GLANDE ET SUC PANCRÉATIQUES
Le panci éas est une glande profondément située dans l’abdomen, ippliquée contre la colonne vertébrale au niveau delà 12e vertèbre dorale dans la courbure que forme le duodénum. Il est muni de deux
DIGESTION DUODÉNALE.
canaux excréteurs : le plus gros, ou canal de Wirsung, s’ouvre dans le duodénum à côté du canal cholédoque qui amène la bile; le second, ou canal de Sanlorini , s’abouche un peu au-dessus et en avant de l’autre. Suivant une technique que nous n’avons pas à décrire ici, l’on peut obtenir le suc pancréatique pur de tout mélange en liant une canule à demeure sur le principal conduit pancréatique. Il faut opérer sur des porcs ou sur de gros chiens bien résistants, tels que ceux de berger et les chiens de garde de montagne, en évitant tout traumatisme inutile. La fistule établie, deux cas pourront se présenter: ou bien le suc coulera clair et abondant entre les repas, l’opération est dans ce cas manquée et le suc n’a pas ses qualités naturelles; ou bien, elle ne coulera qu’au moment des digestions, il sera visqueux et coagulable; il est dès lors normal et l’on peut l’employer pour les digestions artificielles. Mais la réussite de cette opération délicate est assez rare.
La sécrétion du suc pancréatique se produit immédiatement après le repas; elle atteint son maximum au bout de 2 heures, puis décroît lentement jusqu’à la 4e heure, pour se relever et passer par un second maximum moins élevé; vers la 6e heure, elle décroît définitivement jusqu’au repas suivant. La circulation et l’innervation pancréatiques offrent donc une sorte d'intermittence incomplète.
On admet que le chien donne par jour de 2,5 à 3 grammes, le cheval 16 grammes le mouton 12, le porc 7 grammes de suc par kilogramme d’animal. Un homme moyen en produirait journellement de 125 à 200 grammes (*).
Le pancréas est une glande en grappe dont les diverticulums sont garnis de plusieurs couches de cellules (fig. 79). Celles qui tapissent
les culs-de-sac sont abondamment pourvues de granulations, qui, d’après Ileidenhain, jouent un rôle important dans la formation des matériaux actifs du suc pancréatique. Ces granulations sont surtout localisées dans la zone de cellules qui avoisine le canal. Elles sont comme engluées au sein d’une substance fondamentale qui se gonfle dans l’eau.
Au moment de la sécrétion , les granulations de la zone interne décroissent et tendent à disparaître, tandis que celles de la zone périphérique paraissent s’accroître aux dépens
(*) Le suc pancréatique s’écoule très abondamment sous l'influence du jaborandi. Il paraît normal dans ce cas; il est fluide, alcalin, il précipite très abondamment par l’acide nitrique et liquéfie l’amidon.
Fig. 79. — Cul-de-sac de la glande pancréatique : A, avant la sécrétion; B, après.
SUC PANCRÉATIQUE
des matériaux apportés par le sang. Après la sécrétion, la zone interne redevient fortement granuleuse, préparant ainsi aux dépens de la zone périphérique les éléments de la sécrétion suivante.
Le tissu pancréatique est alcalin, mais après la mort, il s’altère très rapidement et devient acide. Il contient, d’après Oidtmann : sang 74,5; matières organiques , 24,6; cendres, 9 pour 100 environ. II est riche en leucine et en tyrosine : Scherer a retiré de 10 kilogrammes de pancréas de hœuf environ 180 grammes de leucine et une petite quantité de xanthine, sarcine et guanine. On y trouve aussi de l’adénine et de l’inosite; enfin, une substance albuminoïde spécifique coagulable par la chaleur.
II y a dans le pancréas à l’état frais, un corps soluble dans l’eau et dans la glycérine que Ileidenhain a désigné sous le nom de zymogène. Sa proportion est maximum environ 14 heures après le repas. Cette substance, qui paraît constituer ces granulations un peu solubles dans l’eau dont nous parlions tout à l’heure, se transforme lentement, même après la mort de l’animal, en un ferment soluble propre au pancréas, la trypsine. En effet, le tissu frais ne contient pas ou presque pas de ferment peptogène tout formé; l’infusion de pancréas dans une solution de carbonate sodique à 1 pour 100 n’agit pas sur la fibrine. Mais si l’on abandonne quelque temps la glande à elle-même, l’infusion qu’on en fait ensuite avec la solution carbonatée sodique devient active. Le zymogène du pancréas se comporte comme une combinaison de trypsine et de matière albuminoïde : les acides étendus, l’eau aidée de la chaleur, de l’oxygène, de la mousse de platine, de l’alcool, transforment le zymogène, inactif par lui-même, en ferment actif. Certains sels, le chlorure de sodium, les carbonates alcalins, etc., retardent cette transformation. Ilerzen a même avancé que l’oxyde de carbone serait apte à retransformer en zymogène le ferment actif ou trypsine qui en provient.
L’on peut extraire le zymogène en traitant la glande pancréatique par la glycérine dans laquelle il est soluble et se conserve sans s’altérer. Après la mort, il se transforme lentement en trypsine (*).
Suc pancréatique. — Recueilli par une fistule récente, le suc pan-, créatique est un liquide clair, incolore, inodore, visqueux ou épais,
P) D’après les expériences clc Schiff et de Ilerzen, la raie jouerait un rôle essentiel dans la formation de ce zymogène. Les animaux dératés et complètement guéris, sont incapables de digérer l’albumine par leur suc pancréatique naturel. Ilerzen prend un chien à jeun depuis 24 heures et divise son pancréas en trois parts : l’une A est broyée seule, l’autre B est broyée avec un fragment de rate du même chien, la troisième C est pulvérisée avec un fragment de rate d’un chien en pleine digestion ; Ilerzen fait alors de A, B et C des infusionsavec dé la glycérine ou de l’acide borique à 5 pour 100, et examine .le pouvoir peptonisant des 5 liqueurs ; seule la liqueur C digère, et digère complètement, l’albumine.
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d’une saveur salée. Il csl, rendu franchement alcalin par du carbonate et du phosphate de soude; il est toutefois acide chez beaucoup de poissons. La chaleur y produit à 74° un coagulum floconneux; .à 0°, il donne un caillot qui se reliquéfic lorsqu’on le laisse réchauffer; l’alcool précipite le suc pancréatique ; il est coagulé par les acides chlorhydrique, sulfuriqué et nitrique. L’acide chlorhydrique très affaibli, les acides acétique et lactique, le troublent puis l’éclaircissent. Il ne précipite pas par les carbonates alcalins. Les sels haloïdes, le sulfate magnésien, le tanin, les sels métalliques des métaux lourds y produisent des flocons insolubles. L’eau chlorée forme un précipité blanc qui prend bientôt une coloration rosée grâce à une altération consécutive. Ce suc est très difficile à conserver : au bout de quelques heures, il a perdu sa viscosité et sa transparence et il commence à se putréfier. Kühne y décrit quelques corpuscules salivaires à noyaux.
On admet que le suc pancréatique renferme en moyenne, chez le chien, 8 à 10 pour 100 de matériaux solides, dont 1 pour 100 de sels; chez le lapin 2 à 2,5 pour 100; chez le mouton 1 à 4 pour 100; chez l’homme 2,5 à 7 pour 100. Sa densité varie de 1,008 à 1,010.
Le suc des fistules permanentes est clair, non filant, et ne contient que 1 à 2 pour 100 de principes solides.
Voici quelques analyses de suc pancréatique rapportées à 1 000 parties :
Eau
Matières albuminoïdes
Peptones et ferments
Matières organiques solubles dans
l’alcool
Soude unie aux albuminoïdes. . . .
Chaux et magnésie
Chlorure de sodium
— de potassium ......
Phosphate de chaux
— de magnésie
— de sodium
CHIEN
CHIEN
HOMME
Suc recueilli
Fistule perma-
Dilatation
à l'ouverture
nente.
du canal
du canal.
Moy. de o anal.
de Wirsung.
(C. Schmidt.)
( Kroger.)
( E. Hcr lcr. )
(Suc imparfait non filant.)
suc pancréatique sont
: l’albumine
ordinaire, et peut-être une albumine spéciale coagulable en partie à froid, à laquelle on a donné le nom de pancréatine; un peu de caséine, de peptones et de mucine ; la trypsine , ferment de nature inconnue, peut-être protéique, très altérable, ainsi que d’autres ferments sacchariliants dont nous parlerons plus loin. On a signalé en outre dans le suc
SUC PANCRÉATIQUE ; TRYPSINE.
pancréatique de quelques animaux, la présence d’une chymosine ou ferment apte à coaguler le lait. Enfin on y suppose, d’après ses propriétés, une quatrième zymase apte à saponifier les corps gras. Les autres substances organiques sont la leucine, la tyrosine et la xanthinc qui apparaissent dès que la moindre altération se produit, ainsi que des traces de savons et de graisses.
Suc pancréatique artificiel. — On peut avoir besoin de se procurer un suc pancréatique artificiel, par exemple, pour étudier la digestion duodénale. On l’obtient en prenant un pancréas sur un animal en pleine digestion, et le triturant avec du verre en ajoutant par gramme de glande 1 centimètre cube d’une solution d’acide acétique au 100e destinée à transformer le zymogène en trypsine; lorsque la bouillie est bien homogène, on ajoute de la glycérine étendue au 10e et quelques gouttes de sulfure de carbone comme antiseptique. On laisse infuser 3 à 4 jours et l’on filtre à la trompe. La liqueur ainsi obtenue jouit d’un pouvoir digestif très puissant. On peut aussi, au lieu d’ajouter de l’acide acétique, laisser le pancréas digérer 24 heures dans de l’eau avec une trace d’acide cyanhydrique; le zymogène passe lentement à l’état soluble. On traite alors la pulpe de l’organe par la glycérine comme il vient d’être dit.
Ferments pancréatiques. — Nous allons étudier maintenant les différents ferments auxquels on attribue l’activité spécifique du suc pancréatique.
Trypsine. — C’est le ferment spécial du pancréas qui jouit de la propriété de peptoniser activement les albuminoïdes en liqueur neutre, alcaline ou même acide. Kübne le prépare de la façon suivante^). Le pancréas frais est haché et lavé avec dans de l’eau à 0° additionné de 1 millième d’acide salicylique. Après 4 heures, le résidu est mis 12 heures à digérer dans une solution alcalinisée par 5 pour 1000 de carbonate de soude additionnée d’un peu de thymol; les liquides de ces deux lavages, acide et alcalin, sont mélangés, additionnés de 1/2 pour 100 de soude, filtrés, acidulés d’acide acétique et saturés de sulfate d’ammoniaque. Le précipité qui se forme contient toute la trypsine : on le redissout dans 1 eau; on filtre et l’on soumet le liquide à la dialyse qui le débarrasse des sels et d’un peu de peptone et de leucine, enfin dans la liqueur concentrée à froid l’on précipite la trypsine par l’alcool.
Lœw isole le ferment du pancréas de la façon suivante : la glande hachée est abandonnée 48 heures h 15°, puis mise à digérer deux jours avec de l’alcool à 40° cent. Le magma filtré. à l’étamine est additionné d’alcool éthéré (2 vol. alcool, 1 vol. éther). Le précipité est exprimé,
(y. J’introduis dans sa méthode de légères modifications qui la rendent plus efficace.
A. Gautier. — Chimie biologique. 3(3
SUC PANCRÉATIQUE
redissous dans l’eau, el la liqueur est traitée une seconde lois par l’alcool étliéré. On scelic dans le vide le nouveau coagulum et on le reprend par l’eau. C’est un mélange de ferment et de pcptones; on précipite ces dernières par addition ménagée de sous-acétate de plomb; on filtre, on enlève le plomb par l’hydrogène sulfuré et précipite enfin la trypsine par de l’alcool éthéré. On recueille les flocons, on les lave à l’alcool absolu et on les sèche.
On obtient ainsi environ 2 pour 100 de ce ferment. C’est une substance amorphe, blanc-grisâtre, très soluble dans l’eau. Si ce n’était sa propriété de peptoniser les albuminoïdes et de saccharifier l’amidon, propriétés qu’il perd lorsqu’on le chauffe vers 70°, il présenterait toutes les propriétés des peptones. Il en a aussi la composition. D’après Lœw il contient pour 100 parties : carbone 52,75; hydrogène 7,51; azote 16,55 ; oxygène et soufre 23,19. Quant à la trypsine de Kuhne, c’est une substance blanche très soluble dans l’eau, insoluble dans l’alcool et la glycérine concentrée (*) : elle jouit en solutions neutres ou mieux faiblement alcalines (0,25 à 1 pour 100 CO’Na2) de la propriété de peptoniser très rapidement de grandes quantités de fibrine, propriété qu’elle perd à 70°. Mais à l’état bien sec, on peut la chauffer jusqu’à 160° sans diminuer son activité. A la dose de 0,5 pour 1000, les acides minéraux entravent, puis détruisent son action. Les solutions d’acide acétique à 0,5 pour 100 n’empêchent pas la digestion trypsique. La pepsine contrarie l’action de ce ferment. Les antiseptiques (acide cyanhydrique, chloroforme, naphtol, phénol, thymol, chlorure mercurique) n’entravent pas la peptonisation trypsique mais s’opposent seulement aux fermentations bactériennes concomitantes qui, dans le tube digestif, peuvent accompagner cette fermentation.
De très petites quantités de sels neutres (sulfates de Na. K. AzIILMg, urates, chlorures, phosphates de Na), peuvent enrayer 1 action de la trypsine.
En solution acide, la trypsine se coagule à chaud en se dédoublant, suivant Kühne, en albumine (20 pour 100) et peptone (80 pour 100).
La trypsine n’a pas d’action saccharifiante sur l’amidon ou la dextrine.
Nous avons donné p. 182 les caractères des peptones trypsiques.
Diastase pancréatique . — Le ferment diastasique du suc pancréatique, ferment auquel on rapporte son aptitude à transformer 1 amidon ou la dextrine en un sucre réducteur, est peu connu. Il paraît être très analogue à la ptyaline et peut être séparé de ce suc par addition d alcool
(O Iliifncr a relire du pancréas mis à digérer avec de la glycérine, un ferment ammplic avant toutes les propriétés du suc pancréatique. On le précipite de la glycérine par >' coo . Il a donné à l’analyse les nombres : C = 46,57; U = 7.17; Az = 14^o; b =
0 = 39,36. Celle composition le rapproche de 1 émulsine (Voir lhill. ooc. chim. \