M0S03 — 40 = MS
MS + C02 + HO « M0,C02 + HS.
HS + 0 = HO + S.
Ces décompositions successives sont faciles à suivre, et l'expérience prouve que l'acide sulfurique introduit dans la terre arable y disparaît rapidement.
Nous l'avons montré dès nos premières recherches. On avait mélangé du sulfate de chaux avec deux échantillons de terre de Russie riche en débris organiques et avec du terreau de maraîcher ; on détermina l'acide sulfurique contenu dans les trois échantillons de 25 gram. au moment même où le mélange fut effectué ; les trois échantillons furent lavés avec des quantités égales d'eau froide ; on humecta pendant un mois les échantillons tenus en réserve, et l'on y rechercha alors de nouveau l'acide sulfurique.
DU PLATRAGE DES TERRES ARABLES. àM
Acide sulfurique dans réchantillon de terre de s^-
Russie n° 1 au moment du plâtrage 0,893
Acide sulfurique après un mois 0,793
Acide sulfurique disparu 0,100
Acide sulfurique dans réchantillon n^ 2 au moment du plâtrage 0,861
Acide sulfurique après un mois 0,806
Acide sulfurique disparu 0,055
Acide sulfurique dans un mélange de plâtre et de
terreau des maraîchers au moment du plâtrage . 1,089 Acide sulfurique après un mois 0,762
Acide sulfurique disparu 0,3â7
On a observé encore cette même réduction des sulfates en opérant d'une autre façon.
On a dosé dans une terre plâtrée depuis quelque temps la chaux et Facide sulfurique ; le terre normale ne renfermait pas sensiblement d'acide sulfurique, mais elle abandonnait à Teau de la chaux en quantité assez notable : on trouva dans 10 grammes de terre 0*%030 de chaux qu'on a défalqué de celle que donnait la terre plâtrée.
On a dosé dans 10 grammes de terre qui avaient reçu un gramme de plâtre cuit :
Chaux 0,352
Acide sulfurique 0.423
Acide sulfurique correspondant à la chaux 0,681
Acide sulfurique disparu 0,058
Et dans 10 grammes de terre qui avaient reçu un gramme de plâtre
cru :
Chaux 0,262
Acide sulfurique 0,343
Acide sulfurique correspondant à la chaux trouvée. 0,374
Acide sulfurique dispaiu 0,031
Ainsi, nous pensons que dans les profondeurs du sol arable, sous les influences réductrices nombreuses qui s'y manifestent constamment, le sulfate de chaux ainsi que celui de potasse ou d'ammoniaque peuvent être réduits et transformés en carbonates avec élimination de soufre. Au reste, nous avons, à l'appui de cette qpinîon, un grand nombre d'expériences. M. P. Thenard plâtre ses fumiers et y trouve du soufre cristallisé. Dans les démolitions des vieilles constructions parisiennes, on rencontre encore des cristaux de soufre dus à l'action réductrice des eaux ménagères sur le gypse qui forme le sol parisien. Les eaux qui descendent des collines d' Argenteuil s'infil-
àà2 DES AMENDEMENTS.
trent dans le sol, y rencontrent du plâtre, puis sans doute des matières organiques qui le réduisent, et ces eaux apparaissent chargées d'acîde sulfhydrique et de sulfure, une lieue pins loin, à Enghien. H. Boussingault place une lame d'argent dans une terre plâtrée et la voit noircir, etc.
Les bases, d'abord combinées avec l'acide carbonique, amenées à Tétatde sulfate par l'action du plâtre, ne persistent donc pas indéfiniment sous cette forme, et une nouvelle métamorphose peut les ramener à leur état primitif, ou même leur permettre de contracter de nouvelles combinaisons avec les acides ulmiques, qui paraissent avoir une influence si décisive sur le développement des légumineuses. Après leur combinaison avec Tacide sulfurique, tous les faits précédents le démontrent, les alcalis quittent les couches superficielles, descendent plus profondément, se répartissent dans le sous-sol, qu'ils n'atteindraient pas sous leur ancienne forme, et pénètrent dans les plantes sous forme de sulfates, quand ils atteignent les racines avant d'avoir subi une nouvelle transformation. On rencontre toujours, en effet, dans les cendres des plantes plâtrées, quelques centièmes d'acide sulfurique; mais bientôt les sulfates sont réduits, décomposés, et des carbonates prennent de nouveau naissance : de sorte que le plâtre n'a servi qu'à mobiliser la potasse et l'ammoniaque, mais les laisse bientôt sous une forme semblable à celle qu'elles avaient d'abord, éminemment propre à leur combinaison avec les acides ulmiques, à une profondeur plus considérable, où les racines des légumineuses peuvent les saisir plus aisément.
Nous avons insisté jusqu'à présent beaucoup plus sur l'action qu'exerce le plâtre sur la potasse et l'ammoniaque que sur Tinfluence utile qu'il peut avoir lui-même comme apportant au sol la chaux que les plantes réclament ; et il est certain que la chaux, filtrant plus facilement que la potasse et l'ammoniaque au travers de la terre arable, doit moins faire défaut dans les couches profondes que les alcalis eux-mêmes; j'ai dû enfin appuyer sur l'action qu'exerce le plâtre sur la solubilité des bases, action complètement inconnue avant mes recherches. La décomposition du sulfate de chaux, sa transformation en carbonate très-divisé, très-soluble dans l'acide carbonique, avait au reste été indiquée déjà ; elle démontre que le plâtre peut être utile aux plantes qui assimilent de la chaux comme à celles qui ont besoin de potasse et d'ammoniaque, et que la chaux doit se trouver aussi dans les cendres plâtrées en plus grande quantité que l'acide sulfurique.
^ 109. — LE PLATRE, EN DÉTERMINANT LA DIFFUSION DE LA POTASSE, FAVORISE l'assimilation DE SELS ALGAUNS RENFERMANT DES ACIDES AZOTOGARBONÉS.
Les travaux précédents établissent que le plâtre favorise la diffusion de la potasse et de l'ammoniaque, mais il est un point qu'ils laissent sans explication, et sur lequel cependant il convient d'insister.
MM. Lawes et Gilbert, dans le beau mémoire qu'ils ont consacré à l'étude de la culture du trèfle rouge {Report of experiments on ihe growth ofred C lover by différent manures, in the Journal ofthe Roy, agric. Soc. of EngL^ vol. XXI, p. 1), ont remarqué que si le plâtre et les sulfates alcalins qu'ils employaient comme engrais réussissaient très-bien les premières années de leur emploi sur un certain sol couvert de légumineuses, ils cessaient d'être efficaces après un an ou deux, quand bien même on ajoutait à ces substances des sels ammoniacaux ou du fumier; et cependant, tandis que, dans le champ d'expériences, la récolte de trèfle allait en diminuant, quelque effort qu'on fit pour la maintenir, elle restait abondante dans un jardin situé très-près du champ d'expériences, qui supportait, par conséquent, les mêmes conditions climatiques.
Frappés de ces résultats, MM. Lawes et Gilbert cherchent à les interpréter : ils rappellent une hypothèse remarquable émise par Mulder, qui, remarquant que les débris organiques enfouis dans le sol subissent une série de métamorphoses complexes avant d'être amenés à l'état d'acide carbonique, admet que ces composés intermédiaires constituent une série d'acides qui se combinent avec l'ammoniaque ou avec les alcalis fixes, pour former des sels à acides organiques. Tout le monde sait, en effet, que la terre arable renferme une proportion notable de matières ulmiques solubles dans les alcalis. M. Rissler a insisté, il y a déjà plusieurs années, sur leur importance, ot M. L. Grandeau leur accorde également une influence considérable sur Tassimilation des substances minérales. Imaginons maintenant que certaines plantes, le trèfle, la luzerne, par exemple, demandent, pour donner une récolte abondante, qu'une partie de leurs aliments leur soit présentée sous la forme de composés carbonés, combinés avec l'ammoniaque ou avec la potasse, et nous aurons émis une hypothèse qu'on ne pourra admettre que lorsqu'elle aura été démontrée exacte par l'expérience, mais qui aura l'avantage de nous faire comprendre
àU DES AMENDEMENTS.
aisément tout ce qui reste encore d'obscur dans la question du plâtrage. Ainsi nous concevons aisément comment il est nécessaire qu'une certaine période de temps se soit écoulée avant qu'on puisse faire revenir la luzerne sur un sol qu elle a déjà occupé, car les composés complexes en question ne se forment dans le sol en quantité suffisante, pour fournir aux besoins, de ces plantes, qu'avec une certaine lenteur.
Nous comprendrons encore les différences si curieuses observées par * les chimistes de Rotliamsted sur l'action des engrais chimiques em* ployés à la culture des céréales et à celle des légumineuses. Dans quelques-uns de leurs champs d'expériences, MM. Lawes et Gilbert ont pu obtenir des récoltes de blé abondantes pendant dix-sept années de suite, sans fournir au sol un gramme de carbone ; les récoltes étaient considérablement plus abondantes sur certaines parcelles où l'engrais ne renfermait pas de carbone que sur celles qui en recevaient des proportions considérables : il y a donc, dans ce cas, de fortes raisons d'admettre que ces plantes puisent la plus grande partie, sinon la totalité de leur carbone, dans l'acide carbonique.
Quand le sol est abondamment fourni de matières minérales, la quantité de matières végétales élaborées par certains végétaux dépend de la proportion de matières azotées assimilables qui leur est fournie ; mais l'addition d'azote sous forme d'ammoniaque ou de nitrates, qui est si avantageuse pour les graminées, est plutôt nuisible pour les légumineuses.
Cependant celles-ci renferment une quantité notable de principes albuminoïdes. Nous avons vu plus haut (§ 21) qu'elles ne prennent pas l'azote libre de l'atmosphère, les engrais azotés ne leur conviennent pas; quand on amende une prairie avec des engrais azotés, on voit aussitôt les graminées prendre le dessus et se substituer aux légumineuses : ainsi celles-ci exigent une alimentation différente de celles-là; et il est probable qu'elles prennent leur azote sous une forme complexe, sous celle de composés azotocarbonés. Ces principes sont insolubles dans l'eau, puisqu'ils s'accumulent dans le sol; pour qu'ils soient assimilés, il faut qu'ils se dissolvent, et le rôle de la potasse paraît être dès lors d'amener ces principes à l'état soluble. Si Ton admet cette hypothèse, on en conclut que la potasse ne pourra avoir d'effet utile qu'autant que le sol renfermera ces produits complexes, et que son action sera nulle aussitôt qu'ils auront disparu. On comprend dès lors facilement comment un long espace de temps doit s'écouler avant qu'un sol ordinaire soit capable de porter une récolte
DU PLATRAGE DES TERRES ARABLES. ààb
de légumineuses; tandis qu'un sol de jardin, fumé abondamment avec des matières organiques peut-être depuis des siècles, pourra porter de semblables cultures plusieurs années de suite, sans qu'on les voie dépérir. On comprend enfin comment la potasse est utile au début de la culture de la luzerne, au moment où le sol est riche en matières ulmiques; comment elle est sans action sensible lorsque le soussol est épuisé.
Les opinions émises dans le mémoire de MM. Lawes et Gilbert méritent une confirmation expérimentale, et ne pourront être admises que lorsqu'on aura démontré que les légumineuses prospèrent dans un sol amendé avec des ulmates alcalins ; mais nous devons faire observer cependant que le rôle que nous avons attribué au plâtre s'accorde très-bien avec cette manière de voir. Nous avons reconnu dans les pages précédentes que les sulfates alcalins descendus dans les couches profondes sont bientôt ramenés à l'état de carbonates, qui peuvent fournir aux acides ulmiques la base nécessaire pour les dissoudre. Ce ne serait donc pas seulement parce qu'il mettrait la potasse à la disposition de la plante que le plâtre serait utile, mais encore parce qu'il faciliterait à l'aide de cette potasse entraînée dans les couches profondes la dissolution, puis l'assimilation des acides ulmiques, qui contribuent particulièrement à l'alimentation des légumineuses. Or, bien avant que nous eussions émis les opinions précédentes, M. Rissler avait reconnu que Teau chargée de plâtre enlève plus de matières organiques à une terre riche en débris végétaux que de l'eau pure, ce qui vient encore confirmer la manière de voir que nous avons développée dans ce chapitre.