleterre qu il attribue la découverte de l'utilité de cet amendement, auquel elles attachaient une telle împortance, qu'elles n'hésitaient pas à se livier à de pénibles travaux pour se le procurer et pour le transporter à des distances considérables.

Il est probable que, pendant les temps troublés du moyen âge, l'usage de la marne, abandonné dans bien des contrées, se conserva cependant dans quelques localités : en 1636, Bernard de Palissy consacra à son étude un de ses fameux dialogues entre « Théorique et Pratique », où des idées remarquablement fines et justes se trouvent mêlées aux imaginations les plus singulières.

L'emploi des vases de mer, de la tangue, du trez, des dépôts coquilliers, est probablement aussi fort ancien ; mais l'usage de la chaux ne paraît pas remonter à une époque aussi reculée. 11 semble que ce soit seulement au commencement du xvji* siècle qu'il se propage peu à peu. Olivier de Serres mentionne son emploi dans son Théâtre dCayriculture (tome I, p. 127) : « La cliaux neuve,- dit-il, est de grande effiï cacité pour telles choses (l'amendement des terres), laquelle, » meslée avec quelques terriers, balieures ou autres fumiers, et jetée n aux champs au commencement de l'iiyver, l'engraisse très-bien, et, » selon son naturel chaud, tue les bestioles et les racines des herbes » nuisantes. En quoi la chèreté n'est pas tant considérable, quoique » la chaux coûte de l'argent, que le profit en revenant est asseuré, » comme ce mesnage s'est dès longtemps pratiqué aux pays de Guel- » dres et de Juilliers. »

Aujourd'hui que le transport des matières encombrantes et de peu de valeur se trouve singulièrement facilité par les chemins de fer, l'emploi des amendements calcaires se répand de plus en plus, et avec grand profit. 11 est certaines contrées qui doivent à l'usage de la chaux ou de la marne une véritable transformation agricole : la iMayenne et la Sarthe en ont tiré grand profit ; la Sologne aujourd'hui

s'améliore sous Tinfluence de la marne, et le commerce auquel ces amendements donnent naissance est des plus actifs.

L'étude des amendements calcaires présente donc pour l'agriculteur un très-grand intérêt ; elle est digne aussi de fixer l'attention des chimistes agronomes, car, malgré des travaux nombreux et importants, toutes les questions qui touchent à Temploi agricole de la chaux et de la marne sont loin d'être complètement élucidées.

Propriété caraetérUUquc. — On désigne SOUS le uom de mame une

variété de calcaire qui a la propriété de se déliter dans l'eau et de se réduire en poudre par l'effet de la gelée. Le premier essai qu'on doit tenter sur une pierre calcaire, qui par conséquent fait effervescence avec les acides, pour reconnaître si elle peut être utilisée comme marne, est donc de voir comment elle se comporte dans l'eau : si elle reste dure et compacte, elle ne peut être utilisée qu'après cuisson; si au contraire elle se délite, elle peut être considérée comme marne.

Diverse* variétés de marnes. — Les SubstaUCeS qui SOUt mélangées

au calcaire et qui lui donnent la propriété de se désagréger dans Teau sont assez nombreuses, et, suivant que Tune ou l'autre de ces substances domine, les marnes ont reçu des noms différents.

C'est ainsi qu'on désigne sous le nom de marnes calcaires ^ celles qui renferment au moins ôO et au plus 90 à 95 pour 100 de carbonate de chaux, le reste étant de l'argile ou un mélange d'argile et de sable. Cette variété de marne convient particulièrement aux terres entièrement dépourvues de carbonate de chaux. Les marnes argileuses sont celles qui contiennent de 10 à 50 pour 100 de calcaire, de 50 à 75 pour 100 d'argile, le reste étant du sable. Ces marnes sont bonnes dans les terres légères, surtout dans les terrains siliceux.

On emploiera de préférence dans les terres fortes les marnes siliceuses^ qui renferment de 10 à 60 pour 100 de calcaire, de 25 à 75 pour 100 de sable, le reste étant de l'argile. Les marnes magnésiennes sont celles qui contiennent de 5 à 30 pour 100 de carbonate de magnésie. Elles sont assez rares en France, plus abondantes en Angleterre. On a prétendu souvent qu'elles ont une action spéciale, qui est loin d'être élucidée. On rencontre quelquefois des marnes mélangées à une petite quantité de gypse : elles sont alors connues sous le nom de marnes gypseiisesj leur effet sera surtout sensible sur les prairies artificielles. (Voyez plus loin le chapitre Plâtrage.)

La marne, d'après la rapide nomenclature précédente, est donc formée d'aliments variés qui se comportent très-différemment avec l'eau; tandis que l'argile s y délaye facilement, le sable et le calcaire n'ont pas cette propriété, et il suffit que le liquide pénètre dans la masse pour y déterminer des dilatations inégales qui amènent des ruptures de plus en plus complètes. A cet effet de l'eau liquide vient s'ajouter, pendant l'hiver, l'action singulièrement plus énergique de la gelée : quand la marne est imprégnée d'eau et que celle-ci se transforme en glace en se dilatant, elle fait éclater chacun des morceaux dans lesquels elle prend naissance. On sait, en effet, que la force expansive de la glace est énorme, que des métaux môme très-tenaces n'y résistent pas, et l'on conçoit qu'un mélange aussi peu cohérent que la marne soit immédiatement pulvérisé sous son effort.

AmmMjmm chimiqwe et pbysiqwc des marnes. — La mame agit Surtout par le calcairc qu'elle renferme; on conçoit donc qu'il importe, pour se rendre compte de sa valeur, de déterminer la quantité de ce calodre qui y est contenue. Cette détermination ne présente aucune difficulté; elle s exécutera exactement comme la recherche du calcaire dans la teiTC arable, qui a été décrite § 6A, et auquel nous renvoyons le lecteur.

Cette première analyse ne suffit pas encore pour que le cultivateur soit fixé sur la valeur de la marne qu'il veut employer. En effet, le carbonate de chaux qu'elle renferme peut se trouver sous deux états complètement différents : quand il est terreux^ il se mélange facilement au sol, il est rapidement soluble dans l'eau chargée d'acide carbonique, son action est plus efficace que celle du sable calcaire; de telle sorte qu'il importe de distinguer ces deux variétés de carbonate de chaux. On y réussira en lavant la marne à étudier, comme une terre arable dont on veut faire l'analyse physique ; on séparera, soit par des lavages dans un vase à précipité, soit dans l'appareil de Bl. Masure, la partie terreuse de la mame de la partie sablonneuse (§ 6A), puis on desséchera chacune de ces matières afin de les peser séparément ; on prélèvera ensuite sur les deux parties un petit échantillon dans lequel on fera le dosage de la chaux : on trouvera ainsi le calcaire terreux et le calcaire sablonneux. En retranchant la quantité centésimale de ces deux matières des poids respectifs de la partie terreuse et de la partie sablonneuse, on trouvera par différence, d'une part l'argile, de l'autre le sable siliceux, et l'on aura ainsi une idée trèscomplète de la composition de la marne étudiée.

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