INFLUENCE DE LA TEMPÉRATURE AMRIANTE, DE LA LUMIÈRE
la température n’agit plus d’une façon sensible pour diminuer l’exhalation de l’acide carbonique à partir de 24 à 25°.
Liebermeister ainsi que Richet et Hanriot ont remarqué que, sous l'influence du bain froid ou du froid, la quantité d’acide carbonique éliminée augmente et reste en excès plusieurs heures encore après que l’individu a été soustrait à l’influence de l’abaissement de la température; puis elle tombe quelque temps au-dessous de la normale.
Si la réfrigération augmente, soit par un froid ambiant rigoureux, soit grâce à un bain prolongé, la température propre de l’animal s’abaisse, la masse d’air inspirée et d’oxygène absorbé diminue, l’exhalation de 1 acide carbonique décroît, et les animaux finissent par tomber dans un état léthargique, rappelant le sommeil de l’hibernation.
Les animaux à sang froid exhalent plus d ’acide carbonique si le milieu devient plus chaud et combat leur engourdissement ( Spallanzcinï , W. Edwards, Moleschott ) ; mais passée une certaine limite (14 à 1 8° pour les grenouilles) 1 acide carbonique diminue quand la chaleur ambiante augmente.
La température des animaux à sang chaud étant sensiblement constante, l’on voit qu’il leur faut dans les climats froids une quantité d’oxygène, et par conséquent d’aliments, plus grande que dans les climats chauds, moindre l’été que l’hiver de 1/5 environ d’après les observations de Yoit.
Lumière et obscurité. — La lumière active les échanges respiratoires, et chose remarquable, son action sur la rétine suffit pour augmenter à la fois les exhalations pulmonaires et la perspiration cutanée. Les animaux aveugles ou munis de lunettes opaques absorbent moins d’oxygène et éliminent moins d’acide carbonique dans le rapport de 100 à la lumière pour 87 environ à l’obscurité. Leur respiration diurne se rapproche alors très sensiblement de la respiration nocturne ( Bidder et Schmidt). On sait du reste depuis longtemps que les animaux s’engraissent plus vite s’ils vivent dans les ténèbres.
Les rayons violets sont ceux qui excitent le moins les échanges gazeux pulmonaires et cutanés; les jaunes, ceux qui les excitent le plus. Selmi et Piacentini d’une part, Pott de l’autre, ont donné à ce sujet les nombres suivants :
Exhalation de l'acide carbonique dans les diverses lumières.
D’après Selmi et Piacentini
D’après Pott
Lumière
Lumière
Lumière
Lumière
Lumière
Lumière
blanche.
rouge.
jaune. •
verte.
bleue.
violette.
LA RESPIRATION
Ces expériences ont été faites sur des chiens placés dans des chambres éclairées par des verres de couleur.
Les animaux à sang froid paraissent beaucoup moins sensibles à la lumière. Toutefois, on sait depuis longtemps que les grenouillles dégagent au soleil plus d’acide carbonique qu’à l’ombre.
PERSPIRATION CUTANÉE
La peau est le siège d’une exhalation et d’une absorption continues de matériaux gazeux, fonction que l’on pourrait appeler respiration cutanée si le phénomène de l’hématose ne distinguait la respiration pulmonaire de la perspiration.
La respiration pulmonaire et la perspiration se complètent cependant l’une l’autre et se supléent quelquefois à tel point que, chez les animaux inférieurs, l’absorption de l’oxygène par la peau suffit à entretenir l’hématose et que, chez les êtres élevés dans l’échelle animale, les troubles de la transpiration cutanée se répercutent aussitôt sur les fonctions respiratoires.
Nous ne parlerons pas ici de la sueur versée à l’état liquide à la surface de la peau et dont nous nous sommes déjà occupé (p. 475). Nous n’étudierons que les échanges gazeux qui se font d une façon continue par la surface cutanée.
Grâce à la perspiration, la peau rejette sans cesse de la vapeur d eau, de l’acide carbonique et un peu d’azote, en même temps qu elle absorbe une petite quantité d’oxygène.
Si nous mesurons l’activité perspiratoire par les dégagements d acide carbonique dont la peau est le siège, il semble que cette activité ne s’élève pas à la centième partie de celle des poumons, ainsi qu il résulte des nombres suivants dus à Scharling :
CO2 exhalé en une heure
CO2 exhalé
Poids
par la peau
en kilogr.
par le poumon.
par la peau.
enilheures.
Garçon de 9 ans 9 mois. . . .
20er54
0*rl 81
4fr54
Petite fille de 10 ans
Jeune homme de 16 ans. . . .
Jeune femme de 19 ans ....
Homme de 28 ans
A cet égard, les auteurs ont d’ailleurs donné des nombres variables L’acide carbonique exhalé par la peau serait chez l adulte, et par 24 heures, de 5,87 suivant Aubert et Lange, de G, 80 d’après Fabini et Ronchi, de 14 suivant Abernethez et Rohrig. Y. Régnault etReiset donnent les chiffres suivants pour les 24 heures :
PERSPIRATION CUTANÉE. 525
CO2 exhalé CO2 exhalé
par la peau à la fois
de la totalité par la peau
de l’animal. el le poumon.
Poule de lkil,940 (F553 52^57
Lapin de 2kil, 425 0,835 60,00
Chien de 7kiI,159 0,458 120,00
Les mêmes animaux ayant été placés dans un sac imperméable, la tète en dehors et respirant librement, on a analysé après quelques heures les gaz contenus dans le sac et trouvé, après 8 heures, pour 100 volumes :
CO2. 0. Az.
Poule 0,27 20,76 78,57
Lapin 0,56 20,55 79,09
Chien ». 20,67 74,04
L’air primitif du sac contenant au début pour 100 volumes :
CO2 = 0,035; 0 = 20,8; Az=79,2,
on voit que l’azote est resté constant, ou qu’il n’a été absorbé qu’une trace de ce gaz dans les deux derniers cas; que dans celui de la poule il en a disparu un peu plus de un demi-volume pour 100, remarque déjà faite d’autre part à propos de la respiration des oiseaux. Quant à l’oxygène, il a été absorbé dans les trois cas, mais en une très minime proportion correspondant, à très peu près, à la quantité d’acide carbonique exhalé.
L’élimination de l’acide carbonique perspiré augmente avec la température et avec l’exercice musculaire dans des proportions très sensibles. Elle s’accélère aussi par l’activité digestive, le régime animal, la lumière : suivant Pot.t, les rayons jaunes seraient les plus excitants, ce qui paraît probable; suivant d’autres, ce seraient les rayons violets. Les quelques nombres suivants, dus à Aubert et Lange, résument ce que nous savons de plus précis à cet égard :
Quantité relative d'acicle carbonique exhalée par la peau.
Lumière ... 100 Jeûne . .
Obscurité. . . 88 Digestion.
100 Régime végétal . . . 100
112 — animal. . . 116
Si la température ambiante et l’activité musculaire augmentent, l’acide carbonique exhalé par la peau croît rapidement et peut s’élever en 15 minutes à la quantité qui serait produite au repos en 24 heures. Gerlach, en faisant des expériences sur la jambe ou le bras d’un adulte, trouva pour 100 d’oxygène consommé : acide carbonique perspiré pendant le repos , 207 à 232; pendant l'activité musculaire, 610.
PERSPIRATION CUTANÉE
De l'azote est-il exhalé ou absorbé par la peau? Nous avons vu plus haut que les expériences de Régnault et Reiset indiquent tantôt une absorption, tantôt une exhalation cutanée de ce gaz. Les mêmes auteurs ont démontré que chez les animaux bien portants les quantités de sels ammoniacaux, d’ammoniaque libre et d’azote des gaz perspirés ou expirés sont nulles ou extrêmement faibles. D’autres auteurs ont avancé que la peau dégageait, dans certains cas, une quantité très sensible d’azote.
L’élimination directe de la vapeur d’eau par la peau est difficile à distinguer de l’évaporation de la sueur. En admettant que les choses se passent pour la peau tout entière comme pour celles du bras, Rôhrig, a trouvé que l’homme adulte élimine en 24 heures 200 grammes environ de vapeur d’eau pour toute la suface cutanée. Cette exhalation est plus forte en certaines régions, joues, front, aisselle ; elle paraît plus forte à droite; elle augmente avec la température ambiante, le travail musculaire ou cérébral, la digestion; elle diminue avec l’humidité atmosphérique, la fatigue, et durant la nuit. Jansen et Peipper admettent deux maximums, l’un vers midi, l’autre vers 8 heures du soir.
Chez les animaux inférieurs les échanges gazeux se font presque aussi activement par la peau que par les poumons. D’après les expériences de Régnault et Reiset, deux grenouilles intactes qui consommaient par kilo et par heure 0gr,076 d’oxygène, en consommèrent encore 0gr,055 après qu’elles eurent été privées de poumons. Dans un autre cas, on trouva 0gr,105 d’oxygène absorbé par des grenouilles avec poumons, et 0gr,066 par celles sans poumons. Les quantités d’acide carbonique exhalées suivaient les mêmes variations. L’on voit que chez ces animaux la respiration cutanée est bien près de se confondre avec la respiration pulmonaire ; elle la supplée partiellement. Elle la remplace même entièrement chez les êtres placés encore plus bas dans l’échelle animale ; dénués à la fois de branchies et de poumons, ils ne respirent dès lors plus que par la peau.