‹ Cours de chimie agricole, professé à L'École d'agriculture de GrignonChapitre 122 sur 228 · JNFLUENGE DE LA JACHÈRE SUR LA SOLUBIUTÉ · texte numérisé non relu

JNFLUENGE DE LA JACHÈRE SUR LA SOLUBIUTÉ

Nous avons insisté (§ 83) sur l'état dans lequel se trouvent las phosphates contenus dans la terre arable : nous savons que très-habi-

tuellement l'acide phosphorique est engagé dans des combinaisons insolubles dans l'eau chargée d'acide carbonique. Nous avons insisté, en outre, sur les métamorphoses que subissent ces phosphates insolubles : nous savons qu'ils peuvent être attaqués facilement par les carbonates alcalins du alcalino-terreux, et ramenés ainsi à une forme assimilable par les végétaux. Cette attaque par les carbonates se fait régulièrement quand l'acide phosphorique est combiné avec l'alumine, mais elle peut être retardée si l'acide phosphorique n'est plus combiné avec du sesquioxyde de fer, mais bien avec du protoxyde. Or, on sait que, dans les terres arables argileuses peu perméables à l'air, les couches du sous-sol sont souvent au minimum d'oxydation ; la charrue amène à l'air des argiles bleuâtres qui ne rougissent en s' oxydant qu'après un séjour à l'air plus ou moins prolongé. Il est probable que dans ces couches peu aérées les phosphates de fer sont au minimum d'oxydation, et par suite peu attaquables par les carbonates. Nous avons reconnu, en effet, dès 1857 {Comptes rejidus^ t. XLV, p. 13), que les nodules de phosphates fossiles récemment pulvérisés étaient peu solubles dans les acides faibles, mais que leur solubilité augmen^ tait singulièrement après quelque temps d'exposition à l'air.

Ainsi 10 grammes de poudre de nodules, immergés dans l'eau de Seltz au moment de la pulvérisation, ont donné 0^,040 de phosphate de chaux en dissolution, tandis qu*après être restés exposés à l'air pendant trois mois après la pulvérisation, ils en ont donné 0^',ûl , c'està-dire dix fois plus. L'effet de l'oxygène atmosphérique sur les phosphates est donc marqué et doit être attribué sans doute à une suroxydation du phosphate de fer, qui l'amène à un état favorable à la décomposition par les carbonates alcalins ou alcalino-terreux, à la décomposition par le carbonate de chaux que l'eau chargée d'acide carbonique qui circule dans le sol tient habituellement en dissolution.

En résumé, on reconnaît que pendant la jachère, pendant le temps où le sol retourné par la charrue, brisé par les rouleaux, remué par les herses, reste exposé à l'action de l'air, les matières organiques éprouvent une combustion lente favorable à la formation des nitrates ^t à la fixation dans le sol de l'azote atmosphérique; les phosphates eux-mêmes deviennent plus solubles, et ainsi les principes indispensables au développement des végétaux, quiétaicut inertes, deviennent au contraire assimilables. On conçoit enfin que, dans une culture qui dispose *de peu d'engrais, l<i jachère soit avantageuse: elle utilise le fonds de richesse que renferme le sol. Mais on reconnaît, d'autre part.

que, si le cultivateur dispose d'une masse d'engrais considérable,, fumier, guano, sels ammoniacaux ou phosphates traités par les acides, il lui soit inutile d'attendre que l'action de l'air rende solubles les éléments enfouis dans le sol. Dans ces conditions, la jachère doit être supprimée, et l'assolement commencer par une plante sarclée, pour que, pendant sa culture, on puisse enlever les mauvaises herbes qui étaient habituellement détruites pendant la jachère.

S 100. — DÉFINITION DE l'ÉCOBUâGE. — SES EFFETS.

On désigne sous le nom Sécohuage une opération agricole qui a pour but de modifier les propriétés physiques du sol arable par l'action d'une température élevée, et en même temps de débarrasser le sol des végétaux qu'il porte ou des débris qu'ils y ont laissés. Ce dernier résultat est le plus important à obtenir, et l'on applique particulièrement l'écobuage aux vieilles prairies infestées de mousses, aux friches couvertes de plantes vivaces difficiles à extirper: genêts, ajoncs et bruyères. Dans les pays chauds, on brûle aussi, quelque temps avant la saison des pluies, les pâturages chargés d'herbes dures et sèches ; au moment où la pluie arrive, les graminées repartent du pied, qui n'a pas été détiniit, et une herbe verte et tendre remplace celle qui ne pouvait plus être consommée par le bétail.

Quand le cultivateur ne veut pas seulement détruire les végétaux qui couvrent le sol, mais encore modifier les propriétés physiques de celui-ci, il le découpe en plaquettes au moyen d'une écobue^ sorte de bêche légèrement courbée, plus large au tranchant qu'à la douille, et à laquelle est adapté, à 45 centimètres, un manche de bois. Les plaquettes de terre dressées les unes contre les autres se dessèchent peu à peu, puis sont soumises en tas, quelquefois dans un four, à un grillage modéré. Les racines et les plantes sèches brûlent plus ou moins complètement, et l'argile se durcit en prenant une consistance analogue à celle de la brique : la matière ainsi obtenue est répandue sur le sol.

Quelles sont les modifications qu'a subies le sol ainsi calciné, et quelles sont les réactions qui peuvent y prendre naissance ? C'est ce que nous devons maintenant examiner.

Modiflcations qjuo snblt le sol arable par la ealeiaatlon. —

Nous avons insisté, dans les premiers chapitres de la seconde pai*tie, sur les différences de propriétés physiques que présentent les tenues argileuïses et les terres siliceuses ; nous avons reconnu en même temps

qu'il était à peu près impossible de changer la nature physique d'un sol sans s'engager dans des dépenses hors de toute proportion avec les avantages à obtenir. L'écobuage permet cependant d* accomplir dans une certaine mesure ces modifications. Si le feu n'exerce pas grande action sur le sable, il n'en est plus de même pour l'argile. Quand celle-ci est calcinée, elle change complètement de nature : au lieu d'être plastique, tenace, de conserver l'eau, d'être /rozrfe, elle acquiert toutes les propriétés du sable; elle est cassante, se pulvérise aisément, l'eau la traverse sans difficulté, et l'on conçoit sans peine qu'une terre très-argileuse pourra être modifiée heureusement par l'écobuage, puisque celui-ci aura pour effet de tempérer, par l'adjonction d'une matière analogue au sable, les propriétés trop dominantes de l'argile.

Les travaux de MM. Huxtable, Thompson, Way et Brustlein, nous ont montré que les terres possédaient la propriété importante de retenir certains principes des engrais; l'ammoniaque, les phosphates, la potasse, sont absorbés par certains sols, qui les enlèvent aux dissolutions avec lesquelles ils sont en contact (voy. § 71 et suiv.). Mais si nous comparons, dans les tableaux auxquels nous renvoyons le lecteur, les propriétés absorbantes des terres argileuses à celles des terres siliceuses, nous reconnaissons de grandes différences : celles-ci, bien plus facilement que celles-là, laissent filtrer les principes des engrais. Or, nous avons reconnu que les plantes prennent leurs aliments dans des dissolutions, et nous comprenons que si l'eau qui baigne leurs racines est privée, par l'action de la terre, d'une partie des principes qu'elle tient en dissolution, la plante pomTa souffrir de la pauvreté de celle-ci. 11 y a, comme nous l'avons déjà dit, une sorte de lutte entre les propriétés absorbantes de la terre et l'action dissolvante de l'eau : dans les terres argileuses, les propriétés absorbantes sont très-puissantes, et les agriculteurs savent que lorsqu'ils amènent, par des labours profonds des sous-sols argileux à la surface, il faut forcer la dose d'engrais pour que les propriétés absorbantes des argiles étant satisfaites, l'effet des fumures se fasse sentir. Il en est tout autrement avec les terres riches en sable, et l'on conçoit que, si l'on prive une partie de l'argile de ces propriétés absorbantes par la calcination, si on l'amène par l'écobuage à partager les propriétés du sable, on puisse faire prédominer l'action dissolvante de l'eau, et suppléer dans une certaine mesure à l'abondance des engrais en facilitant la dissolution de leurs principes solubles.

Comment se détruisent les propriétés absorbantes des argiles parla calcination? C'est sans doute par la destruction de l'humus qu'elles

renferment, humus qui est surtout l'agent d'absorption; c'est sans doute aussi par le changement de plasticité et de facilité à retenir l'eau par la porosité qu'elles acquièrent. Cette porosité favorise singulièrement l'action de l'air. Or, si les plantes ne prennent pas seulement leurs aliments azotés dans les nitrates et d^s les sels ammoniacaux, mais aussi dans certains principes azotocarbonésplus complexes, on conçoit combien il peut être avantageux de favoriser l'accès de l'air, qui métamorphose les matières noires insolubles en principes assimilables.

Ij*écobaage favorise la uttrlflcatlon aux dépens des éléments de l*alr.

— Dans les importantes études qu'il a faites sur la nitrification (Leçons professées devant la Société chimique en 1861) , M. Cloëz a remarqué que, si l'on fait passer de l'air sur de la brique pilée imprégnée d'une dissolution de carbonate de potasse, on reconnaît bientôt que des nitrates ont pris naissance; il ne s'en forme pas, au contraire, quand on opère dans des circonstances semblables, mais avec du biscuit de porcelaine. On ne voit dans ces deux expériences d'autre différence que la présence dans un des corps poreux d'oxyde de fer non arrivé sans doute complètement au maximum d'oxydation, et pouvant, en continuant à se brûler lentement à l'air, provoquer la combinaison de l'azote avec l'oxygène, comme la provoque la combinaison de l'oxygène et de l'hydrogène, ou encore la combustion lente des matières organiques dans la terre arable.

Dans une terre écobuée on trouve précisément toutes les conditions favorables à la nitrification, puisque, comme dans l'expérience de M. Cloëz, de l'argife calcinée est en présence de l'air et d'une dissolution alcaline provenant des cendres des plantes brûlées ; or, l'effet des nitrates sur la végétation est tellement sensible, que favoriser leur formation dans le sol ne peut manquer d'être utile.

L'écobuage, en définitive, aurait donc non-seulement pour effet de modifier les propriétés physiques du sol, de l'enrichir des sels contenus dans les plantes brûlées, mais aussi d'y favoriser la nitrification : ce dernier effet n'est toutefois que probable, il n'a pas encore été vérifié par des expériences régulières.

La pratique de l'écobuage, beaucoup plus répandue dans les contrées peu peuplées que dans notre pays, est déjà fort ancienne, puisque Virgile la mentionne {Géorgitjiœs^ I, 84).

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