DANS LES BETTERAVES
Les chimistes allemands, à la suite de Liebig, ont toujours attribué une grande importance agricole à la potasse, et, après la découverte du gisement de Stassfurt, on fit en Allemagne des expériences assez nombreuses sur l'emploi des sels de potasse. Comme les betteraves laissent des cendres très-alcalines, on crut que la potasstj qu'elles renferment avait une grande influence sur leur développement, et, par suite, sur la sécrétion du sucre.
Dans des expériences faites en 1864 sur les champs dépendant de la fabrique de sucre de Waldau, on remarqua que la quantité de sucre contenue dans les betteraves était plus considérable quand la terre avait reçu les engrais de potasse, et la production moyenne du sucre se trouva augmentée, dans une expérience, de 930 kilogrammes par hectare ; dans deux autres, de 356 kilogrammes, et dans une dernière, de 270 kilogrammes. D'après les expériences faites à l'école d'agriculture de Cœthen, en 1865, les betteraves amendées avec les sels de potasse étaient aussi plus riches en sucre : tandis que dans le champ non fumé les sucs renfermaient 13,5 pour 100 de sucre, le jus extrait des betteraves qui avaient reçu les sels de potasse renfermait 14 ou 15 pour 100 de sucre. Toutefois, les betteraves étant moins abondantes, la quantité de sucre n'avait pas sensiblement augmenta'*
il r hectare, et il est douteux qu'il y ait eu bénéfice à employer ces engrais.
Les résultats obtenus en Allemagne, qui tendadent à établir une certaine relation entre les quantités de sucre contenues dans les betteraves et la richesse en potasse des engrais qu'on leur fournit, n'ont pas été confirmés par les recherches entreprises en France. M. Corenwinder a fait notamment plusieurs essais à l'aide de différentes matières salines, et il a trouvé que la richesse saccharine moyenne des betteraves étant 8,59 quand elles n'avaient pas reçu d'engrais alcalin, elle était de 8,37 quand on leur donnait du salin brut de betteraves, de 8,57 quand on leur donnait du chlorure de potassium, de 8,50 et 8,07 quand elles avaient été amendées avec du sulfate de potasse et du carbonate de potasse. « Il résulte de ces essais, ajoute M. Coren* winder, que l'addition des sels de potasse dans les terres de l'arrondissement de Lille, oix l'on cultive les betteraves, ne semble pas accroître la richesse en sucre de ces racines. Nous ajouterons que, d'après les pesées qu'on a faites, ces matières salines n'ont eu aucune influence sur le poids des récoltes.
> Du reste, les terres de cet aiTondissement se prêtent mal à de semblables expériences. Abondamment pourvues de sels minéraux, de phosphates, etc., par suite des nombreuses fumures et des amendements qui leur sont prodigués depuis des siècles, un supplément de matières minérales n'ajoute rien à leur fertilité, et les plantes (les betteraves au moins) n'en ressentent pas l'influence; Ce n'est qu'en ajoutant aux matières salines des corps azotés ou des sels ammoniacaux, et réciproquement, c'est-à-dire en utilisant des engrais complets, qu'on améliore le sol. > {C Agriculture flamande à r exposition uni^ verselle rfel867, p. 75. Lille, 1868.)
On est aussi arrivé aux mêmes résultats dans les expériences qui ont été faites à l'école de Grignon (Dehérain, Bull, de la Soc. chim.y 1807, t. VIll, p. 22).
« Les expériences de 1866 démontrent que les engrais de potasse n'ont été en aucune façon favorables à la sécrétion du sucre. Ainsi, des quatre parcelles cultivées à la teiTe de la Défonce, on a obtenu des betteraves qui, lorsqu'elles ont reçu des engrais de potasse, ont accusé 10,1 — 9,1 — 10,0 de sucre pour 100 de jus, tandis que celles qui n'avaient pas reçu d'engrais alcalin ont donné 11,0 de sucre pour 100 de jus.
» Dans les teiTes de la 7^ division, les trois parcelles amendées avec les sels de potasse ont donné des betteraves renfermant pour 100