PAR LES VÉGÉTAUX EST PEU VRAISEMBLABLE
On ne saurait, en définitive, admettre les conclusions de M. G. Ville; il serait nécessiiire, pour que l'absorption de l'azote libre par les végétaux fût considérée comme démontrée, que plusieurs observateurs habiles, répétant les expériences de M. G. Ville, fussent arrivés à des résultats semblables aux siens : c'est ce qui n'a pas eu lieu. Tant que cette confirmation n'aura pas été donnée, l'opinion des physiologistes doit rester en suspens, d'autant plus que la réaction qui donnerait nîiissance aux albuminoïdes par fixation d'azote libre dans les végétaux est contraire à tout ce que nous enseigne la chimie.
Pour triompher des résistances passives de l'azote, il faut des réac-
lions énergiques : sous l'influence de l'étincelle électrique, sous celle des combustions vives ou lentes, l'azote s'unit à l'oxygène pour fournir des composés nitrés ; au rouge, l'azote et le carbone se combinent. Mais jusqu'à présent on n'a constaté l'union de l'azote libre avec une matière organique complexe qu'au moment où cette matière se brûle sous l'influence de l'oxygène ; et si l'on conçoit qu'une semblable réaction puisse avoir lieu dans la terre arable (voy. Comptes rendus de t Académie des sciences, 1871 , t. LXXIII, p. 1352) , où l'action oxydante de Tair s'exerce constammerit, on ne saurait admettre l'existence, dans la plante, de réactions capables de fournir la chaleur nécessaire à l'union de l'azote libre avec l'oxygène. Les mots vagues de corps à F état naissant sont aujourd'hui abandonnés : un corps qui se dégage d'une combinaison profite parfois de la chaleur mise en jeu par les réactions pour exercer des actions plus énergiques, pour affecter même un état plus ou moins transitoire pendant lequel ses afDnités sont plus puissantes ; mais dans la plante ces dégagements de chaleur n'ont pas lieu, puisqu'au contraire la fonction capitale du végétal est d'absorber de la chaleur. Nous n'avons enfin aucune raison de croire qu'il se produise dans les êtres vivants une réaction absolument difl'érente de celle que nous réalisons dans le laboratoire, car, à mesure que nos connaissances s'étendent, nous voyons au contrsdre que les réactions qui prennent naissance dans les végétaux sont de même nature que celle que nous réalisons dans DOS luatras et nos cornues.
Concluons donc, en finissant ce chapitre, qu'il est très-peu vraisemblable que les plantes puissent s'assimiler directement l'azote libre ; mais que probablement au contraire elles prennent leur azote dans les Qitrates, dont le mode de formation sera indiqué plus loin aussi complètement que le comporte l'état actuel de nos connaissances, ou encore dans ces composés' complexes riches en carbone et en azote, dont la production dans le sol et dans les fumiers a été particuUèrement étudiée par M. P. Thenard : peut-être le rôle qu'ils jouent dans la végétation est-il plus important que ne le suppose la science actuelle, etlaut-il revenir dans une certaine mesure à l'ancienne opinion de Tb. de Saussure, qui professait que les plantes absorbent directement les principes solubles de l'humus.