‹ Cours de chimieChapitre 145 sur 166 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

• Substances Animales.

■ 5oo. Nons diviserons les substances animales en trois sections : la première comprendra les substances qui ne sont ni grasses ni -acides , la seconde les matières grasses, et la troisième les substances acides.

Substances Animales qui ne sont ni grasses ni acides.

>5oi. Les substances neutres qui sont bien connues sont au nombre de neuf, savoir :

La Fibrine , La Matière colorante du sang ,

L’Albumine , Le Picromcl ,

La Gélatine , Le Sucre de lait ,

La Matière caséeuse , Le Sucre des diabètes.

L’Urée ,

Les -six premières renferment beaucoup d’azote , la septième en contient peu , la huitième cl la neuvième n’en contiennent point.

i5oa. Ces substances soumises à l’action de la chaleur dans un rase clos , produisent de l’eau , de l'acide carbonique, du sous-carbonate , de l'acétate et de l’hydrocyanate d’ammoniaque , du gaz oxide de carbone , de l'hydrogène carboné , du gaz

azoté , une huile très-fétide et un charbon difficile à incinérer. Leur combustion , lorsqu'elle est complète , produit de l'eau , de l’azote et de l’acide carbonique ; mais comme elle ne l’est jamais , on obtient toujours quelques-uns des autres produits qui se forment en vases clos. Toutes éprouvent facilement la fermentation putride ; calcinées avec la potasse , il se forme du cyanure de potassium. Les dissolutions alcalines concentrées et bouillantes les décomposent ; il se forme de l'ammoniaque , de l’acide carbonique , de l'acide acétique , et une matière animale d'une nature particulière qui reste unie k l’alcali. L'acide nitrique k chaud les décompose toutes ; il en résulte de l'eau , de l’acide carbonique , de l’acide bydro-cyaniquc , du gaz azote , de l'oxide d’azote, de l’acide nitreux , de l'ammoniaque , des acides acétique , ntaliquc et oxalique , et un composé jaune , amer , détonant , qui parait renfermer la majeure par(ic de l'azote de la matière animale ; celte dernière substance n’est jamais formée par les matières non azotées.

i5o3. Fibrine. La fibrine forme la plus grande partie des muscles ; elle entre dans la composition du sang et du chyle. On l’obtient en agitant avec une poignée de bouleau le sang au sortir de la veine ; il s’y attache en longs filamens qui deviennent blancs par les lavages. La fibrine est solide , flexible , insipide ; elle renferme \\ d’eau ; par la dessiccation , elle devient jaune et cassante; l’eau lui rend ses propriétés primitives ; l’eau bouillante 1 altère et la rend insoluble dans l’acide acétique ; exposée b I air en contact avec de l’eau qu’on renouvelle , elle disparaît complètement ; lorsqu’elle renferme de la graisse , la putréfaction laisse un résidu gras. L'alcool et l’éther , par un contact prolongé, la transforment en une matière pulpeuse ; arec l’acide hydro-chlorique , elle forme une matière dure qui , lavée k plusieurs reprises , devient gélatineuse ; l’acide sulfurique étendu d’eau agit de la même manière; concentré, il la transforme en leucinc. L’acide nitrique , à i,i5 de densité , la convertit en une masse pulvérulente , composée de graisse et de fibrine altérée, combinée avec les acides malique, acétique et hypo-nitreux. L’acide acétique concentré ramollit la fibrine , et par la chaleur la convertit en gelée soluble dans l’eau ; la dissolution est précipitée par les acides sulfurique , nitrique et hydro-chlorique , et par les alcalis ; évaporée k siccité, elle donne une matière transparente acide qui ne se dissout dans l’eau bouillante qu’à l’aide d’une nouvelle quantité d’acide acétique. La fibrine est soluble dans les dissolutions alcalines ; à chaud elle est décomposée. La fibrine est composée de 53,3fio de carbone , de >9,085 d’oxigène, de 7,0a! d’hydrogène et de >9,934 d’azote. Elle renferme en outre des phosphates de chaux et de magnésie , des carbonates de chaux et de soude.

i5o4- Albumine. L’albumine, unie à une petite quantité d’ean, constitue le blanc d’oeuf, le cérum du sang, la liqueur du péricarde, des ventricules des cerveaux, etc. Elle existe dans deux états différons, liquide ou coagulée.

L’albumine liquide est transparence , plus ou moins visqueuse, mousse par l’agi-

tation, verdit le sirop de violette par du sous-carbonate de soude qu’elle renferme ; traversée par un courant galvanique, elle se coagule autour du pAle positif; la chaleur , l’alcool et l’éther la coagulent , et d’autant plus facilement qu’elle renferme moins d'eau. En vase clos, elle éprouve la fermentation putride, et dégage de l'hydrogène sulfuré ; le chlore , l'iode et tous les acides , excepté les acides acétique, phosphorique , et ceux qui sont Ircs-faiblcs , la troublent ; les alcalis rétablissent la transparence de la liqueur, lorsque les acides, en se combinant avec l’albumine, n’ont développé que peu de chaleur ; la potasse et la soude s’opposent h sa coagulation par la chaleur. Mêlée à une dissolution de potasse , l’acide hydro-chloriquc en saturant l'alcali, la coagule; mais la coagulation n’a point lieu si l’albumine était mêlée avec un sous-carbonate. Cette différence paraît provenir de ce qu'il se développe beaucoup plus de chaleur dans le premier cas que dans le second. L’albumine forme un précipité insoluble avec le tannin , et précipite presque toutes les dissolutions salines ; les composés insolubles que l'on obtient sont en général formés d'albumine et d’oxide; aussi l’albumine est un très-bon antidote contre tous les empoisonnemens par les sels métalliques.

L’albumiue desséchée à l’air forme une matière solide , transparente , soluble dans l’eau ; cette dissolution jouit de toutes les propriétés de l'albumine liquide.

L’albumine coagulée par la chaleur, est blanche; par la dessiccation elle se convertit en une substance jaune, cassante; elle perd alors autant d'eau que l’albumine liquide; desséchée à l’air, elle se comporte avec l’alcool, l’éther, les acides et les alcalis , comme la fibrine ; seulement elle est plus soluble dans les alcalis «t moins dans l'acide acétique et l'ammoniaque.

L’albumine est formée de 5a, 883 de carbone, de 33,87a d’oxigène, de 7,540 d’hydrogène et de i5,7o5 d’azote; scs cendres renferment les mêmes sels que la fibrine ; l’albumine contient en outre un peu de soufre.

«5o5. Gélatine ou Colle forte. La gélatine existé dans toutes les parties molles et solides des animaux , et ne fait jamais partie des matières liquides. La gélatine pare est incolore , sans odeur et sans saveur ; elle est trcs-soluble dans l’eau chaude et peu soluble dans l’eau froide ; une dissolution chaude , renfermant o,oa5 de gélatine, se prend en gelée par le refroidissement; si la température est suffisamment élevée , elle se liquéfie et éprouve la fermentation putride. L’alcool , 1’clhcr et les huiles ne dissolvent point la gélatine ; sa dissolution dans l’eau est précipitée en partie par l’alcool qui s’empare de l’eau, en totalité par le tannin qui se combine avec elle et forme une matière imputrescible analogue au cuir ; enfin, par le nitrate de mercure et l'hydro -chlorate de platine, qui paraissent être les seules substances salines qui jouissent de cette propriété. Le chlore précipite aussi la gélatine , forme au bout de quelque temps un corps floconneux , composé de filamens nacrés ,

insipide , insoluble dans l’eau et l'alcool , imputrescible , dégageant beaucoup de chlore par la chaleur et soluble dans les alcalis. L'acide nitrique agit sur la gélatine comme sur la fibrine. La gélatine traitée par l'acide sulfurique comme le ligneux ( ia4? ) donne une matière cristalline dure , dont la saveur est celle du sucre de raisin , mais qui n’épronvc point la fermentation alcoolique ; cette matière traitée à chaud par l'acide nitrique donne des cristaux acides qui se combinent avec les bases saliliables et forment des sels nouveaux.

La gélatine se prépare: i* en faisant bouillir dans l’eau des rognures de peau, des sabots et des oreilles de boeufs , de chevaux , de moutons , etc. , séparés de la graisse et des poils ; filtrant lorsque la dissolution est complète , faisant concentrer fortement, coulant dans des moules de bois où elle se prend en gelée par le refroidissement ; coupant cette gelée en plaques minces , au moyen d’un fil de laiton , et faisant sécher sur des filets ; a° en traitant les os par l'acide hydro-chloriquc faible , tous les sels calcaires se dissolvent , les os conservent leur forme , mais ne retiennent plus que de la gélatine , que l'on fond et que l’on met en plaques. La colle de poisson est la partie intérieure de la vessie natatoire de plusieurs espèces de poissons ; la plus estimée provient de certains esturgeons. On fait aussi de la colle de poisson en faisant bouillir la tête , la queue et les mâchoires des baleines et des poissons sans écailles ; mais elle est peu estimée et se rapproche beaucoup des colles ordinaires. La gélatine est formée de 47,&8i de carbone , de 7<gt4 d’hydrogène , de 37,107 d'oxigène et de «6, 998 d’azote. La gélatine est une matière très- nutritive ; ou l’empluie dans la fabrication des chapeaux , du papier , pour coller les bois , etc.

i5o6. Matière Caséeuse. La matière caséeuse n’existe que dans le lait ; on l’obtient en abandonnant le lait à lui-même jusqu’à ce qu'il soit coagulé , enlevant la crème qui surnage et lavant le caillé sur un filtre : le résidu est la matière caséeuse pure; elle est blanche , insipide , insoluble dans l’eau , très-soluble dans les alcalis , surtout dans l’ammoniaque , dans les acides végétaux concentrés et dans les acides minéraux étendus. Humide et en contact avec l’air, elle éprouve la fermentation putride.* le résidu est principalement formé d’oxide caséeux , de caséate d’ammoniaque et dè gomme.

L’oxide caséeux , découvert par M. Proust , s’obtient en traitant le résidu de la fermentation putride du caillé ou le vieux fromage par l’eau chaude : la liqueur filtrée contient I oxide caséeux , le caséate d’ammoniaque et les sels qui étaient mêlés au fromage ; on évapore eu consistance sirupeuse et on enlève les sels ammoniacaux en traitant par l'alcool à 36* , les autres sels par l’alcool à ao* , et la gomme par l’eau froide: le résidu est l'oxide caséeux pur. Ce corps est blanc , solide , spongieux, plus léger que l’eau , sans odeur , sans saveur; il laisse entre les doigts une impression graisseuse; il est soluble dans l’eau bouillante , presque insoluble dans l’eau froide, dans

l’alcool bouillant cl insoluble dans 1 'éther. A la distillation , la plus grande partie se sublime , l'aulre se décompose , donne peu d'ammoniaque , une huile jaune très-fctide et un charbon volumineux. L’acide nitrique le transforme en acide oxalique, presque sans former de matières jaunes amères. La potasse le dissout sans l’altérer.

La matière caséeuse est formée de 59,781 de carbone , de 11,409 d'oxigène , de 7,429 d’hydrogène, deai,38i d’azote ; elle contient en outre du phosphate de chaux. La matière caséeuse est très-nutritive , elle forme la matière première de tous les fromages.

s5uy. Urce. L’urée est une substance qui n’a encore été trouvée que dans l'urine des animaux , et principalement dans celle de l'homme et des quadrupèdes. On l'ubtient en évaporant de l'urine en consistance sirupeuse , ajoutant un volume égal d'acide nitrique à a 4” , et plongeant le vase dans un mélange frigoriGquc , afin de durcir les cristaux de nitrate d'urée qui se forment ; on les fait égoutter et sécher en les comprimant dans du papier à filtre; pour en séparer l’acide nitrique, on les dissout dans l'eau, on sature l’acide nitrique par un alcali , on évapore à siccité, et on traite par l’alcool; ce dernier ne dissout que l'urée , que l'on fait cristalliser par l'évaporation. L'urée ainsi obtenue est en prismes alongés , incolores, inodores, et d'une saveur fraîche. A la distillation ils donnent beaucoup de sou s -carbonate d'ammoniaque, un gaz inflammable d’une odeur insupportable, et ce qui caractérise celle substance, très-peu d'eau, d'acide acétique, d'acide bydro-cyanique , d'huile et d'oxide de carbone. L’urée est très-soluble dans l’eau et l’alcool. La dissolution aqueuse d’urée, abandonnée & elle -même, se putréfie et devient ammoniacale; mêlée avec la plupart des acides furls et soumise à la chaleur de l'ébullition , il se forme de l'ammoniaque , de l'acide acétique , et de plus : avec les acides hydrochlorique et sulfurique, de l’acide carbuniquc et june matière grasse, noire ; avec l’acide nitrique, de l'acide carbonique, de l'acide hydrn-cyanique , de l’azote on de l'oxide d'azutc, et lorsque la matière est épaisse, elle s'enflamme avec une violente explosion. L'urée avec un excès d'acide nitrique forme des cristaux de nitrate acide d'urée; l’acide nitreux ne jouit point de cette propriété, il n'agit sur 1 urée "qu'en, la décomposant -. concentré, son action a lieu à froid. La dissolution aqueuse d’urée est précipitée et décomposée par le chlore; elle n’est précipitée ni par les sels , ni par les alcalis , ni par la noix de galle ; seulement elle change la cristallisation de plusieurs sels; elle fait cristalliser le sel marin en octaèdres et l’alun en cubes. Les matières alcalines la décomposent par l’action de la chaleur. D'après M. Bérard , l'urée est form e de 36,40 d’oxigène , de 43,4° d'azote , de 19,40 de carbone et de 10,80 d'bydrngènc.

i5o8. Matière Colorante du Sang. M- Brande obtient celle matière en agitant 1e sang à la sortie de la veine pour en séparer la fibrine, cl abandonnant la liqueur à elle-même; la matière colorante se dépose. M. Berzélius l’obtint en coupant le

Diqitized by Goggltf

caillot de sang en franches minces et le plaçant sur du papier brouillard pour en absorber le cérum. Le procédé employé par M. Vauquclin , consiste b délayer le caillot dans quatre parties d'acide sulfurique étendu de huit parties d’eau, et à faire chauffer à 70* centigrades pendant cinq à six heures, à filtrer , laver le résidu avec de l’eau chaude, h faire réduire la liqueur à moitié, et enfin b saturer par l’ammoniaque : la matière colorante se dépose, on la purifie par des lavages à l’eau chaude. La matière colorante, obtenue par les deux premiers prucédés , est soluble dans l'eau au-dessous de 5o"; à une température plus élevée, elle se précipite; elle paraît alors être identique avec celle que l'on obtient par le procédé de M. Vauquclin ; desséchée, elle est d'un noir brillant; calcinée, elle donne la centième partie de son poids de cendre renfermant de l'oxide de fer , de la chaux et des phosphates de fer et de chaux. M. Berzclius pense que le fer se trouve dans le sang b l’état métallique; car la dissolution aqueuse de matière colorante n’est pas précipitée par l'hydrocyanatc de potasse ferrugineux ; la matière colorante obtenue par le troisième procédé ne renferme point de ter.

La matière colorante du sang, rendue insoluble par la chaleur, est soluble dans les acides et les alcalis auxquels elle communique sa couleur; soumise à l'action de la chaleur, elle se boursoufle , brûle avec flamme en dégageant de l'ammoniaque : elle possède toutes les propriétés chimiques de la fibrine. On a cru pendant longtemps que la coutcur du sang était duc à l'oxidc de fer qu’il renferme ; mais la matière colorante obtenue par le procédé de M. Vauquclin étant exempte de fer, il faut admettre que cette couleur est duc à une substance organique d’une nature particulière.

iüoq. Picromel. Le picromcl est une substance qui existe dans la bile de tous les animaux; cependant, d’après M. Thénard, elle ne fait point partie de celle de l’homme. On l’extrait de la bile de boeuf : celle matière est formée de picromcl , de matière rcsinrusc , de matière jaune, d’une petite quantité de soude, d'eau, de phosphate d'hydro- chlorate et de sulfate de soude, de phosphate de chaux et d’oxide de fer; on y verse d’abord un excès d'acétate neutre de plomb; la matière jaune et la matière résineuse, ainsi que les acides sulfurique et phospborique , sont précipités en combinaison avec l’oxidc de plomb; la liqueut étant filtrée, on y verse du sous-acctalc de plomb : le picromcl se précipite avec l'excès de plomb ; le précipité étant bien lave et dissous dans le vinaigre distillé, on y fait passer un cuurant d'hydrogène sulfuré; il ne reste plus alors qu’à filtrer et faire chauffer pour volatiliser l'eau et l’acide acétique.

Le picromcl ainsi obtenu a l’aspect de l'huile de térébenthine : exposé à l'air, il se conserve long-temps; il est très-soluble dans l'eau et l'alcool; chauffé légèrement avec les acides nitrique , sulfurique et hydro-chlorique affaiblis , il forme

une matière visqueuse peu soluble dans l’eau. Sa dissolution n'est troublée ni par les arides , ni par les alcalis , ni par le tanniD ; le nitrate de mercure , le sousacétate de plomb et les sels de fer paraissent être les seuls composés salins qui la précipitent. Si l’on dissout s, 5 de picromcl et i de résine de la bile dans l’alcool , en évaporant à siccité , on obtient un résidu soluble dans l’eau ; en ajoutant du sel marin à la dissolution, évaporant et calcinant, on obtient un résidu qui contient du sous-carbonate de soude; il résulte de là que le picromcl dissout la résine de la bile, et que le picromcl et la résine décomposent le sel marin. D’après M. Thomson, le picromcl est composé de !>4,53 de carbone, 43,65 d’oxigène , i,8a d’hydrogène.

i5to. Sucre de Lait. Le sucre de lait n’existe que dans le lait : on le prépare en Suisse en faisant évaporer le petit lait provenant de la fabrication du fromage ; on le purifie par de nouvelles cristallisations.

Le sucre de lait est solide , blanc , sans odeur ; il cristallise en parallélipipèdes réguliers, durs; il n’éprouve point la fermentation alcoolique; l’eau à la température ordinaire en dissout /, et beaucoup plus à chaud ; légèrement torréfié , il devient plus sotuble et acquiert les propriétés de la gomme ; la potasse et la soude le rendent aussi plus soluble; l’alcool concentré n’en dissqut qu’une quantité insensible; sa dissolution dans l'eau n’est précipitée par aucun réactif, si ce n’est par l’alcool qui agit en s’emparant de l’eau. L’acide nitrique agit sur lui comme sur la gomme; l’acide sulfurique le transforme en sucre comme le ligneux ; l’acide bydrochlorique paraît produire le même effet 11 est composé de 38,8a5 de carbone et de 61,17s d’hydrogène et d’oxigène dans les proportions nécessaires pour faire de l’eau ; il est quelquefois employé en médecine.

Substances grasses non acides.

i5ii. D’après M. Chcvrcul , toutes les matières grasses qu’on rencontre dans le règne animal sont formées de huit principes immédiats.

La Stéarine , L’Elaïnc ,

La Céline ,

* La Cholestérine ,

L’Éthal ,

La Phocénine , La Butyrinc , L’Hircine.

Elles se divisent en quatre groupes caractérisés par les propriétés suivantes :

La stéarine et l’éiaïne sont converties par les alcalis en glycérine , en acides oléique , coargarique et quelquefois en acide stéarique.

La câline est convertie par les alcalis en éthal et en acides margarique et oléique.

La cholestérine et l'éthal n’éprouvent point d’altération de la part des alcalis.

La phocéninc, la butyrine et l’hircine, traitées parles alcalis, se convertissent en glycérine , en acides volatils lorsqu’ils sont distilles avec l’eau , ou en acides oléique et margarique. .

i5ia. Stéarine. La stéarine est une substance blanche, solide, fusible à 44*, insoluble dans l’eau, soluble dans six fois ■/; son poids d’alcool bouillant à 0,795 de densité. Elle cristallise en aiguilles, se volatilise dans le vide sans se décomposer; à la distillation, elle se décompose en partie , donne de l’hydrogène carboné , des acides carbonique,, acétique , sébacique , des huiles colorées , une matière très-odorante , de l’eau et du charbon ; à l’air elle brûle comme le suif. Chauffée avec les 'fi de son poids de potasse k l’alcool et quatre fois son poids d’eau , elle se saponifie et se transforme en glycérine , en acides margarique , oléique , et souvent en acide stéarique ; l’air n’a aucune influence sur ce phénomène. La stéarine a été obtenue pour la première lois par M. Chevrcul ; on peut facilement l’extraire de la graisse de porc ; en la traitant par l’alcool bouillant , la stéarine cristallise par le refroidissement ; il est probable que les stéarines des différons corps gras ne sont pas identiques -, celle de l’homme diffère de celle de porc, de mouton et de bœuf, en ce qu'elle est plus soluble dans l’alcool , ne forme point d’acide stéarique par la saponification. La stéarine de graisse de mouton est formée, d’après M. Chevrcul, de 78,776 de carbone , de 11,770 d’hydrogène et de g, 454 d’oxigène. Celle d’huile d’olive, d’après M. de Saussure , renferme 83,17 de carbone , 1 1 ,33a d’hydrogène , 6,3o3 d’oxigène et 0,396 d’azote.

1513. Elaïne. L elaïne est une substance incolore, liquides 4* , insoluble dans l’eau et soluble dans 3i fois son poids d’alcool bouillant à 0,816 de densité; à 6" elle se congèle en aiguilles; elle se saponifie comme la stéarine, mais elle donne beaucoup plus de glycérine et d’acide oléique. On l’obtient en traitant les graisses par l’alcool , et évaporant les dissolutions après en avoir séparé la stéarine , elle se rassemble à la surface; comme elle renferme encore un peu de stéarine, on la fait congeler, et on czprime la partie liquide; on l'obtient plus facilement des huiles de graines par le procédé indiqué ( ia45 ). L’élaïne de graisse de porc est formée, d’après M. Chevreul , de 79,030 de carbone , de n,4aa d’hydrogène et de g, 548 d’oxigène. Les analyses de I elaïne de graisse humaine et de mouton sont semblables.

1514. - Céline. La cétine forme la majeure partie du spermaceti, ou blanc de baleine; on l’obtient en traitant le spermaceti par l’alcool bouillant ; la cétine cristallise par le refroidissement. La cétine est blanche , cassante , sans odeur et sans saveur , elle fond it 49°; dans le vide elle se volait IjfC sans altération ; dans un appareil ordinaire , «inc très-petite portion est altérée et donne de l’eau , de l’acide acétique et des traces de charbon. 100 parties d’alcool à 0,831 de densité dissolvent a, 5 de cétine. Dans la

saponification, elle sc transforme en acides margariquc , olcique et en éthal : la quantité d’acides margariquc et olcique est à la quantité d'éthal comme 16 est à 36.

■ Si5. Cholestérine. Cette substance existe dans les calculs biliaires de l'homme; on l'obtient en traitant ces calculs par l’alroul bouillant : la cholestérine se précipite par le refroidissement ; clic est sous la forme d’ecaillcs blanches , sans saveur , fusible à i37*; par le refroidissement elle cristallise en lames rayonnées; dans le vide, elle se volatilise sans alteration; dans les appareils ordinaires, elle se colore cl forme une grande quantité de liquide huileux qui n'est ni acide ni ammoniacal ; 100 parties d’alcool bouillant, de 0,816 de densité, eu dissolvent dix huit parties; l'acide nitrique la transforme en un acide particulier ; la potasse ne lui fait éprouver aucune altération. La cholestérine est furméc , d’après M. Cbcvreul , de 85,oq5 de carbone , de 11,880 d'hydrogène et de 3,oiS d’osigène.

t5i6. Ethal. Le mol éthal est formé de la réunion des deux premières syllabes des mots éther et alcool ; M. Cbcvreul a ainsi désigné la substance dont il s'agit, i cause des rapports de composition qui existent entre ces trois substances ; elles sont toutes trois formées d’eau et d’hydrogène bi-carboné.

L'élhal est solide, incolore, insipide, translucide , insoluble dans l’eau, soluble en toutes proportions dans l'alcool à 0.81 1 de densité; il fund à 48' , cristallise en lames brillantes par le refroidissement. Chauffé au bain de sable, il sc vulatilise sans s'altérer; les alcalis sont sans action sur lui. On l'obtient en décomposant le savon de rétine par l’acide tartrique , faisant bouillir le résidu avec de l'eau de barite , enlevant l’excès de base par l'eau chaude , puis traitant la matière sèche par l'alcool , qui dissout l'élhal et n'agit point sur Icmargarate cl l'oléale de barite; l’élhal se précipite par l'évaporation de la liqueur alcoolique. D'après M. Cbcvreul , l’élhal est formé de ioo d’hydrogène bi-carboné cl de 7,61 d’oxigène et d'hydrogène dans le rap|iorl de l'eau.

iSt7. Phoeénine. Celte substance existe dans l’huile de marsouin , mêlée a de l’élaîne et h une petite quantité d'acide phocénique , et dans l’huile de dauphin, mêlée i ces différentes substances et à de la cétinc. On extrait la phoeénine de l’huile de marsouin en la traitant à chaud par les o.q de son poids d 'alcool à 0,797 densité , laissant refroidir , filtrant cl distillant , traitant le résidu acide par le carbonate de magnésie; séparant l'huile claire et la traitant par l’alcool faible et fruid : il dissout seulement la phoeénine, que Ion obtient pure par l’évaporation de l’alcool. La phoeénine est liquide & 17’ , sa densité est de 0,954 , son odeur est faible et toute particulière ; elle est insoluble dans l’eau cl très-soluble dans l’alcool ; la potasse la transforme en acide phocénique , en glycérine et en acide oléique.

i5t8. Buiyrinc. La bulyrine existe dans Icgbcurre, unie à I claTne , à la stéarine et à une petite quantité d'acide butyrique. On l'extrait en séparant le beurre de la matière caséeuse , par la fusion et la décantation , laissant pendant quelques jours le

beurre dans un vase profond , à la température de 19*, pour faciliter la séparation de la stéarine , filtrant la matière oléagineuse qui surnage , la traitant 5 froid pendant vingt-quatre heures par un égal poids d’alcool à 0,796 de densité , évaporant la dissolution alcoolique , saturant l’acide butyrique par le sous-carbonate de magnésie ; on enlève le butyralc par l'eau : an fait chauffer avec l’alcool et ou évapore. La bulyrinc est liquide à 19“ , se congèle à o 11 ; son odeur est celle du beurre chaud ; elle est blanche ou jaune , suivant que le beurre a l’une ou l’autre de ces couleurs. Elle est insoluble dans l’eau ; Ircs-soluhlc dans l’alcool ; par la saponification elle se transforme en acides butyrique , capruïque , capriquc , margarique , oléique et en glycérine.

1519. Hircine. Elle existe dans les graisses de bouc et de mouton : mêlée à l’élaïne, elle forme la partie fluide de ces graisses ; comme elle est beaucoup plus soluble dans l'alcool que l'élaïnc, on peut l'obtenir par un procédé analogue à relui que nous avons décrit pour obtenir la butyrinc ; elle a été peu examinée ; son caractère distinctif est de former de l’acide hircique par la saponification.

i5io. MM. liussy et Lecanu ont fait , sur la distillation des corps gras essentiellement composés d’élaînc et de stéarine , des observations importantes , dont nous allons rapporter les principales. Les produits fournis par des huiles végétales et des graisses animales paraissent les mêmes On peut distinguer trois époques différentes dans la distillation de ces corps ; elles sont caractérisées par la nature des produits que l’on obtient. La première donne des gaz et une matière liquide qui acquiert une consistance molle par le refroidissement; elle est formée d'acides margarique, oléique, sébaciquc, d'une huile légèrement odorante, d’une huile cmpyrcumalique fixe , relativement à la précédente , cl d'une matière particulière très-volatile , trèsodorante , non acide et soluble dans l’eau. La seconde ne laisse plus dégager de gaz fétide, et on obtient une huile liquide io* , d'une odeur légèrement empyreu- Oiatiquc , qui lavée ne rougit point le tournesol , elle est peu soluble dans l’alcool, insoluble dans l’eau , inaltérable par les alcalis et volatile. Enfin , lorsque la cornue commence h rougir , on obtient une matière jaune-orangé qui se condense dans le col de la cornue, et pour résid<t, du charbon : celte matière jaune est sans odeur et sans saveur, fusible It 100*, un peu soluble dans l'alcool et très-soluble dans l'éther. Les huiles elles graisses donnent doutant plus d'acides solides, qu’elles renferment plus de stéarine : ak 5oo de suif ont donné 800 grammes d'acide margariqur. M, Dupuy a remarque qu'on obtenait beaucoup plus d'acides solides en distillant les huiles et les graisses & une température inferieure à celle de l'ébullition

§ III

Des Acides Animaux.

i5ai. Nous diviserons ces acides en trois classes : les Acides Oxigé nés , les Acides Hydrogénés et les Acides Gras.

Acides Oiigéncs.

Acide urique.

Acide pyro-urique.

Acide purpurique.

Acide rosacique.

Acide amniotique.

Acide lactique.

Aride formique.

Acide cascïque. Acide rvauique.

Acides Hydrogénés.

Acide hydro-ryanique.

Acide faydro-cyanique ferniré.

Acide chloro>cyanique.

Acides Gras.

Acide ufbacique.

Acide choleslérique.

Acide stéarique.

Aride margarique.

Acide olcïque.

Acide phocénique.

Acide butyrique.

Acide capro'îque.

Acide caprique.

Acide hircique.

Acides Oxigénés.

i5u. Acide Urique. Cet acide , découvert par Schéele , n’a encore été trouvé que dans les urines de l'homme , des oiseaux , des serpens et dans les matières excrémentielles de la phalène , du ver-à-soie ; il forme la poudre jaune que les urines laissent précipiter , tous les calculs vessicuiaircs humains qui sont jaunâtres , et la substance blanche qui se trouve dans les excrémens des oiseaux. On l'obtient en traitant à chaud les dépôts d 'urine ou les calculs urinaires jaunes par un excès de soude ou de potasse en dissolution dans l'eau , filtrant et versant de l'acide hydrochloriquc , l'acide urique se précipite en paillettes blanches : on les recueille sur un filtre et on lave jusqu’à ce que les eaux cessent d’étre troublées par le nitrate d’argent. L’acide urique est solide ,• d’un blanc jauil£jrc , sans odeur et sans saveur; il agit à peine sur le tournesol ; à la distillation , il donne de l’bydro-cyanate et du carbonate d'ammoniaque , une liqueur épaisse qui renferme du pyro-urate d’ammoniaque ; il se sublime ensuite de l'acide pyro-urique, une huile très-colorée et il se forme un résida de charbon ; pendant tout le cours de l’operation , on obtient les gaz que fournit la distillation de toutes les matières animales. L’acide urique est insoluble dans l’alcool , l'eau bouillante n'en dissout que ’/.,s». Tous les uralcs sont insolubles , excepté ceux dont la base est soluble et en excès ; tous sont décomposés par presque tous les acides. L’acide urique est décomposé par l’acide nitrique bouillant ; il se forme de l’eau , de

l’azote, de l’acide carbonique , de l’oxide d’azote , de l’acide hydro-cyanique , de l'acide purpurique , de l’ammoniaque , et probablement des acides acétique , malique et oxalique; à une certaine époque, la matière prend une teinte rouge carminée que M. V auquelin croit être due à une substance particulière. Mis en contact avec du chlore gazeux et humide > on obtient en peu de temps de l'hydro-chlorate d’ammoniaque, de l’oxalate d’ammoniaque , de l’acide purpurique, de l’acide carbonique , de l’acide hydro-chlorique et de l’acide malique. Chauffé avec du chlorate de potasse , il se forme de l'azote , de l'eau , de l'acide carbonique et du gaz nitreux. D’après M. Bérard , l'acide urique est formé de 39,16 d'azote , 33, 61 de carbone , 18,89 d’oxigène et 8,34 d’hydrogène.

i5a3. Acide Pyro-urique. Cet acide , découvert par M. Wiliams Henry , est l’un des produits de la distillation de l'acide urique ; pour l’obtenir pur , il faut recueillir t le sublimé blanc qui se forme vers la fut de l'opération , le dissoudre dans l’eau chaude,

filtrer , précipiter par l’acétate de plomb , et décomposer le pyro-urale de plomb par l’hydrogène sulfuré. L’acide pyro-urique est blanc , il cristallise en petites aiguilles dures ; il est soluble dans l’eau et l’alcool ; soumis à l'action de la chaleur, il se fond et se sublime ; l’acide nitrique le dissout sans l’altérer. Il forme avec la potasse , la soude et l'ammoniaque , des sels très-solubles qui ne précipitent que les dissolutions salines de tritoxidc de fer , de deutoxide de cuivre , d’argent, de mercure et de sousacétate de plomb ; les pyro-urates sont décomposés par presque tous les acides. L’acide pyro-urique est formé de 44,3s d'ozigène , 38, ag de carbone , 16,84 d’azote , 10 d'hydrogène. D’après MM. Chevalier et Lassaigne , dans les pyro-urates la quantité d ’oxigène de l’oxide est â la quantité d'acide comme 1 est à 33,63.

«5a4. Acide Purpurique. Cet acide, découvert par M. Brugnatelli , se forme lorsqu'on traite l’acide urique par l’acide nitrique , le chlore ou l’iode ; RI. Proust , qui lui a donné son nom , ne l’avait obtenu que uni à une matière colorante rouge ; depuis, M. Vauquclin l’a obtenu parfaitement blanc. Pour obtenir l'acide purpurique, il faut faire dissoudre , à l’aide d'une douce chaleur , de l’acide urique dans deux fois son poids d’acide nitrique à 34° étendu d'un égal volume d'eau ; la dissolution prend une teinte rouge écarlate ; on salure avec du lait de chaux ; il se forme un sel blanc , cristallin, qui est un sous-purpuratc de chaux; on le dissout dans l'eau bouillante, en saturant l’excès de chaux par l’âéidc acétique ; on précipite la chaux par 1 acide oxalique, on évapore à siccité; en traitant par l’alcool, on ne dissout que l'acide purpurique , que l’on obtient par l'évaporation. Les eaux-mères du purpuratc de chaux sont rouges ; en y versant de l’ammoniaque, on obtiendrait un précipité de sous-purpnrate de chaux rouge., qui , traité comme précédemment , donnerait de l’acide purpurique de la même couleur. L’acide purpurique est solide , incolore , très-sapide , très-soluble dans l’eau et l’alcool ; il fond à une douce chaleur ; après le refroidis- /• .87

scrnent , il reste transparent ; il sature toutes les bases salifiables. Il est formé , suivant M. Vauquelin , de 37,34 de carbone , de 39,34. d'oxigène , de 17,14 d’hydrogène et de iG,o4 d’azote.

i5a5. Acide Rosacique. L’acide rosacique , découvert par M. Proust , n’a encore été trouvé que dans quelques urines ; combine avec l’acide urique , il forme le sédiment rose que laissent déposer les urines que l’on rend pendant le cours de certaines fièvres intermittentes. On l’obtient en lavant ce dépôt , le traitant par l’alcool et évaporant cette dissolution. L’acide rosacique est solide , rouge ; il agit sensiblement sur le tournesol , il est très-solublc dans l’eau et l’alcool ; il se combine avec les bases salifiables , forme des sels solubles avec la potasse , la soude , l’ammoniaque , la barite , la strontiane et la chaux ; il précipite l’acétate de plomb en rose , se combine intimement avec l’acide urique ; les acides sulfurique et nitrique le transforment en acide urique ; les acides sulfurique et sulfureux lui donnent une belle teinte rouge ; il n’a point été analysé.

1S26. Acide Amniotique. Cet acide, découvert par MM. Buniva et Vauquelin , n’a encore été trouvé que dans les eaux de l’amnios de la vache ; on l’obtient en faisant évaporer ces eaux de manière à les réduire au quart de leur volume ; l’acide amniotique cristallise par le refroidissement, on le lave avec une petite -quanti té d’eau pour enlever une matière jaune qui le colore. L’acide amniotique est solide , blanc , brillant , inodore ; il rougit sensiblement le tournesol ; il est peu soluble dans l'eau et 1 alcool à la température ordinaire , mais beaucoup plus à- l’aide de la chaleur ; il forme des sels solubles avec tous les alcalis ; ils sont décomposés par tous les acides ; il ne trouble point les dissolutions de nitrate d’argent , de plomb et de mercure , et ne décompose les carbonates alcalins qu’à l’aide de la chaleur.

i5>7. Acide Lactique. L’acide lactique a été découvert par Schéelc dans le petitlait aigri , et par M. Bcrzélius dans les fluides animaux et la chair musculaire ; le procédé indiqué par Schécle pour l’obtenir consiste à réduire le petit-lait à un huitième , à filtrer pour séparer la matière caséeuse , à saturer par la chaux : le phosphate de chaux se précipite ; à traiter par l’acide oxalique la matière filtrée jusqu’à ce qu’elle cesse d’élre troublée ; à faire évaporer en consistance sirupeuse , et à traiter le résidu par l’alcool : ce dernier ne dissout que l’acide lactique ; M. Bcrzélius propose , pour avoir cet acide parfaitement pur , de faire digérer la dissolution alcoolique sur du carbonate de plomb , et de faire passer un courant d’hydrogène sulfuré. L’acide lactique est liquide , peu sapidc ; Sa décomposition par le feu donne les mêmes produits que les matières végétales ; il est trcs-$oluble dans l’eau et l’alcool ; il forme des sels déliqucscens avec la soude , la potasse , l’ammoniaque , la barite , la chaux , la magnésie , l'alumine , l’oxide de plomb. B attaque et dissout le zinc et le fer avec dégagement d’hydrogène. L’acide que M. Braconnot avait proposé d’appeler Acide Nancéique a beaucoup de rapport avec l’acide lactique.

i5j8. Acide Formique. Cet acide , que quelques chimistes regardent tomme étant de l'acide acétique , s’obtient , suivant Gehlen , en saturant le suc exprimé des fourmis par le sous-carbonate de potasse t versant dans la liqueur du sulfate de peroxide de fer , filtrant, évaporant en consistance sirupeuse et distillant dans une cornue de verre avec une suffisante quantité d'acide sulfurique ; traitant le produit par le carbonate de cuivre ; faisant cristalliser le formiate de cuivre et distillant ces cristaux avec les yi de leur poids d’acide sulfurique. D'après M. Doebereiner , l'acide tartrique en agissant, à l’aide de la chaleur et de l’eau , sur le peroxide de manganèse , se transforme en partie en acide formique ; et se transforme en totalité en ce nouvel acide lorsque le mélange renferme de l’acide suliurique : les proportions que l’on doit employer sont: 3,7a de manganèse, 1 d’acide tartrique, a */, d'acide sulfurique concentré, et 6 à 7 d’eau ; une partie de l’acide formique se dégage , l’autre reste à l’état de formiate : pendant le cours de l’opération il se dégage de l’acide carbonique.

L’acide formique est toujours liquide , incolore ; son odeur est piquante ; il est volatil, se combine avec l’eau en toutes proportions; forme de l'éther avec l’alcool, et avec les bases salifiables , des sels qui , suivant Gehlen , diffèrent des acétates.

IVlais les propriétés qui distinguent le plus cet acide , de l’acide acétique , sont :

i* que l’acide sulftlrique concentré le convertit , à la température ordinaire , en eau j

et en oxide de carbone; a* que, chauffé légèrement avec le nitrate d’argent ou

de mercure, il les réduit en formant de l’eau et de l'acide carbonique. D'après

M. Berzélius, l’acide formique est composé de a, 86 d’hydrogène, de 64,67 d’oxigène

et de 3a, 47 de carbone.

i5ag. Acide Casaque. Cet acide est un des produits de la fermentation du caséum: pour l’obtenir on traite du vieux fromage par l’eau chaude, on filtre, on fait évaporer en consistance sirupeuse, et on traite par l’alcool, qui dissout le caséale et le phosphate d’ammoniaque , de la gomme et du phosphate de chaux : on place la liqueur dans un bocal long et étroit , et on l’abandonne pendant quinze jours , en y versant tous les deux jours une petite quantité d’alcool : la gomme se précipite sous la forme d’un liquide sirupeux ; on décante, on évapore et on délaye la matière dans de l'eau, que l’on fait bouillir avec du sous-carbonate de plomb : l’ammoniaque se dégage à l’état de carbonate , et il se forme du phosphate , de l'acétate et du caséale de plomb; ccS deux derniers étant solubles, on les sépare du premier par la filtration ; il ne reste plus alors qu’à faire passer un courant d'hydrogène sulfuré dans la liqueur , et à faire chauffer pour volatiliser les acides acétique et hydro-sulfurique.

L'acide caséïquc est liquide , par l’évaporation il se prend en une masse grenue , semblable au miel ; sa saveur est acide , amère et analogue à celle du fromage ; distillé , U donne tous les produits des matières animales azotées ; il est trcs-soluble

dans l'eau et l'alcool; l’acide nitrique le transforme en acide oxalique : suivant AL Proust , il se forme de l’acide benzoïque et beaucoup de matière jaune amère; il forme dans la décoction de noix de galle un précipité blanc volumineux , il pré-' cipite en blanc le sublimé corrosif, en jaune 1 ’bjdro-chioratc d’or, et produit dans le nitrate d’argent un précipité blanc qui passe au jaune et au rougeâtre. La disso-, lution d’acide cascïque n'est point troublée par le chlore, l’eau de chaux, l’acétate de plomb, l'hydro-chlorate d’étain, les sels de fer, de cobalt, de manganèse, de zinc et de cuivre ; il forme avec l’ammoniaque un sel incristallisable , qui existe dans le fromage et lui donne sa saveur. .

1 530. Acide Cyanique. D'après les expériences de MAI. Gay-Lussac et Liébig , cet acide est combine avec les oxides de mercure et d’argent , dans les poudres fulminantes que I on obtient en traitant le mercure ou l'argent par l’acide nitrique et l’alcool ; mais jusqu’ici on n’a pas pu le séparer des bases avec lesquelles il est combiné ; lorsqu'on cherche à l’isoler , il se décompose.

1531. Plusieurs chimistes admettent encore d’autres acides , tels que l’acide bombique, que AI. Chaussier a retiré du ver-à-soie, celui de la sauterelle , de la punaise; mais ils ont été peu examinés et paraissent analogues à l'acide acétique.

Acides non Oxigénés.

t53a. Les acides dont il s'agit ont tous pour base le cyanogène ; nous avons déjà parlé de ce corps ( 117 ), mais il nous reste encore beaucoup de détails à donner.

1533. Dissolution de Cyanogène. La dissolution récente de cyanogène dans l’eau est incolore ; mais en peu de jours elle se colore , passe successivement du jaune au brun , et finit par laisser précipiter une matière d'un brun noir ; en distillant la liqueur , on obtient de l'eau renfermant de l’hydro-cyanate et du carbonate d'ammoniaque, et pour résidu un liquide qui séparé de la matière brune précipitée, et évaporé à une douce chaleur , laisse déposer des cristaux jaunâtres qui dégagent de l’ammoniaque par la potasse. M. Vauquclin considère ces cristaux comme un sel ammoniacal renfermant un acide nouveau qu’il croit être l'acide cyanique. M. Yauquelin en conservant pendant un hiver un flacon rempli d’une dissolution de cyanogène, y a trouvé des cristaux d'un jaune orangé, qu’il regarde comme des composés de cyanogène et de carbone ; il résulte de tous ces faits que l’eau est décomposée par le contact prolongé du cyanogène.

1534. Action du Cyanogène sur tes Alcalis. Les alcalis en dissolution dans l'eau absorbent facilement le cyanogène. Suivant A1. Gay-Lussac , le cyanogène se combine avec les alcalis sans éprouver d'altération , et par l’action d’un acide , l’eau et le

cyanogène sont décomposés ; il se dégage un volume d'acide carbonique égal à celui du cyanogène, et il se forme un volume d’acide liydro-cyaniquc et un volume de gai ammoniaque. Ce célèbre chimiste a reconnu, par une expérience directe, que la dissolution de cyanogène dans une dissolution alcaline dégageait par un acide un volume d’acide carbonique égal à celui du cyanogène , et qu’il se formait de l'acide hydro- cyanique et de l'ammoniaque; il résulte nécessairement de là que l’eau est décomposée, et comme l'acide carbonique est formé d’un volume d’oxigène et d’un volume de vapeur de carbone , il reste dans la liqueur deux volumes d'hydrogène provenant de l’eau décomposée , un volume de vapeur de carbone et un volume d’azote , car le cyanogène est formé de deux volumes de carbone et d'un volume d’azote ; or ces gaz forment exactement un volume de vapeur d’acide bydrocyanique et un volume de gaz ammoniaque.

D’après M. Vauquelin , les alcalis n'agiraient sur le cyanogène qu’en produisant instantanément sur lui les altérations qu’éprouve lentement sa dissolution dans l’eati; cependant ces dissolutions ne se colorent promptement qu’autant que le cyanogène est en grand excès. Suivant M. Wocher d'Heidelberg , les dissolutions alcalines de cyanogène formeraient , par la décomposition de l’eau , un cyanate et un hydrocyanate. ,

Suivant M. Vauquelin, les oxides non alcalins agiraient comme les alcalis, mais plus lentement.

«535. Action du Cyanogène sur les Carbonates , l'Hydrogène sulfuré et l'Ammoniaque. Le cyanogène décompose les carbonates alcalins à la chaleur obscure. Il se combine avec une fois et demie son volume d’acide hydro-sulfurique, et forme une substance jaune qui cristallise en aiguilles fines, frcs-soluble dans l'eau, et qui ne noircit pas les dissolutions de plomb; la combinaison est lente, l’humidité la favorise. Le cyanogène absorbe aussi une fois et demie son volume d’ammoniaque ; la combinaison n’est complète qu’après plusieurs heures , il se forme une grande absorption et il ée dépose une matière brune.

>536. Cyanures Métalliques. Jusqu'ici on n'a obtenu que quatre cyanures simples métalliques , ceux de mercure , de potassium , d argent et d’or ; mais il existe beaucoup de cyanures doubles dont il sera question plus tard.

iS3y. Cyanure de Mercure. S’obtient en faisant bouillir huit parties d'eau , deux parties de bleu de Prusse pulvérisé ( hydro -ferro- cyanate de peroxidc de fer) et une partie de doutoxide de mercure ; l'hydrogène de l’acide forme de l’eau avec l’oxigcne de l’oxide de mercure , et ce métal , en se combinant avec le cyanogène, forme un cyanure qui reste en dissolution dans la liqueur ; on filtre à chaud , et le cyanure cristallise par le refroidissement ; comme ce sel peut encore renfermer une petite quantité d’oxidc de fer , M. Proust conseille de le dissoudre dans l’eau , de

le faire bouillir par un excès de deutoxide de mercure et de saturer par de l'acide hydro-cyanique.

Le cyanure de mercure neutre cristallise en prismes quadrangulaires : sa saveur est styptique ; il provoque la salivation ; c’est un poison violent. Il se décompose facilement par la chaleur; sec, il donne du cyanogène , du mercure, et comme une partie du cyanogène est décomposé , il se dégage de l 'azote , et du charbon est mis à nu; humide, l’eau est décomposée et on obtient de l’acide carbonique, de l'acide hydro-cyanique et de l’ammoniaque ; mêlé avec le tiers de son poids de soufre , à la température de la fusion du soufre , il se manifeste une action très-vive , et il se dégage de l’azote , du sulfure de carbone , du cyanogène , et il reste dans la cornue du proto-sulfo-cyanurc de mercure : ce dernier refroidi , pulvérisé et chauffé de nouveau , se décompose en cyanogène cl sulfure de mercure. Les dissolutions alcalines, l’acide nitrique et l’acide sulfurique étendu ne décomposent point le cyanure de mercure. Les acides hydro-sulfurique, bydro-chlorique et hydriodique, font passer le cyanogène qu'il renferme à l’état d’acide hydro-cyanique. Parmi les sels aa ne connaît que l’hydro-cblorate de protoxide d’étain qui agisse sur le cyanure de mercure: par la décomposition de l’eau, il transforme le cyanogène en acide hydro-cyanique. Les dissolutions de cyanure de mercure dissulvcnt à chaud une grande quantité de deutoxide Je mercure ; cet oxide est dissous sans être décomposé, la liqueur devient très-alcaline , cristallise en houppes ^yeuses ; évaporé 3 siccité , ce composé se charbonne facilement. Les dissolutions de cyanure de mercure sont précipitées par les dissolutions de cyanure d’iode en cristaux blancs nacrés qui, d'après M. Caillot, sont composés d’iodurc et de cyanure mercuriels.

i538. Le cyanure de potassium s’obtient en chauffant ce métal dans le cyanogène ; le cyanure d’argent , en versant de l’acide hydro-cyanique ou de l’bydro-cyanate de potasse dans du nitrate d’argent : il est blanc , insoluble et se comporte it la chaleur comme le cyanure de mercure. M. Gay-Lussac |>ensc que le précipité qu’on obtient en versant une dissolution d’hydro-cyanate de potasse dans l'hydro-chlorate d'or , est aussi un cyanure.

Acide Hj dro-cyanique. ...... i

• i i • • tt ‘ . •

iS3g. Cet acide , découvert par Schécle , qui lui avait donoé le nom d 'Acide Prosaïque, a été obtenu pur pour la première fois par M. Gay-Lussac , qui lui a donné le nom qu’il porte aujourd’hui ; il est liquide , incolore ; sa densité h 7 ° est de 0,70783 ; il bout h a6°,5 ; sous la pression de o”,7C, la densité de sa vapeur est de 0,9^76; il se congèle à 15". Comme il est très-volatil , lorsque l’on en verse une goutte sur du papier , le froid produit par la portion d’acide qui se volatilise fait congeler celle qui

reste : c’est le seul corps qui présente ce phénomène ; il rougit faiblement le tournesol , son odeur est extrêmement forte et produit sur-le-champ- des étourdissemens ; sa vapeur disséminée dans une très-grande quantité d’air a l'odeur des amandes amères. L'acide hydro-cyanique est le poison le plus violent qui existe. M. Magendie rapporte qu'ayant introduit dans la gueule d'un chien un tube qui renfermait quelques gouttes d’acide hydro-cyanique, l’animal fit deux grandes inspirations et tomba roide mort; quelques atomes appliqués sur l'oeil d’un autre individu ont produit le même eiïet ; une goutte du même acide, dissous dans quatre gouttes d’alcool, ayant été injectée dans la veine jugulaire d'un troisième chien , à l’instant il tomba mort comme s’il eût été frappé d'un boulet ou de la foudre.

1540- L’acide hydro-cyanique est décomposé par un courant galvanique; l’hydrogène se porte au pôle négatif, et le cyanogène au pôle positif ; abandonné à lui-même dans des vases fermés , il se d&omposc souvent en moins d’une heure ; il prend d’abord une teinte brune, et se convertit ensuite en une masse noire qui exhale une odeur Très-vive d'ammoniaque et qui est formée d’hydro-cyanalc d'ammoniaque et de carbone uni à l'azote. Lorsqu’on fait passer sa vapeur à travers un tube de porcelaine incandescent, clic n’est jamais complètement décomposée : il se dégage de l’hydrogène, de l'azote , du cyanogène , beaucoup d’acide et il se dépose du charbon ; il est trèscombustible. A la température de 20» il augmente beaucoup le volume des gaz ; il se dissout facilement dans l’eau et l’alcool.

1541- Le phosphore et l'iode en vapeur ne l’attaquent point; le soufre l’absorbe et forme un composé solide qui parait être formé de cyanogène et d'acide bydro-sulfuriquc. Le potassium mis en contact à chaud avec un excès de vapeurs d’acide hydro-cyanique, dégage de l’hydrogène et forme un cyanure qui , mis en contact avec l’eau , se transforme sans dégagement de gaz en bydro-cyanate : il agit comme sur les acides hydro-chloriquc et hydriodique ; le fer sec ne l’attaque point , mais lorsqu’il est humide, il dégage lentement de l’hydrogène et forme du bleu de Prusse. Mis en contact avec les oxides secs, il se forme de l’eau et un cyanure ; lorsque les oxides sont facilement réductibles, l’action a lieu à la température ordinaire , tels sont les oxides de mercure , d’argent ; dans le cas contraire, il faut élever la température. Mis en contact avec les oxides humides, il se combine avec ceux qui sont difficile à réduire, et forme des cyanures métalliques avec les autres. L’acide hydro-cyanique précipite les sels de proloxidc de mercure et forme du dcuto-cyanurc ; il précipite le njlrate d’argent en blanc , le carbonate acide de fer en vert qui passe au bleu ; il trouble les dissolutions de sulfures hydrogénés et de savon ; il ne parait pas avoir d’action sur les autres dissolutions salines.

i54a. L’acide hydro-cyanique paraît exister dans les feuilles de laurier-cerise , dans les amandes amères , les amandes des cerises noires , les feuilles et les fleurs de pêcher

68o COURS

et dans plusieurs écorces. Il se forme dans toutes les distillations de matières végétales et animales azotées , et dans l’action de l'acide nitrique sur ces substances. On l'obtient par deux procédés.

i543. Le premier consiste à décomposer le cyanure de mercure par l’acide hydrocblorique; l’eau est décomposée; il se forme du deuto- chlorure de mercure, et on obtient un dégagement d’acide hydro-cyanique , mêlé d’un peu de vapeur d'eau et d'acide hydro-chlorique ; pour le purifier , on fait passer les vapeurs successivement b travers du chlorure de calcium, qui absorbe l’eau, et de la chaux, qui sépare de l'acide hydro-chlorique. L’appareil est composé d’une cornue de .verre tubuléc, communiquant avec un tube horizontal de o,n6 de longueur, et de o,"oi5 de diamètre , courbé à son extrémité et plongeant dans un flacon ; les deux tiers du tube horizontal , à partir de la cornue , sont remplis de fragmens de chlorure de chaux , et l'autre tiers de fragmens de marbre ; on introduit dans la cornue le cyanure de mercure et l'acide par le tube de sûreté ; on environne le tube horizontal et le flacon de glace , et on chauffe légèrement : lorsqu’il s’est dégagé une certaine quantité d’acide, on suspend le feu, on enlève la glace qui recouvre le tube horizontal , et on le chauffe légèrement ; l’acide hydro-chlorique pur se volatilise et vient se condenser dans le flacon.

Le second procédé, dû à M. Vauquelin, consiste b décomposer le cyanure de mereufe par l’acide hydro - sulfurique ; il se forme du sulfure de mercure et de l’acide hydro-cyanique, que l’on sépare de la vapeur d’eau et de l’acide hydro-sulfurique qu’il renferme, en le faisant passer à travers des fragmens de chlorure de calcium et de carbonate de plomb. L'appareil est composé d’un ballon d’où se dégage de l’hydrogène sulfuré, et d’un tube horizontal long, d’un grand diamètre, placé au-dessus d’un fourneau et qui renferme le cyanure de mercure, et vers l’extrémité , le chlorure de calcium et le carbonate de plomb. A l’extrémité de ce tube , se trouve un petit tube communiquant avec un flacon environné d’un mélange frigorifique. On commence pat faire chaufTer le tube horizontal , et ensuite on dégage l’acide hydro-sulfurique ; l’acide hydro-cyanique pur se condense dans le flacon.

Lorsqu’on veut obtenir l’acide hydro-cyanique en dissolution dans l’eau, on fait passer un courant d’acide hydro-sulfurique dans une dissolution de cyanure de mercure , et on agite la liqueur avec du. sous-carbonate de plomb pour absorber l'hydrogène sulfuré qui y reste en dissolution.

,544. M. Gay-Lussac a analysé le cyanogène par le procédé suivant. En faisant passer une quantité déterminée de vapeurs hydro-cyaniqucs à travers uu tube de porcelaine incandescent , renfermant quelques fragmens de fer , ces vapeurs sont entièrement décomposées ; on obtient un volume d'hydrogène , un volume d azote , et un dépût de charbon ; pour estimer la quantité de ce dernier , on répète la même

expérience ; mais en introduisant du deutoxide de cuivre dans le tube , on obtient alors pour produit de la décomposition deux volumes d’acide carbonique et un volume d'azote ; or comme l'acide carbonique est forme d'un volume d’oxigène

et d’un volume de vapeur de carbone , il s’ensuit que l'acide hydro-cyanique

est composé d’un volume d’hydrogène , d’un volume d’azote et de deux volumes de carbone , ou bien de '/, volume d’hydrogène , de '/, volume d’azote et d'un volume de carbone: ou bien encore d’un demi -volume d’hydrogène et d’un volume de cyanogène ; dans la vapeur hydro-cyanique ces volumes sont condensés en un seul , car la somme de leur densité est égale à celle de cette vapeur.

t545. Hydro-cyanatcs. L’acide hydro-cyanique se combine avec tous les oxides alcalins et forme des sels qui sont toujours avec excès de base ; plusieurs oxides ,

tels que ceux de mercure, d'argent et d’or , sont réduits par cet acide, et passent à

l’état de cyanures; d’autres, tels que l’alumine, la zirconc , ne se combinent point avec lui et n'eu éprouvent aucune altération.

i546. Les hydro-cyanatcs alcalins et terreux sont tous plus ou moins solubles ; ils sont décomposés par tous les acides , même par l'acide carbonique ; par le contact de l'air ils passent à l'état de carbonates. Leurs dissolutions précipitent plusieurs dissolutions métalliques ; ces précipités sont des cyanures ou des bydro-cyanatcs.

x 547- L’hydro-cyanalc de potasse précipite les sels de proloxidc de fer en orangé, qui par le contact de l'air passe au bleu , les sels de deutoxide de fer en bleu pile qui passe de la même manière au bleu foncé ; il trouble à peine les sels de .triloxidc de fer. Calciné en vase clos il passe en partie à l’état de cyanure , en vase ouvert l'acide est complètement décompose. Une dissolution d'hydro-cyanate de potasse , mise en contact avec du cyanure d’argent, en dissout une partie et reste alcaline ; mais si on y ajoute une nouvelle quantité d’acide, elle devient parfaitement neutre et indécomposable par les acides faibles. Cette même dissolution , mise en contact avec du deutoxide de fer, en dissout une partie, devient jaune, peut se saturer par une addition d’acide , et le composé devient beaucoup plus stable. L'bydro-cyanatc de soude paraît se comporter de la même manière.

i548. L'bydro-cyanatc d’ammoniaque cristallise en cubes , en prismes ou en aiguilles: il est très-volatil ; à sa tension est de o”,45 , et de <>*,76 à 36“ ; il se décompose avec une extrême facilité.

i54g- Quand on met le cyanure de potassium en contact avec l'eau , l’eau est décomposée et donne , sans dégagement de gaz , un hydro-cyanatc à un état de saturation constant. Il en résulte que dans tous les hydro-cyanatcs la quantité d’oxigène de l’oxide est à la quantité d’acide comme 1 est h 3,4 jG.

Acide Ilydro - ferro - c panique.

i35o. Nous avons vu précédemment que l’hydro cyanate simple de potasse dissolvait de l’oxide de fer , et qu "alors il devenait beaucoup plus stable et pouvait résister à un grand nombre d’acides. En enlevant la potasse de ce sel par un procédé que nous indiquerons plus tard , on obtient un corps cristallin acide et qui satnre toutes les bases ; ce nouvel acide est formé , suivant M. Gay-Lussac , de deux atomes d’acide hydro-cyaniquc et d’un atome de cyanure de fer. Cette hypothèse est fondée î” sur ce que les sels alcalins qui renferment ce nouvel acide ne sont point troublés par l’infusion de noix de galle et les hydro-sulfures , ce qui rend très-probable qu’ils renferment le fer à l'état métallique; î* sur ce que , d’après l’observation de M. Berzélius, le précipité que forme rbydro-ferro-cyanalc de potasse dans une dissolution de plomb est composé d’un corps renfermant deux atomes de cyanures de plomb et un atome de cyanure de fer , d'où il suit que l'acide combiné avec la potasse renfermait une quantité d 'hydrogène suffisante pour neutraliser l’oxigène de l’oxide de plomb ; or c’est ce qui arrive dans l’hypothèse énoncée ; 3» sur ce que , d’après IVl. Robiquct, en décomposant cet acide par la chaleur on obtient beaucoup d’acide hydro-cyaniquc , du gaz azote , du gaz hydrogène et du fer métallique ; or , connue il ne se forme point d'eau , point d'acide carbonique ni d’oxidc de carbone, et que le résidu renferme le fer à l'état métallique , il faut nécessairement que l’acide en question contienne le fer non oxidé ; et comme on obtient deux volumes d’azote pour un volume d 'hydrogène , il y a un volume d’azote qui ne peut pas provenir de l’acide hydro-cyanique , il faut alors qu'il provienne du cyanogène uni au fer.

i55i. L’acide hydro-ferro-cyanique est très-soluble dans l’eau et l’alcool , il s’en sépare par l’évaporation en petits cristaux grenus qui , exposés à l'air , prennent une légère teinte bleuâtre; leur saveur est fraîche et n’a rien d’analogue à celle de l'acide hydro-cyanique ; sa dissolution aqueuse transforme instantanément le tritoxide de fer en bleu de Prusse. Il se combine avec les substances terrestres et alcalines , et forme des sels très-stables ; avec la potasse il forme un sel identique avec celui qu’on obtient en traitant l'bydro-cyanalc de potasse par l’oxide de fer.

i55a. M. Porrctt, qui le premier est parvenu à isoler l’acide hydro-ferro-cyanique, le prépare par le moyen suivant : on dissout 5o parties d'hydro-ferro-eyauatc de potasse dans une quantité d'eau suffisante, et on y verse 58 parties d'acide tartrique en dissolution dans l'alcool ; la potasse sc précipite à l’état de lartrate acide , et par l’évaporation spontanée, l’acide cristallise. M. Robiquct emploie un autre procédé : il consiste à traiter le bleu de Prusse par un grand excès d’aride hydro-chloriquc , à décanter et à renouveler l’acide jusqu'à ce qu’il cesse de sc charger de fer, à évaporer

les dernières portions d'acide dans une cloche renfermant de la chaux et où on fait le vide , et enfin à traiter le résidu par l'alcool et à l’abandonner à l’évaporation spontanée ; on peut , au lieu de bleu de Prusse , employer l’hydro-fcrro-cyanatc de potasse. M. Berzéüus le prépare en traitant par l'hydrogcnc sulfuré le précipité que l’on obtient en versant une dissolution d'hydro-ferro-cyanate de potasse dans une dissolution de plomb ; ce précipite est formé , comme nous l’avons déjà dit , de cyanure de mercure et de cyanure de fer ; on le met encore tout humide dans un courant d'hydrogène sulfuré, on enlève l’excès de ce dernier par l’addition d'une quantité convenable de cyanure , on filtre et on évapore dans le vide.

1 533. Hydro-Jerrocy anales. Lorsque l'on chauffe ces sels à 100°, il se dégage de l’eau et ils se transforment en cyanures métalliques ; ainsi ils se comportent comme les hydro-chlorates. -Un grand nombre , et surtout ceux qui sont insolubles , peuvent être considérés comme des cyanures doubles.

i554- llydrojcrrocy anale de Potasse. Ce sel est solide, en cristaux lamellcux, jaune, inodore; sa densité est de i,833; 100 parties d'eau en dissolvent 37,8 à «a" et go, 6 à g3»,3. A la température de 60° il perd 13,7 d'eau, devient blanc, et se trouve alors transformé en cyanure -, chauffé jusqu'au rouge , il ne laisse dégager aucun gaz et commence à éprouver la fusion. ignée , en élevant la température jusqu'au point de ramollir le verre; il se dégage de l'azote, et le. résidu est un mélange de cyanure de potassium et de quadri- carbure de fer; c’est le cyanure de fer qui se décompose le premier.

«555. L’hydrogène sulfuré et l’infusion de noix de galle n’en précipitent point le fer. L’acide bydro-cbloriquc s'empare de la potasse. L'acide sulfurique le dissout en produisant beaucoup de chaleur; à 100 0 la dissolution n’est point altérée; à une température plus élevée il se dégage de l'acide sulfureux , de l'acide carbonique , de l’azote, et il reste des sulfates de potasse de fer et d'ammoniaque; abandonnée dans des vases ouverts, cette dissolution attire l'humiditc de l’air, et laisse déposer des cristaux composés de cyanures de potassium et de fer. Traité à chaud par deux fois son poids d’acide nitrique, l'hydro-fcrro-cyanatc de potasse laisse dégager du cyanogène, puis de l’acide carbonique et du dcutoxidc d’azote; il reste des nitrates de potasse et de fer. Les acides sulfurique , hydro-chlorique et acétique , étendus et froids , dissolvent une partie de ce sel ; à chaud ils dégagent de l’acide hydrocyaniquc et forment un précipité blanc dont la nature n'est pas connue. Ce sel en dissolution dans l'eau et à l’aide de la chaleur est aussi décomposé par le dcutoxidc de mercure ; il se forme un précipité de pcroxidc de 1er , de l'alcali libre et du cyanure de mercure , mais il reste toujours du fer en dissolution.

«556. Lorsqu’on fait chauffer avec la moitié de son poids de soufre le cyanure double de potasse et de fer que l’on obtient en soumettant l'hydro-fcrro-cyanatc

de pousse h la température de 100* , à la chaleur rouge le cyanure de potasse s’unit au soufre et forme un composé désigné sous le nom de Sulfo-ry anure , et le cyanure de fer est décomposé ; les cyanures doubles de fer et des autres alcalis agissent de la même manière. Le sulfo-cyanure de potasse mis en contact avec l’eau, la décompose et forme un hydro-sulfo-cyanure qui par la cristallisation retourne à l’ctat du sulfo-cyanure. Le sulfo-cyanure de potasse a la forme et la fusibilité du salpêtre; ces cristaux sont anhydres; humides et chauffés, une partie se décompose en produisant du carbonate d’ammoniaque et du sulfure de potasse ; calcinés dans i’oxigène , il ne reste que du sulfate de potasse : le sulfo-cyanure de potasse est formé, d’après M. Rcrzélius , de 4°, >5 de potassium, de a6,88 de cyanogène et de 3a, 97 de soufre.

i5Ï7. La dissolution d’hydro-fcrro-cyanatc de potasse ne précipite ni les alcalis, ni les acides, ni les sels alcalins; mais elle précipite presque tous les sels des cinq derniers ordres. Ces précipités sont ou des hydro-ferro cyanates ou des cyanures doubles.

Couleur des Préciaités /ormes par I Ilydro-ferro-cyanatc de potasse.

Dans lus Dissolutions salines Je

Couleurs.

Dans les Dissolutions salines Je

Couleurs.

Blanc ou jaune serin.

Blanc.

libnc.

Bleu clair.

Bleu foncé.

Blanc.

Blanc.

Blanc.

Blanc.

Couleur Je sang.

Blanc.

Vert d'herbe.

Bouge brun.

Blanc.

Blanc.

Cm moisi.

Vert pomme.

Blanc.

’ Blanc.

Blanc , bleuit à Pair.

Olive.

Blanc, passe au jaune.

Manganèse. .............

Protoxidc Je fer....

Druluxidc Je fer

Tritoxide Je fer

Bismuth

Protoxi Je Je cuivre......

Deutoxidc de cuivre

Nickel

Plomb

Zinc

Cadmium

Antimoine

Deutoxidc de mercure....

Argent

Palladium

Or

Cérium

Cohall

i558. L’hydro-ferro-cyanatc de potasse s’obtient en traitant successivement , par l’acide sulfurique et la potasse, le bleu de Prusse qui est un mélange d hydro-ferroevanate de fer et d’alumine. L’acide sulfurique dissout 1 alumine , et la potasse précipite le fer pour se substituer à sa place; on emploie ordinairement parties égales de bleu de Prusse et d’acidc sulfurique , étendu de 5 à 6 fois son poids d eau ; on fait chauffer pendant une demi-heure , on filtre jusqu’à ce que les eaux de lavage ne soient plus acides , après quoi on verse de la potasse jusqu’à ce que la matière

soit complètement passée du bleu au brun; on filtre de nouveau, cl on fait concentrer. Il paraît que l 'on est parvenu à le faire directement en calcinant les matières animales avec de la potasse et dis fer. Ou en fait une assez grande consommation dans les arts. Ce sel desséché i too° est forme de deux atomes de cyanure de potassium et d'un atome de cyanure de fer.

155g. Hydro-Jerro-cyanale de Barite. S'obtient comme celui de potasse, jouit des mêmes propriétés; à 4o° il abandonne 0,147 d’eau et se transforme en cyanure double.

i5Go. Hydro-fcrro-cy anale de Chawr. S'obtient comme celui de potasse , il ne cristallise que quand la matière est en consistance sirupeuse. A 100* il perd 0,39b, et se transforme en cyanure double.

i56i. Hydro-fcrro-cyanate d Ammoniaque. S’obtient comme les précédons; par la calcination en vase clos, l'hydro-cyanalc d'ammoniaque se dégage, et le carbure de fer qui se forme à la fin de l’opération s’enflamme comme dans l'oxigcnc, quoiqu’il soit environné d'azote et qu'il n’éprouve aucune altération; ce phénomène se remarque dans la calcination de tous les hydro-fcrro-cyanatcs métalliques.

i56a. Hydro-fcrro-cyanate de Fer C Bleu de Prusse. ) Le bleu de Prusse découvert en 1704, par Dicsbach et Dippel, est une matière solide, bleue, insoluble dans l'eau, retenant avec force une assez grande quantité d ’eau hygrométrique ; il supporte la température de i5o° sans se décomposer; distillé il donne de l’eau, de l’hydro-eyanate et du carbonate d'ammoniaque, et du carbure de fer qui devient facilement incandescent; sec il s’enflamme facilement et donne pour résidu 0,60 de tritoxide de fer. Exposé à l’air il passe lentement au vert; le chlore lui donne la même teinte, mais les corps désoxigénans , tels que les sulfites, etc, le ramènent. Les alcalis, le deutoxidc de mercure en précipitent le fer; les premiers forment des hydro-ferro-cyanates , le dernier un cyanure ; l’acide bydro-chloriquc le décompose en s’emparant de l’oxide , de fer. L’acide sulfurique concentré se combine avec lui et le fait devenir blanc; la' couleur reparaît par l’eau ; les corps désoxigénans le font passer au blanc , en ramenant l’oxide de fer à l'état de protoxidc ou de deutoxidc.

i5S3. Le bleu de Prusse s'obtient dans les laboratoires en versant une dissolution d'bydro-ferro-cyanalc de potasse dans une dissolution d'un sel de Iriloxide de fer. Dans les arts on emploie le procédé suivant : on calcine dans une chaudière de fonte parties égales de potasse du commerce et de matière animale sèche , jusqu'il la chaleur rouge : il se dégage toutes les substances qui résultent de la distillation des matières animales , et il se forme du cyanure de potassium , et du sulfure de potassium résultant de la décomposition par le charbon du sulfate que contient ordinairement la potasse. On laisse refroidir sans le contact de l’air et en lessive ; il faut faire refroidir, parce que la matière étant chaude, l’eau décomposerait une partie du cyanogène, et formerait de l’ammoniaque, et ce refroidissement doit avoir

lieu sans le contact de l'air, parce que l'air pourrait embraser la matière. La lessive renferme du sous-carbonate, de l’hydro-cyanate , et de l’hyilro-sulfalc de potasse, provenant, les deux derniers du cyanure et du sulfure qui ont décomposé l’eau; on y verse une dissolution de deux parties d’alun et d'une partie de sulfate de fer , jusqu’à ce qu’il ne se forme plus de précipité; il se dégage de l’acide carbonique, de l'acide bydro-sulfurique , et il se forme un précipité brun , renfermant de l’bydroferro-cyanatc de proloxide ou de dcutoxidc de fer et de l’hydro-sulfure de fer. Le précipité est ensuite soumis pendant s5 jours à des lavages à l’eau que l’on renouvelle deux fois par jour ; l’hydre -sulfure est emporté , le fer vient à l’état de tritoxide, et la couleur de la matière passe successivement du brun au brun verdâtre ci au bleu; il ne reste plus alors qu'à recueillir le précipité sur des toiles et à le faire sécher.

s 564- Le bleu de Prusse est un bydro-ferro-cyanatc ; les produits qu'on en retire ne laissent aucun doute à cet égard , mais d'après M. Bcrzélius , il est tantôt à l’état de sel neutre, tantôt à l'état de sous-sel. Préparé en versant une dissolution neutre d’hydro- ferro-cyanate de potasse dans une dissolution également neutre d'bydro-chloralc de peroxide de fer, il est neutre. Obtenu en précipitant le même hydro-cyanatc par un sel de protoxidc de fer, lavant et exposant à l’air, il est à l'état de sous- sel, parce que le premier précipité étant neutre, l’oxide de fer s’oxigénaot acquiert une plus grande capacité de saturation. Le bleu de Prusse à l’état de sous-sel est soluble dans l’eau pitre, mais un sel quelconque et l’acide hydro-chloriquc le précipitent ; le bleu de Prusse ainsi précipité , jouit encore de la propriété de se redissoudre dans l’eau ; celui du commerce est -a l’état de soussel, et c’est probablement à cause de l’alumine qu’il renferme qu'il n’est pas soluble dans l'eau pure. Le bleu de Prusse neutre récemment préparé est facilement décomposé par l’hydrogène sulfuré en laissant de l’acide bydro-ferro-cyanique libre ; propriété dont ne jouit pas le bleu de Prusse à l'état de sous-scl.

sicide Chloro-cjanique.

i5G5. Cet acide, découvert par M. Bcrtholcl, était désigné sous le nom d 'Acide prusiique oxtginc. On l’obtient en dissolution , en faisant passer un courant de chlore dans une dissolution d'acide hydro-cyaniquc , jusqu’à ce qu'elle décolore l’indigo, et absorbant l’excès de chlore en l’agitant avec du mercure ; quand on fait chauffer légèrement cette dissolution , on obtient un gaz formé d’acide cbloro-cyanique et d’une quantité plus ou moins grande d’acide carbonique. La dissolution d’acide chloro - cyanique n’est précipitée ni par les sels de baritc, ni par ceux d'argent;

à l'aide de la potasse elle forme un précipité rert dans les dissolutions de proloxide de fer fil faut verser l’acide dans la dissolution saline, ajouter un peu d’alcali et enfin un peu d’acide. La vapeur chloro-cyanique est incolore , son odeur est trèsvive et provoque le larmoiement. Elle rougit le tournesol et ne détone qu'avec un mélange d’oxigène et d’hydrogène; à l’aide de la chaleur le potassium la décompose, le chlore et le cyanogène sont absorbés, et une partie de l’acide carbonique est décomposée ; les alcalis l’absorbent rapidement Les chloro-cyanates en dissolution , traités par la plupart des acides , sont décomposés ; l'acide et l'eau le sont aussi , il Se forme de l’ammoniaque, de l’acide hydro-chlorique et de l’acide carbonique.

M. Gay-Lussac a analysé l'acide. chloro-cyanique ; il l’a trouvé formé d’un volume de vapeur de carbone , ■/, volume d’azote et /, volume de chlore condensés en un seul volume. ( Annales de Chimie , tome xcv ).

Acides gras.

1S66. Les acides gras sont au nombre de dix ( i5ai ), tous contiennent beaucoup de carbone et d’hydrogène ; ils sont tous très-solubles dans l’alcool et très-combustibles.

>567. Aride Sébariquc. Cet acide, dont le nom dérive du mot latin sébum , suif, a été découvert par M. Thénard ; c’est un des produits de la distillation des graisses ; il est solide , inodore , plus dense que l’eau ; soluble dans ce liquide , mais plus à chaud qu’à froid ; très-soluble dans l’alcool , cristallisablc en aiguilles peu consistantes ; soumis à une température peu élevée , une partie se volatilise , l’autre se décompose. L’acide sébacique forme des sels neutres solubles avec tous les alcalis ; ils sont tous décomposablcs par la plupart des acides ; les sébales solubles précipitent les dissolutions de plomb , de mercure et d’argent. L’acide sébacique s’obtient en traitant par l’eau bouillante le produit de la distillation du suif , décantant , précipitant la liqueur claire par l’acétate de plomb , décomposant le sébate de plomb par l'acide sulfurique étendu de cinq à six parties d’eau , faisant évaporer et cristalliser la liqueur qui surnage le sulfate de plomb. Cet acide ne renferme point d’azote , car le suif qui le produit n’en contient point.

i568. Aride Choleslériquc. Cet acide , découvert par MM. Pelletier et Cavenlon , se prépare en traitant la cholestérine ( i5i5) par un poids égal d’acide nitrique concentré, à l’aide de la chaleur. On obtient d’abord un' liquide qui , par le refroidissement , laisse déposer une matière jaune formée d’acide choleslériquc et d’acide nitrique ; on la purifie par des lavages à l'eau bouillante , en y ajoutant un peu de carbonate de plomb , et ensuite en la dissolvant dans l’alcool , filtrant et faisant évaporer à’siccité ou spontanément ; dans le premier cas l’acide est jaune , dans le second il est en aiguilles blanches. L’acide choleslérique entre en fusion à 58*; sa densité est inter-

médiairc à celle de l’eau cl de l’alcool ; sa saveur est très-faible el légèrement glyptique ; son odeur est analogue à celle du beurre ; il est très-soluble dans l'alcool , dans les éthers sufuriqne cl acétique , dans la plupart des huiles essentielles ; mais il est insoluble dans l’eau , les huiles lises et les acides végétaux ; l’acide nitrique le dissout sans l'altérer , l’acide sulfurique le charbone par un contact prolongé.

i56j. L’acide cbolestériquc se combine avec la plupart des bases salifiables et forme des sels dont la couleur varie du jaune au rouge ; ceux de soude , de potasse el d'ammoniaque sont solubles et déliquesccns , la plupart des autres sont insolubles ou peu solubles ; tous sont décumposés par tous les acides minéraux et végétaux , excepté l’acide carbonique. MM. Pelletier et Caventon , en .analysant les cholestérates de plomb et de baritc , ont trouvé la même anomalie que présentent les oxalates de ses bases ( 1 i5â ).

1570. Acide Stéarique. Cet acide a été ainsi désigné par M. Chevrcul , à qui on en doit la découverte , du nom ctt éap , suif , parce qu’il est un des produits de la saponification de cette graisse. L’acide stéarique est blanc, insipide il renferme toujours un peu d’eau. Sa densité est plus petite que celle de ce liquide. Il fond h 70* et cristallise en aiguilles blanches par le refroidissement; à chaud il rougit facilement le tournesol ; dans le vide il se volatilise sans s’altérer , dans l’air une partie se décompose. 11 est insoluble dans l'eau , très-soluble dans l’alcool et la plupart des corps gras ; lorsqu'on le chauffe suflisammenl il brûle dans I air à la manière de la cire ; 1 acide nitrique le décompose. Pour obtenir l’acide stéarique , on commence par saponifier à 100" cent parties de graisse de porc par vingt-cinq parties de potasse caustique dissoute dans cent parties d eau ; on reconnaît que la saponification est complète lorsque la matière est homogène et complètement soluble dans l’eau bouillante , alors on recueille le savon , on te sépare de l’eau ; ce savon contient du stéarate , du margaratc et de l’oléate de potasse ; pour séparer l’oléatc on le fait macérer pendant ai heures dans le double de son poids d'alcool & 0,811 de densité, l’oléatc seul est dissous ; pour séparer le margaratc ou dissout la matière dans de l’alcool bouillant, le stéarate se précipite par le refroidissement, mais comme il relient encore un peu de margaratc, il faut répéter cette opération , cl enfin décomposer à chaud le stéarate par de l’acide hydro-chlorique Irès-élendu et laver jusqu’à ce que l’eau ne précipite plus le nitrate d’argent. D'après M. Chevrcul ■ l’acide stéarique sec est formé de 7,377 d’oxigène , de 80,1/, 5 de carbone , et de 1 a, 4?8 d hydrogène ; ou de 1 volume d’oxigène , ii volumes de carbone et 37 volumes d’hydrogène.

1571. L’acide stéarique forme des stéarates neutres et des bi-stéarates , qui sont décomposables par presque tous les acides , excepté l’acide carbonique , car à 100* il dégage l’acide carbonique des sous-caVhonatcs alcalins ; dans les stéarates neutres la quantité d’oxigène de l’oxide est à la quantité d’acide comme 3 est à 100, et dans les bi-stéarates comme 3 est à 300.

DE CHIMIE. 6Rg

i&73. Le (Karaté neutre <le potasse s'obtient en faisant chauffer deux parties d’acide stéarique , deux parties de potasse à l’alcool et vingt parties d’eau ; par le refroidissement , le sel se dépose en grumeaux ; on les dissout dans l’alcool bouillant , et par un nouveau refroidissement le sel se dépose en paillettes brillantes ; l’éther bouillant enlève une partie de l’acide et le fait passer à l’état de sous-sel. L'action de l’eau sur le stéarate neutre varie suivant sa quantité et la température ; avec dix fois son poids d’eau il forme un mucilage épais ; il se dissout dans vingt-cinq parties d’eau bouillante, et par le refroidissement on obtient un précipité de bi-sléarate.

tS73. Le stéarate de soude s'obtient en faisant chauffer vingt parties d’acide stéarique , treize de soude et trois cents parties d’eau ; l’eau froide ne le dissout point et ne Waltère pas , l'eau bouillante se comporte avec lui comme avec le stéarate de potasse.

■ 574- Acide Margariçue. Cet acide , découvert par M. Chevreul , tire son nom de son aspect nacre ; scs propriétés physiques sont les mêmes que celles de l’acide stéarique , seulement il se fond à Go*. L'acide margariquo a été trouvé dans le gras des cadavres ; c’est un des produits de la saponification des huiles et des graisses. Pour l’obtenir on peut se servir du savon de graisse de porc , d'où on séparerait le margarate par l’alcool au moyen d'une série d’opérations semblables à celles que nous avons décrites pour obtenir l’acide stéarique , attendu que le margarate de potasse est plus soluble dans l’alcool que le stéarate ; mais il vaut mieux employer de la graisse humaine , parce que cette substance en se saponifiant ne forme que des oléales et des margarates qu’il-cst facile de séparer par l'alcool froid qui dissout les premiers et ne dissout pas sensiblement les derniers. M. Chevreul regarde cet acide comme un hydrate ; sec il est formé de 8,937 d'oxigène , de ?q,o53 de carbone et de ta, 010 d’hydrogène.

1 575. L'acide margarique se combine avec les bases salifiablcs , et forme des sels qui jouissent des mêmes propriétés et s'obtiennent de la même manière que les stéarates.

1576. Acide O Ici que. Cet acide , ainsi désigné par M. Chevreul à cause de sa consistance oléagineuse, a une' odeur et une saveur rances: sa densité à ig ” est de 0,898 ; b quelques degrés au-dessous de zéro il se congèle en aiguilles blanches ; dans le vide il se volatilise .sans alteration ; dans l’air il te décompose en partie, il est très-soluble dans l'alcool et insoluble dans l’eau; il décompose les sous-carbonates alcalins. L’acide oléique fait partie du gras des cadavres et de tous les savons ; on l 'obtient en traitant le savon de graisse par l’alcool froid , qui ne dissout presque que l'oléatc ; on évapore b siccité , et l'on traite de nouveau par l'alcool pour séparer les dernières portions de margarate et de stéarate ; lorsqu'on a 1 ’oléate pur , il ne reste plus pour obtenir l'acide oléique qu’b le décomposer à chaud par l’acide tartrique. D’après M. Chevreul , l'acide oléique renferme 3,g5 d’eau sur 100 d’acide oléique sec ; ce dernier est composé de 7,699 d’oxigène , de 8o,g4> de carbone et de ii,35g d'hydrogène.

Bgo COURS

■ 577. L’acidc oléique ic combine avec toutes les bases, et (orme des sels neutres , acides ou avec excès de base , qui ont la même capacité de saturation que les stéarates et les margarates.

1578. L’oléatc neutre de potasse s'obtient en chauffant une partie d’acide oléiquc ,

une partie de potasse i l’alcool , et cinq parties d’eau , et opérant comme pour obtenir les stéarates ( 157a ). Ce sel est pulvérulent ; il forme une gelée transparente avec deux parties d’eau , et un liquide sirupeux avec quatre parties ; dissous dans une grande quantité d’eau , il lui cède une portion de sa base , et passe à l’état de sur-oléate ; presque tous les acides le décomposent, l’acide carbonique lui- même à la température de S*. L’oléate acide se forme directement en combinant io3,S d’acide oléique , 4°o d’eau et 9,21 de potasse. .

1579. L’oléatc de soude s'obtient en chauffant une partie d'acide, 0,66 de soude et cinq parties d'eau ; ce sel est déliquescent ; presque tous les autres oléates sont insolubles, et peuvent s’obtenir par la voie des doubles décompositions,

iS8e. Acide Phocénique. Cet acide , découvert par M. Chcvrcul , est un des produits de la saponification de la phocénine ( *517 ) ; on le trouve tout formé , mais en très-petite quantité , dans les huiles de dauphin et de marsouin , et dans les baies de vibumum opulus. Cet acide est liquide , incolore : sa densité à 38* est de 0,931 ; son odeur est forte et analogue à celle de l’acidc acétique et du beurre fort , sa saveur est acide et très-piquante ; il reste liquide à 9* ; dans le vide il se volatilise sans altération , dans l’air il se décompose en partie ,.è moins qu’il ne soit en dissolution dans l’eau; il s’enflamme è la manière des huiles essentielles. L'eau à.3o° en dissout ’/t , l’alcool à 0,794 de densité le dissout en toute proportion ; la dissolution aqueuse se décompose spontanément dans des vases qui renferment de l'air. L’acide phocénique s’obtient en saponifiant par la potasse de l'huile de marsouin ou de dauphin , traitant par l'eau la masse savonneuse et décantant ; le dépôt est formé de margaratc et d'oléate de potasse , et la liqueur claire de phocénale , d’oléate et de glycérine ; ou ajoute à .cette liqueur on petit excès d'acide tartrique , on filtre pour séparer les acides margarique et oléique , et on disaille ; tout l'acide phocénique se dégage avec l'eau ; on sature par de la barite : on met le pbocénaie de barite sec dans un tube avec 33,4 d’acide sulfurique à 66° étendu de 33,4 d’eau : par l’agitation la décomposition a lieu ; on obtient de l’eau saturée d’acide phocénique ,ct au-dessus, de l'acide phocénique hydraté ; en enlevant ce dernier et ajoutant 33,4 d’eau > on obtient une nouvelle quantité d’acide phocénique hydraté. Cet acide , d après M. Cberreul , contient 9,89 d’eau pour 100 d’acide sec, et ce dernier est formé de a6,o3o d ’oxigène , de 66,3qo de carbone et de 7,580 d’hydrogène.

i58i. L’acide phocénique se combine avec toutes les bases salifiables et forme des sels dont la capacité de saturation est beaucoup plus grande que celle des acides

DE CHIMIE. 6<ji

stéarique , margarique ci oléique -, dans les phocénatcs neutres la quantité d ’oxigene de l’oxide est à la quantité d’acide comme 8,65 est & 100.

i58i. Acides thdyriquc , Coproïquc , Cuprique. Ces acides sont le résultat de la saponification de la butyrine (i5i8); le premier existe tout formé, mais en petite quantité, dans le beurre. On les obtient tous trois par le procédé suivant : après avoir saponifié le beurre et délayé le savon dans l'eau , on décompose la dissolution par un excès d'acide tartrique , on filtre et on distille ; les trois acides sc vaporisent avec l’eau ; on sature par de l’eau de barite. Pour séparer ces trois sels on évapore b siccité , et en traitant le résidu par des quantités d’eau convenables, on parvient à les isoler; 100 parties d’eau dissolvent 36 parties de butyratc à io* , 8 de caproatc à io°,5 et o,5 de capratc à 20°; il ne reste plus alors , pour obtenir ces acides , qu’à décomposer ces sels par des quantités convenables d’acide sulfurique.

i583. L’acide butyrique s'obtient en traitant ioo parties de bulyrate de barite par 63 parties d'acide sulfurique étendu de 63 parties d'eau. L'acide butyrique est liquide , presque incolore , son odeur est forte. Chauffé dans le vide ou avec l’eau , il sc volatilise sans s'altérer ; dans l’air il sc décompose en partie. Il est soluble dans l'eau en toute proportion ; il brille à la manière des builes essentielles. Il forme des sels dans lesquels la quantité d’oxigenc de l’oxide est à la quantité d'acide comme io,3 est à ioo ; l’acide hydraté renferme it,6 d’eau sur 100 d'acide sec ; ce dernier est formé de 3o,585 d'oxigène , de 61,417 de carbone et de 6,998 d’hydrogcnc.

i584- L’acide caproïque est liquide , incolore ; son odeur est analogue à celle de la sueur; sa densité à iG“ est de 0,921 ; 100 parties d’eau n’en dissolvent pas r,o4 à 7* ; il forme des sels dans lesquels la quantité d’oxigène de l’oxide est k la quantité d’acide comme 7, 5 est à 100 ; l’acide hydraté renferme 8,66 d'eau pour 100 d’acide sec ; ce dernier est composé de 21,439 d’oxigène , de 68,692 de carbone et de 8,869 d'hydrogène.

• 585. L’acide caprique à 16°, 5 est eu petites aiguilles incolores, il est fusible à i8a; sa saveur est brûlante, son odeur est celle du bouc; sa densité à 18° est de o,9>o3; il est très-peu soluble dans l'eau , car 100 parties d’eau à 10* n’en dissolvent que o,i5; l'alcool le dissout en toutes proportions. Il se combine avec les bases et forme des sels dans lesquels la quantité d’oxigène de l'oxide est à la quantité d’acide comme 5,89 est à 100. L'acide hydraté renferme 7,4 d’eau pour 100 parties d’acide sec ; ce dernier est formé de 16,14» d’oxigène, de 71,111 de carbone et de 9,737 d’hydrogène.

t586. Acide Hircique. Cet acide , découvert par M. Chcvreul , est le produit de la saponification de l’hircine ; on l'obtient en saponifiant le suif de bouc par la potasse et opérant comme pour extraire l’acide phocéniquc. L’acide hircique est liquide , son odeur est celle du bouc ; il est peu soluble dans l’eau, très-soluble dans l’alcool, >1 forme avec la potasse un sel déliquescent.

1S87. On connaît encore deux autres acides gras : 1“ celui qui provient de l'action de l'acide nitrique sur le suif; s* celui qui résulte de la saponification de la uiatiirc grasse de la cévadille. ( Ann. de Chimie et de Physique , loin- xiv ).

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