‹ Cours de chimie agricole, professé à L'École d'agriculture de GrignonChapitre 128 sur 228 · LIEUX D'ORIGINE · texte numérisé non relu

LIEUX D'ORIGINE

Saint-Malo.

gr.

Marc de Montmartin.

traces

Brévand.

ST

2,83 0,01 traces 0.10 »

72,37 traces

Dans un même gisement et aux diverses époques de l'extraction pendant l'année, la proportion d'azote pour 100 contenue dans la tangue paraît d'autant plus élevée, que la tangue est plus grasse^ c'est-à-dire formée de particules dans un plus grand état de division. Le grand nombre de débris coquilliers que l'examen de la tangue y fait découvrir rend aisément compte de cette circonstance : chaque jour, en effet, de nouvelles coquilles viennent s'intégrer dans les tas tangueux ainsi qu'une masse de petits débris organiques, animaux ou végétaux. La présence des débris coquilliers rend également compte

(1) Le lecteur désireux de connaître la composition des divers maeris ou treaz (sables coquilliers) recueillis sur les côtes de Bretagne consultera avec fruit les analyses exécutées par M. Besnou, pharmacien-major de la marine, qui sont insérées au deuxième volume de V Enquête sur Us engrais indwtriels publiée en 1866 par le ministère de l'agriculture.

du foisonnement qu'éprouve la tangue mise en tas dans les cours des fermes ; foisonnement qui peut aller jusqu'à 4/10' du volume total : on comprend aisément que l'exfoliation continue des dépouilles^estacées tende sans cesse, en divisant la matière, à en augmenter le volume. Cette exfoliation, et par suite le foisonnement, est aidée par le pelletage des tas. La tangue ainsi pelletée, et ayant plusieurs mois de dépôt sur la grève, est plus estimée pour Tagriculture. La tangue s'emploie quelquefois seule et en nature sur les terres ; mais le plus habituellement on la mélange au préalable avec du fumier, des balayures, des cunires de mares ou de fossés, etc. : la méthode la plus généralement adoptée consiste à en former des composts ou tombes plus ou moins longues. On comnâence par labourer l'emplacement de la tombe à 18 ou 20 centimèti-es de profondeur sur 1 mètre à 1",20 de largeur; après huit ou quinze jours, suivant la saison, on donne un deuxième labour, et Ton met une couche de fumier, puis une couche de tangue, une couche de balayures et curures de fossés, etc. , puis de nouvelles couches de fumier, tangue, etc. , dans le même ordre, jusqu'à une hauteur d'environ un mètre. Après quinze jours ou un mois, on recoupe le tout en y incorporant la moitié environ de la couche inférieure de terre, ameublie par le labour ; une semaine après, le compost ainsi préparé peut être répandu sur les champs.

Quelquefois, surtout à proximité des tanguières, on fabrique ces composts avec des couches alternatives de sablon et de fumier ; quelques jours avant de conduire aux champs, on recoupe le tout et on le relève en tas.

La bonne tangue passe pour brûler le fumier, lorsqu'on l'emploie seule avec lui dans la confection des composts. La principale cause de ce fait doit être attribuée à la propriété que possède le calcaire, dans un grand état de division, d'activer la décomposition des matières organiques. En défînitive, la proportion de tangue qui entre dans les tombes est comprise entre 1/4 et 1/2 du volume total.

Enfin» la tangue s'emploie quelquefois aussi directement, sans mélange préalable, soit sur des prairies naturelles ou artificielles, après la récolte du fourrage, soit sur les chaumes de froment ou de sarrasin. Lorsque la tangue est ainsi employée seule, on n'en répand ordinairement que la moitié de la quantité que l'on fait entrer dans les composts.

Les terres qui reçoivent depuis longtemps de fortes proportions de tangue avec régularité finissent par offrir l'aspect des tanguières : ceci n'a rien d'étonnant, si l'on réfléchit qu'au bout d'un temps limité, le

terrain primitif n'entre plus que pour une minime proportion dans le sol ainsi modifié par des additions successives : la dose habituelle de tangue, en effet, est comprise entre 6 et 10 mètres cubes par hectare pour les meilleures qualités, entre 10 et 20 pour les qualités moyennes ; dans les environs de Cherbourg, on en emploie de 25 à 100 mètres cubes par hectare. L'expérience démontre que les terres les plus souvent et les plus anciennement tanguées éprouvent, aussi bien que les autres, les bons effets d'une nouvelle couche de cet amendement. Les principes les plus efficaces de la tangue disparaissent donc assez rapidement. — Si Ton demande aux cultivateurs à quoi ils attribuent les bons effets de la tangue, ils répondent que c est t au sel quelle contient ». Cette opinion n'est certainement pas fondée, car les tangues les plus estimées ne fourniraient guère qu'une dose de sel de 7 kilogr. par hectare et le mettraient ainsi à 200 fr. les 100 kilogr. Du reste, les tangues les plus riches en sel sont précisément les moins estimées ; enfin, les opérations que Ton fait subir au sablon, égouttage prolongé, exposition à Tair et aux pluies, etc. , ont pour résultat d'éliminer la plus grande partie du sel qu'il pouvait contenir.

Quant à l'effet des matières azotées et des phosphates, sans en nier l'importance, il faut se garder de l'exagérer : trente tonnes de la meilleure tangue, à ce point de vue, ne vaudraient pas une tonne de fumier de ferme, et certaines tangues très-estimées ne pourraient four nir aux récoltes la moitié de Tacide phosphorique qu'elles renferment. Il est au contraire un fait dominant, c'est que les tangues qui passent pour les meilleures sont aussi les plus riches en calcaire : c'est là, sinon le seul élément, du moins le plus important à considérer. D'ailleurs les terres sur lesquelles on obtient les effets les plus marqués sont aussi celles sur lesquelles le chaulage réussit le mieux. La tangue est donc un véritable amendement, tout à fait comparable aux faluns. Toutefois on doit lui reconnaître une action fertilisante spéciale en raison des matières organiques et des sels favorables à la végétation qu'elle renferme.

l 106. — DES AVANTAGES ET DES INCONVÉNIENTS DES AMENDEMENTS

Page 1