‹ Cours de chimieChapitre 300 sur 633 · COAGULATION DU PLASMA ET DU SANG · texte numérisé non relu

COAGULATION DU PLASMA ET DU SANG

Les sels de chaux sont donc nécessaires à la formation de la fibrine^), mais ils ne sont pas suffisants. Il faut que le fibrinogène, les sels de chaux et le ferment-fibrine se trouvent à la fois en présence. Si à du plasma oxalaté on ajoute 5 a 4 millièmes encore d’oxalate alcalin et qu’on le précipite par un excès de sel de chaux soluble, il ne se fera pas de coagulum quoique ce plasma renferme la chaux et le fibrinogène à la fois. Mais dans ce milieu la coagulation se produira dès qu’on ajoutera un peu de sang, de plasma, de sérum ou de ferment fibrinogénique qui apportent avec eux l'agent coagulant.

11 résulte de ces intéressantes expériences et de celles qui les ont précédées, en particulier des observations de Mantegazza, Heynsius, Hammarsten, Arthus et Pagès et nous-jnême, que la coagulation résulte de la transformation du fibrinogène sorti des globules, ou préexistant dans le plasma à l’état soluble et durant la vie, substance qui devient insoluble et se change en fibrine en s’unissant aux sels de chaux du plasma sous l’influence du ferment-fibrine extravasé des globules blancs (2).

Le fibrinogène, de Hammarsten, se prépare de la façon suivante :

On mêle le plasma obtenu par la méthode centrifuge ou par l’addition de sels qui en empêchent la coagulation, avec un volume égal de solution saturée de chlorure de sodium. Le précipité obtenu est lavé ensuite avec la même solution mêlée de son volume d’eau, redissous dans une solution salée cà 8 pour 100 et reprécipité. Ces opérations doivent être rapidement conduites et faites cà froid sans quoi le fibrinogène deviendrait insoluble.

Ce fibrinogène, on l’a vu page 14*2, possède les propriétés caractéristiques des globulines : il est insoluble dans l’eau pure, soluble dans l’eau

( 1 ) C’est ce que j’avais établi déjà dans un travail publié aux Comptes rendus de l’Académie des Sciences, LXXXIX, 227.

(2) Je ne citerai que pour mémoire l’opinion émise sur les causes de la coagulation du sang par MM. Mathieu et Urbain. Ils ont observé qu’une partie sensible de l’acide carbonique du sang disparaît par la coagulation :

Avant Après

coagulation, coagulation.

CO2 de 100 cent. cub. de sang. 48'-°, 05 59°“, 38

Avant Après

coagulation, coagulation.

Le plasma céderait donc de l’acide carbonique à la matière lîbrinogénique, qui en fixant ce gaz deviendrait d’après eux insoluble. M. F.Glénard a définitivement établi l’erreur de MM. Mathieu et Urbain par l’expérience suivante : 10 à 12 centimètres de la jugulaire d’un cheval sont durant la vie tirés au dehors et transformés en une poche par deux liens serrés sur le vaisseau encore adhérent à l’animal. La poche pleine de sang est alors détachée et suspendue verticalement en lieu frais. Après 24 heures, on place une troisième ligature en son milieu, et l’on desserre un peu la ligature inférieure : les globules qui s’y sont réunis s’écoulent; on remplit la poche intérieure ainsi vidée avec de l’acide carbonique, on referme le bout inférieur, et déliant la ligature moyenne, on met le plasma seul en contact avec l’acide carbonique en excès. Il ne se coagule point dans ces conditions ainsi que cela devrait avoir lieu d’après la théorie sus-mentionnée.

Enfin Dogiel et Holzmann admettent que la coagulation est due à une oxydation du fibrinogène. Cette opinion ne peut être soutenue. J’ai montré qu’on peut sécher le plasma salé même à 100° et à l’air sans qu’il se coagule. La coagulation arrive ensuite lorsqu’on le dissout et qu’on l’étend d’eau.

PLASMA SANGUIN

aércc et les solutions salines très affaiblies. Mélangé de ferment-fibrine retiré des globules blancs, en présence du sel marin et des sels de chaux il se coagule cl donne de la fibrine.

La chaleur le coagule à 50°, qu’il soif contenu dans le plasma aussi bien que dans le sang ( Ilewson , Fredericq).

La propriété de cette substance de se précipiter dans les solutions aqueuses à moitié saturées de sel marin permet de la séparer complètement de la sérumglobuline.

Causes qui tintent ou entravent la coagulation du sang. — Toutes

les causes qui influent physiquement ou chimiquement sur les globules et qui modifient leur vitalité, hâtent la coagulation du sang. Ainsi agissent le battage, la rugosité des récipients, les corps étrangers introduits dans les vaisseaux, l’élévation de la température, l’accès de l’air, les injections dans les veines de sels biliaires ou des produits de désassimilation des organes (acide urique, glycocollc, matières extractives, leucomaïnes), etc. La coagulation est au contraire retardée par les agents qui diminuent sensiblement les mouvements de nutrition ou d’exosmose des globules : l’abaissement de la température; l’addition au sang des substances saturées contenues dans le globule ou analogues à ces substances (sels des métaux alcalins, en particulier phosphate de potassium, sulfates et chlorure alcalino-terreux, acétates, azotates, glycérine, sucre,

albumine) ; addition de certains poisons chimiques tels que l’acide cyanhydrique , la strychnine; réception du sang dans des vases oints de vaseline (vases non rugueux) (*), saturation du sang par l’acide carbonique, addition de petites quantités d’acides ou d’alcalis, injection de peptones dans les veines, etc.

Enfin l’on vient de dire que la décalcification complète du sang empêche définitivement toute coagulation.

FIBRINE

a, granulation libre formant le centre d’un système

de réticulum; — b, fibre réticulaire. NOUS aVOllS dédît page 145

les différentes fibrines, nous n’avons donc pas à y revenir ici. A 1 état

m En recevant le sang dans des vases oints de vaseline à travers une couche d’huile cl par une canule huilée et directe le sang ne se coagule pas.

SÉRUM

humide la fibrine ordinaire contient plus des trois quarts de son poids d’eau. Mais on doit observer ici que Denis a depuis longtemps établi qu’il n’y a pas une, mais plusieurs fibrines; que l’artérielle n’est pas identique à la veineuse; que celle qui a été obtenue au repos paraît mélangée d’une partie très notable de cette matière insoluble dans le sel marin au 10e qui s’extravase lentement du globule rouge et à laquelle Denis avait donné le nom de globuline.

Green semble avoir établi que la partie de la fibrine qui entre en solution dans le sel marin au 10° est en réalité composée de deux globulines, l’une- soluble et l’autre insoluble dans une solution de sel marin à 1 pour 100.

A l’état de santé la quantité de fibrine calculée sèche contenue dans le sang veineux humain varie de 1,9 à 2,8 pour 1000. Le sang normal en donne généralement 2,2 à 2,8 au litre. Le sang artériel en contient un peu plus que le veineux au moins dans les gros vaisseaux.

Page 1