SIMPLIFICATIONS ET COMPLICATIONS MOLÉCULAIRES CHEZ L’ANIMAL
Cette sorte d’adaptation, cette modification superficielle des molécules qui les fait entrer pour ainsi dire dans le moule spécifique de la
(J) L’assimilation n’est pas, comme on le dit souvent, un phénomène de sélection ou de choix que chaque tissu ou cellule ferait aux dépens des matériaux du sang qui apporterait toutes formées les substances convenables à chaque organe. Elle consiste en réalité en une transformation plus ou moins profonde que chaque cellule fait subir aux matières fournies par la digestion pour produire un grand nombre de substances qui ne se trouvent pas dans le sang.
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cellule, est remplacée par une dislocation, un dédoublement complet dans certains cas. Que l’animal ne reçoive plus ni graisses, ni principes amylacés, par exemple, il va fabriquer ces substances qui lui sont indispensables avec des matières plus complexes, en particulier avec les principes albuminoïdes. Ce phénomène nouveau est un processus non plus d’assimilation, mais de transformation moléculaire profonde, qui se produit avec ou sans l’aide de l’oxygène, et que nous étudierons ailleurs II suffira de dire seulement ici que, partant de substances complexes, l’animal procède généralement par des dédoublements successifs, grâce à deux mécanismes généraux qui dissocient méthodiquement et simplifient par degrés la molécule : 1 hydratation et 1 oxydation.
Toutefois l’animal, comme le végétal, peut être aussi le siège de transformations synthétiques. Un exemple nous en est donné pai la formation de l’hémoglobine ou matière colorante du sang, que les plantes ne produisent pas, et qui est plus complexe que la pl upai L des albuminoïdes que nous recevons par notre alimentation, puisque cette hémoglobine possède un poids moléculaire double de celui de l’albumine, et qu elle est apte à se détripler sous l’influence de 1 eau aidée de la chaleur et des acides, en une nouvelle matière albuminoïde, en un pigment C5iH3/|Az4Fe05 ferrugineux lui-même très compliqué, et en acides gras.
Il est d’autres exemples de synthèses chez l’animal. Déjà Woehler, vers 1824, établit que l’acide benzoïque qu’apportent les aliments se transforme dans l’économie en acide hippurique en s’unissant au glycocolle, l’un des produits des transformations régressives des albuminoïdes. De même l’acide oxybenzoïque est changé en acide salicylurique en traversant nos cellules. Le phénol, les crésols, l’inclol et le scatol absorbés dans l’intestin, s’associent dans le sang ou les tissus à l’acide sulfurique produit par l’oxydation des albuminoïdes, et se retrouvent dans les urines à l’état de phénolsulfates, indoxylsulfates, etc., de potassium. La taurine enfin, comme l’a montré Salkowski, lorsqu’on 1 ajoute aux aliments, reparaît dans les urines à l’état d’acide uramidoisethionique, en fixant directement dans l’économie les éléments de l’acide cyanique COAzH. Mais l’on remarquera, contrairement à ce qui se passe pour les végétaux, que la plupart des substances ainsi formées par synthèse dans l’économie animale sont des produits de désintégration, et non des matériaux de réserve ou de reconstruction.
Dans la cellule animale vivante, assimilation, structure et désintégration, sont trois phénomènes réciproques et complémentaires; la cellule ne saurait fonctionner sans transformer en produits de désassimilation une partie de la substance figurée ou des réserves contenues dans son protoplasma. La matière ainsi modifiée est aussitôt remplacée
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à l’état normal, par une molécule équivalente fournie par les plasmas alimentaires et que la force assimilatrice sait adapter aux besoins de la cellule; et comme cette cellule est le siège d’une continuelle dépense qui fournit suivant les cas le travail et la chaleur, ou qui accumule le potentiel dans certaines substances chimiques très actives destinées à préparer ou diriger l’assimilation, tout est transformation et échange dans cet édifice cellulaire en apparence immuable de forme et de compostion, l’assimilation suppléant sans cesse à la désintégration, la dépense d’énergie au fonctionnement interne et au travail extérieur.
En somme, l’animal reçoit et assimile des albuminoïdes, des graisses, des hydrates de carbone; il excrète de l’acide carbonique, de l’eau, de l’urée, et consomme en même temps un volume d’oxygène à peu près égal à celui de l’acide carbonique qu’il expire. Il reçoit donc des aliments endothermiques et rejette des excréments chimiquement inertes, ceux-là même que consomme le végétal, et qui vont se transformer en réserves endothermiques dans les feuilles vertes. Au total, la vie de l’animal est celle de la plante retournée.