PARALLÈLE DE LA VIE VÉGÉTALE ET ANIMALE
absorbent une quantité considérable d’oxygène et dégagent beaucoup de chaleur en usant leurs réserves par un mécanisme sur lequel nous reviendrons. La graine qui germe dégage au début moins d’acide carbonique qu’elle n’absorbe d’oxygène; plus tard la quantité d’acide carbonique é orale et dépasse celle de l’oxygène absorbé. La semence en train de se développer est donc aérobie au début de la germination, elle vit a la façon d’un animal qui dort ; plus tard elle se conduit comme un animal qui travaille et qui consomme moins d’oxygène qu’il n’en existe
dans l’acide carbonique qu il expire.
11 en est de même de la fleur : au moment où elle se développe et forme ses ovules, elle absorbe autant d’oxygène qu’elle émet d’acide carbonique ; elle en absorbe même autant que V homme et les autres animaux proportionnellement ci son volume ; sa température s élève, et l’on connaît cette ancienne observation de Brongmart sur Y arum maculatum dont l’inflorescence en train de se féconder s elève de Il à 12 degrés au-dessus de la température ambiante, comme par une sorte de fièvre quotidienne qui dure plusieurs jours et dont le maximum a lieu d’abord dans l’après-midi, puis dans la matinée.
Les feuilles vertes n’échappent point à cette loi. A l obscurité elles absorbent, pour les températures moyennes, un peu plus d oxygène qu elles n’émettent d’acide carbonique et s’échauffent sensiblement. Mais en définitive, chez elles le mouvement vital proportionnel à la dépense d’énergie est lent : la feuille émet de l’acide carbonique et absorbe de l’oxygène jusqu’à 20 et 50 fois moins qu un même poids d animal, et son élévation de température au-dessus de celle du milieu ambiant est aussi proportionnellement beaucoup plus faible.
Ainsi, en mettant de côté l une des fonctions des végétaux, la plus importante il est vrai, la fonction chlorophyllienne, la plante vit, au degré près, à la façon de l’animal. Dans les deux règnes l’entretien des tissus et leur renouvellement est proportionnel à la destruction des réserves, à l’absorption de l’oxygène et à l’apparition de l’acide carbonique, de l’eau et corrélativement de la chaleur. Dans l’un et dans l’autre cas, l’origine de l’énergie qui entretient le fonctionnement vital est à la fois aérobie et anaérobie, l’animal étant d’ailleurs plus aérobie et le végétal plus anaérobie. Mais cette différence, quoiqu’elle ne soit que quantitative, implique comme conséquence l’immobilité et la variation de la température chez les végétaux, la mobilité et les températures relativement élevées et peu variables chez les animaux.
Chose remarquable (et c’est là une des conquêtes les plus importantes de la physiologie générale moderne due aux mémorables découvertes de M. Pasteur), il est à la limite des deux règnes des êtres monocellulaircs qui, mieux que les grands organismes complexes végé-
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lanx ou animaux, nous offrent le spectacle Itien instructif de la vie réduite à une cellule unique essentiellement aérobie ou anaérobie, suivant les cas. Le ferment acétique ou mycoderma accli (fig. 1),
Fig. i. — Mycoderma accti.
» > ? ét
Fig. 2. — Fragment lactique et cristaux de iiiclate de chaux.
le ferment lactique qui aigrit le lait (fig. 2), le mycoderma vini (fig. 5), qui brûle l’alcool en donnant de l’acide carbonique et de
l’eau; les mucédinées ou moisissures, etc., sont essentiellement aérobies. Ces ferments absorbent l’oxygène avec avidité, s’échauffent et oxydent rapidement l’alcool ou le lait. Le mycoderma aceti en particulier, ensemencé dans du vin légèrement étendu d’eau, absorbe jusqu’à \ 1 0 (bis son poids d’oxygène en 2 heures, oxyde l’alcool et le change en vinaigre. Il peut être considéré comme un type de la vie cellulaire aérobie.
Au contraire le ferment butyrique (fig. 4), qui jouit de la propriété de transformer le sucre et l’amidon en acide butyrique, et en général les autres vibrions, sont
essentiellement anaérobies. Ils vivent sans air, et sont même arrêtés par lui dans leur évolution. Ils empruntent à la décomposition des matières endothermiques sur lesquelles ils agissent, toute l’énergie nécessaire à l’accomplissement de leurs fonctions, à leur évolution et à leur multiplication. Grâce à cette énergie devenue disponible, grâce à la décomposition de matières telles que le sucre, l’amidon, la glycérine, etc., ils fabriquent à l’obscurité et sans air, avec des éléments minéraux, quelques sels ammoniacaux, un peu de soufre cl de plios-
Mycoderma vini.
VIE AÉROBIE ET ANAÉROBIE.
pliâtes, les éléments complexes de leurs organismes, en particulier leurs matières albuminoïdes essentiellement endothermiques. Telle est la vie anaérobie que nous avons vue intimement mêlée chez l’animal et la plante à la vie aérobie, et qui est ici complètement séparée de l’autre mode de production d’énergie et de fonctionnement vital.
Mais chose plus intéressante encore, dans le monde des lerrnents il est des cellules qui jouissent de la singulière propriété de pouvoir, suivant les circonstances, vivre aérobiquement ou anaérobiquement : telle est la levure de bière. Ensemencée à l’air dans un liquide sucre, elle détruit le sucre en le transformant en acide carbonique et en eau, consommant à cet effet une quantité très notable d’oxygène, et dégageant un volume proportionnel d’acide carbonique. Dans cet état, la levure peut dépenser plus de 5 fois son poids d’oxygène en 24 heures, et même l’emprunter à la façon des cellules aérobies de nos tissus à l’oxyhémoglobinc quelle réduit, comme l’a fait voir M. Schützenberger en faisant circuler du sang artériel défibriné à travers un conduit de baudruche immergé dans une bouillie de levure fraîche.
Mais qu’on plonge cette levure dans une liqueur sucrée, et qu’on lui enlève tout l’oxygène ambiant, elle ne périra point faute d oxygène; loin de là, elle modifiera sa structure intime et, revenant à l’état em-
bryonnaire, se mettra à vivre de la vie anaérobie, empruntant cette fois ses moyens d’action à l'énergie latente du sucre quelle dédouble en acide carbonique et en alcool, et construisant, grâce à une partie de l’énergie ainsi réalisée, de nouveaux matériaux et de nouvelles cellules
semblables à elle (4).
Les mêmes phénomènes se passent dans les cellules des fruits sucrés. Ainsi que l’avait déjà remarqué en 1821 mon ancien maître Bérard, et comme l’ont depuis complètement établi les travaux de MM. Lechartier et Bellamy, beaucoup de fruits produisent de l’acide carbonique en mûrissant tant qu’on leur fournit de l’oxygène, et vivent au contraire à la façon des ferments anaérobies donnant de l’alcool et de l’acide
carbonique dès qu’on les plonge dans un milieu dénué d’oxygène. L’on peut penser que ces transformations dans le mode d’utiliser l’énergie ambiante des matériaux de réserve doit dans quelques cas se produire dans certaines cellules des grands organismes végétaux ou animaux; M. Muntz a montré, en effet, qu’une tige de vigne, de chicorée, de choux, etc., mise dans l’azote, dégage une certaine quantité d’alcool.
P) La bactérie de la fièvre typhoïde d’Eberth est, d’après M. Chantemosse, facultativement anaérobie, mais plus généralement aérobie. 11 en est de même du mycoderma vim qui vivant à l’air brûle rapidement l’alcool du vin qu’il transforme en CO2 et I120, mais qui plongé dans un liquide sucré donne de l’alcool et de l’acide carbonique en vivant sans air.
IG
FONCTION CHLOROPHYLLIENNE.
Vivre, c’est accomplir une série de fonctions, et toute fonction demande un mécanisme. Chez les êtres vivants comme dans nos machines, il est, matériel, et ses rouages n’empruntent l’énergie qu’ils transforment qu’aux forces d’ordre mécanique, physique et chimique. L’organisme se développe, il est vrai, et se reproduit suivant un plan dont nous entrevoyons à peine la cause première, mais dans le développement duquel aucun phénomène matériel n’apparaît qui ne soit soumis cà la loi de l’équivalence mécanique des forces. Tout ce qui n’est pas susceptible d’équivalence est une forme pure, un mode suivant lequel le plan organique se présente ou se révèle à nous, à la façon de ces propriétés qualitatives des corps inertes qui, telles que la forme cristalline ou amorphe, la transparence, l’éclat, la couleur, la sapidité, l’impénétrabilité, etc., ne sauraient être transformées en énergie. Ces propriétés démontrent un état, un mode de structure spécifique dont elles sont l’expression. C’est cet ordre, cette structure qui, chez les êtres vivants, imprime à l’énergie mécanique qui traverse leurs systèmes cette direction et ce plan qui manifestent l’état de vie, mais qui ne sont pas l’énergie elle-même.
Il était nécessaire d’établir ces principes dès le début de ces leçons, et le mal fondé de l’hypothèse de forces spéciales à la vie, aussi bien que l’erreur corrélative de la prétendue transformation des forces matérielles en manifestations intellectuelles ou vitales.