‹ Cours de chimie agricole, professé à L'École d'agriculture de GrignonChapitre 129 sur 228 · CALCAIRES · texte numérisé non relu

CALCAIRES

Bien que l'étude du mode d'action des amendements calcaires sur le sol arable soit encore incomplète, et que plusieurs des questions qu'elle soulève n'aient pas été élucidées, il est possible cependant de

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concevoir comment l'emploi des calcaires, et particulièrement de la chaux, est avantageux, comment son abus est déplorable.

La chaux ou la marne, d'après M. P. Thenard, nous apparaissent comme des matières capables de fixer les principes solubles des engrais en se combinant avec eux, et nous concevons dès lors que dans les sols siliceux, peu riches en humus quand ils sont cultivés depuis longtemps, car Tair les pénètre aisément et brûle les matières organiques qu'il renferme, la chaux ait une influence bienfaisante; le succès qu'ont obtenu la chaux et la marne dans les mauvaises terres de la Sologne est un exemple remarquable de cette action préservatrice. Si Ta proportion de chaux s'exagère, elle peut sans doute favoriser outre mesure la formation de principes solubles, perfumates, nitrates ou sels ammoniacaux, et alors la terre se dépouille des réserves accumulées par les débris des végétations précédentes.

Quand les terres abondent en humus, en débris végétaux, la chaux exerce surtout son action assimilatrice ^ elle favorise la formation de principes solubles aux dépens de ces débris, et les récoltes prennent tout à coup le plus brillant accroissement : c'est là ce qu'on a observé dans la Mayenne et dans la Sarthe.

En 1816, la production de la Mayenne était de 12 hectolitres par hectare ; en 1832, sous l'influence de la chaux, elle atteignait 19 hectolitres : c'est un rendement supérieur à la moyenne de la France , qui est compris entre li et 15. Le trèfle donnait aussi des récoltes rémunératrices qui permirent d'augmenter le nombre des têtes de bétail du pays. Toutefois la quantité de fumier produite ne fut pas équivalente à la réserve de matière organique absorbée, et bientôt le déOcit dans la quantité de matières azotées fournies aux récoltes se fit sentir par la diminution de celles-ci : le rendement du froment dans la Mayenne est tombé en 1867 à 16 hectolitres ; tandis qu'il augmentait dans toute la France, il diminuait dans ce département.

Or, il est à remarquer que la consommation de la chaux a toujours été en augmentant. La quantité fabriquée dans la Mayenne était, en 1816, de 69 800 mètres cubes ; elle atteignait 293 800 mètres cubes en 1869, et en 1867 elle était de 350 000 mètres cubes : une partie de la chaux est exportée, il est vrai, mais la quantité consommée dans le département est de 280 000 mètres cubes environ (1) .

(( On évalue à 32 hectolitres la quantité de chaux nécessaire à un

(1) Les rensei|^emeiit8 précédents sont puisés dans le Rapport sur la prime d'honneur de la Mayenne, de M. Louis de Kerjégu (Nantes, 1870), et dans Y Enquête agricole de

hectare de terre destinée à être ensemencée en froment. Le prix de Thectolitre est, en moyenne, au fourneau, de 1 fr. 25 c. Le transport s'élève ou sabaisse suivant les distances, et varie de 25 à 75 centimes l'hectolitre. En partant de ces bases premières et en tenant compte de la fabrication des composts, qui exigent beaucoup de maind'œuvre, on peut évaluer les frais de chaulage d'un hectare à 75 fr., non compris le fumier, toujours employé à raison de 8 mètres cubes par hectare. On commence à signaler comme nuisible l'excès du chaulage, et plusieurs cultivateurs en restreignent l'emploi. »

Ainsi s'énonce le rapporteur de l'enquête agricole sur le département de la Mayenne. Il est clair que la chaux a vigoureusement attaqué les détritus organiques laissés dans le sol par les ajoncs et les bruyères qui couvraient autrefois une partie du département : tant que ces débris ont été abondants, son rôle a été utile ; mais il est probable qu'aujourd'hui cette réserve est dissipée, et que les plantes ne peuvent plus guère emprunter leurs aliments qu'aux fumiers que reçoit le sol qui les porte ; il est même vraisemblable que la richesse du sol eik azote ne doit pas aller en augmentant, tant l'action de la chaux sur les matières ulmiques est fréquemment répétée, tant aussi le cultivateur paraît pressé d'utiliser les principes du fumier, puisqu'il emploie celui-ci à la fabrication de véritables nitrières, en le mêlant à la chaux et à la terre.

Pour retrouver sa fertilité passée, la Mayenne ne devra pas se contenter d'employer les amendements calcaires, il faudra qu'elle importe des engrais azotés ; il est vraisemblable qu'en dépensant en azotate de soude la somme qu'elle consacre à la chaux, elle obtiendrait un résultat plus avantageux.

Il est bien facile aujourd'hui de blâmer le cultivateur de la Mayenne sur l'abus qu'il fait de la chaux ; mais cet abus il devait fatalement le commettre. Quand, en 1830, il a vu, sous l'influence de la chaux, le trèfle pousser vigoureusement, le froment remplacer le seigle, il a pu croire que la chaux était un véritable engrais. La science s'efforce de l'éclairer aujourd'hui en lui disant que la chaux ne fait que mobiliser l'engrais enfoui dans le sol; que, loin de le créer, elle l'use en le rendant assimilable ; que, par suite, l'emploi de la chaux entraîne les fumures abondantes : elle lui donne ainsi un sage conseil, mais elle n'a pas le droit de lui reprocher une ignorance dont elle-même est à peine sortie, et qui la laisse encore dans l'incertitude sur quelques* unes des actions des matières calcaires.

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