PHÉNOMÈNES DE LA DIGESTION GASTRIQUE
Digestion dans l’estomac. — Le suc gastrique agit spécialement sur les principes albuminoïdes; il les modifie et les fait passer successivement à l’état de peptones imparfaites d’abord (propeptones ou albumoses ), puis de peptones complètes. Nous les avons étudiées p. 174.
Nous savons, d’une part, depuis les anciennes recherches de A. Bouchardat (1842), que l’acide chlorhydrique se combine aux matières (*)
(*) Jeune femme bien portante portant une fistule gastrique.
(-) Ces phosphates étant dissous dans le suc à la faveur de l'acide chlorhydrique libre, il est certain qu’une partie de l’acidité du suc gastrique doit être attribuée aux phosphates acides de chaux et de magnésie.
(3) D’après les observations de MM. Ilayem etWinter le suc gastrique normal et actif, peut être chez l’homme tout à fait privé d’acide chlorhydrique libre et même presque entièrement exempt d’acide chlorhydrique faiblement uni aux amides et autres matières organiques.
PEPTONISATION.
albuminoïdes, les solubifie si elles sont insolubles, les modifie si elles sont solubles, et les transforme en cette substance qu’il observa le premier et qu’il nomma albuminose : on l’a depuis appelée syntonine. Nous avons étudié, p. 172, les diverses syntonicles ou aciclalbumines qui dérivent de l’action des acides sur les substances albuminoïdes. Nous savons d’autre part, que l’acide chlorhydrique libre, ou très faiblement uni à des amides complexes et dissociables, existe dans le suc gastrique (p. 540) ; la production de syntonides chlorhydriques dès le début de la digestion gastrique ne saurait donc faire de doute ; elle a été d’ailleurs directement démontrée. Or, que l’on prenne de la fibrine gonflée et syntonisée par d’acide chlorhydrique, ou de la syntonine musculaire en solution acidulée à par le même acide, et que l’on ajoute à chacune 1 à 2 millièmes de bonne pepsine, on verra vers la température de 58 à 40°, ces substances albuminoïdes se transformer rapidement en peptones. La fibrine ne sera plus simplement gonflée ou gélatinisée comme il arrive sous l’influence des acides affaiblis : elle se dissoudra réellement et donnera une liqueur facilement filtrable, sensiblement dialysable, qui ne précipitera plus ni par l’acide nitrique, ni par le ferrocyanure de potassium acétique, ni par le sulfate de cuivre, ni par le sulfate d’ammoniaque (p. 179).
Le phénomène de la peptonisation consiste, on l’a vu, dans un dédoublement des albuminoïdes dont l’effet est de simplifier leurs molécules, ainsi que le démontre déjà la dialyse relativement facile des peptones, et leur poids moléculaire moins élevé que celui des albuminoïdes proprement dits. Ce dédoublement est corrélatif d’une hydratation, comme on 1 a établi par une analyse des peptones pures toujours plus riches en hydrogène et en oxygène que les corps albuminoïdes d’où elles proviennent.
Ce qu’il est plus difficile de s’expliquer, c’est comment intervient la pepsine dans ces dédoublements des albuminoïdes. Pour éclaircir cette singulière réaction rappelons que, d’une part, Wurtz a démontré qu’un ferment végétal tout à fait analogue à la pepsine, la papaïne, est apte à se fixer sur les flocons de fibrine qu’on laisse quelques instants tremper dans ses solutions aqueuses, de telle façon que le lavage à l’eau est ensuite incapable d’enlever ce ferment, et que cette fibrine impressionnée, comme dit Wurtz, parfaitement lavée dans un courant d’eau pure, se digère elle-même avec la plus grande facilité lorsqu’on la met à séjourner dans de l’eau acidulée de 2 pour 1 000 d’acide chlorhydrique ( Compt . rend. XCI1I, 1104). D’autre part, j’ai fait voir que la soie naturelle, la soie grège, bien lavée d’abord aux acides affaiblis puis à l’eau, trempée ensuite dans une solution de pepsine s’empare d’une partie de cette matière active et la fixe d’un façon complète. Le ferment
DIGESTION STOMACALE
peut lui être alors enlevé par digestion de l'écheveau de soie dans de l’eau acidulée d’acide chlorhydrique à 7 ou 8 millièmes. L’évaporation à basse température de cette eau de lavage acidulée fournit une pepsine imparfaite ou propepsine apte à digérer plus ou moins complètement les albuminoïdes (p. 546). 11 est donc certain que les syntonides qui se forment d’abord par l’action de l’acide chlorhydrique très faible sur les albuminoïdes naturels s’unissent à la pepsine comme dans l’expérience de Wurtz et dans la mienne. Il résulte de cette union une molécule très complexe (l’albuminoïde el la pepsine sont déjà très compliqués par eux-mêmes) et par conséquent très instable. Or, la nature et le poids moléculaire des peptones qui procèdent de la destruction de cette molécule pepsino-albuminoïde indiquent que dans la peptonisation l’albumine primitive a subi à la fois un dédoublement en deux ou plusieurs autres molécules et unehydratation.il faut donc que le peptonate chlorhydrosyntonique d’abord formé s’hydrate grâce à la masse d’eau ambiante; que l’eau chasse, en se substituant à elle, la pepsine qui revient à son état primitif, et que de cette hydratation résulte le dédoublement de l’albuminoïde, à peu près comme il advient dans le dédoublement de l’amidon, en présence des acides étendus et de la diastase, en deux hydrates de carbone nouveaux, plus simples que l’amidon lui-même. La pepsine régénérée continue alors à réagir sur de nouvelles quantités de syntonides et l’action se prolonge ainsi tant qu’il reste des albuminoïdes, des syntonides ou des albumoses à transformer.
Cette action digestive de la pepsine est donc successive et continue (*). On a vu, p. 172. que l’albumine n’est que par degrés transformée en syntonines , qui peuvent être précipitées au début de la digestion par simple neutralisation de la liqueur; après les syntonines se forment les propeptones solubles à chaud dan$ l’alcool à 50° centésimaux et précipitables par le ferrocyanure de potassium acétique, mais non par le sulfate de cuivre; enfin apparaissent les peptones complètes, qui ne précipitent plus par le ferrocyanure acétique, et se redissolvent, même à froid, dans l’alcool à 70° centésimaux. Nous avons montré, p. 174, la succession des mêmes phénomènes de peptonisâtjpn avec la fibrine, la gélatine, etc.
Il est des substances telles que la caséine du lait, le gluten, la fibrine, etc., qui laissent, même après une digestion longtemps continuée, un notable résidu insoluble ( dyspeptone de Meisner). Celui-ci se compose généralement, de corps gras, de substances kératiniques inaccessibles à
p) Chandelon, Bull. XLVI. 871, a fait la même observation : il admet que la pepsine active est formée d’un zymogène P inactif apte à s’unir à l’oxygène, P02P ; que les radicaux P peuvent se (ixer sur les albuminoïdes en mettant en liberté les 2 atomes O2 qui se fixant sur le zymogène on rendent une partie nouvelle active; puis HCl intervenant, l’albumo-pcpsine ou la synloni pepsine est décomposée en synlonincet zymogène, cl la réaction se continue ainsi indéfinimen