LE FUMIER RÉPANDU SUR LA TERRE ARABLE
Les nombreuses analyses des eaux d'égout que nous avons em- ^ pruntées aux remarquables travaux du Boardofhealth (voy. cbap. IV)
nous ont montré qu'à leur sortie des prairies, les eaux ne renfermaient plus guère d'ammoniaque ou de matières organiques azotées, mais seulement des nitrates ; il est donc vraisemblable que si Ton verse sur le sol de l'engrais flamand, du purin, ou si l'on amène des fumiers frais, les principes azotés seront rapidement brûlés et amenés à l'état de nitrates. En sera-t-il de même des produits plus stables, tels que les fumâtes ou le beurre noir ?
M. P. Thenard nous a enseigné que lorsqu'on soumet le fumate de chaux à l'action de l'oxygène ozone, il présente les phénomènes suivants : A Tétat pur, et môme en présence de l'humidité, il résiste ; mais en ajoutant du calcaire, il donne un acide plus azoté, soluble, et qui dissout une quantité de chaux double de celle qui était unie à l'acide fumique. Cette réaction prend encore naissance sous l'influence de corps poreux , tels que la mousse de platine, la terre arable, etc. Le dernier terme de cette oxydation est un nitrate.
De cette expérience de laboratoire ne peut-on pas déduire que dans la terre arable, les fumâtes se brûlent peu à peu et donnent, ou bien des produits solubles renfermant encore du carbone, ou bien des nitrates.
Quant à la matière noire, dernier terme de la fermentation du fumier, il est probable qu'elle résiste plus longtemps, que ce n'est que lentement qu'elle se brûle, mais qu'elle fournit encore des nitrates comme dernier produit d'oxydation. Elle constitue sans doute la plus grande partie de cette vieille force ^ qui s'accumule dans les terres bien fumées, et qui finit par en former une fraction importante, puisqu'on rencontre dans nos bonnes terres du nord de la France 2 grammes d'azote combiné par kilo, ce qui correspond à 50 grammes de matière noire, si l'on admet qu'elle renferme h pour 100 d'azote.
Le fumier, enfin, n'a-t-il pas encore une autre action? est-ce seulement par les 6 millièmes d'azote qu'il renferme qu'il agit sur la végétation, et cette culture par le fumier de ferme, si attaquée dans ces dernières années, est-elle aussi spoliatrice que le répète l'illustre baron de Liebig ?
Nous ne le pensons pas : pour nous, pendant ces combustions lentes des matières du fumier qui se produisent dans la terre arable, il y a fixation d'azote atmosphérique (1) ; ces mélanges complexes dégagent
(1) Nous avons déjà indiqué au lecteur (§80) les résultats des expériences que nous avons entreprises sur ce sujet; nous avons récemment, dans deux expériences heureuses, fixé 16 et 13 centimètres cubes d*azote sur le g^lucose azoté : c'était environ /ÏO et 33 pour 100 de Tazote introduit dans les tubes, beaucoup plus qu'il n'en aurait fallu pour
de la chaleur en se brûlant et déterminent la combinaison de Tazote de l'air avec les matières carbonées. Les matières déjc\ altérées par la fermentation paraissent être celles qui dégagent en se brûlant à Tair la plus grande quantité de chaleur, celles, par suite, qui sont les plus efficaces pour déterminer celte fixation d'azote atmosphérique qui vient s'ajouter à celui que renferme déjà Tengrais. Sans doute cette fîxation est moins nécessaire à la riche agriculture du Nord qu'à celle du Midi, dans lequel les animaux sont moins abondants; mais favorisée par la chaleur solaire, elle contribue dans une forte mesure à conserver la fertilité moyenne des terres médiocrement fumées, et dont le rendement s'abaisserait singulièrement, si, employant exclusivement des fumiers pailleux, faciles à laver par Teau de pluie, ces terres légères ne conservaient pas précieusement les matières noires, lentement altérables, qui, en se brûlant à F air, les enrichissent de Tazote prélevé sur l'atmosphère.