‹ Cours de chimieChapitre 371 sur 633 · INFLUENCE DE LA PRESSION · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE LA PRESSION

enrichit en oxygène le gaz respiré de façon à faire monter la tension relative de cet oxygène et si l’on augmente en même temps la pression, les phénomènes d’inhibition des échanges nutritifs se représentent. Comme l’avaient déjà vu Régnault et Reiset, on peut faire vivre un animal dans un mélange de 60 parties d’oxygène et 40 d’azote sans que la quantité d’oxygène consommé change sensiblement. Mais, vient-on à augmenter la pression de l’oxygènejusqu’à 5alm,5 ou bien en comprimant l’air jusqu’à 17alm,5, ou bien en faisant vivre l’animal dans un mélange contenant 42 pour 100 d’oxygène et 58 d’azote (c’est-à-dire deux fois plus d’oxygène que dans l’air) et sous une pression de 8atm,8, ou encore en lui donnant à respirer de l’oxygène pur sous une pression de 5aln\5; dans tous ces cas, l’animal chancelle bientôt, il est pris de contractions tétaniques, de refroidissement des membres postérieurs, d’opistotonos, et il meurt rapidement comme strychnisé.

On trouve dans ces cas 50 à 55 centimètres cubes d’oxygène dissous dans 100 centimètres cubes de sang dont le plasma se sursature pour ainsi dire d’oxygène et s’appauvrit en acide carbonique. En même temps la température de l’animal s’abaisse de 5 à 4 degrés, et les quantités d’acide carbonique expiré et d’oxygène absorbé diminuent beaucoup. Les combustions organiques s’affaiblissent donc dans ces cas, comme l’indique aussi l’abaissement du poids de l’urée qui décroît comme croit la pression et jusqu’à la mort.

L’oxygène paraît donc agir comme un poison tétanique violent quand il est respiré sous une pression de 2500 millimètres de mercure environ, soit 5 atmosphères et demie.

Ces faits intéressants, découverts par P. Bert, subissent des variantes légères d’une espèce à l’autre, mais ils sont très généraux. Les animaux inférieurs, les microbes eux-mêmes, sont tués, paraît-il, sous des pressions d’oxygène de 4 à 5 atmosphères. Ce serait donc sur le protoplasma vivant que l’oxygène condensé exercerait son action nocive.

Il faut remarquer toutefois, surtout en ce qui concerne les expériences sous pression réduite, que toutes les recherches de P. Bert ont été faites en portant rapidement les animaux sous des pressions avec lesquelles on ne leur donnait pas toujours le temps de se mettre en équilibre. La respiration en montagne et la vie sur les hauts plateaux démontrent qu’on peut bien fonctionner sous des pressions de 500 et même 450 millimètres d’air. On a même pu sans grande gêne vivre quelque temps dans des atmosphères à 570 millimètres de pression. Si celle-ci baisse encore il se produit les phénomènes dits du mal de monlagne : fréquence du pouls, somnolence, refroidissement, lassitude, nausées, etc., encore ces symptômes paraissent-ils surtout dus à la fatigue qui accompagne l’ascension ( J ans en )

LA RESPIRATION

Les animaux et les hommes qui, après avoir vécu dans une atmosphère d’air comprimé, passent subitement ou très rapidement à une pression moindre, sont victimes d’accidents graves. Le sang qui, sous pression, dissout une quantité sensiblement supérieure d’oxygène et d’azote, laisse dégager tout à coup ces gaz si l’on cesse subitement la pression, et ceux-ci, mis en liberté, peuvent déterminer la mort subite en s’accumulant et moussant dans le cœur et les gros vaisseaux. Ces gaz ainsi divisés empêchent toute circulation. Ils sont formés de 70 à 80 pour J 00 d’azote, et de 50 à 20 pour 100 d’acide carbonique.

Variations de composition de l’air respiré. — Si, laissant à 1 OXV-

gèlie sa pression normale, on remplace l’azote par un gaz inerte, les phénomènes respiratoires restent à peu près les mêmes ; tout au plus les inspirations deviennent- elles un peu plus rapides dans le cas de l’hydrogène pour compenser le refroidissement de l’animal qui s’accélère dans un gaz meilleur conducteur que l’air lui-même. Après les inhalations de mélanges d’oxygène et d’hydrogène, on a même constaté un sommeil profond et paisible. Si les proportions relatives d’oxygène et d’azote varient, les phénomènes respiratoires sont réglés, comme nous venons de le voir, par les pressions de 1 oxygène qui ne peuvent dépasser impunément les limites que nous avons indiquées.

Mais si l’on introduit dans l’atmosphère respirée un gaz délétère, tel que l’acide carbonique, l’oxyde de carbone, etc., des phénomènes d’asphyxie et d’empoisonnement se produisent suivant des lois nouvelles. Enfermons, comme l’a fait Bert., des moineaux dans de l’air à 6 atmosphères. Ils en épuiseront peu à peu l’oxygène qu’ils remplaceront par son volume environ d’acide carbonique. Les oiseaux mourront lorsque cet air confiné renfermera 4,2 pour 100 à peu près d acide

carbonique, c’est-à-dire lorsque sa tension sera de X 6 atmosphères

ou de 190 millimètres de pression totale. Cependant l’air renfermera encore à ce moment 16 pour 100 d’oxygène, c’est-à-dire une proportion très supérieure à celle qui suffirait à 1 animal pour vivre dans un mélange d’oxygène et d’azote. Si la pression est de 1 atmosphère, les moineaux périront si l’acide carbonique arrive à 24,8 pour 100, c està-dire encore à un quart d’atmosphère environ ou 190 millimètres de pression. Si l’on introduit l’oiseau dans un mélange de 46 volumes d’oxygène et de 55 d’azote, il périra lorsque le mélange contiendra 25 pour 100 d’acide carbonique; cependant, à ce moment, les gaz respirés contiendront encore 21 volumes d’oxygène pour 100, c est-àdire autant d’oxygène que dans l’air normal. Il en serait de même si l’on enrichissait encore plus l’air en oxygène. Le gaz acide carbonique agit donc non pas en privant l’animal d’oxygène, mais en 1 intoxiquant

Page 1