QU’EST-CE QU’UNE SUBSTANCE ORGANISÉE
S’il n’est pas nécessaire à notre but d’expliquer le mystère de l’organisation, il n’en est que plus important de bien définir, au début de ces leçons, en quoi consiste et où s’arrête ce mystère. Il nous importe d’avoir établi que la vie n’est point une force , encore moins une énergie qui vienne rien ajouter ou retrancher à celle que possédaient les corps, ni rien modifier de leurs propriétés matérielles répondant à un équivalent mécanique. Nous montrerons, au contraire, que les phénomènes susceptibles cle mesure et de transformation mécanique qui se passent dans chacune des cellules constitutives de l’être vivant sont la résultante des phénomènes chimiques qui se produisent aux dépens des matériaux qui s’y trouvent en contact et y entrent en conflit; qu’aucune autre force que les forces chimiques et physiques n’apparaît ni n’intervient dans ces phénomènes; et que si la cause de leur succession nous échappe en grande partie, chacun d’eux et de leurs instruments matériels ressort de notre puissance ; qu’en agissant sur la matière, nous pouvons modifier, arrêter, exalter ces phénomènes qui restent toujours soumis aux lois physiques et chimiques ordinaires; et que nous arrivons même à influer, dans une certaine mesure, sur l’organisme et sur le plan général de l’être présent ou à venir en modifiant la nature de ces matériaux chimiques, véritables rouages primitifs qui le composent. Dernière et grave conséquence qui semble établir que la cause vitale, que l’on appellerait à tort force vitale, car elle est directrice et non agissante, dépend elle-même des propriétés physicochimiques et du plan structural de ces agrégations moléculaires qui lui servent d’instruments élémentaires.
Qu’est-ce tju une substance organisée? Puisque les phénomènes de la vie ne se manifestent que dans la substance organisée, il est utile, dès le début de ces leçons, de se faire une idée de la constitution de ces substances. Diffèrent-elles essentiellement des matières brutes? ou, composées comme elles des mêmes matériaux, doivent-elles leurs remarquables propriétés à leur association en tissus, en cellules, en êtres figurés de telle façon que cette forme sensible venant à disparaître, l’organisation s’évanouisse avec elle? Ou bien celle-ci réside-t-elle, en dernière analyse, dans la partie primordiale, la masse la plus exiguë de chaque trame, de chaque cellule, de chaque plasma, de chaque molécule spécifique?
ne nous permettent que très difficilement de les séparer, vit aux dépens de l'alcool dextrogyre qu’il oxyde très rapidement, et ne détruit ensuite que difficilement et fort lentement l’alcool lévogyre [Le liai). Dira-t-on que c’est là une manifestation du choix volontaire fait par le microbe? Nullement. On admettra plutôt, je pense, que l’organisation de ce petit être est faite de façon à laisser circuler et oxyder à travers son organisme l’alcool dextrogyre plus facilement que le lévogyre, et que ce prétendu choix est une conséquence de cette organisation et non une manifestation d’une volonté ou d’un principe d’intelligence.