DIX-SEPTIÈME LEÇON
DÉRIVÉS AZOTÉS COMPLEXES DES ALBUMINOÏDES : COLLOÏDINE; CHITINE; NUCLÉINE: PROTAGON ; CÉRÉRRINE ; CYSTINE. PIGMENTS DIVERS.
Nous ferons connaître dans cette XVIIe Leçon les dérivés des substances protéiques qui, tout en ayant perdu les caractères généraux de corps albuminoïdes, s’en rapprochent par leurs réactions et leur grande complexité. Ce sont des substances généralement amorphes, azotées, intermédiaires de composition et de propriétés entre les albuminoïdes et leurs dérivés cristallisables, uréides et amides que Ton décrira plus loin. Nous joindrons à leur étude celle de quelques matières colorantes mal déterminées. Ces corps n’ont entre eux que des rapports d’origine éloignés.
COLLOÏDINE
Les kystes ovariens gélatineux sont formés d’une multitude de petites loges closes ou caliciformes contenant, dans certains cas, une matière collant aux doigts, tremblotante, se dissolvant lentement dans l’eau qu’elle rend filante, et dont elle peut être précipitée par addition d’al cool. Cette matière paraît, d’après les recherches de A. Wurtz, puis de A. Gautier et Cazeneuve, être la même que celle qui constitue la partie principale des tumeurs dites colloïdes.
Si l’on chauffe à 110° la solution aqueuse delà matière gélatineuse en question, elle s’y dissout presque entièrement, et cette solution présente tous les caractères de celle qu’on obtient cà froid par un long contact avec l’eau. L’alcool en précipite abondamment des flocons blancs qui. après lavage, se redissolvcnt entièrement dans l’eau ; la solution soumise à la dialyse pour enlever quelques matières minérales est enfin reprécipitée par l’alcool après concentration.
La colloïdine açnsi obtenue ressemble après dessiccation à de la gomme arabique. Elle donne (difficilement lorsqu’elle a été séchée) des solutions aqueuses, limpides, non coagulables par la chaleur, non précipitables
CHITINE.
ir |e tanin ou par les sels métalliques et, par conséquent, entièrement emptes de substances albuminoïdes ou collagènes. Toutefois les juéurs contenant de la colloïdine sont colorées à chaud en rouge par réactif de Millon. Cette réaction appartient, on le sait, à la tyrosine mt se rapproche à d’autres égards encore la colloïdine. Sa composim centésimale : G = 46 ,15; H = 6,95; Az=6,00; 0 = 40,8, peut re représentée par la formule C9IIl5Az06, qui ne diffère de celle de la rosine C9H13Az03 que par IPO -T- 0. Cette composition la place aussi à ité de la chitine, ainsi que Wurtz l’avait depuis longtemps remarqué. 11 ne semble pas douteux que cette substance se rencontre dans beaump de liquides filants de l’économie, et qu’elle n’ait été souvent mfondue avec l’albumine, la gélatine ou la mucine.
CHITINE. — C0NCH IOLI N ES. — HYALINES
Chitine. — Il existe, dans la carapace des articulés, les trachées des 'thropodes, les tendons de quelques insectes, les cellules des échinoiques, un principe immédiat qui répond presque à la composition de i colloïdine, mais qui en diffère par son insolubilité; c’est la chitine.
Pour la préparer, on épuise les carapaces d’écrevisses ou autres artiidés avec de l’eau acidulée qui enlève les parties minérales, puis vec de la soude étendue. Le résidu décoloré par un peu de permangaate est successivement épuisé par l’eau acidulé, l’eau pure, l’alcool [ l’éther. On peut aussi dissoudre cette substance décalcifiée dans IICI oncentré et précipiter par un exès d’eau.
La chitine est insoluble dans tous les dissolvants neutres. Elle ne and pas par la chaleur. Elle ne se dissout pas dans l’acide acétique îi dans la potasse concentrée (ce qui la différencie de la kératine) nais seulement dans les acides minéraux forts, particulièrement dans ’acide chlorhydrique froid qui ne la décompose pas. Bouillie longemps avec cet acide concentré, elle se transforme en chorhydrate de glucosamine COU -(CH. OH)4- CH2.AzH2,HGl. Cette transformation s’opère nieux encore en présence d’un peu d’étain. La chitine donne près de î 5 pour 100 de ce sucre, accompagné d’acide acétique et d’un peu d’un mtre acide plus riche en carbone.
En admettant pour la chitine la formule, C15H24Az209 (ou un multiple), pii correspond bien aux analyses : C = 46,52 ; II = 6,4; Az = 6,2 , in explique ce dédoublement par l’équation :
C18H24Azs0° + 5II20 = 2 C6HlsAz05 + C*H*Oa + CO2 (*)
Chitine. Glucosamine. Ac. acétique.
(*) tobisch propose l'équation ‘2 C1«fla0Azs0*0 + 11*0 = <■ C°II15Az08 + 3 C2II402.
DÉRIVÉS AZOTÉS COMPLEXES DES ALBUMINOÏDES
L’acide sulfurique concentré dissout aussi la chitine et la dédouble dp même. Versée dans l’eau, cette solution sulfurique laisse dissoudre un sucre fermentescible comme l’avait annoncé autrefois M. llerthelot; d’après Sundwik, il répondrait à Cf,"JllooOr,°.
La chitine joue dans l’économie des animaux inférieurs le rôle de l’osséine ou de la chondrine. Il est remarquable de voir cette dernière se dédoubler aussi sous l’influence des acides en un corps azoté réducteur du réactif eu propotassique.
Conchyolinc. — C’est la substance organique des coquilles de gastéropodes. On la prépare en faisant digérer ces coquilles dans l’acide chlorhydrique, puis lavant et portant à l’ébullition avec de la potasse caustique : la conchyolinc reste comme résidu.
Elle est soluble dans les acides minéraux concentrés et chauds, qui la décomposent en donnant du glycorolle, de la leucine, mais pas de glucosamine. Elle ne donne ni la réaction de Millon, ni celle d’Adamkievicz, ni la réaction xanthoprotéique. Elle répondrait à la formule C30H*8Az9011 .
Cornéine. — La cornéine ou coraline est la matière organique de certains coraux. Elle donne la réaction de Millon. Krükenberg lui attribue la formule C30IIuAz°Oir>.
Hyaline. — Cette substance, très voisine de la chitine, forme la vésicule des échinocoques. On la prépare comme la chitine. Sa composition C = 45,3 à 44,1 ; II = 6,5 à 6,7 ; Az = 5,2 à 4,5 ; 0 — 45 cà 44.7, l’en rapproche déjà beaucoup.
C’est une matière translucide, opaline, que l’eau et l’alcool ne dissolvent pas, mais qui finit par entrer en solution dans l’eau à 150°. Elle est insoluble dans l’acide acétique même concentré. Elle se dissout au contraire dans les liqueurs alcalines et petit à petit dans les acides. Ces solutions précipitent par les acétates de plomb, le nitrate mercuriquc et l’alcool.
L’acide sulfurique un peu concentré dédouble l’hyaline à peu près comme la chitine, en donnant un sucre incristallisable dextrogyre.
Krükenberg a extrait des cartilages hyalins, de certaines éponges, de vers, des nids d’hirondelles commestibles, etc., des substances similaires. Tous ces corps se ressemblent par leur solubilité dans les alcalis assez faibles dont les précipite l’acide acétique ; tous donnent un sucre réducteur C6H1206, par ébullition avec les acides; tous sont insolubles dans les sucs digestifs. Ces substances sont donc analogues ou très rapprochées de la mucine.
nucléines
On donne le nom de nucléines à un groupe de substances douées de
NUCLÉINES.
fonction acide, riches en azote et en phosphore, insolubles dans les ;ides dilués et indigestibles par le suc gastrique. On les rencontre sur- ,ut dans le noyau des cellules végétales ou animales (fig. 10), dans les actéries et levures dénuées de noyaux. Elles paraissent y exister non
F;ir (2 Cellules avec leur noyau et leurs trabécules protoplasmiques formées de nucléine.
l’état libre, mais combinées à deux alcaloïdes remarquables sur lesaiels on reviendra, la protamine et Y adénine.
On retire les nucléines principalement du pus, du jaune d’œuf, de t laitance de poisson et du sperme des animaux, du lait, du ceiveau, e la levure, etc.
Nous allons décrire leur extraction du jaune d’œuf, du lait et de la îvure , matières premières que l on a toujours à sa disposition. Préparation, — (a). Avec le jaune d'œuf. — On épuise le jaune œuf à l’éther, puis à l’alcool bouillant; on le traite pai une solution l’acide chlorhydrique froid à 8 millièmes, jusqu’à ce que la liqueur (Ui filtre ne précipite plus par le ferrocyanure de potassium acéique. On enlève ainsi la vitelline et les substances analogues ( ). Le résidu broyé est délayé dans de l’acide chlorhydrique dilué à 4 pour 1000, avé par lévigation, enfin traité par de la soude faible et fioide entiès éger excès. Après quelque minutes on jette sur un filtre rapide, et l on irécipite la liqueur à mesure qu’elle passe claire en ajoutant volume .'gai d’alcool et un peu d’acide chlorhydrique. La nucléine se dépose. }n la laisse au contact de l’alcool fort durant plusieurs jouis poui la ’endre entièrement insoluble.
En faisant digérer le jaune d’œuf avec du suc gastrique, Bunge en a extrait une nucléine qu’il nomme hématogène à cause du rôle qu il eroit qu’elle joue dans la production de là matière colorante du sang.
La nucléine de la laitance de poisson s extrait comme celle d œul. (6). Avec le lait. — Du fromage blanc est broyé avec de l’éther poulie débarrasser de ses corps gras, puis soumis à la digestion artificielle avec de la pepsine et de l’acide chlorhydrique à 4 millièmes et à 40 degrés. Le résidu insoluble de cette digestion est lavé a 1 eau chaude, puis dissous dans une solution de carbonate sodique à I pour 100 et
(') Ainsi que la protamine, C°1 1 A /-5Os , dans le cas de la laitance.