‹ Cours de chimieChapitre 183 sur 633 · VINGT ET UNIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT ET UNIÈME LEÇON

BASES ANIMALES OU LEUCOMAÏNES. (a.) LEUCOMAÏNES XANTHIQUES : ADENINE, SARCINE,

XANTHINE, GUANINE, CARN1NE; GUANIDINE. AUTRES LEUCOMAÏNES XANTHIQUES.

A côté des uréides, existent dans les glandes, dans les muscles, les cellules à noyau en train de proliférer, les jeunes pousses des végétaux, etc., une série de corps azotes dont quelques-uns (xanthinc, sarcine, adénine, carnine, etc.), doivent être notoirement rapprochés des uréides, ainsi qu’on va le voir, tandis que d’autres (créatine, créatinine, sarcosine, etc.) en sont plus éloignés. Les liens naturels de ces deux classes de corps avec les uréides, leurs fonctions chimiques, leur classement, leur constitution, dans beaucoup de cas, leur origine, enfin leur rôle physiologique étaient peu connus avant les travaux que j’ai eu l’occasion de publier à ce sujet. J’ai complété cette famille et j’en ai rattaché les chaînons épars par la découverle de quelques termes nouveaux qui m'ont permis d’établir leurs relations naturelles. J ai montré que tous ces corps étaient alcaloïdiques et que, contrairement à une fausse théorie qui voulait que les végétaux seuls puissent fabriquer des bases complexes, les animaux produisent des alcaloïdes complexes dans toute cellule où la vie et la reproduction sont en pleine activité. J’ai nommé ces corps leucomaïnes pour indiquer qu ils sont les produits basiques du dédoublement des albuminoïdes (Xeux<i)[xa, albumen ou blanc d'œuf ) soumis au fonctionnement vital.

Les leucomaïnes se forment sans cesse dans les cellules vivantes et s’éiiminent en partie par les urines. Si, faute d’oxydation ou d’élimination, elles s’accumulent dans les tissus, elles deviennent des agents pathogènes directs.

Ces corps ne sont pas des uréides à proprement parler, ne donnant généralement pas d’urée directement par dédoublements, hydratation ou oxydation, mais la plupart produisent ainsi de la guanidine CAz3H5, base susceptible de donner naissance à l’urée en s’hydratant et perdant AzIU comme l’indique l’équation :

CAz3H5 + 11*0 = AzII5 + C0AzsH4

La guanidine

peut dériver de l’urée par substitution de 0 par AzII :

OC

/ Az.H* \ AzH2

Urée.

(AzII)"C

/ AzH2 \ AzII2

Guanidine.

‘250 LEUCOMAÏNES XANTHIQUES.

Les leucomaïnes se divisent en deux groupes :

1° Les leucomaïnes xanlhiques, très rapprochées des corps de la famille urique, qui répondent toutes à ces caractères qu’elles précipitent par l’acétate de cuivre à chaud en liqueur acide, et à froid par le nitrate d’argent en liqueurs ammoniacales.

2° Les leucomaïnes créatiniques , qui ne précipitent pas par l’acétate de cuivre à chaud, ni par le nitrate d’argent ammoniacal, mais qui s’unissent aux chlorures de zinc ou de cadmium pour donner des sels doubles peu solubles.

A. LEUCOMAÏNES XANTHIQUES

Caractères. — Les leucomaïnes xanthiques présentent les caractères généraux suivants :

1° Tous les corps de cette famille sont des alcaloïdes faibles mais bien caractérisés, donnant des chlorhydrates et chloroplatinates cristallisables que l’eau ne dissocie pas ou très lentement.

2° Fondues avec les alcalis, toutes ces substances perdent la majeure partie de leur azote à l’état de cyanogène; elles contiennent toutes, en effet, le groupement CAzlI; l’une d’elles, l’adénine C3H5Az3, est même un polymère de l’acide cyanhydrique; une autre, la xanthine, a pu être obtenue par 1 hydratation directe de ce même nitrile CAzH.

3° Chauffées avec les alcalis et l’eau, elles ne donnent généralement pas d’urée en s’hydratant ; ce ne sont donc point des uréides. Elles s’en rapprochent toutefois. La guanine, par exemple, peut produire de l’acide parabanique par oxydation et hydratation simultanées, et l’on peut passer de la guanine à la xanthine et à la sarcine par une suite de réactions régulières.

4° Toutes les leucomaïnes xanthiques présentent une grande stabilité ; comme dans la famille urique, les corps xanthiques peuvent passer régulièrement des uns aux autres sans qu’on disloque leur édifice carboné fondamental :

C8H5Az50 + Az02H = C5II*Az402 + II20 + Az2

Guanine. Xanthine.

ou bien :

C8H4Az402 + U2 — I120 + C5H4Az*0

Xanthine. Sarcine.

Ce caractère suffirait seul à démontrer leur parenté et leurs rapports de constitution.

5° Tous ces corps sont à la fois basiques et faiblement acides; ils

LEUCOMAÏNES XANTHIQUES.

s’unissent à l’oxyde de cuivre et donnent le plus souvent, lorsqu’on les fait bouillir avec l’acétate de ce métal, des combinaisons insolubles. En liqueurs neutres ou alcalisées par l’ammoniaque, tous ces corps précipitent par l’azotate d’argent ammoniacal, et forment des leucomaïnes argentiques solubles à chaud dans l’acide azotique et précipitables ensuite à froid. Toutes ou presque toutes ces bases évaporées en présence d’acide nitrique laissent un résidu jaune que les alcalis colorent en orange et souvent en un pourpre fugace. Ce caractère permet de les distinguer des leucomaïnes crcaliniques dont nous parlerons plus tard.

6° Enfin, comme on le verra, toutes les leucomaïnes xanthiques dérivent d’une double chaîne fermée contenant deux résidus de guanidine ou d’urée, unis par trois atomes de carbone.

Suivant Kossel, tous les corps xanthiques dériveraient des nucléines (voir p. 188) et leur seraient unis dans le noyau des cellules.

Les substances que j’ai désignées sous le nom de leucomaïnes xanthiques pour indiquer à la fois leur origine, leur alcalinité et leur parenté, constituent à cette heure la série naturelle suivante :

L'adénine C5Il5Az°

L’hypoxanthine ou sarcme C5Il4Az40

La xauthine et les isoxanthines. .... L5H4Az40'2

L’hydroxanlhine C5tl6Az403

La guanine C5H8Az50

La pseudoxanlhine C4tl5Az50

L’hétéroxanlhine C6H6Az402

La paraxanlhine C7II8Az402

La carnine. . -C7lIsAz40J

La caféine C8llloAz402

La Ihéobromine C‘ll8Az402

Constitution des leucomaïnes xanthiques. — Avant de laite 1 étui.C successive de ces différents composés, il est bon de montrer comment ils dérivent les uns des autres et quels rapports existent entre leurs diverses constitutions.

On verra que la guanine C5H5Az50, soumise, à la façon de 1 acide urique, à une hydratation et une oxydation simultanées, se dédouble, non plus comme cet acide en urée et acides parabanique et carbonique, mais en guanidine, acide carbonique et acide parabanique. Etant don nées les formules de constitution suivantes sur lesquelles on ne saurait avoir de doute :

/ Azll- GO 7 v Azll2

Urée.

Guuniiliuc.

CO-AzII* \ co CO -Azll2 /

Acide parabanique.

LEUCOMAÏNES XANTHIQUES.

On arrive à attribuer à la guanine la constitution :

AzH =C

AzH-C-AzII

AzII-C - AzH

CO

constitution qui rappelle beaucoup celle que Medicus etE. Fischer attribuent à l’acide urique :

OC C-AzH \

\ n ; co

x AzH -C-AzH /

Ainsi constituée, la guanine doit, en effet, sous l’influence de l’eau et des réactifs oxydants, se dédoubler en guanidine et acide parabanique en s’annexant H20, unissant ses trois carbones intermédiaires à l’oxygène et perdant l’un de ces atomes de carbone à l’état d'acide carbonique ainsi qu’il arrive également dans l’oxydation de l’acide urique :

CBH5AzsO + H20 + O3 = CAz5ll3 + C3II2Az203 + CO2

Guanine. Guanidine. Ac. parabanique.

Sous l’influence de l’acide azoteux, la guanine donne la xanthine, comme la guanidine produit dans les mêmes conditions de l’urée :

/ A 7 T T 2 / A 7TJ2

AzH=C \ AzH“ + AzOT1 = 0=C ( AzHs + AZ> + HS°

Guanidine. Ae. azoteux. Urée.

De même :

AzII=C

AzH-C-AzIl

AzII-C -AzH Guanine.

CO + Az02H

AzH-C-AzII

AzII-C -AzH

Xanthine.

+ Az2 + H20

Sous l’influence des agents réducteurs cette xanthine se transforme en hypoxanthine C5lI4Azl0. Il faut donc que celle-ci réponde à la constitution :

/ AzH-C-AzII v / n \

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