POIDS MOLÉCULAIRE DES MATIÈRES ALBUMINOÏDES
Les matières albuminoïdes précipitant directement le chlorure de ïlatine ou le platinocyanure de potassium en liqueur acide, on a essayé de déterminer leurs poids moléculaires en déterminant la quantité qui, dans ces précipités, contiendrait 198 ou 1 atome de platine. Ces expériences ont démontré : 1° que chaque fois qu’on opère en liqueur ranchement acidifiée le poids du platine du précipité diminue de moitié, a substance paraissant se transformer en syntonine d’un poids moléculaire deux fois moindre; 2° que les matières albuminoïdes diverses sont oin d’avoir même poids moléculaire.
Avec la solution d’albumine d’œuf faiblement acidulée d'acide acé ique Diakonow a obtenu par addition de platinocyanure un précipité contenant 5,17 de platine, résultat qui conduit au poids 5 944 pour ;ia molécule d 'albumine.
Si l’on additionne cette solution d’acide chlorhydrique, c’est-à-dire si ’on fait de la syntonine (peut-être se forme-t-il un sel de platine acide), >n n’obtient plus que le poids moléculaire 2 950, sensiblement égal à a moitié du précédent. Dans les mêmes conditions, ou à peu près, ■ichwarzenbach a trouvé les poids moléculaires 5 000' pour l’albumine i cidifiée, 6 000 pour l’albumine non dédoublée, et 1 500 pour la caséine i cidifîée. Si l’on prolonge le lavage de ces précipités, il y a dissociai ion partielle du cliloro- ou cyanoplatinate, et le poids moléculaire de 'albuminoïde semble augmenter; mais ce n’est là qu’un phénomène de lissociation de ces combinaisons instables qui explique que des poids noléculaires différents aient été donnés par divers auteurs.
Nous verrons plus loin que l’albumine est un acide bibasique faible, xlle forme en effet des sels acides et des sels neutres avec la soude. 5on poids moléculaire est donc celui 'qui permet la substitution de 2Na ou qui peut saturer 2Na011, soit 80 grammes de soude caustique. Or si, comme je l’ai fait, une solution d’albumine acidulée d’acide bhlorhydrique ou acétique jusqu’à très faible acidité commençante, nais sans qu’il se fasse trace de syntonine précipitable par neulralisaion, est dialysée tant qu’il passe du chlore, il reste une solution l’albumine pure, que nous nommerons acide albuminique pour ibréger, car elle est toujours légèrement acide. Or l’expérience nous a démontré que pour saturer 100 grammes de cet acide albuminique sec, il faut lKr,328 à lër,579 de soude Nallü. Pour saturer 80 grammes de soude ou 2NalIO il faudra donc 6 010 à 5 800 d’albumine, chiffre qui représente le poids moléculaire cherché et qui est conforme à ceux donnés par les méthode précédentes.
CLASSIFICATION DES ALBUMINOÏDES
Enfin, si nous nous reportons au dédoublement de , l’albumine par hydratation, et si nous tenons compte de la formation constante d’une molécule de tyrosine, nous rappellerons que la molécule ne saurait être représentée par une formule plus simple que ÇW0H409Az67081S3 dont le poids moléculaire 5 739 répond aussi exactement que possible aux poids moléculaires calculés par les méthodes ci-dessus.
Nous devons donc admettre, en définitive, que le. poids moléculaire de Y albumine cl1 œuf est sensiblement égal à 6 000; ce poids pouvant être évidemment très différent pour les autres albuminoïdes.
CLASSIFICATION DES MATIÈRES ALBUMINOÏDES
Les matières albuminoïdes peuvent être divisées en trois grands groupes :
1° Les matières albuminoïdes proprement dites comprenant l’albumine, la fibrine, la musculine, la caséine et des corps analogues en grand nombre.
Toutes ces substances, traitées par l’eau acidulée, sont susceptibles de donner à froid des dérivés acidulés solubles, qu’on nomme syntonines, essentiellement assimilables et de même composition que l’albuminoïde primitif. Toutes se dédoublent lorsqu’on les chauffe avec de l’eau à 100° ou 120° en substances insolubles encore albuminoïdes et en liqueurs riches en acides amidés. Toutes ont une composition très semblable : le carbone y varie de 52 à 54,2; l’hydrogène de 7,0 à 7,5; l’azote de 15 à 17 pour 100. Chauffées à 180° en présence de l’eau et de la baryte, elles donnent des glucoprotéines indédoublables.
2° Les matières collagènes. Ce groupe comprend les substances analogues à l’osséine de l’os, à la cartilagéine des cartilages, aux fibres des tissus cellulaires et élastiques. Elles ont ce caractère commun que, chauffées avec de l’eau, elles se changent en matières aptes à gélatiniser en se transformant en substances solubles de même composition qu’elles, incapables de précipiter par les acides, les alcalis, l’alun, les acétates de plomb. Une hydratation plus avancée en présence de l’eau et de la baryte à chaud ne donne pas avec ces substances de glucoprotéines indédoublables, de la leucine et du glycocolle. Ces matières contiennent de 48 à 54,5 pour 100 de carbone, de 6 à 7,4 d'hydrogène, de 16,8 à 18.7 d’azote. Elles sont donc plus pauvres en carbone, et plus riches en azote que les précédentes. D’après leurs dédoublements par 1 hydrate de baryte et leur difficile digestibilité, elles tiennent le milieu entre les substances essentiellement plastiques précédentes et les suivantes, qui sont déjà des produits de désassimilation assez avancée.
5Ü Les matières épidermiques ou cornées telles (pie celles de 1 épi-
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derme, des ongles, des cheveux, de la laine, de la soie, forment le troisième groupe. Elles ont une composition qui les rapproche beaucoup des collagènes, mais elles en diffèrent par leur difficile hydratation en présence de l’eau, des acides, des bases ou des ferments anaérobies. Elles sont indigestibles, inattaquables à la plupart des réactifs. Très souvent elles sont exceptionnellement riches en soufre : leur carbone varie de 44 à 50 pour 100, leur azote de 16,8 à 25.
En tenant compte de cette première division en trois classes et des propriétés générales qui permettent de distinguer et séparer les variétés de ces nombreuses substances et les produits qui en dérivent, nous subdiviserons les albuminoïdes dans les sept familles suivantes (') : lre Famille. Albumines. — Matières solubles dans l’eau et coagulables par la chaleur ou par les acides minéraux affaiblis, comprenant :
Matières albuminoïdes solubles ; leurs solutions ne sont précipitées ni par les acides organiques ou minéraux très affaiblis, ni par le sel marin ou le sulfate de magnésie en solutions saturées, mais bien par le sulfate d’ammoniaque en excès. Elles se coagulent par la chaleur de 55 à 75. — Elles précipitent en liqueur légèrement acidulée par le chlorure de platine et par le platino-cyanure de potassium. — Elles se peptonisent difficilement.
Ces matières coagulées par les acides ou la chaleur sont insolubles dans l’acide chlorhydrique étendu et dans les carbonates alcalins. — Elles ne se gonflent pas par les sels alcalins, et ne se colorent pas par l’iode. — Elles se transforment très lentement en syntonincs et peptones sous l'influence des acides dilués et de la pepsine.
insolubles dans l’eau, mais généralement maintenues en solution dans les liqueurs de l’économie grâce 1 à une faible proportion de carbonates et phosphates alcalins. La présure peut coaguler ces solutions vers 50 ou 40°, mais non pas la chaleur. Elles précipitent par les acides organiques les plus faibles et se redissolvent
(') Il résulte des recherches déjà anciennes de Dumas et Cahours, que les albuminoïdes des plantes ont meme composition et mêmes propriétés que celles des animaux, sans être toujours absolument identiques. Ces observations ont été confirmées à notre époque par divers auteurs, en particulier par Weyl [Zcit. physiol. Chem., t. I, p. 72) et par Martin. Les plantes contiennent de l’albumine, des globulines, des vitellines, des albumoses, des peptones tout comme les tissus animaux. Nous ne séparerons donc pas dans notre classification les albuminoïdes végétaux des albuminoïdes animaux.
A. Gautier. — Chimie biologique.
(a) . Albumines :
Albumine d'œufs ou ovalbumine ; i Serines du sang ou se'rum albu- | mine ; I
Musculo- albumine ;
Albumine végétale',
Hémoglobine, etc. ;
Lactalbumine.
(b). Dérivés par coagulation des l matières précédentes. — Mêmes \ espèces que (a) mais substances l coagulées par la chaleur ou par j les acides minéraux. f
2e Famille. Caséines. — Matières
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dans un excès d’acide. Elles sont solubles dans les sels de potasse ou de soude à réaction alcaline, en particulier dans les carbonates alcalins, ce qui les distingue des syntonines, mais elles ne se dissolvent pas dans les sels à réaction neutre , ce qui les sépare des globulines. Cette famille comprend les corps suivants :
Caséines végétales et animales ; l Gluten caséine ; \
Légumine ;
Conglutine, etc. ; 1
Nucléoalbumine. [
Ces substances sont précipitées par la neutralisation de leurs solutions, ainsi que sous l’influence d’un excès de sels neutres, spécialement de sel marin ou de sulfate de magnésie. Elles sont insolubles dans l’eau et dans le sel marin à 5 et 10 pour 100. Les solutions des caséinates alcalins ne se coagulent pas lorsqu’on les chauffe.
5e Famille. Globulines et fibrines. — Substances insolubles dans l’eau, mais pouvant entrer en dissolution totale ou partielle dans les chlorures alcalins, quelques-unes dans les carbonates ou phosphates de potasse ou de soude. Les acides organiques faibles et la chaleur les précipitent de ces dissolutions et ne les redissolvent plus.
(a). Globulines proprement dites :
Viteline ;
Myosinogène et myoglobuline ;
Substances fibrinogènes ;
Globuline du cristallin ;
Sérum globuline (Hydropisine) ;
Conglutine, globuline végétale.
Albuminoïdes insolubles se dissolvant dans les solutions au cinquième ou au dixième de chlorures alcalins en don- \ nant des solutions salines coagulables
) par la chaleur. Elles précipitent par
\ les solutions concentrées de chlorure
i de sodium, de sulfate de magnésium
I et de sulfate d’ammonium. Les globu-
lines sont assez solubles dans les alcalis t affaiblis.
(b). Fibrines :
Fibrines du sang ; Fibrines végétales.
Solutions difficiles, et partielles seulement, dans les chlorures alcalins qui les l gonflent puis les dissolvent lentement.
\ Substances difficilement dissoutes par
/ les alcalis à 2 pour 1000, qui les chan-
Igent en albuminoses, et dans U Cl au millième qui les transforme peu k peu en syntonines. Elles décomposent l’eau oxygénée.
4e Famille. Giutinogènes ou collagènes. — Substances insolubles dans l’eau froide, mais s’y dissolvant par une longue ébullition, surtout au dessus de 100°, pour se transformer en matières collagènes de même composition ou en substances solubles mais altérées. Le suc digestif les digère lentement et les change en peptones.
Elles ne donnent pas de tyrosine parmi les produits de leur dedou-
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blement, mais bien de l’acide benzoïque. Elles ne colorent pas le réactif de Millon. Cette famille comprend entre autres principaux corps :
(a). Osséine ; Cartilagéine.
^b). Gélatine ; Chondrine ; Elastine ; Hyaline .
(c). Gliadine ; Mucédine.
Corps insolubles, devenant peu à peu solubles dans l’eau à 100°.
Corps solubles dérivés des précédents par l’action de l’eau bouillante.
Gélatines d’origine végétale.
5' FAMILLE. Matières kératiniques et muqueuses ou corps albu-
unoïdes. — Substances insolubles, inattaquables par les sucs digestifs, par les acides étendus et par les carbonates alcalins; ne se dissolvant pas dans l’eau par une longue ébullition, ni dans l’acide acétique. On leur donne aussi quelquefois le nom d ' albumoïdes . Cette famille se compose des espèces suivantes :
(a) . Kératines de V épiderme, de la corne, etc.
(b) . Matière colloïde.
(c) . Matière amyloïde.
(d) . Fibroïne, sèricine de la soie, etc.
(e) . Mucines et. matières mucoïdes.
(f). Spongines.
Comprenant : la spongine, la conchioline, la cornéine, le byssus, etc., substances que l’eau bouillante ne dissout qu’en les altérant profondément.
6 Famille. Dérivés immédiats de transformation des matières dhuminoïdes . — Cette famille comprend les principaux termes encore dbuminoïdes, provenant des transformations que les substances précédentes subissent sous l’influence de l’eau aidée des alcalis ou des acides faibles, et sous celle des ferments digestifs. Ces corps se subdivisent en sübuminoses, syntonines et peptones.
Ces substances, appelées quelquefois à tort albuminates, sont insolubles dans l’eau pure et solubles dans les acides et les alcalis affaiblis.
■ jeurs solutions précipitent par les sels neutres en excès (NaCl ; S04Mg ; >0 Am2 comme le font les globulines, mais elles ne sont pas coagulées iar la chaleur. Cette formule comprend :
(a). Albuminoses ou alcalialbumines . — Substances insolubles provenant de 1 action des alcalis très étendus sur les corps des trois prcnières familles ci-dessus. Les alcalialbumines sont solubles dans les dcalis affaiblis ou l’eau de chaux d’où les précipitent les acides étendus.
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même CO2, sans Icsrcdissoudre, à moins qu’il y ait excès de ces acides. Les albuminoses sont insolubles dans les sels à réaction neutre. Elles se dissolvent dans les carbonates et souvent dans les phosphates alcalins.
(b) . Synlonides ou aciclalbumines. — Elles résultent de l’action des acides minéraux très affaiblis sur les substances albuminoïdes. Elles sont insolubles dans l’eau, dans les solutions de sels neutres, de sel marin en particulier, et dans les carbonates et phosphates alcalins. Elles sont fort solubles dans les acides minéraux très dilués et dans les alcalis très affaiblis d’où les précipitent les acides. Elles ne mettent pas l’acide carbonique des carbonates terreux en liberté.
(c) . Propeptones ou albumoses; peptones. — Elles résultent de l’action des ferments digestifs aidés des acides ou des bases sur les corps des quatre familles précédentes. Elles se produisent aussi par l’action prolongée des alcalis affaiblis et à froid sur ces mêmes albuminoïdes, ou en faisant agir l’eau surchauffée sur ces mêmes substances.
Les albumoses et les peptones ne coagulent ni par la chaleur, ni par l’alcool, qui les précipite s’il est concentré mais sans les rendre insolubles. Les propeptones et peptones sont solubles dans l’eau et dans l’alcool affaibli h 50 ou 65 pour 100 ainsi que dans les solutions de sel marin. Elles se distinguent en propeptones ou albumoses précipitables par l’acide nitrique à froid (ce précipité soluble à chaud ou dans un excès d’eau reparaît à froid), et par le ferrocyanure de potassium acidulé d’acide acétique. Les peptones ne précipitent pas par l’un ou l’autre de ces deux réactifs, ni par le sulfate de magnésie en excès, ni par les sels métalliques, sauf ceux de mercure, d’argent et de platine. Elles précipitent par le tanin et par l’acide picrique, surtout en présence du sel marin. Les albumoses et peptones s’unissent à la fois aux acides et aux bases.