‹ Cours de chimie agricole, professé à L'École d'agriculture de GrignonChapitre 190 sur 228 · MOYENNE GÉNÉRALE PAR HECTARE · texte numérisé non relu

MOYENNE GÉNÉRALE PAR HECTARE

1090 kil. d*engrai8 chimique ont produit 22 73^ kil.

39 946 kil. de fumier de ferme ont produit 18 559

350 hcctol.

Excédant en faveur de Tengrais chimique.. . • 4 177 kil. 65 hectoU

Sur l'avoine, les résultats ne sont plus qu'au nombre de vingt-six; l'excédant en faveur de l'engrais chimique est de T'^^SSO. L'excédant est de 7 hectolitres pour la moyenne des vingt-six expériences fsdtes sur l'orge, et dans les autres cultures nous voyons encore l'engrais chimique avoir l'avantage sur le fumier*

Expériences exéeatées A CSrIgnon. — Avant d'aVOir eu SOUS leS yeuX

les résultats que nous venons de dépouiller, nous gardions une grande réserve vis-à-vis des engrais chimiques ; en effet, les cultures que nous avons entreprises en les employant, n'ont jamais présenté des résultats aussi avantageux. Si, en 1866 et 1867/ ils nous avaient donné des résultats favorables sur le froment, ils n'avaient pas augmenté sensiblement les récoltes de pommes de terre et de betteraves; enfin, en 1868, nos cultures établies à Grignon sur une terre désignée sous le nom de la Carrière^ nous avaient fourni des résultats tout à fait désavantageux.

Cette terre de la Carrière a présenté à l'analyse les résultats suivants :

Analyse physique.

Sable 602

Argile et calcaire A98

Analyse chimique.

(On a dosé dans un kilogramme.)

Carbone des matières organiques 12,502

Azote 0,302

Ammoniaque traces

Acide nitrique 0,055

Acide phospborique 0,0A0

Alcali 0,105

Chaux 108,100

C'est donc une terre pauvre sur laquelle les engrais devaient marquer. On y a cultivé en 1868, du blé de printemps, de Vorge de printemps et des féveroles.

Deux carrés ont été conservés sans engrais pour la culture du blé : l'un a donné 18 hectolitres et l'autre 15 de grain à l'hectare; l'un 2100 kilogrammes de paille et l'autre 1900. Un carré avait reçu du phosphate de chaux et du nitrate de soude, il a donné 18 hectolitres et 2100 kilogrammes de paille; l'autre, qui avait reçu du nitrate de soude, de l'engrais de potasse et du phosphate de chaux, a fourni lô hectolitres de grain et 1900 kilogrammes de paille, comme les témoins : l'engrais a été perdu. Les résultats ont été les mêmes sur les féveroles : le carré qui a reçu l'engrais complet a fourni 18 hectolitres et le témoin 15. Pour l'orge, le témoin a fourni 31 hectolitres, et le carré avec engrais complet 35 ; la différence a été insuffisante pour payer l'engrais.

En 1869, j'ai rétabli les cultures sur la terre des 26 arpents (voyez page 313), et l'on a cultivé du blé, des betteraves et des pommes de terre.

A l'hectare, nous avons obtenu les résultats suivants :

FromenU

10 000 kil. de ftimier ont donné. . . 31,5 hectol. de grain et 5750 lui. dt yiuU ,

550 kil. d'eograis complet 33,75 — 6000

ï^ien 32,75 — 5600

Rien 29,25 — 6000

Pommes de terre.

15 000 kilogr. de fumier ont donné 410 hectol.

800 kilogr. d'engrais complet 370 '

Rien 317,5

Rien 405

BeUeravet.

15 000 kilogr. de fumier ont donné 52 000 kil.

800 kil. d'engrais chimique 57 000

Pas d'engrais 40 000

Pas d'engrais àà 000

Ainsi, sur la culture du froment, les engrais chimiques nous ont donné 2 hectolitres de froment de plus que le fumier de ferme. MM. Lawes et Gilbert sont arrivés à un résultat analogue pendant leur longue culture répétée pendant vingt ans sur le même sol, qui, au moment où Ton commença les expériences, avait été épuisé par une rotation de cinq années depuis la dernière application d'engrais.

Sans engrais, le produit en grain fut, la première année, de 13 hectolitres à l'hectare, et dans le dernier de 14,4, en moyenne de 14,1.

En employant du fumier de ferme tous les ans, la première récolte donna 17 hectolitres et la dernière 34 ; la moyenne des vingt ans fut de 25,6. ^

Quand on fit usage d'engrais artificiels, le plus haut produit fut, dans la première année de 19*'«^S6, dans la dernière de 46**««^3, et en prenant la moyenne des vingt années, de 28*»«^^5, ou considérablement plus qu'on n'obtient habituellement dans la Grande-Bretagne, en suivant les méthodes ordinçires de culture, et aussi plus qu'en employant le fumier de ferme.

Les engrais minéraux employés seuls, même à l'état soluble, n'accrurent guère le produit, et ne rendirent pas les plantes plus aptes à assimiler l'azote ou le carbone qu'elles ne l'étaient dans la partie du champ qui n'avait pas reçu d'engrais.

Les engrais azotés employés seuls accrurent considérablement le produit; ainsi on en pouvait conclure que le sol, dans l'état d'épuisé-

ment où l'avaient mis les récoltes précédentes, était plus riche en principes minéraux assimilables qu'en produits azotés.

Les plus belles récoltes furent obtenues quand on employa simultanément les engrais minéraux et azotés, et, ainsi qu'il a été dit, les résultats furent plus favorables que lorsqu'on fit usage du fumier de ferme, qui renfermait cependant des matières carbonées et de la silice que ne fournissaient pas les engrais chimiques.

Ainsi à Rothamsted, comme à Grignon, on a réussi à obtenir des engrais chimiques quelques hectolitres de froment en plus de ceux qu'a donnés le fumier, et cela quand nous avons opéré sur notre excellente terre des 26 arpents; mais la culture de céréale n'a pas été améliorée sur le sol pauvre de la Carrière^ peut-être parce que le terrain est en pente et que les engrais ont été entraînés par les pluies. Sur les betteraves et les pommes de terre, en 1867, les résultats pécuniaires ont été nuls ; nous n'avons jamais couvert notre dépense.

Enfin, quand on a cultivé les pommes de terre à Grignon, en 1869, le fumier a eu un léger avantage sur les engrais chimiques, tandis que ceux-ci ont élevé de 5000 kilogrammes le rendement des betteraves, mais sans produire de bénéfice en argent.

Comment expliquer que les correspondants de M. G. Ville aient réussi habituellement, tandis que nous n'avons au contraire obtenu de bons résultats qu'exceptionnellement ? Je crois d'abord que parmi les personnes qui ont essayé des engrais chimiques, il y a eu sans doute beaucoup de mécomptes qu'on n'a pas jugé à propos d'enregistrer. Autant on a de plaisir à publier une expérience réussie, autant au contraire on se soucie peu de raconter les essais négatifs; il est donc bien vraisemblable que partout et toujours on n'a pas réussi, et que les échecs que nous avons subis à Grignon ne sont pas uniques. A quoi pouvons-nous les attribuer ?

A l'état d'excessive richesse du sol des vingt-six arpents^ sur lequel ont porté les essais de 1867 et ceux de 1869. Nous avons donné la composition de ce sol, nous avons vu quelle épaisseur considérable il présentait; nous avons reconnu enfin que le fumier lui-même n'y produit pas grand effet, et que sans fumure on obtient déjà des rendements remarquables ; et il est clair pour nous que les terres arrivées à ce degré de fécondité ne payent plus guère les fumures coûteuses.

Sans doute, il faut entretenir cette richesse dès longtemps acquise, mais il faut l'entretenir avec des fumures modérées ; les engrais chimiques n'y sont pas habituellement rémunérateurs, et sur ces terres riches, les calculs qui supposent qu'en doublant la fumure on dou-

DEHÉaAIN. 37

blera la récolte, sont absolument inexacts. Quand une terre produit &5000 kilogr. de betteraves à l'hectare sans fumure, ou 300 hectolitres de ponunes de terre, il est clair qu'il n'y. a plus avantage à dépenser une fumure de 171 francs pour faire monter le rendement de quelques mille kilogr. En est-il de même partout? Nous ne le pensons pas. Il est vraisemblable, au contraire, que pour les terres mal fumées, appau\Ties ou non encore arrivées à l'état de fertilité des sols sur lesquels le fumier a été prodigué depuis trente ou quarante ans, sur les terres produisant 10 ou 12 hectolitres de froment à l'hectare, la fumure énergique pourra devenir utile et l'emploi des engrais chimiques donnera des résultats plus avantageux que ceux qu'on obtiendrait du fumier.

Imaginons, en effet, un sol dans lequel l'acide phosphorique fait défaut ; il est clair que la petite quantité qu'en recueille les fourrages sera entièrement absorbée par les animaux, et sortira bientôt du domaine sous forme de bétail vendu, de lait, etc., et par suite que le fumier en renfermera très-peu. Or, si nous supposons qu'on cultive exclusivement avec ce fumier manquant d'un des éléments principaux, on n'obtiendra que des résultats médiocres, tandis que si l'on ajoute au contraire les phosphates manquant, la récolte prendra tout à coup un accroissement remarquable.

Analyse du sol h Falde des engrais Ineomplets. — Là difficulté

pour le cultivateur qui veut employer les engrais chimiques non plus comme base absolue de culture, ce qui est matériellement impossible, ainsi que nous le verrons bientôt, mais comme engrais complémentaire, est donc de connaître quels sont les éléments manquant dans le sol qu'il s'agit d'ajouter sous forme d'engrais.

L'analyse chimique du sol arable est, comme nous l'avons vu, d'une extrême difficulté, et ne saurait être recommandée aux cultivateurs ; mais ils ont cependant un moyen facile de reconnaître, à l'aide des engrais incomplets^ la nature des éléments qu'il convient d'employer. Cette méthode, qui se présente naturellement à l'esprit, a été employée depuis longtemps en Angleterre (voy. page 386), mais elle a été érigée en principe par M. G. Ville, qui recommande aux cultivateurs d'installer de petits champs d'essais de 1 ou 2 ares, sur lesquels ils emploieront successivement des engrais manquant de l'un des éléments principaux de la production. Ils sèmeront, par exemple, sur un sol destiné au froment, des phosphates et des sels de potasse pour reconnaître si ce sont les engrais azotés qui font défaut; des matières azotées et des phosphates afin de constater par le déficit de la récolte si la potasse est absente; des sulfates d'ammoniaque et du chlorure

•de potassium, ou plus simplement de l'azotate de potasse, afin d'apercevoir le manque d'acide phosphorique. Enfin, on pourra faire comparativement encore trois autres essais, l'un avec du fumier, un autre avec des engrais chimiques renfermant azote, potasse, acide phosphorique et chaux, et enfin un dernier sans aucune fumure. On sera ainsi complètement renseigné, et l'année suivante on pourra employer telle fumure qu'on jugera convenable pour un sol déterminé; on évitera ainsi de lourdes dépenses d'engrais, souvent inutiles et par suite très* coûteuses.

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