‹ Cours de chimie agricole, professé à L'École d'agriculture de GrignonChapitre 179 sur 228 · ENGRAIS DE POTASSE, SEL MARIN ET AUTRES MATIÈRES MINÉRALES · texte numérisé non relu

ENGRAIS DE POTASSE, SEL MARIN ET AUTRES MATIÈRES MINÉRALES

Ou rencontre la potasse dans les cendres de tous les végétaux, et l'on a longtemps admis à priori que cette base avait pour la végétation une importance majeure; nous avons reconnu cependant (§ 31), qu'on ne pouvait pas déduire absolument, de la présence dans les cendres d'une plante d'un principe minéral, son utilité pour le développement

(le celle-ci ; aussi, avant d'appuyer sur les quantités de potasse enlevée par la végétation aux terres cultivées, avant de faire connaître les sources où l'agriculture peut puiser les éléments d'une restitution que quelques agronomes jugent nécessaire, il importe de mettre sous les yeux du lecteur les résultats obtenus par l'emploi direct des sels de potasse sur diverses cultures.

Les essais qui ont été faits à l'école de Grignon ont été poursuivis pendant trois années ; ils ont été entrepris à la fin de la campagne 1865-1866, et continués en 1866-1867, 1887-1868. C'est peu de temps après la découverte du gisement de Stassfurt-Anhalt, en Allemagne, que les engrais de potasse apparurent sur le marché français, et il était utile d'étudier directement leur action sur divers sols et sur différents végétaux, afin d'encourager son emploi si l'on réussissait, afin de prévenir les mécomptes, si au contraire on ne reconnaissait pas à ces matières toute l'utilité que les agronomes allemands paraissaient leur accorder.

Nous indiquerons d'abord les résultats obtenus pendant la campagne 1865-1866.

^^ 140. — RÉSULTATS OBTENUS A LAIDE DES ENGRAIS DE POTASSE SUR LA CULTURE DU FROMENT, DES BETTERAVES, DK LA POMME DE TERRE ET DE LA LUZERNE, PENDANT l'ANNÉE 1866.

Les cultures ont été installées sur trois sols complètement différents. L'un compose la pièce désignée à Grignon sous le nom de Défonce : c'est un sol extrêmement calcaire. L'analyse ayant montré qu'il était très-pauvre en acide phospkorique (voy. p. 312), on a mélangé aux engrais de potasse Avl phospho-guano, La seconde série d'expériences a été disposée sur un sol de très-bonne qualité, compris dans ce qu'on appelle à Grignon la septième division. Enfin, les cultures de luzerne étaient établies sur le sol de la cinquième division. On a fait usage dans ces recherches de trois variétés d'engrais de potasse. L'un, venant des salines de MM. H. Merle et C% à Alais, répond assez exactement

à la formule S'O* jjJ^Q,6H0- il coûte ih francs les 100 kilogr. ; le

transport jusqu'à Grignon étant de 3 francs, il revient à 17 francs. Le second engrais employé provient, comme le troisième, des usines de MM. Vorster et Griineberg à Cologne. Il est désigné sous le nom d'engrais de potasse : Il renferme de 8 à 10 pour 100 de cette base-.

C'est un mélange très-complexe de sulfate de potasse, de magnésie, de chaux, de chlorure de sodium et même de matière argileuse. Il coûte à Cologne 8 fr. 50 c. les 100 kilogr. , et revient à Grignon à 13 fr. 50 c. Nous avons enfin employé le sulfate de potasse concentré^ renfermant 30 pour 100 de potasse environ, lA pour 100 de soude, un peu de sel marin, de sulfate de chaux et de magnésie; il coûte 37 francs les 100 kilogrammes à Cologne, et 42 francs à Grignon.

On a donné à chaque parcelle de 5 ares des quantités de sels de potasse renfermant à peu près des poids de potasse égaux et doubles de ceux que prélève sur le sol une récolte moyenne -, un carré non amendé a toujours servi de terme de comparaison.

Expériences sur le froment. — On n'a fait sur le fromout qu'une seule série d'essais, à la terre de la septième division (voy. pour l'analyse de cette terre, page 312. Le sol avait porté du blé l'année précédente ; le blé bleu employé fut distribué au semoir, en lignes espacées de 0'",25, le 19 mars 1866 ; on employa une quantité de semence équivalant à 100 litres à l'hectare. La moisson eut lieu les 10 et 11 août, le battage à la machine le 13, le triage le 16. Les gerbes étaient un peu humides, il restait des grains dans les épis 5 les résultats toutefois sont comparables. On a obtenu les nombres résumés dans le tableau suivant :

Expériences sur V emploi de divers engrais appliqués à la cuUure du froment. Culture du blé de printemps. — Terre de la septième division»

(Danser* tahlenu pt Jaus les suivante tons \os nombres sont rapporté» à l'heotarp. )

ji

l'OIDS KT PRIX

CJ — •

NATURE

des ençrrnis

et

1)K« ESr.RAIfî EMPIOYÉS.

y. ïr.

ait:

es

■ilg

fr.

kil.

fr.

hectol.

kil.

fr.

fr.

fr.

fr.

Eucrnis Merle

lOS

Encrais de potasse .......

Sulfate de potasse

Rien

On recoimaîtra, à l'inspection du tableau précédent, que si les engrais alcalins ont toujours légèrement augmenté la récolte, Tengrais (le potasse et le sulfate de potasse et de magnésie ont seuls donné un bénéfice.

• ciiitare ûem betteraveii. — Les betteraves appartenaient à la variété

Silésie rose do Flandre ; elle^ ont été semées les 20 et 21 avril, et récoltées, à la Défonce le 24 octobre, à la septième division les 6, 7, 8 et 9 novembre.

Expériences sur l'emploi de divers engrais appliqués à la culture des betteraves.

lil.>. EX.RAl!» EMPLOI kS.

tt. .

PREMIKRE SÉRIE INEXPÉRIENCES (terre de la Défonce) (').

fr. c.

(S0KO.SOMjçO,Cno) ' U ,,

Pliospho-trminn 30 •>

F.nsçrui» <l»' |iota«so ] 8 •'0

PhriS|'lio-gn)ino 30 >•

Siilfut»* d»' jMit(i<se 37 »

PlidSplio-Kuaiio Ph()Sj»ho-i,'iiario

kil.

fr.

kil.

iO too

DEUXIÈME SÉRIE D'EXPÉRIENCES (terre de la septième division).

FIiit;rais Merle

Engrais de potnss»' (Yoistor ot (»riijie-

l)prîf)

«SiiHute de j»otnsse (V(ir*ter et (Irune-

bercr)

Rien

ÎIOO »

fr.

fr.

(1) Vr>voz paçe 312 l'uimlysp Je eette terre.

On voit que, si à la terre de la Défonce l'engrais de potasse et le sulfate de potixsse mélangés au phospho-guano ont donné une augmentation sur la récolte dépassant 4500 et 1500 kilogrammes de racines à l'hectare, Tengrais des salines du Midi n'a produit aucun effet. A la septième division, les engrais de potasse n'ont produit aucune augmentation de récolte; dans tous les cas, leur emploi a été suivi d'une perte sensible.

CoKore den pommes de terre. — Les pommes de terre, appartenant à la variété dite Chardon^ furent plantées par tubercules entiers, le 16 et le 17 avril. Elles reçurent deux binages, l'un au commencement de juin, l'autre au milieu de juillet : elles ont été arrachées du 27 octobre au 5 novembre.

Expériences sur l'emploi de divers engrais appliqués à la culture des pommes de terre.

NATimE

DBS BN0RAI.4 EMPLOYÉ!).

POIDS HT PRtX

Prix des iOO kilogramm

lies engraïj

•Zj

PREMIÈRE SÉRIE D*EXPÉRiEMCBS (terre de la Déronce}.

fr. c.

Phospho-^aoo

Engrais Merle (sulfate de potasse et de

magnésie) 14 >«

Phospho-guano 30 »

Engrais de potasse (Vorster et Grfine-

berg) , 8 50

Phospho-guano ' 30 v

Sulfate de potasse 37 a

Phospho-guano ^ 30 »

kii.

fr. I*.

hoetol.

fr.

fr. c. fr. c.

DEUXIÈME SÉRIE D'EXPÉRIENCES (terre de la septième division).

Engrais Merle | 14 >

Engrais de potasse 8 50

Sulfate de potasse (Vorster Pt Grflne-

berg) 37 »

Rien ' . . . . »

kii.

On reconnaîtra, à l'inspection de ce tableau, que, dans les deux séries d'expériences, Y engrais de potasse a augmenté la récolte ; que, dans un cas seulenient, lorsqu'ils ont été associés au phospho-guano, le sulfate de potasse et de magnésie des usines Merle, et le sulfate de potasse de MM. Vorster et Griineberg, ont eu une heureuse influence, mais (ju'employés seuls, ils ont eu un effet nul ou défavorable. L'engrais Merle, associé au phospho-guano, a donné un produit supérieur de 160 francs à celui du carré sans engrais; l'engrais de potasse associé au phospho-guano a encore donné un bénéfice de 120 francs ; mais l'emploi du sulfate de potasse dans les deux cas, et celui de l'engrais Merle et de l'engrais de potasse dans un. seul cas, ont été onéreux.

Cuitare de ii^ lazerae. — On traça à l'automne de 1865 plusieurs carrés de 5 ares dans une luzemière déjà âgée de plusieurs années et située dans la cinquième division, près du chemin de la Gare. Los expériences n" 1, 2, 3, 5, 7 et 8 furent disposées dès le mois de novembre 1865, tandis que les engrais ne furent distribués sur les parcelles i, C, 9 et 10 qu'au mois d'avril 1866. Cette terre était peu convenable pour les essais, puisqu'elle renfermait des quantités notables de potasse et d'acide sulfurique. Malheureusement, il n'exis-

tait pas d'autre luzernière sur le domaine au moment où les essais furent résolus.

La récolte de foin eut lieu du 7 au 13 juin ; elle fut pesée après dessiccation. Le regain futfauché le 31 juillet, séché et pesé quelques jours après. La dernière coupe, assez maigre, n'a pas été comptée.

Expériences sur Vemploi de divers engrais appliqués à la culture dn la luzerne.

ta 4^

XATURE DEK EKCR^IO

employé».

Prix des }0 kilogrammes.

oids des engrais répandus.

rix de la récolte fr. les 1000 kil.).

Gain on perte * romparés aux carrés sans engrais.

fr. c.

fr.

kil. fr. 0.

fr. 0.

fr. c.

fr. «>.

Fnmier et plAtre

Fumier p«miI

8 670 ny3 «0

Flûtit-

EnirraiH M«^rl(>

Rien

(Ui8 »

Knscrnis dn potasse (VorstiT

et (.inineberR).. .....

SulTiite d'nmmoniai|iio. . . .

Sulldte de polHji.s»* 40 »

Salfnte de pota^^e (Vorster et Grftneberj;). ......

Hi«n

On reconnaîtra, à l'inspection de ce tableau, que si le fumier seul ou mêlé au plâtre a produit plus d'effet que les engrais de potasse et que le sulfate d'ammoniaque, l'ext^ès de récolte obtenue a toujours été insuffisant pour payer l'engrais ; à l'exception du plâtre, aucun engrais n'a été employé sur la luzerne avec avantage.

En résumé, on peut, conclure des expériences établies à Grignon pendant Tannée très-pluvieuse de 1866, que les engrais de potasse, distribués sur des terres très-diversement riches en alcalis, n'ont habituellement founii qu'un excédant de récolte insuffisant pour payer la dépense qu'ils ont occasionnée.

Si l'on veut les classer d'après leur degré de réussite, on trouve que l'engrais de potasse se place au premier rang dans la culture du froment ; dans celle des betteraves et enfin dans celle des pommes de terre, il est supérieur, encore une fois, à l'engrais .^erle et d'une façon très-sensible, tandis que dans l'expérience sur la terre de la Défonce,

(4 ) A Grignon, l'habitude était à cette époque de compter le prix de revient du fumier de ferme à 14 francs, prix excessif et qui résulte des artifices d'un système de comptabilité qui pst attaqué avec juste raison par mon collègue et ami M. Dubost. •

.Vi4 DKS ENGRAIS.

il ne lui est que tr^s-médiocrement inférieur, (let engrais est donc celui qu'il faudrait recommander davantage, puisque non-seulement il réussit dans une certaine mesure, mais que de plus il est vendu à un prix très-modéré. Le sulfate de potasse n*a foiumi en général que de très-faibles excédants de récolte, quelquefois même son emploi a été suivi d'une diminution dans le poids des végétaux recueillis. L'engrais Merle, décidément nuisible sur les betteraves, a produit un effet sensible sur Tune des cultures de pommes de terre et a été aussi avantageux à la culture du froment. Enfin, aucun des engrais de potasse n'a eu d'effet avantageux sur la culture de la luzerne; mais si l'on se rappelle combien est grande la quantité de potasse contenue dans la terre de la cinquième division, on ne peut s étonner d'un semblable résultat.

Nous avons dit plus haut que les engrais de potasse avaient été répandus en quantités telles que chaque carré avait reçu une proportion de potasse à peu près égale ; or, les récoltes obtenues ayant présenté des poids très-différents, il faut en conclure que les substances variées qui étaient mélangées à la potasse dans les engrais employés ont eu une influence décisive sur le résultat.

L'engrais de potasse qui a le mieux réussi est le plus complexe des trois variétés d'engrais employées ; il est aussi le plus riche en sel marin :.de telle sorte qu'on pourrait en conclure que le chlorure de sodium associé à du sulfate de potasse, ou, en d'autres termes, le chlorure de potassium, car ce dernier doit prendre naissance pendant la dissolution de l'engrais de potasse, s'il n'y existe pas tout formé, aurait sur la végétation un effet plus favorable que le sulfate de potasse et de magnésie, ou le sulfate de potasse pur.

Enfin, il est remarquable que souvent les engrais de potasse n'aient produit aucun effet utile dans la terre de la septième division, qui cependant était très-pauvre en alcalis. Les betteraves et les pommes de terre ne semblent avoir profité que très-médiocrement de l'abondance d'alcalis qui a été fournie à cette terre ; au contraire, quand les sels de potasse ont été associés au phospho-guano, ils ont en général déterminé une augmentation de produit, sans toutefois que cette augmentation ait été suffisante pour couvrir les dépenses d'achat.

§ lâl. — EXPÉRIENCES EXÉCOTÉES PENDANT LA CAMPAGNE 1866-1867.

Ces expériences ont été exécutées sur la terre des 26 arpents; elles occupaient une longue ligne perpendiculaire à la direction du grand axe de Tétang. On a fait l'analyse complète du sol à différents points de la surface et à diverses profondeurs ; ces analyses sont insérées à la page 313 : on remarquera que la terre est sensiblement homogène et pauvre en potasse soluble, ce qui est favorable aux essais.

Les expériences ont porté sur les cultures de pommes de terre, de betteraves et de froment, et Ton a employé Tengrais de potasse de MM. Vorster et Grûneberg, qui, en 1866, avait donné en général les meilleurs résultats ; Tengrais de potasse concentré plus riche en potasse pure, et que nous essayons pour la première fois ; et sur la culture du froment le* sulfate de potasse et de magnésie que fournissent les salines d' Alais de M. fl- Merle. Enfin nous avons mélangé ces engrais alcalins avec des engrais azotés et phosphatés, de façon à reconnaître si le mélange de ces matières, dit engrais complet (voy. chapitre VIII), aurait une influence plus favorable que l'engrais de potasse, Tengrais azoté ou Tengrais phosphaté pris séparément.

11 est remarquable que, dans les trois séries d'essais, les parcelles situées en haut de la pièce, près du chemin de Chantepie, ont toujours donné des résultats plus faibles que les autres ; il est possible que le voisinage d'une ligne d'arbres ait contribué à la faiblesse des rendements observés.

ColAure des ponmies de «erre. — NouS donuons d*abord dans le

tableau suivant les résultats obtenus sur les cultures de pommes de terre :

MM

O iC 00 o

es

jar^»

co

lO

« 1 ap^

«y CO

co o

es

a lO

^^ irt a o>

Oi •

J: co

co o

lO

eo

CI co

.lO

iO

kA

es

e* lO s

Page 1