IMPOSSIBILITÉ DE BASER UN SYSTÈME DE CULTURE
SUR l'emploi absolu DES ENGRAIS CHIMIQUES.
En résumé, si dans certains cas les engrais chimiques donnent un supplément de récolte suffisant pour laisser un gain important entre les mains des cultivateurs, dans d'autres, au contraire, ils ne payent pas la dépense qu'ils occasionnent. Imaginons toutefois qu'un cultivateur ait réussi dans quelques essais à obtenir une récolte exceptionnelle et particulièrement rémunératrice, peut-il baser sa culture sur l'emploi des engrais chimiques, n'entretenir que le nombre d'animaux strictement nécessaire à ses travaux, et se livrer exclusivement à la culture des plantes destinées à être vendues au marché.
Oui, sans doute, exceptionnellement, très-exceptionnellement une semblable entreprise pourra réussir ; mais la masse des agriculteurs restera fatalement attachée à la culture au fumier de ferme. En effet, si Ton trouve facilement à acheter des sels de potasse et des phosphates, la quantité de matières azotées dont dispose le marché est extrêmement restreinte, et l'on ne voit pas en ce moment comment elle ppurrait augmenter. Aujourd'hui que le guano azoté des îles Cincbas a. été entièrement employé, il reste à utiliser l'azotate de soude du Pérou. Combien d'années durera ce gisement, si Tagriculture l'emploie sérieusement? Dix, quinze ou vingt ans, et naturellement son prix ira toujours en augmentant. Si nous supposons, en effet, que a masse des cultivateurs emploie chaque année une fumure de 2 ou 300 kilogr. à l'hectare^ il faudra 1 tonne pour 6 hectares ; une ferme de 100 hectares prendrait 20 tonnes ; 10 fermes semblables emploieraient le chargement d'un bâtiment : et Ton reconnaît sans peine que ce qui s'est produit pour le guano se produira également pour l'azotate de soude, dont la quantité est très-limitée et ne se renouvelle pas.
On aura encore une ressource dans le sulfate d'ammoniaque, qu'on peut tirer de deux sources différentes, les eaux de lavage du gaz de l'éclairage, et les eaux vannes des dépotoirs.
La quantité d'azote contenue dans la houille est peu considérable ; cependant si toute celle qui est transformée en coke était traitée dans des appareils disposés de telle sorte qu'on pût recueillir les produits de distillation, on réunirait des quantités notables ; il n'en est malheureusement ainsi que dans un petit nombre d'usines (Ij. Les ingénieurs qui dirigent les hauts fouraeaux assurent que le coke provenant de la distillation en vases clos n'a pas les qualités de celui qu'ils obtiennent dans les fours ouverts; de telle sorte qu'actuellement on ne recueille que l'ammoniaque provenant de l'eau de lavage du gaz de l'éclairage» et la quantité est peu considérable ; il faut y ajouter celle qui provient du ;trailement des eîiux du dépotoir. Or, ces quantités sont loin de suffire à la demande actuelle des cultivateurs, qui n'emploient cependant les engrais chimiques qu'à titre d'essai ou d'engrais complémentaires. Il semble même qu'aujourd'hui la fabrication du sulfate d'ammoniaque avec les eaux du dépotoir soit abandonnée, et que la compagnie qui a soumissionné l'exploitation des vidanges de Paris n*ait pas l'intention de la poursuivre. La quantité de sulfate d'ammoniaque mise à la disposition des cultivateurs va donc devenir singulièrement plus restreinte en même temps que son prix va s'élever de nouveau i ' de 40 francs, prix auquel M. G. Ville comptait les 100 kilogranuues en 1868, cette matière est déjà montée à 53 francs.
On le voit, l'azote combiné est en très-faible quantité, et quand bien même l'emploi des azotates ou des sels ammoniacaux serait infî- Diment plus avantageux qu'il ne l'est en effet, jamais on ne pourra s'en^procurer des quantités suffisantes pour remplacer les masses de fumier qui sont actuellement produites dans toutes les exploitations agricoles. M. G. Ville le reconnaît probablement, puisqu'il conseille aujourd'hui d'employer les engrais chimiques comme complémentaires, et non plus comme bases d'une exploitation régulière.
Nous citerons, comme exemple de cette association des engrais chimiques au fumier, les exemples d'assolement suivant :
(1) Tai appris récemment que quelques usines du bassin de la Loire aTaienl monté d^ fours à coke disposés de façon à recueillir les vapeurs ammoniacales obtenues pendant la distillaUon de la bouille.
Assolement comprenant : pommes déterre, froment, trèfle, froment, avoine,
A lliectare.
Dépense*
/'Fumier.
Qnootités. Prix.
50 000 Mémoire
!*■« année.
ENCRAIS CBIUIQCES C0MPLÉMENTA1IIE8.
POMVES DE TERRE. ] Phosphals ncide de chaux. . •
Nitrate de potasse
Sulfate de chaux
> Sulfate (fammioniaque
[ Phosphate acide de chaux. . .
I Nitrate de potasse (1)
[Sulfate de chaux..
2^ année.
BLÉ
3*^ année.