QUATRIÈME PARTIE
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Nous avons consacré la première partie de cet ouvrage à Fétade des végétaux ; nous ayons reconnu quelles étaient les substances nécessaires à leur développement régulier. Ces premières connaissances nous ont guidé dans l'examen de la terre arable. Nous y avons recherché ces matières utiles aux plantes ; nous les y avons trouvées souvent en quantités considérables, mais habituellement à Tétat insoluble, et par suite sous une forme qui empêchait les végétaux de s'en saisir. Nous avons donc reconnu qu'il fallait les modifier pour les rendre assimilables, et c'est là le rôle que nous avons attribué aux amendements. Leur action, si énergique qu'elle soit, est cependant insuffisante pour fournir aux besoins de la masse énorme^ de plantes de même espèce que notre système (îe. culture entasse sur une surface limllée ; aux matières nécessaires à la végétation fournies directement par le sol, il faut donc ajouter des aliments nouveaux, des engrais^ non-seulement pour que la terre conserve sa puissance de production, mais pour qu'elle l'augmente et quelle fournisse une abondante alimentation à une population sans cesse en voie d'accroissement.
Le problème à résoudre comprend deux termes différents : il ne suffit pas de rechercher de toutes parts ces principes nécessaires au développement des végétaux et de les mettre à la disposition des cultivateurs ; il faut encore préciser le mode d'alimentation des diverses espèces végétales, de façon à donner à chacune d'elles la nature d'engrais qui lui convient.
Sur ce point nos connaissances sont encore très-incomplètes. S'il est clair que toutes les plantes doivent trouver des combinaisons azotées dans le sol où elles enfoncent leurs racines, nous ignorons encore ou nous ne savons que très - vaguement la forme sous
DES ENGRAIS. àà7
laquelle ces combinaisons doivent être fournies : telle plante pa* ralt prospérer sous l'influence des nitrates, telle autre sous celle des composés ammoniacaux, telle autre enfin semble exiger des combinaisons carbazotées plus complexes. Il importe que la forme sous laquelle l'engrais azoté doit être fourni à telle ou telle espèce cultivée soit nettement déterminée.
Si l'eflicacité des phosphates est absolument établie, celle de la potasse reste discutée, et de nombreux travaux sont encore nécessaires pour que la science puisse guider la pratique dans l'emploi des divers engrais que le commerce lui fournit.
La solution de la seconde partie du problème des engrais n'est aussi donnée que partiellement. Sans doute le rôle joué par la chimie et la géologie dans la découverte de l'exploitation des phosphates a été remarquable. Les travaux de Berthier et de M. EUe de Beaumont ont eu en France l'influence la plus heureuse, et la découverte des gisements de nodules phosphatés qu'a faite M. de Molon dans nos départements de l'est, en 1857, a suivi de près celle de ces mêmes produits en Angleterre par M. Nesbit. La fabrication des superphosphates, indiquée par le baron de Liebig, a en outre singulièrement contribué à faciliter l'emploi de ces précieux engrais, qui sont l'objet aujourd'hui d'un commerce considérable.
La découverte du gisement de Stassfurt-Anhalt est venue, d'autre part, augmenter la proportion de potasse mise à la disposition de l'agriculteur par nos salines du Midi traitant les eaux mères des marais salants d'après les conseils de M. Balard.
L'agriculture est donc redevable à la science des deux matières minérales qui exercent sur la végétation une influence marquée, bien qu'à des degrés différents ; mais la tâche des savants est loin cependant d'être accomplie. Il reste à trouver le moyen d'utiliser les vidanges des villes ; leur emploi, répandu depuis de longues années dans certains de nos départements, ne s'est pas encore propagé dans d'autres, et le système en vigueur à Paris, celui qui était naguère adopté à Londres, sont l'un et l'autre préjudiciables à la santé publique et ruineux pour l'agriculture. — Indiquer un procédé facile à mettre en pratique pour débarrasser les villes des immondices qu'elles produisent, en les faisant servir à la fertilisatiop des campagnes, telle est la question la plus importante qu'ait à résoudre aujourd'hui la science agricole.
L'étude des différentes matières fertilisantes est l'objet de cette quatrième partie, qu'il convient d'aborder en donnant une définition précise du terme qui y reviendra constamment, du mot : Engrais.
S 110. — DÉFINITION DE L*ENGBAIS.
L'expérience a démontré que si l'on ajoute à un sol cultivé une matière susceptible d'être assimilée par les plantes, mads existant déjà dans le sol en quantité suffisante pour subvenir aux besoins des végétaux qui s'y développent , on obtient peu ou pas d'effet; elle a démontré que telle matière assimilée par les plantes, quand elle était placée dans un certain sol déterminé, ne l'était pas dans une autre terre; et qu'enfin telle matière qui était un engrais efficace pour une certaine plante, n'avait aucun effet quand elle était appliquée à la culture d'une autre.
Il n'est pas douteux, en effet, que les phosphates soient nécessaires au développement des végétaux, et cependant, dans nos départements du Nord, où la culture est très-avancée, ils ne présentent aucune utilitéy vraisemblablement parce que le sol en est fourni ; ils exercent au contraire une action des plus marquées en Bretagne (i). Les superphosphates, utilisés en quantités énormes en Angleterre pour la culture des tumeps, ne produisent pas en Bretagne un effet aussi avantageux. Les engrais azotés, qui ont une influence marquée dans presque tous les sols sur les céréales, n'exercent qu'une action très-médioci'e sur les légumineuses.
On reconnaît donc dès l'abord que la question des engrais est des plus complexes, puisqu'elle comprend trois termes différents :
1* Présence dans le sol d'un élément semblable à celui qu'on ajoute et qui enlève toute utilité à ce dernier.
2** Nature du sol qui favorise ou non, dans l'engrais ajouté, des métamorphoses favorables à son utilisation par les plantes.
3* Nature de la plante elle-même sur laquelle l'engrais est ajouté.
Si l'on tient compte de ces trois conditions, on arrivera à préciser la définition de l'engrais en disant : L'engrais est la matière utile à la plante qui manque au sol. On voit, d'après cette définition, que la propriété que possède une matière d'être un engrais est, suivant l'idée développée depuis longtemp.? par M. Chevreul, essentiellement relative, et qu'il est impossible d'affirmer d'une façon absolue et générale que telle matière est ou n'est pas un engrais.
(1) Voyez V Enquête sur les engrais industriels, publiée par le ministère de Tagricullure^ t. I, p. 896.
En étudiant les conditions du développement des plantes dans un sol stérile, on est arriva depui^ longtemps déjà à reconnaître quelles sont les matières indispensables à leur croissance ; et bien que Th. de Saussure, Liebig, Lawes et Gilbert, aient accumulé sur cette question importante des travaux remarquables, on peut dire que la démonstration complète de la nature des substances nécessaires aux plantes a été donnée par M. Boussingault {Comptes rendus^ t. XLIV, p. 940), qui a montré que des Helianthus cultivés dans du sable stérile se développaient comme dans une bonne terre, quand au sable était ajouté du phosphate de chaux, du silicate de potasse et de T azotate de potasse. On conçoit donc que, dans l'impossibilité où Ton se trouve aujourd'hui de formuler une théorie des engrais pour chaque plante et chaque sol, on détermine la valeur des engrais d'après la proportion qu'ils renferment de ces principes bien définis qu'on sait être indispensables au développement des végétaux ; on se contente même, en général, de fixer la valeur des engrais d'après leur teneur en azote assiaiilable et en acide phosphorique, qui font le plus souvent défaut dans le sol, et sans lesquels les plantes ne peuvent acquérir leur développement régulier.