‹ Cours de chimie agricole, professé à L'École d'agriculture de GrignonChapitre 22 sur 228 · SILICE · texte numérisé non relu

SILICE

dans

100 de cendres

de

feuilles

normales.

de feuilles lavées.

DulaAiif.

La silice parait donc être dans les feuilles à deux états différents : tandis que celle qui existe dans le chëue cède facilement à Faction de la soude caustique, celle au contraire qu'on trouve dans le marronnier, et surtout dans la fougère commune, résiste beaucoup mieux ; et pendant que les autres éléments sont en partie enlevés par la lessive alcaline, la silice persiste et se trouve en définitive plus abondante dans 100 parties de cendres des feuilles lavées que dans les cendres des feuilles normales.

Phosphates. — Tous les chimistes qui ont dosé à la fois l'azote et les phosphates dans les graines ont été frappés de voir ces deux matières augmenter à peu près parallèlement. Le lecteur qui voudra se reporter au tableau de la page 75 reconnaîtra que les graines, qui sont la partie de l'organisme végétal la plus riche en matières azotées, ont des cendres presque complètement composées de phosphates. Aussi, dans son Economie rurale^ M. Boussingault s'exprime ainsi : « On aperçoit une certaine relation entre la proportion d'azote et celle de l'acide phosphoricpie contenus dans les substances alimentaires : généralement, les plus azotées sont aussi les plus riches en acide ; ce qui semble indiquer que dans les produits de l'organisation végétale, les phosphates appartiennent particulièrement aux principes azotés et qu'ils les suivent jusque dans l'organisme des animaux. »

M. Mayer arrive aux mêmes conclusions dans un mémoire important, publié en extrait dans les Ann. de chimie et de phys.^H^ série, 1857. t. LVI, p. 185.

M. Gorenwinder, enfin, énonce la même opinion dans son mémoire Sur les migrations du phosphore dans les végétaux (1). « Depuis longtemps, dit-il, on a constaté que les bourgeons naissants et les jeunes végétaux sont riches en matières azotées. Celles-ci sont toujours accompagnées d'une proportion relativement considérable de phosphore, et il n'est pas douteux que ces deux éléments sont unis daïis le tissu végétal suivant un mode de combinaison encore mystérieux. »

La démonstration de cette combinaison sera faite si l'on reconnaît que l'acide phosphorique, au contact des matières albuminoïdes, ne présente plus ses réactions habituelles. Si nous faisons voir, par exemple, que l'acide phosphorique reste en dissolution, en présence de la chaux, dans une liqueur neutre^ nous comprendrons que la matière organique doit intervenir ; si, en lavant des farines, nous

(1) Ânnalei de chinûe et de physique^ 1860, t. LX^ p. 105, et Ann. sciences n<7^, A« série, t. XIV, p. 39.

entraînons, en même temps que de Tacide phosphorique, de la chaux, et que ces deux éléments restent en présence dans une liqueur lim* pide sans se précipiter, nous croirons à cette intervention de la matière organique, qui sera encore évidente quand nous montrerons que Tacide phosphorique combiné avec des bases qui forment avec lui des sels solubles résiste cependant à l'action de lavages multipliés.

Or, si Ton râpe des tubercules de pommes de terre, puis qu'on passe le jus au travers d'un linge, et enfin qu'on filtre, il sera sdsé de constater dans le liquide la présence de la chaux et de l'acide phosphorique, qui restent en dissolution tant que la matière albuminoïde est soluble ; mais si l'on coagule celle-ci par la chaleur, une grande partie du phosphate de chaux se précipite, et si on lave la matière albuminoïde jusqu'à ce qu'elle ne cède plus rien à l'eau, puis qu'on la calcine, on trouve des cendres à peu près exclusivement composées de phosphate de chaux.

Ainsi ce sel est resté en dissolution tant que la matière albuminoïde a été maintenue liquide ; mais il se précipite au contraire avec celle-ci, et devient en partie insoluble aussitôt que la coagulation a lieu^ en participant toujours de l'état de la matière azotée et raccompagnant sous les différents états qu'elle prend.

On ne s'est pas au reste contenté de ces expériences qualitatives ; nous rapporterons ici différents essais qui montrent encore que les phosphates contenus dans les farines ne présentent pas les réactions qu'ils possèdent lorsqu'ils ne sont plus en présence des matières organiques.

Pour reconnaître si les phosphates sont, dans les graines, unis aux matières végétales, on a déterminé d'abord la quantité de chaux et d'acide phosphorique contenue dans 100 grammes de diverses farines ; on voulait ainsi connaître non-seulement quelle était la proportion d'acide phosphorique renfermée danà ces graines, mais encore déterminer la proportion de cet acide phosphorique qui, uni à la chaux, aurait dû être insoluble dans l'eau, s'il avait présenté ses propriétés habituelles. On sait, en effet, que le phosphate de magnésie, qui existe dans toutes les graines, est loin d'être insoluble dans l'eau pure ; et comme les 1 00 grammes de graines employés étaient traités au moins par un litre d'eau qui devait dissoudre seulement de 0«%5 à 2 grammes de phosphate, on pouvait compter que le phosphate de chaux seul sersdt insoluble. Il s'est trouvé, au reste, que cette prévision était inexacte, car dans l'eau de lavage de graines qui ne renfermaient d'autre acide que l'acide phosphorique, on a trouvé plusieurs fois des

quantités assez notables de chaux. On déterminait généralement Tacîde phosphorique entraîné par l'eau de lavage en le précipitant à l'état de phosphate ammoniaco-magnésien. On pouvait, ou bien calciner la matière organique entraînée, ou bien former le phosphate ammoniaco-magnésien dans le liquide renfermant une petite quantité de matière organique, car on a reconnu, dans les deux expénences suivantes, qu'en dosant dans la cendre des résidus d*évaporation ou dans l'eau de lavage elle-même, on obtenait des résultats semblables. On a en effet divisé en deux parties égales Teau de lavage de la farine de froment; on a évaporé Tune des portions du liquide à sec, on a brûlé le résidu etdosé 0^'^Obb d'acide phosphorique ; on a, d'autre part, dosé ce même acide dans la liqueur non évaporée, on a obtenu 0«',058, c'est-à-dire précisément la même quantité. En divisant en deux parties égales l'eau de lavage de farine de pois, on a trouvé 0,028 dans les cendres de Teau de lavage normale, et 0,023 dans les cendres de Teau de lavage évaporée et privée de matière organique par la calcination.

Pour s'assurer encore plus complètement de l'exactitude de la méthode employée dans ces expériences, on a dosé comparativement l'acide phosphorique dans les cendres d'un poids déterminé de farine normale, puis dans l'eau de lavage et dans le résidu lavé d'une quantité de farine égale à la première. Une expérience faite dans ces conditions a conduit aux résultats suivants : on a trouvé dans 100 gram. de farine de froment O'^'jSOO d'acide phosphorique; Teau de lavage d'une quantité de farine semblable avait entraîné 0,566 d'acide et il en restait 0»%215 dans le résidu. 08%215 + 0«%566 = 781 au lieu de 0*%800; la perte est donc assez faible pour qu'on puisse considérer ces expériences comme exactes.

Dans 100 grammes de farine de haricots, on trouve 0«%870 d'acide phosphorique et 0,300 de chaux ; dans l'eau de lavage provenant de 100 grammes de cette même farine on a dosé 08^,474 d'acide phosphorique et 0*',i51 de chaux: il est donc resté 0^',396 d'acide phosphorique dans la graine. Cet acide phosphorique n'était pas rendu insoluble seulement par sa combinaison avec une base, car la combinaison la moins soluble sous laquelle il se présente dans les végétaux est le phosphate de chaux, et nous venons de voir que la moitié de la chaux avait passé dans l'eau de lavage ; en admettant même que les 0*%lâ9 de chaux restant dans la farine lavée eussent retenu une quantité correspondante d'acide phosphorique, comme ces deux corps se combinent dans

le rapport de j^ = gi, il resterait toujours 0«',271 d'acide phos-

phorique à l'état de phosphate soluble qui aurait été cependant retenu par les principes végétaux de la graine.

Dans 100 grammes de chënevis, on a dosé 2'',09 d'acide phospho* rique et 0«%19 de chaux ; l'eau de lavage a enlevé 0«%351 et 0«%079 de chaux : il est donc resté encore plus des trois quarts de l'acide phosphorique dans la graine lavée avec un litre d'eau (1).

Ces premières expériences, où nous trouvons l'acide phosphorique résistant à l'action dereau,bien qu'il soit engagé en combinaison avec une base qui le laisseà l'état soluble, où nous trouvons au contraire de la chaux et de Tacide phosphorique entraînés par les lavages, encoi*e que les phosphates de chaux à réaction neutre soient complètement insolubles, démontrent que les phosphates sont combinés avec quelquesuos des principes immédiats de la graine. On ne révoquera pas en doute la conclusion que nous tirons de ces essais, car elle nous paraît identique avec celle qu'a déduite M. Chevreul d'expériences très-analogues insérées dans ses recherches sur la teinture : « Quant à la matière colorante qui restait adhérente au ligneux, dit l'illustre directeur du Muséum, il me serait impossible d'affirmer que la totalité y était combinée; cependant j'affirmerai qu'une grande partie s'y trouvait dans cet état, car en recourant à l'alcool froid et à Talcool bouillant, à l'eau bouillante, à l'eau de potasse, et en faisant concourir avec ces moyens les moyens mécaniques, je ne parvins pas à décolorer le coton. >

M Chevreul, on le voit, ne se contente pas, pour reconnaître la combinaison d'un principe immédiat avec une matière colorante, d'employer les réactifs neutres ; il fait encore usage de substances plus actives. Nous avons, de notre côté, pour démontrer plus complètement ladhérence des phosphates aux substances végétales, attaqué les farines obtenues de différents grains, non plus seulement avec de l'eau pare, mais avec de l'acide chlorhydrique étendu (1 partie d'acide chlorhydrique fumant pour 9 parties d*eau), et nous avons prolongé ensuite les lavages à l'eau pure jusqu'à ce que toute trace d'acide chlorhydrique ait été enlevée. Nous ne prétendons pas, au reste, que la seule quantité de phosphate qui soit combinée avec les principes immédiats de la graine soit celle qui persiste après ces lavages ; nous voulons seulement montrer que les phosphates, solubles sans excep-

(1) Ces résultats indiquant qu'une partie des phosphates existant dans les gruines peut Hre entraînée par Teau, confirment une communication intéressante faite par M. Terreîl à la Société chimique, le 15 mai 1862 (voy. Bulletin de la Société chimique^ 1862, p. 56). Ce même fait a été encore observé récemment par M. Cal ver t^ qui, à tort, le donne comme Boaveaa {Comptes rendus, 1867^ t. LXV, p. 1150).

tion dans l'acide chlorhydrique, lorsqu'ils sont isolés, ne se dissolvant plus entièrement lorsqu'ils appartiennent à l'organisme végé* tal, doivent exister dans cet organisme à Tétat de combinaison.

Or, on atrouvé que sur 0*^800 d'acide phosphorique contenus dans 100 grammes de farine de froment, l'eau acidulée n'enlevait que 0«',566 dans un cas et 0«%718 dans un autre; que sur J»%400 d'acide phosphorique contenus dans la farine de pois, il en restait, après un lavage prolongé à l'acide chlorhydrique, 0«%205.

On arrive encore à constater que les phosphates sont retenus parfois avec une grande énergie dans les graines, en constatant leur présence dans le résidu lavé à l'acide chlorhydrique : oh trouve ainsi que 100 grammes de farine de lentilles lavée à l'acide chlorhydrique renfermaient 3«%099 d'acide phosphorique ; que 100 grammes de farine de froment donnaient 1b%596 d'acide phosphorique, et qu'il en existait 0«',573 dans 100 grammes de farine de haricots égaJement lavée à l'acide chlorhydrique. Dans une autre circonstance cependant, le résultat n'a pas été le même, et l'on n'a plus retrouvé d'acide phosphorique dans la farine d'avoine lavée à l'acide chlorhydrique.

Ainsi, dans ces dernières expériences, il s'est produit un fait trèscurieux : la matière organique a disparu en plus grande quantité que les phosphates, de telle sorte qu'on arrive à ce résultat qui semble paradoxal, que, après les lavages à l'acide chlorhydrique, on trouve dans les farines une proportion d'acide phosphorique plus grande que celle qui se trouvait dans la farine normale.

Tous les résultats précédents sont résumés dans les tableaux suivants :

Sur Celai dû l'acide phosphorique et de la chaux dans les graines.

NOMS des graines expérimeutées.

ACIDB

phos >horique

dans lOOdoiçraine.

CRAUX

dans iOO de graine.

ACIDE

phosphoriqtio

enlevé

par l'eau.

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