‹ Cours de chimie agricole, professé à L'École d'agriculture de GrignonChapitre 71 sur 228 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

A l'origine, le globe terrestre nous apparaît comme une gi'osse sphère incandescente entourée d'une épaisse couche de gaz et de vapeurs, et suivant déjà autour du soleil, dont il émane, sa course régulière. Dans son mouvement au milieu d'espaces plus froids que lui, le globe terrestre abandonne une partie de sa chaleur primitive ; le» combinaisons y deviennent possibles; les gaz, d'abord séparés

comme ils le sont encore dans le soleil, s'unissent les uns aux autres, Toxygène se fixe, les roches siliceuses prennent naissance, et, plus légères, recouvrent la grosse masse de fer qui probablement forme le noyau central. La surface de la terre, d'abord fluide comme la lave qui s'élance du cratère, ou comme le laitier qui s'épanche hors du haut fourneau, se fige par places, se resserre, se fendille, laissant libre passage à de nouvelles matières incandescentes qui surgissent de ces fissures. Soumise à la poussée du liquide qui bouillonne au-dessous d'elle, la surface se renfle, s'aplatit, se bosselle. A travers les âges, le refroidissement conlinue; il détermine la formation d'une couche continue solide qui sépare la masse intérieure encore fluide, de l'atmosphère dense, lourde, qui accompagne la terre dans sa migration. Cette enveloppe gazeuse participe bientôt elle-même au refroidissement général ; quelques-uns de ses éléments quittent l'état gazeux, se condensent en liquides, et tombent sur la croûte solide, qu'ils refroidissent encore : l'air, l'eau, la terre, sont séparés.

Les roches dures, cristallines, brillantes, granités, gneiss, résultats de la solidification de la matière incandescente primitive, sont dès lors soumises à l'action érosive de la masse d'eau produite par l'immense quantité de vapeur qui existait d'abord dans l'atmosphère.

Dans sa condensation, celle-ci a entraîné avec elle les gaz acides (i) auxquels elle était mélangée; réunis, ils exercent leurs ravages sur les roches primitives^ en dissolvent les éléments, les entraînent, les charrient, puis les laissent déposer pendant les périodes de tranquillité, et donnent ainsi naissance aux terrains de sédiments.

La masse incandescente intérieure est loin cependant d'avoir terminé son rôle : elle réagit souvent sur ces dépôts, les disloque, les bouleverse, les perce, et fait surgir au-dessus d'eux d'immenses massifs constitués par des roches primitives, comme on peut le voir dans les Pyrénées ou les Alpes, ou par des roches sédimentaires, quand la poussée intérieure, suffisante pour redresser les dépôts, n'a pas été capable de les percer pour s'épancher au-dessus d'eux (Jura).

Les géologues distinguent les révolutions qu'a subies le globe terrestre par l'apparition de chaînes de montagnes, mais ils admettent qu'entre ces cataclysmes se sont écoulés de longs espaces de temps,

(1) Ampère supposait que ratmosphère primilivc de la terre renfermait une énorme quantité d'acide nitrique, qui, décompose par les malériaux de la croûte terrestre, leur aurait cédé son oxygène^ tandis que son azote dégagé formerait les à/b^'^ de l'atmosphère actuelle du globe. {LeUres sur les révolutiofis du globe^ d'Alexandre Bertrand, note 3. )

pendant lesquels des agents analogues à ceux que nous voyons en œuvre aujourd'hui ont pu attaquer les roches, les exfolier, les décomposer et concourir à la formation de ces terres meubles sur lesquelles s'exerce l'industrie agricole. Pour bien saisir leur mode de formation, nous devons examiner, d'une part les actions qui ont modifié les roches sur place, et de l'autre celles qui ont transporté, soit les terres meubles déjà formées, soit même des fragments de rochers, et qui les ont profondément modifiées pendant ce transport même.

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