DES FUMIERS CONSOMMÉS ET DES FUMIERS FRAIS
Il n'est pas douteux que si Ton pousse la fermentation du fumier jusqu'à sa dernière limite, on n'arrive à dissiper presque tous les éléments volatils qu il renferme ; mais il est loin d'en être ainsi lorsque le fumie»est bien tassé, qu'il est maintenu suflisamment humide, et que les eaux qu'il reçoit s'écoulent dans la fosse à purin pour être ramenées de temps à autre à la surface. Aussi, malgré la déperdition qui suit fréquemment une longue fermentation, les cultivateurs (le certaines contrées continuent d'employer de préférence les fumiers consommés ; dans d'autres au contraire on fait usage des fumiers frais. A quelles causes attribuer ces différences? c'est ce qu'il faut nous efforcer de pénétrer.
Emploi des lonilers frais dans les terres argHeases. — Dans les
chapitres consacrés à l'étude des terres arables, nous avons vu combien leurs propriétés varient suivant qu elles renferment des quantités notables d'argile, ou au contraire que c'est le sable qui y domine : examinons d'abord ce qui doit se passer dans une terre argileuse qui reçoit des fumiers frais. — Cette terre est peu perméable aux liquides et à lair, par suite les débris végétaux provenant des végétations antérieures y sont abondants ; ils s'y pourrissent, ils y donnent de l'humus capable de retenir les composés ammoniacaux encore existants dans le fumier frais : le glucose azoté provenant de la première réaction de l'ammoniaque sur les litières. C'est une expérience aujourd'hui classique que de filtrer du purin sur une terre argileuse, et de voir l'eau passer presque incolore, dépouillée des matières organiques qu'elle tenait en dissolution. Deux causes interviennent ici pour fixer ces principes solubles, d'une part les propriétés absorbantes des argiles sur le carbonate d'ammoniaque, de l'autre la réaction qu'exerce celuici sur les débris végétaux. Il résulte, en effet, des expériences de M. le baron Thenard, que les réactions qui se produisent dans la fosse à fumier entre le carbonate d'ammoniaque et les matières végétales prennent également naissance dans le sol, et qu'il s'y forme, par l'arrivée des matières animales, de l'acide fumique déjà moins soluble que les produits primitivement contenus dans le fumier frais. La déperdition ici n'est donc guère à craindre, et d'autre part, comme, par hypothèse, la terre est tenace, compacte, peu perméable, l'incorporation des fumiers longs et pailleux lui donnera quelques-unes des qualités qui lui manquent ; elle deviendra plus légère, plus perméa-
ble aux gaz atmosphériques. Nous croyons donc, et nous sommes sur ce point d'accord avec la pratique agricole, que dans les contrées argileuses remploi des fumiers pailleux et peu consommés présejite des avantages.
Emploi des tviniers eoBsoinaiés Jami !«• terres légères. — Hais il
n'en serait plus ainsi dans les terres légères ; celles-ci, en effet, sont en général beaucoup moins chargées de détritus orgaiiqnes que les terres argileuses, par cette raison que l'air les pénètre facilement et que ces débris sont brûlés rapidement. Puisque l'argile est rare, les matières organiques peu abondantes, les causes de fixation dea matières organiques solubles n'existent plus, et il convient d'employer des engrais peu solubles, se décomposant lentement, et cela à des degrés différents, suivant qu'on aura à sa disposition des amendements calcaires, ou au contraire que ceux-ci feront défaut.
M. P. Thenard nous enseigne que l'acide fumique, second terme des produits de fermentation des fumiers, est rendu insoluble par la chaux quand elle n'est pas employée en grand excès. Si donc nous avons des calcaires à notre disposition, la fermentation n'aura pas besoin d'être poussée jusqu'à la formation du beurre noir ; les fumiers restés sur la plate-forme pendant six semaines ou deux mois conviendront : ils ne devront pas cependant être très-pailleux, puisque, par hypothèse, la terre sur laquelle nous voulons les appliquer est déjà très-poreuse. Si enfin les calcaires font défaut, si le sol est perméable ou peu épais, il faut employer des fumiers très-consommés : c'est ce qui a lieu dans les mauvaises terres du centre de la France, dans certaines parties du Bourbonnais, où nous avons eu occasion de voir souvent répandre un fumier noir, sec, cassant, que les femmes divisaient à la main, pour l'éparpiller sur les champs avant les labours.
Ainsi il n'est pas possible de dire d'une façon générale que les lumiers consommés sont préférables aux fumiers frais : les uns et les autres peuvent être employés ; mais nous pensons, et nous le répétons d'après ce que nous avons eu occasion de voir dans différentes contrées, que les fumiers frais sont favorables aux terres fortes, et les fumiers consommés plus efficaces sur les terres légères.
§ 129. — BÉACTIONS QUE l'oXYGÈNÊ ATMOSPHÉRIQUE DÉTERMINE DANS