‹ Cours de chimie agricole, professé à L'École d'agriculture de GrignonChapitre 54 sur 228 · S 53. — FORMATION DES PRINCIPES IMMÉDIATS DANS LES FEUILLES · texte numérisé non relu

S 53. — FORMATION DES PRINCIPES IMMÉDIATS DANS LES FEUILLES

Nous avons vu (§ 15) que Facide carbonique, décomposé en oxyde de carbone et en oxygène, que Feau, décomposée à son tour en hydrogène et en oxygène, s'unissaient pour produire du glucose, et c est en effet ce principe qu on rencontre dans toutes les jeunes feuilles. Quelle que soit l'espèce qu'on examine au printemps, on y trouve toujours des quantités notables de glucose ; nous avons constaté sa présence non-seulement dans les graminées qui ont été l'objet particulier de nos études, mais encore dans le colza, le lilas, etc. On trouve encore dans les jeunes feuilles du tannin, dont T origine n'est plus aussi facile à imaginer et qui n'appartient plus au groupe des glucosides; une variété de cellulose forme les tissus de la jeune feuille, qui renferme enCn de l'albumine végétale facile à coaguler par la chaleur.

Quel est le mode de formation de ces différents principes immédiats? Quelles sont les réactions, impossibles jusqu'à présent à reproduire dans le labomtoire, qui leur donnent naissance dans les feuilles? Ce sont là des questions encore à peine ébauchées, et nous ne pourrons donner au lecteur, sur ce sujet capital, que des hypothèses. 11 est utile, toutefois, de signaler les lacunes de nos connaissances, de façon à exciter les recherches et à indiquer nettement les points sur lesquels elles doivent porter.

C'est seulement quand la plante a formé sa matière verte qu'elle commence à utiliser les principes qu'elle trouve dans l'atmosphère et qu'elle puise dans le sol ; et le premier point qu'il conviendrait d'élucider serait le mode de formation même delà chlorophylle. M. J. Sachs {Phys, vég.^ p. 9) nous apprend que les grains de chlorophylle n'apparaissent qu'autant que la lumière a frappé les tissus, et que c'est seulement au moment où celle-ci intervient que les grains déjà formés se colorent, mais nous ignorons absolument leur mode de formation.

Quant au glucose, qu'il est facile de caractériser dans les feuilles des plantes herbacées, il paraît être formé, comme nous l'avons dit déjà, (§ 15) par l'union de l'oxyde de carbone provenant de la décomposition de l'acide carbonique avec l'hydrogène produit par la décomposition de l'eau, ou peut-être encore, surtout pendant les pre-

miers temps de la végétation, par une métamorphose de T amidon qui, abondant dans les graines, dans les tiges ou dans les tubercules , avant le réveil de la végétation, ne tarde pas à disparaître quand les feuilles se produisent. L'origine du tannin est plus difficile à découvrir; il ne se représente plus par du carbone et de Teau, comme le glucose, le sucre, l'amidon ou la cellulose, il renferme un excès de carbone et très-peu d'hydrogène (C"H^*0'*), et s il dérive du glucose, c'est par une métamorphose assez compliquée dont il nous est impossible aujourd'hui de dévoiler le mécanisme.

Hypothèse aar la formation de ralbvmlae. — Comment Falbu-

mine soluble apparall-elle dans les jeunes feuilles? C'est ce qu'on ne saurait encore établir d'une façon précise. L'albumine appartient probablement à la famille des ammoniaques composées, et l'on sait que ces matières sont produites, soit par la combhiaison directe de l'ammoniaque avec des composés carbonés, ainsi que cela a lieu dans la synthèse de l'urée par le procédé de M. Wœhler, où il unit de l'acide cyanique et de l'ammoniaque, soit par la combinaison des carbures d'hydrogène avec l'acide azotique ; puis la réduction ultérieure de celui-ci, ainsi qu'on l'obserNe dans la formation de l'aniline, qu'on obtient en attaquant^ d'abord la benzine par l'acide azotique, puis réduisant la nitrobenzine par l'hydrogène.

Ce second mode de production de l'albumine présente plus de probabilité que le premier, d'abord parce que les plantes sont avant tout des appareils de réduction, et que si la réduction de l'acide carbonique, qui exige l'inteiTention d'une dépense de chaleur considérable, s'y exécute sans difficulté, celle de l'acide azotique s'y fera sans doute plus aisément encore ; et enfin parce qu'il y a certains cas dans lesquels les plantes ne paraissent pas avoir profité des engrais ammoniacaux avec autant de facilité que des nitrates.

Lorsqu'on maintient à l'ébuUition un mélange de glucose et denitrate, celui-ci est réduit, si l'azote de l'acide azotique se fixe sur la matière carbonéepour former un véritable composé azoté. Cette expérience présente une importance considérable pour faire comprendre le mode de formation des matières albuminoïdes, qui prennent peut-être naissance dans les feuilles par une réaction analogue. L'acide nitrique serait là réduit sous l'influence de la lumière solaire, et, en même temps que son oxygène se porterait sur un des éléments combustibles du glucose, l'azote s'engagerait en combinaison avec le résidu de cette combustion incomplète du glucose. Il est à remarquer, en effet, que la quantité d'oxygène dégagée par les feuilles correspond à celle de l'acide

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