SOIXANTE-DEUXIÈME LEÇON
LA MATIÈRE SÉMINALE
La matière spermatique est sécrétée par les deux glandes testiculaires. Au moment de l’éjaculation, elle se mélange de liquides accessoires fournis par la prostate, les vésicules séminales et les glandes de Cowper. Le testicule est une glande essentiellement formée par l’agglomération
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clc tubes étroits, très contournés, venant tous aboutir au canal déférent qui va verser aux vésicules séminales le produit sécrété par la glande. Ces canalicules séminaux sont constifués par une membrane propre, hyaline, nucléée, extérieurement revêtue d’une tunique de fibres con jonctives. Chez l’adulte, cette membrane est couverte, intérieurement, de deux à trois couches de cellules de 0mm,0l de diamètre au moins. Elles renferment des granulations en partie grasses, en parties amylacées, englobées dans une masse pâle. Les cellules les plus internes s’allongent vers la lumière centrale du conduit, et se transforment peu-à peu en spermatozoïdes dont la queue est dirigée vers l’axe du canal. Les groupes de spermatozoïdes restent encore unis, sous forme de touffes ou d’éventails, par une substance granuleuse qui disparaît successivement et laisse ainsi chacun des spermatozoïdes en liberté (fig. 1 17). Ils présentent une tête et une longue queue qui leur permet de rapides mouvements de progression.
L’extrait aqueux du testicule est légèrement alcalin. Il contient de l’albumine, une globuline précipitable lorsqu’on sature la liqueur de sel marin (Sertoli); une nucléine très abondante; de la lécithine, delà cholestérine, de l’inosite, des graisses, defadé-
Spermatozoïdes. . . , ,
mne, de la xantlnne, de la sarcme, de la guanine, un ou plusieurs ferments et peut-être un peu de leucine. Les matières salines sont surtout formées de chlorures de sodium et de potassium. Tout le monde connaît aujourd’hui les expériences de M. Brown-Séquard sur les effets de l’injection sous-cutanée de l’extrait fait à froid, et filtré sur biscuit de porcelaine, du testicule des jeunes animaux. D’après le célèbre physiologiste, toutes les fonctions dépendant de l’énergie des centres nerveux, et surtout de la moelle épinière, sont notablement et rapidement excitées ou améliorées par ces injections (Voir C. rend. soc. biolog., 1889, p. 415, 420, 450, 454. Arch. de physiol., 1889, p. 201, 651, 740, et 1890, p. 641).
Tel qu’il sort des canaux déférents, le sperme est un fluide épais, filant, sans odeur, de couleur blanche légèrement ambrée, à réaction , neutre ou très faiblement alcaline ; il contient quelques globules muqueux, des granulations très brillantes et une énorme quantité de ces corpuscules spécifiques dont nous venons de dire l’origine et qui constituent l’élément fécondant mâle essentiel, le spermatozoïde.
À ce lluide principal versé dans les vésicules séminales par le cana j déférent viennent s’ajouter :
1° Le liquide de glandules de ce canal. 11 est visqueux, un peu gl,s jaunâtre :
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2° Le 'produit sécrété par les vésicules séminales elles-mêmes, liquide brunâtre, crémeux, riche en albumine, mêlé de cellules épithéliales de desquamation, et de petits coagulats solubles dans l’acide acétique ;
5° Le fluide des glandes prostatiques, abondant surtout au moment de l’éjaculation. Il est laiteux, alcalin, et contient de 98 à 98,5 d’eau et 0,5 à 1,1 pour 100 d’une matière albuminoïde analogue à la caséine. Celui du cheval laisse à l'incinération un peu plus de 1 pour 100 de cendres riches en sel marin mêlé de phosphate et de sulfates de potasse et de chaux ;
4° L 'humeur des glandes de Coivper sécrétée par les glandules du canal de l’urèthre. Il est filant, transparent, alcalin, un peu salé.
Le sperme éjaculé. — Le sperme éjaculé est donc une liqueur très complexe contenant, outre son facteur essentiel, les spermatozoïdes, les éléments figurés et les produits liquides fournis par les glandes accessoires des organes génitaux mâles.
C’est une liqueur d’aspect. non homogène, formée d’îlots blancs opaques dus aux parties les plus riches en spermatozoïdes, qui nagent au milieu d’un liquide filant et clair. Son odeur rappelle celle du gluten frais. Suivant Ch. Robin, cette odeur ne serait propre à aucune des sécrétions qui concourent à la former, et ne se produirait qu’au moment de l’éjaculation. Elle est due à un alcaloïde très remarquable, la spermine, dont on va reparler. La saveur du sperme est légèrement salée.
Jeté dans l’eau, il tombe au fond; une partie se dissout, l’autre se coagule en flocons rénitents, élastiques, translucides. Après l’éjaculation le sperme se prend à l’air en une masse gélatineuse qui plus tard se fluidifie de nouveau.
Il est très légèrement alcalin, grâce à l’apport de l’humeur prostatique. La laitance des poissons est neutre.
La liqueur dans laquelle nagent les spermatozoïdes est presque ransparente, elle contient de la mucine, peut-être un peu de céréjrine et de lécithine, des matières albuminoïdes spéciales dont on va oarler, du phosphate de spermine, des sels, parmi lesquels prédominent le chlorure de sodium et les phosphates terreux.
Scs matières albuminoïdes sont la mucine, toujours en faible propor- 1 ion, et la spermatine. Cette dernière est soluble dans l’eau, coagulable >ar l’alcool mais non par la chaleur, précipitable par l’acide acétique "vec redissolution dans un excès, et par le ferrocyanure de potassium :n présence d’un peu d’acide acétique. Après dessiccation, elle devient nsoluble dans l’eau, qui la gonfle seulement; elle reste soluble dans es acides et les alcalis dilués.
Lorsqu on évapore lentement le sperme, il s’y dépose des prismes à A. Gautier. — Chimie biologique. 45
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quatre pans, à faces terminales rhomboédriques, ou des doubles pyramides clinorhombiques à quatre faces. Ces cristaux peuvent apparaître spontanément quelques heures après l’émission du sperme. On a discuté longtemps sur leur nature; on les a pris pour une combinaison de matière albuminoïde avec les phosphates minéraux. Ils prennent, en effet, par le réactif de Millon, la coloration rose des albuminoïdes. Mais il résulte d’un travail de Schreiner qu’ils constituent le phosphate d’une base remarquable à laquelle il donna le nom de spermine et que Ladenburg et Abel ont depuis identifiée avec l’éthylène-imine C*H*= (AzH)". Son phosphate cristallisé (f) extrait du sperme est peu soluble dans l’eau froide; il est insoluble dans l’alcool, l’éther, le chloroforme, les solutions de sel marin, il se dissout lentement dans les acides et les alcalis, et même dans l’ammoniaque. Ses cristaux jaunissent vers 100° et fondent en se décomposant vers 170°. M. Charcot avait signalé l’existence des mêmes cristaux dans le sang des leucocytémiques.
On a donné (p. 258) la description de la spermine. Elle se rencontre aussi dans les produits de la vie du bacille de la phtisie.
L’élément fécondant spécifique du sperme, le spermatozoïde, n’a pu être recueilli et analysé séparément. L’on sait seulement qu’il est formé d’une matière contractile; que les acides faibles enrayent et font rapidement disparaître ses mouvements, que les milieux légèrement alcalins l’entretiennent et que la température optimum de leur activité est de 55 à 40°. Les solutions fortement alcalines ou légèrement acides, l’éther, l’alcool, le chloroforme, les essences, les sels métalliques, le sirop de sucre, l’urine, les mucosités anormales du vagin ou du col, une température supérieure à 55°, etc., gênent ou iont disparaître en eux tout signe de vitalité; le café, la coca, la morphine, l’urée, la glycérine, le sel marin, le curare paraissent sans action sur eux.
Le corps des spermatozoïdes est principalement formé de matières albuminoïdes mêlées ou combinées à la lécithine et à la cérébrine ; leur tête est surtout riche en nucléine C29II49Az9P ’02% soluble dans les alcalis faibles ( Miescher ). En traitant le sperme par une solution de sel marin au 10°, on sépare les portions étrangères aux spermatozoïdes et on obtient une gelée glaireuse où l’on trouve surtout une combinaison résultant de l’union de la nucléine à la protamine de Piccard, C1CII Az O . Si api ès avoir desséché le sperme des mammifères, on le reprend par un mélange d’alcool et d’éther,' on obtient environ 4 pour 100 d’un corps jaunâtre
(i) Il paraît être dans le sperme uni à du phosphate de chaux. Ces cristaux seraient unecombinaison double qui répondrait, d’après Ladenburg, à la formule :
(C*H*AzII)a = PO*^r
(CaH*AzII)2 = PO* ' ’