INFLUENCE DE LA SILICE
des localités éloignées des fumiers plus pauvres en matières azotées, mais probablement plus riches en silice que ceux du pays, parce qu'on a remarqué qu en les employant la verse se produit plus rarement.
M. Isidore Pierre a beaucoup contribué à faire abandonner celte opinion . Il afait remarqpier qu'à poids égal , les feuilles du blé contiennent sept à huit fois plus de silice que les nœuds et quatre à cinq fois plus que les entre-nœuds; que les entre-nœuds les plus pauvres en silice sont ceux de la partie moyenne et de la partie inférieure de la tige.
C'est donc dans les feuilles surtout que se trouve accumulée la majeure partie de la silice de la paille, et non dans la tige proprement dite ; on comprend alors comment on peut voir verser un blé dont la paille est plus riche en silice que celle d'un autre blé qui, dans des conditions analogues, ne verse pas.
Il est depuis longtemps reconnu que, toutes choses égales d'ailleurs, les blés exposés à verser sont ceux chez lesquels les feuilles ont acquis le plus grand développement. Si l'on fait un rapprochement entre ce fait et la plus grande accumulation de silice dans les feuilles, on ne sera plus surpris de voir que la paille d'un blé versé soit souvent plus siliceuse que celle d'un autre blé qui aura i*ésisté ^ux causes de verse.
Les blés les plus feuillus sont plus sujets à la verse pour deux raisons principales: la première, c'est que le pied de la tige, moins aéré, reste plus longtemps mou ; la seconde, c'est que les feuilles, plus développées, sont pour ces tiges molles un fardeau plus lourd à supporter, auquel viennent s'ajouter encore le poids de l'eau des pluies et la pression du vent.
Les feuilles du blé ont une forme particulière : elles se composent d'un limbe rubané qui flotte librement dans l'atmosphère, et d'une gaine allongée qui, partant du nœud correspondant, enveloppe la tige sur une longueur d'environ 10 à 12 centimètres. Cette gaine doit protéger la portion de la tige qu'elle entoure comme le fourreau d'une épée en protège la lame, et, à ce point de vue, la silice peut avoir dans la feuille où elle s'accumule une influence utile. Mais dans les blés exposés à la verse, le limbe, qui surcharge la tige par son poids, a subi un accroissement considérable, tandis que la gaine protectrice de la tige n'a pîis sensiblement vai'ié dans ses dimensions; l'équilibre naturel tend donc à se rtmpre par suite de cette végétation luxuriante, malgré la présence d'une plus forte proportion de silice dans la plante. Il est remarquable, au reste, que le blé des terres pauvres
ne verse presque jamais, et il est probable que, moins ombragé par ses feuilles, le pied de ses maigres tiges est miçux aéré, et par suite plus tôt dur et résistant. (Isidore Pierre, Mémoire sur le développement du blé, 1867.)
M. Veller, ex-répétiteur à Grignon, conclut aussi, des recherche> quil a poursuivies à cette école, que la verse du blé n'a aucune liaison avec la quantité de silice que cette plante rencontre dans le sol. Ce chimiste a essayé directement sur le blé de printemps Faction du silicate de potasse et celle du carbonate de la même base : le blé ainsi amendé a versé aussi bien que celui de parcelles qui n'avaient pas reçu d^engrais alcalin, tandis que la verse a été beaucoup moindn' dans une dernière parcelle où le blé avait été èclairci et divisé en petits carrés de 0'",30 de côté. Après la récolte, M. Velter a eu Tingénieuse idée de déterminer par Texpérience la résistance à la rupture que présentent les tiges des diverses parcelles cultivées. Un faiscesui de dix tiges fut fixé par son extrémité, et Ton détermina sa flexion, d'abord sous le poids de ses épis, et ensuite sous celui de poids ajouté^ régulièrement jusqu'à la rupture : celle-ci arriva, pour le blé silicate, quand il porta 77 grammes, tandis que le blé éclaire! ne fléchit que sous un poids de lOA grammes. Enfin M. Velter détermina la composition des cendres des pailles sur lesquelles avaient porté ses expériences : le blé silicate le plus facile à rompre, celui qui avait versé le plus complètement, renfermait 70 de silice dans 100 de cendres, tandis que le blé èclairci en renfermait 65. Il ressort donc clairement de ce travail, comme des analyses de M. Isidore Pierre, que la silice n'a pas, sur la verse des blés, l'influence que très-légèrement on lui avait attribuée.