‹ Cours de chimie agricole, professé à L'École d'agriculture de GrignonChapitre 125 sur 228 · Marne · texte numérisé non relu

Marne

à. Potasse

^' Chaux

Ainsi, on trouve que le sable qui a favorisé l'accès de Tair dans la terre arable, qui lui a permis d exercer son action oxydante, a été beaucoup plus favorable à la formation du salpêtre que la chaux ; mais celle-ci a provoqué une formation d'ammoniaque très-sensible.

En étudiant l'influence qu'exerçait sur la terre arable des proportions de chaux très-variables, M. Boussingault est arrivé aux conclusions suivantes :

En moyenne, 100 parties de l'azote appartenant aux substances organiques disséminées dans la terre végétale ont donné en ammoniaque :

Par le chaulage à faible dose 0,53

Par le chaulage à haute dose 2,83

Par le chaulage à dose extraordinaire 1A,48

Le mélange de 1 kilogramme de terre avec 200 grammes de chaux ne saurait être considéré comme un chaulage, puisqu'il représenterait une incorporation de 8000 quintaux de chaux par hectare, opération impraticable ; c'est un compost.

La quantité d'ammoniaque développée est bien loin d'être en rapport avec les quantités de chaux employées, et le prix de revient de l'ammoniaque formée varie singulièrement, suivant le poids de chaux incorporé à la terre arable. Avec une quantité correspondant à AOO quintaux de chaux par hectare, on aurait eu en ammoniaque développée les résultats suivants :

Ainmooîaque par hectare.

Mioimiim. Mazimum.

Pour la terre du Liebfrauenberg 136 kil. 316 kil.

Pour la terre de Merkwiller 160 188

Pour la terre du Quesnoy hS 52

« Cette production, pour ainsi dire instantanée d'ammoniaque sous l'influence de la chaux, doit être fort utile sans doute; cependant si le chaulage n'avait pas d'autre objet, ce serait après tout une opération désavantageuse. En eflet, prenons 1 fr. 50 c. pour le prix du quintal de chaux rendu sur place. Le kilogramme d'ammoniaque développée par un chaulage fait à raison de 400 quintaux par hectare reviendrait :

Pour la terre du Liebfrauenberg. . . de 4 fr. àO c. à 1 fr. 90 c.

Pour la terre de Merkwiller de 3 75 à 3 20

Pour la terre du Quesnoy de 12 50 à 11 55

j^ Le chaulage à faibles doses fréquemment répétées a uu tout autre

AMENDEMENTS CALCAIRES. â05

caractère; la chaux quil apporte aux 4 millions de kilogrammes d'un hectare est véritablement insignifiante, mais l'ammoniaque qu'il développe revient à un prix assez modéré pour faire croire que l'opération est avantageuse sous le rapport de la production de cet alcali. »

La chaux donnée annuellement a raison de 12 quintaux par hectare produirait, d'après les expériences de M. Boussingault :

Prix du kilof^amme AmmoDÎaque. cl 'ammoniaque.

fr.

Dans la terre du Liebfrauenberg . . 48 kil. 0,35

Dans la terre de MerkwiUer 28 0,65

Ces chiffres semblent donc justifier la pratique du saupoudrage, que dans certaines contrées on exécute après les labours au moment des semailles ; car alors, sous le rapport de l'ammoniaque formée par ce faible chaulage, c'est comme si l'on eût répandu sur le sol 3 ou à quintaux de guano.

ActloB de la cha«x sur les principes d« fainier. — TravaDX de

M. P. Thenard. — Il est clair, d'après ce que nous venons de voir, que la formation de l'ammoniaque dans la terre arable, sous l'influence de la chaux, est trop faible pour expliquer l'avantage incontestable que trouve le cultivateur à employer des proportions de chaux souvent très-considérables, et que cette base doit exercer sur le sol arable d'autres actions utiles que celles qui ont été mises en relief par les travaux précédents.

M. le baron P. Thenard s'est voué depuis de longues années à l'étude extrêmement difficile des matières noires qui se produisent pendant la fabrication du fumier, et il a reconnu que la fermentation particulière qui se développe dans le tas de fumier y déterminait la production d'un acide carbazoté, qu'il a désigné sous le nom diacide fumique. Or, celui-ci a la propriété de se fixer à l'état insoluble dans les terres où existe l'élément calcaire, tellement que les dissolutions de fumier fermenté sont décolorées quand elles sont mises au contact du bicarbonate de chaux, ou encore de l'alumine et de l'oxyde de fer, tandis que les dissolutions de fumier frais conservent dans ces conditions leur coloration primitive. On conçoit dès lors comment les eaux de drainage présentent des compositions très-différentes suivant les terrains dont elles proviennent et suivant la nature du fumier qu'elles ont reçu. Celles qui ont filtré au travers de terrains calcaires chargés de fumier frais deviennent immédiatement très-riches, tandis que si

elles ont reçu du fumier fermenté, elles conservent la pauvreté qu'on leur trouve habituellement ; les eaux qui proviennent au contraire des sols dénués de calcaire sont riches, quel que soit le genre du fumier qui leur a été fourni.

Cette observation est importante, puisqu'elle nous fait comprendre l'utilité des amendements calcaires pour les terrains pauvres, tels que la Bretagne, la Sologne, les Landes, le GharoUais, le Morvan, les Bombes, qui emploient habituellement des fumiers très-consommés qui seraient cependant bientôt délavés par les eaux, si le sol ne renfermait pas l'élément calcaire qui sert à les fixer.

On voit que, d'après M. Thenard, la chaux aurait dans la terre arable un rôle tout différent de celui qu'on lui prête habituellement. Si elle métamorphose une petite fraction des matières azotées du sol arable en ammoniaque, si dans ce cas elle favorise Tassimilation de l'azote par les végétaux, et du même coup sa déperdition, dans d'autres cas, elle aurait une action conservatrice remarquable. Ces deux actions seront même simultanées si elles s'appliquent à des composés azotés différents; il est remarquable, en effet, que la chaux, même employée en quantité énorme, n'attaque qu'une faible fraction de la matière azotée totale contenue dans la terre arable, ce qui permet de supposer que c'est seulement sur certains composés peu stables qu'elle exerce son action décomposante, et que la plus grande partie de la matière azotée se trouve dans la terre ai-able à un état de stabilité telle, qu'à froid, la chaux est impuissante à la modifier.

D'après M. P. Thenard, les acides contenus dans la terre arable sont nombreux et doués de propriétés très-différentes. Tandis que l'acide fumique forme avec la chaux un sel insoluble, quelques-uns de ses dérivés donnent au contraire des sels très-solubles : quand du fumate mélangé à un excès de chaux est soumis à une action oxydante énergiqu^et longtemps prolongée, il se brûle partiellement, perd du carbone et donne un sel soluble renfermant un acide plus riche en azote que le fumate primitif, mais moins riche en carbone. M. Thenard, tout en conservant sur cette question délicate une certaine réserve, ne serait pas éloigné de l'idée que les sels de chaux solubles de ces acides azotocarbonés ne fussent directement absorbés par certains végétaux, et nous avons vu, § 82 (1) , que les faits observés pendant la culture des légumineuses s'expliquent très-bien quand on admet cette

(i) Voyez aussi plus bas le chapitre Platbage.

hypothèse. Au reste, Taction de l'oxygène continue à s'exercer sur ces acides complexes, qui finissent par se métamorphoser en nitrates; l'abondance du calcaire paraît, d'après M. Thenard, favoriser la nitrification du fumate, mais ici il se trouve en contradiction avec les expériences de M. Boussingault, que nous avons signalées plus haut.

Le lecteur reconnaîtra sans peine que la question que nous venons de traiter n'est pas complètement éclaircie, et que l'influence du calcaire sur les matières azotées de la terre arable n'est pas encore nettement expliquée. Les observations précédentes laissent notamment à l'état obscur l'importance de la masse de calcaire que les cultivateurs jugent utile d'employer sur le sol ; les considérations qu'il nous reste à exposer permettent cependant de se rendre compte, dans une certaine mesure, de cette pratique universellement répandue.

laflneaco dn ehavlage sur la •otabllité de l'acide phoapboriqve eBloni dans la terre arable. — NouS avOUS insisté pluS haut (§ 83)

sur l'importante observation de M. P. Thenard, relativement à l'état sous lequel se trouve l'acide phosphorique contenu dans la terre arable; il a montré que c'est habituellement sous forme de phosphate de sesquioxyde de fer ou d'alumine qu'on l'y rencontre.

Ces phosphates de sesquioxyde insolubles dans l'acide carbonique ne sont pas cependant perdus pour la végétation ; ils sont en effet facilement ramenés à l'état de phosphates de protoxyde par les carbonates, à la condition que ceux-ci soient employés en excès, ainsi que le montrent les expériences suivantes (Dehérain, Rech. sur Femploi agric. des phosph.^ 1860) : Deux grammes de phosphate de sesquioxyde de fer sont placés dans l'eau avec 4 grammes de carbonate de potasse pur; on agite à différentes reprises pendant quarante-huit heures, et l'on trouve 0'^%158 d'acide phosphorique en dissolution dans l'eau. Si l'on emploie la même quantité de phosphate de fer et qu'on y ajoute h grammes de carbonate de chaux pur précipité, puis qu'on immerge le tout dans de l'eau de Seltz, on obtient 0*%107 d'acide phosphorique en dissolution (1).

Ainsi, un excès de carbonate de chaux peut amener la dissolution de l'acide phosphorique contenu dans les phosphates à base de sesquioxyde, de même qu'un excès de sesquioxyde exerçant une action

(l) J'ai montré, en 1858, que le carbonate d'ammoniaque agit sur les phosphates de fer comme le carbonate de potasse ou le, carbonate de chaux. Cette réaction a été également observée tout récemment par M. L. Grandeau iCovMalês rendi», 1872, t. LXXIV, p. 988).

directement inverse s'empare de Tacide du phosphate de chaux dissous dans l'acide carbonique ; rinfluence des masses est prédominante. Cette observation est importante, car elle explique Futilité des poids considérables de chaux qu'on doit employer ; si, en effet, dans la couche arable qu'il s'agit de modifier, le carbonate de chaux ne domine pas sur les sesquioxydes libres, la dissolution n'a pas lieu, l'effet cherché n'est pas obtenu.

Aux phosphates ainsi amenés à l'état soluble, les calcaires ajoutent parfois ceux qu'ils renferment directement; cette quantité peut atteindre 2 ou 3 pour 100 dans quelques calcaires, bien qu'elle soit ti-ès-habituellement considérablement au-dessous de ce nombre.

Si l'on se rappelle que les phosphates ont sur la végétation une action des plus marquées, tellement qu'il suffit de les ajouter à un sol qui en est privé, pour lui donner une fertilité moyenne, on comprendra l'importance qu'il y aura pour le cultivateur à rendre assimilables les phosphates enfouis dans le sol, et l'action qu'exerce sur eux la chaux ou la marne employées en excès leur apparaîtra comme une des fonctions importantes de cet amendement.

g lOA. — PRIX DE REVIENT COMPARÉS DES MARNAGES

ET DES CHAULAGES (1).

Avant d'entreprendre les travaux toujours assez dispendieux du marnage et du chaulage des terres arables, l'agriculteur doit préalablement calculer aussi exactement que possible les dépenses et les frais de toute nature de ces opérations agricoles, et juger en conséquence si elles sont assez économiques pour lui faire espérer des avantages sérieux.

Le prix de revient du marnage et du chaulage d'un hectare de terre dépend : ,

i* Du prix d'achat de l'engrais calcaire au dépôt ; .

2° Des frais de chargement au dépôt et des frais d'épandage sur les terres ;

3° Des frais de transport depuis les lieux de dépôt jusqu'aux champs. Ces frais dépendent de la distance. M. Masure les a calculés et a dressé

(1) Nous empruntons ce paragraphe à un travail très-bien étudié de M. Masure (Jif«moire sur les avantages comparés de la marno et de la chaux employées en agriculture^ Orléans, 186Ô). Nous abrégeons seulement quelques passages relatifs ft l'emploi de ces amendements en Sologne, que l'auteur avait particulièrement en vue.

un tableau que nous donnons plus loin, et qui permet de comparer les frais du mamage et ceux du chaulage effectués à diverses distances des lieux de dépôt.

Nous indiquerons ici les bases de ces calculs.

Calcvl d« prix de revient d*an ouirBage par hectare et par an. —

Supposons qu'on marne à la dose de AO mètres cubes pour quinze ans. Un mètre cube de marne coûte alors en frais fixes :

Achat 2 fr. 50 c.

Chargement 0 20

Epandage 0 10

2 fr. 80 c.

et pour les 40 mètres cubes, 112 francs.

Pour les frais de transport, M. Masure adopte les chiffres suivants, qu il emprunte à M, Lecouteulx {Principes de la culture améliorante^ p. 200 et 201):

Un tombereau attelé de deux chevaux peut transporter par jour 8 mètres cubes de marne à 3''"*»°,6 du lieu de chargement au point de décharge en petits tas, et si Ton estime à 8 fr. 32 c. la journée de deux chevaux, on trouve que le transport de AO mètrescubes à à kilomètres coûtera

8 fr. 32 X 40 X 4

Tx-M = ^' ''• * P'^ ^'^'

Les frais de transport sont évidemment proportionnels à la distance ; de telle sorte qu'il faudra, dans l'expression précédente, introduire au numérateur le nombre de lieues de à kilomètres qu'il y aura à parcourir. Ainsi pour 2 lieues, l'expression deviendrait

8 fr. 32 X 40 x 4 X 2

Les chiffres qui représentent ces nombres sont inscrits dans la colonne 1 du tableau de la page 412.

La colonne 2 renferme le nombre obtenu en ajoutant aux frais fixes de marnage d'un hectare les frais de transport pour chaque distance.

Pour comparer les frais d'un marnage à ceux d'un chaulage, il convient en outre de tenir compte de cette condition, que le marnage à 40 mètres cubes est fait pour quinze ans, tandis que le chaulage à 20 hectolitres ne dure que dix ans. On a donc réparti par année les

AiO DES AMENDEMENTS.

dépenses faites tant pour les marnages que pour les chaulages, en tenant compte des intérêts annuels de la somme déboursée. On a ainsi pour les frais fixes :

112 fr. répartis en quinze ans donnent

capital YT» ^^ 7 fr. A7 c. par an .

112 fr.^ répartie en quinze ans^ donnent

intérêt à ô pour 100 5 fr. 60

Et pour rannée 13 fr. 07 c.

Les frais de transport de la marne calculés pour une lieue sont d A9 francs.

^9 fr. répartis en quinze ans donnent capi-

tal TT? ou • 3 fr. 27 c. par an.

â9 fr. répartis en quinze ans donnent intérêt annuel à 5 pour 100^ 2 fr. A5

Ou pour une année 5 fr. 72 c.

Pour les autres distances, il suffit de multiplier ce nombre par celui qui représente la distance en lieues; les résultats sont inscrits dans la colonne 3.

La colonne A renferme enfin le prix de revient annuel d'un marnage; il est obtenu en ajoutant au prix fixe i 3 fr. 5 c, les frais provenant des transports calculés pour chaque distance.

Calcul dn prix de revient annaci dn ebaaiage d'an iieetare. —

Nous supposons qu'on chaule à la dose de 20 hectolitres ou 2 mètres cubes pour six ans, quantité qui est habituellement employée en Sologne, mais qui est loin de présenter une même dose calcaire que 40 mètres cubes de marne (4). En empruntant avec M. Masure les chiflres donnés par M. Lecouteulx, nous trouvons en frais fixes :

Achat au dépôt 15 fr.

Chargement 0 75 c.

Manipulation sur le terrain 7 50

23 fr. 25 c.

El pour 2 mètres cubes . . 46 fr. 50

(1) 11 est très-curieux de voir que la pratique a reconnu que 2 mètres cubes de chaux produisent un effet semblable à celui de 40 mètres cubes de marne ; il est vraisemblable que l'état d'extrême division de la chaux, que sa causticité partielle favorisent son action, et que, sous un petit volume, elle exerce une influence analogue à celle qu'on obtient en employant une masse inflniment plus considérable de marne, dont la pulvérisation, l'état de division est loin d'être aussi complet que celui de la chaux éteinte,

Ce déboursé est fait pour six ans, ce qui fait par an 7 fr. 75 c; en y ajoutant les intérêts annuels de 46 fr. 50 c. à 5 pour 100, ou 2 fr. 82 c. , nous trouvons une dépense annuelle de 10 fr. 07 c.

La colonne 5 de notre tableau comprend les frais de transport des 20 hectolitres de chaux.

Nous les calculons en admettant qu'un tombereau attelé de deux chevaux transporte aisément par jour 8 mètres cubes de chaux à une distance de 3''''°°',4 ; en estimant la journée de deux chevaux à 8 fr. 32 c, nous trouvons pour le transport de 2 mètres cubes à à kilomètres :

2mc. X 4kil. X 8f. 32 ^ , ^ . :; », , ^ = 2 II". 40.

En ajoutant dans chaque cas les frais fixes 46 fr. 50 c. aux frais de transport, on obtient le montant des déboursés inscrit à la colonne 6. La colonne 7 renferme la dépense des frais de transport calculés pour une année. Enfin, en ajoutant à la dépense de ceux-ci les frais fixes pour une année, 10 fr. 07 c, on a le prix de revient annuel des chaulages à différentes distances des dépôts de chaux : ce sont ces prix de revient qui sont inscrits dans la colonne 8.

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