CHAPITRE IL
Sels dont l’Acide est à base de Chlore.
709. Nous connaissons deux acides oxigénés à base de chlore. Nous étudierons successivement les deux genres de Sels auxquels ils donnent naissance.
710. Tous les chlorates neutres sont décomposés par la chaleur à une température inférieure à la chaleur rouge ; ceux du 1" ordre donnent pour produit , de l'oxigène , du chlore et un oxide ; les autres , de l'oxigènc et un chlorure métallique. Les chlorates , à une température élevée , brûlent avec rapidité tous les corps combustibles , excepté le chlore , l’iode , l’azote et les métaux du dernier ordre. Souvent ces combustions ont lieu par le seul effet du choc.
71t. Tous les chlorates connus sont solubles , excepté le proto-chlorate de mercure.
712. Tous les acides forts décomposent les chlorates; les produits variant, suivant la température. Lorsqu’on verse de l'acide sulfurique, nitrique ou phosphorique dans une dissolution de chlorate de potasse , et que l'on élève promptement le mélange à la température de l’ébullition , il se dégage un peu de chlore et d'oxigène , il se forme un sulfate , un nitrate , ou un phosphate , et en même temps un chlorate oxigéné ; ainsi , une portion seulement du sel est décomposée , et la majeure partie de son oxigene se combine avec l’autre. Mais si l'on ne soumettait le, /. 46
mélange qu’à l'action d’une douce chaleur , il se dégagerait beaucoup d’oxide de chlore et très -peu d’oxigène et de chlore: le même phénomène aurait lieu avec l’acide hydro-chloriquc. Lorsque l'on verse de l’acide sulfurique concentre sur du chlorate de potasse sec , le sel est décomposé en produisant beaucoup de chaleur et un grand dégagement d’oxigène et de chlore.
71 3. Aucun chlorate n’existe dans la nature; celui de potasse s’obtient en faisant passer un courant de chlore à travers une dissolution de potasse ; on peut former les autres en traitant directement les oxides par l’acide chloriquc.
714. Dans les chlorates neutres, la quantité d’oxigène de l’oxide est à celle de l’acide comme 1 est à 5 , et à la quantité d’acide comme 1 est à 9,3i.
715. Les chlorates ont été découverts par Bcrthollet en 1766. Un seul est employé dans les arts.
716. Chlorate de Potasse. Ce sel est blanc; sa saveur est fraîche et acerbe ; soumis à l’action de la chaleur , il entre en fusion au-dessous de la chaleur rouge ; bientôt après il bout , se décompose , laisse dégager de l’oxigène , et se transforme en chlorure de potassium. Cette décomposition peut se faire facilement dans une petite cornue de verre : 100 parties d’eau à 104“, 78 en dissolvent 60 parties; à 49*. 18.96, et à o% 3,33.
717. On obtient le chlorate de potasse en faisant passer un grand excès de chlore à travers une dissolution concentrée de sous-carbonate de potasse ( potasse du commerce ). Le chlore se divise en 3 parties ; l’une se combine avec la potasse , les deux autres décomposent l’eau , et se transforment, l’une en acide hydro-chloriquc, l’autre en acide chia» rique , et ces deux acides se combinent avec une portion de potasse : ainsi il se forme 3 produits différons , un chlorure, un hydro - chlorate et un chlorate , et pendant leur formation , il se dégage de l’acide carbonique ; comme le chlorate de potasse est beaucoup moins soluble que le chlorure et que l’bydro-cMorate , la liqueur en est bientôt complètement saturée ; alors il se dépose au fond du vase : on recueille le pré-
cipité sur un filtre , on le lave avec une pclitc quantité d'eau , et on le fait sécher; pour l'obtenir plus pur, il faudrait le faire dissoudre à chaud dans de l’eau distillée , et le faire cristalliser de nouveau. En opérant sur 2 à 3 kilogrammes de potasse , l’opération dure plusieurs jours : un kilogramme de potasse fournit de 90 à 100 grammes de chlorate.
Pour faire cette opération de manière à ne pas être incommodé par le chlore qui , malgré toutes les précautions possibles , passe presque toujours à travers les luts , il faut se servir de l’appareil ( Jig . 83 ) ; il est composé d'un ballon A , dont le col long et recourbé plonge dans un vase de verre M ; dans l’extrémité du col du ballon , passe un tube de sûreté abcd, soutenu par le support N. On introduit d’abord dans le ballon le mélange de manganèse et d’acide hydro-chloriquc destiné à produire le dégagement de chlore , et dans le vase M la dissolution de potasse ; on place ^lors le ballon comme l’indique la figure , ainsi que le tube de sûreté.
718. Le chlorate de potasse est formé de Gi,s3 d’acide chlorique et de 38,77 de potasse ; c’est ce qui résulte de la décomposition de ce sel par la chaleur : en effet , 100 parties de chluralc de potasse soumises & l’action de la chaleur , donnent 38,88 d’oxigène et 61,13 de chlorure de potassium; or, ces 61,13 de chlorure
- ' sont composés de 38,93 de chlore et de 33,30 de métal , et cette quantité de métal donne 38,77 de potasse; donc, le chlorate de potasse est formé de 88,77 de potasse et de 61, a3 d’acide.
719. Usage. On emploie le chlorate de potasse pour obtenir de l’oxigène pur, pour faire des briquets et des poudres fulminantes.
Pour se procurer du gaz oxigène parfaitement pur , on décompose le chlorate de potasse dans une petite cornue de verre ou de porcelaine ; 100 grammes de chlorate fournissent plus de 27 litres de gaz.
Les briquets que l’on désigne sons le nom de Briquets OxigMes , sont fondés sur l’action du chlorate de potasse et de l’acide sulfurique concentré : lorsque ces deux corps sont en contact à la température ordinaire, le premier est décompose subitement ; il se développe une grande chaleur et un dégagement d’oxigène ; de sorte que si cette décomposition avait lieu en présence d’un corps combustible , elle l'enflammerait. On con-
ccvra facilement, d’après cela, l'explication des details que nous allons donner. On broie dans un mortier un mélange d’une partie de soufre, de 2 parties de chlorate de potasse et d’une trcs-petite quantité de cinabre : on en forme ensuite une pâte liquide avec de l'eau gommée , et on y plonge par leurs extrémités des allumettes Boufrées : lorsque cette pâte est desséchée, en plongeant les allumettes dans de l’acide sulfurique concentré", elles s’enflamment subitement. Il faut avoir soin de ne pas trop enfoncer les allumettes dans l’acide , parce qu’alors la chaleur développée par la décomposition du chlorate , est absorbée par l’excès d’acidc ; pour éviter cet inconvénient , on met dans le flacon d’acide une certaine quantité d’amiante.
Les poudres fulminantes par le choc sont formées d'un mélange de chlorate de potasse et de matière combustible, minérale , végétale ou animale : pour les préparer , on commence par pulvériser séparément la matière combustible et le chlorate , et on les mêle ensuite ; pour les faire détoner , on les enveloppe de papier , on les place sur une enclume , et on frappe fortement dessus. Les poudres fulminantes à base de soufre, de sulfure d'antimoine , de sulfure d’arsenic, détonent avec la plus grande force ; celles à base de charbon sont moins fulminantes ; celles à base de phosphore fulminent souvent spontanément. La préparation de ces dernières est dangereuse (t) ; car, quelquefois les fragmens de phosphore enflammés sont lancés à une grande distance. La poudre dont on se sert maintenant pour amorcer certains fusils de chasse , est composée de 55 parties de salpêtre , de 33 de soufre , de 17 de bois de bourdain râpé, de 17 de lycopodc et d’une certaine quantité de chlorate de potasse. On réduit cette poudre en globules de là grosseur d'un pois, et on les recouvre d'un couche de cire.
7*0. Chlorate de Soude. Ce sel jouit des mêmes propriétés physiques et chimiques que le chlorate de potasse ; seulement il est beaucoup plus soluble. Sa disso-
(1) Comme le phosphore est trfc*-4uctilc i on ne peut pas le pulvériser dans un mortier ; pour le réduire en poudre, on le fait fondre sou* l’eau dan» nne fiole à médecine, *1 on apte fortement; i] je divise en petite» boule» qui s* solidifient bientôt.
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lution ne cristallise que lorsqu'elle est en consistance presque sirupeuse. On l'obtient directement en traitant l'acide chlorique par la soude. 11 est sans usage.
721. Chlorate de Barile. Ce sel a une saveur âcre ; il cristallise en lames carrées ; à 10° l'eau en dissout de son poids. Il est insoluble dans l'alculiol , et sa dissolution n’est pas troublée par le nitrate d’argent ; décomposé par la chaleur, il donne les mêmes produits que le chlorate de potasse , et de plus un peu de barite. Le meilleur procédé pour l'obtenir, consiste â verser dans une dissolution chaude de chlorate de potasse , un excès d’acide fluorique silicé en dissolution dans l'eau , et à faire chauffer : la potasse se précipité en combinaison avec l'acide fluorique silicé, et l’acide chlorique reste dans la liqueur avec l’excès d'acide fluorique silicé ; alors on sépare la liqueur du précipité, et on la sature par le carbonate de barile; le restant de l'acide fluorique silicé se précipite, et la liqueur filtrée ne renferme que du chlorate de barile pur, que l'on peut facilement séparer de l'eau par la cristallisation.
722. Chlorate de Strontiane. Déliquescent ; ne cristallise que difficilement. S’obtient en combinant l’acide chlorique avec la strontiane. Il fait brûler les charbons incandcscens avec une flamme purpurine.
7 j3. Chlorate de Magnésie. Déliquescent; ne cristallise que difficilement. S’obtient en traitant l’acide chlorique par le carbonate de magnésie.
7*4- Chlorate de Chaux. Déliquescent. S'obtient directement.
7*5. Chlorate de Zinc. Très-soluble ; cristallise en octaèdres. Il fait brûler rapidement les charbons incandcscens en produisant une flamme jaune. La dissolution n’est point précipitée par le nitrate d’argent. On l’obtient en traitant l'acide chlorique par le carbonate de rinc. Lorsque l’on met le xiuc métallique dans l'acide chlorique , il se dissout sans effervescence ; il se forme alors un chlorate et un chlorure.
726. Il parait qu'il n'existe point de chlorate de fer ; du moins lorsqu’on met du fer dans une dissolution d’acide chlorique, le fer passe à l'état de tritoxidc ; et lorsque l’on fait passer un courant de chlore dans de l'eau, tenant du tritoxidc de fer en suspension , il se forme un per-chlorure.
7*7. Chlorate de Cuivre. Ce sel n’est jamais neutre; il est d’un bleu verdâtre; très-déliquescent. Le papier imprégné d’une dissolution de ce sel , brûle avec une flamme verte. Il s’obtient directement.
728. Chlorate de Plomb. Ce sel est blanc, sucré et astringent; il cristallise facilement On l’obtient en traitant l’acide chlorique par la litharge porphyriséc.
72g. Proto-chlorate de Mercure. Ce sel est très-peu soluble , même dans l’eau
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chaude ; projeté dans une cuiller de platine chaude , il se décompose subitement en produisant une flamme rouge , des vapeurs blanches de deuto - chlorure , de l’oxigènc et du deutozide. On l'obtient en traitant par l’acide chlorique le précipité qui se forme en versant de la potasse dans une dissolution de proto-nitrate.
7^0. Deulo-chlorale de Mercure. Ce sel est toujours acide; il cristallise en petites aiguilles ; une dissolution concentrée de ce sel est décomposée par le soufre : il en résulte un dégagement de chlore et un deuto - sulfate. On l'obtient en faisant chauffer légèrement de l’acide cliloriqne et du deutozide de mercure.
73i. Chlorate d' Argent. Ce sel cristallise facilement en prismes carrés; humide, il tache la peau en jaune-brunître , ainsi que le papier ; mêlé au tiers de son poids de soufre , il forme une poudre qui fulmine fortement par un choe léger. Le chlore trouble sa dissolution dans l'eau. On l’obtient en saturant l'acide chlorique par de l’ozide d’argent , ou en faisant passer un courant de chlore dans de l’eau > tenant de l’ozidc d’argent en suspension.
§ II
Chlorates Oxigènés.
73s. On n’a encore observé qu’un seul chlorate oxigéné , celui de potasse. Nous avons indiqué sa préparation (173). On peut encore l’obtenir en faisant passer on courant galvanique à travers une dissolution saturée de chlorate de potasse; l’oxigène qui se rend à l'extrémité du fil positif, s'unit au chlorate, et le transforme en chlorate oxigéné qui se précipite. Le chlorate oxigéné de potasse est peu soluble dans l’eau froide , mais très-soluble dans l’eau bouillante : la forme primitive de ses cristaux parait être l'octaèdre ; mêlé avec les corps combustibles , il détone faiblement par le choc ; mêlé avec de l’acide sulfurique concentré étendu du tiers de sou poids d’eau , il laisse dégager son acide b la température de i4o" ; chauffé seul à zoo* , il se décompose , laisse dégager de l'oxigènc , et se transforme en chlorure de potassium. Il est formé de 65,5a d’acide et de 34,48 de potasse. La quantité d’ozigène de l’acide est h celle de l’acide comme 1 est à 7, et h la quantité d'acide comme t est à ti,4ot.
733. Le chlorate oxigéné de potasse a été découvert par NI. le comte Frédéric Stadion, Il n’est employé que pour extraire l’acide chlorique oxigéné.
RESUME DU CHAPITRE II
Sels dont l'Acide est composé de Chlore et d O xigéne.
Chlorates neutres.
Tout In chlnnlfi sont drcompow't à la chaleur rouge ; rrui du itr ordre donnent de l'oxigenr, du chlore et un oxide; le» autre* , de l'nxigene et un chlorure; tou» mllft avec de* corps combustible», détonent par le choc. Tou» »ont soluble» dan» l'eau, excepté le prolo* chlorate de mercure. Tou* In acides fort» décomposent le* chlorate»; les produit» varient suivant la concentration de l'acide et la température.
Aucun chlorate n'existe dan» la nature. On obtient celui de potuw en (ai* uni passer .un courant de chlore dan» une dissolation concentrée de pousse , «l tou» le» autre» en traitant lea oxide» par l'acide cblorique.
Dan» le» chlorates neutre» , b quantité d'oxifrne de l'oatide est k celle de l’acide :: i: 5, et à U quantité d'acide :: i : 9,3 1.
On n'empioîe qu'un seul chlorate, celui de potasse.
Chlorate de Pbtasjte. Blanc ; cristallise en lame» ; beaucoup pin» soluble I chaud qu'à froid.. S'obtient en faisant passer un courant de chlore k tra* rer» une dissolution concentrée de potasse du commerce. Ce tel est employé , i° pour extraire l'oxigme pur ; a«* pour former le» oxide» de chlore ; 3<> pour faire le chlorate nxigéné ; 40 pour former de* poudre» fulminante» par le choc ; 5° pour faire le» briquets oxifénés. Ce sel est composé de 38,77 ^ po(a*»e et de 6i,a3 d'acide. Il a été découvert par Brrtnollet.
Tou» le». autre» chlorate» «‘obtiennent directement; il» fouissent de» mhtm propriété» chimique* que celui de potasse ; aucun n'est employé , même dan» les Uboratoirea.
Chlorates oxigé/ics.
On ne connaît qu'un senl chlorate oxipéné, celui de potasse; on t'obtient, i» en traitant le chlorate de poiatae par deux foi» son poids d'acide sulfurique concentré ; a° en faisant passer un courant galvanique 4 travers une diuoluti on saturée de chlorate de potasse. Ce sel est peu »oluble dan» l’eau froide, il se décompose à U température de aoo°. L'acide sulfurique étendu d'eau, le décompose k ijo®. Mllf avec le» substance» combustible», il ne forme que des poudres qui fulminent difficilement Il est composé de 3{,48 de potasse et de 65,5a d'acide. La quantité d'oxîernc de l'oxidc c»t celle de I acide :: 1; 7; et à la quantité d'acide 1 ; 11,401