CHAPITRE IV
NOMENCLATURE ET CLASSIFICATION
36. Définition, corps simples. — La nomenclature a pour but de donner à tous les corps de constitution connue des noms systématiques, indiquant à la fois la famille à laquelle ils appartiennent et leur composition (1).
Les corps simples sont actuellement au nombre de 70 environ; on a coutume de les partager en deux groupes que l'on appelle métaux et métalloïdes {2).
Les métaux sont les corps qui jouent le rôle d'éléments électro-positifs^ c'est-à-dire qui se rendent à l'électrode négative du voltamètre quand on électrolyse leurs composés salins ; on les reconnaît surtout à ce qu'ils sont brillants, malléables, ductiles et bons
(1) La nomenclature a été créée, à la fin du xvnp siècle, par Lavoisier, Fourcroy, Berthollet et Guyton de Morveau ; elle n'a subi depuis cette époque que queL^ues modifications de détail, nécessitées par les progrès de la science et surtout par radoption de théories nouvelles.
(2) Cette classification des corps simples est commode dans le langage courant, mais elle n a aucune valeur réellement scientifique, en sorte qu'on ne devra jamais lui attribuer qu'une importance très relative.
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conducteurs pour la chaleur et Télectricité. Leurs oxydes sont généralement basiques.
Les métalloïdes sont presque toujours électro-né' gatlfSj c'est-à-dire qu'ils se portent de préférence à l'électrode positive du voltamètre; ils sont, en outre, cassants et mauvais conducteurs ; leurs oxydes enfin sont neutres ou acides.
Les corps simples ne sont soumis à aucune nomenclature proprement dite, ec la plupart d'entre eux portent encore aujourd'hui les noms qui servaient à les désigner autrefois.
37. Classification des métalloïdes. — D'après M. Dumas on classe les métalloïdes, par ordre de valence, en cinq familles naturelles, dont les principaux représentants sont :
Ire FamiUe
Monovalents .
2« FamiUe
Bivalents.
3^ FamiUe Tviv aie lits.
FamiUe
Tri et pentavalents.
5c FamiUe
Qu'idrivalents.
Fluor. {!).
Chlore.
Brome.
Iode.
Oxygène.
Soufre.
Sélénium.
Tellure.
Bore.
Azote.
Phosphore.
Arsenic.
Antimoine.
Carbone.
Silicium.
(1) Les métalloïdes de la première famille sont souvent appelés corps halogènes.
Remarque. — L'antimoine, qui a l'éclat des métaux, est rangé par certains auteurs parmi ces derniers.
38. Classification des métaux. — On adopte généralement pour les métaux la classification deThénard, qui consiste à les ranger par ordre d'oxydabilité dé-
NCMENXLATURE ET CLASSIFICATION
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croissante; c'est une classification pratique plutôt que théorique, qui présente l'avantage de donner de suite une idée de la résistance des différents métaux vulgaires dans leurs applications courantes. Elle comprend six familles distinctes, que Ton pourrait ramener à quatre seulement, si Ton remarque que les caractères des métaux compris dans la seconde famille se rapprochent singulièrement de ceux des métaux de la ,-^fcroisième, et que les corps rangés dans la quatrième famille sont bien plus près des métalloïdes que des véritables métaux par l'ensemble de leurs propriétés.
Les métaux alcalins sont tous monovalents; leurs hydrates, leurs carbonates et leurs sulfates sont solubles dans l'eau; les métaux alcalino-terreux sont, au contraire, divalents et forment des carbonates et des sulfates insolubles.
Tous les autres métaux sont polyvalents, à l'exception de l'argent, qui est monovalent comme les métaux alcalins.
39. Corps composés. — La nomenclature actuelle ne s'étend que jusqu'aux corps ternaires^ c'est-à-dire qui renferment seulement trois corps simples distincts; encore faut-il en excepter le nombre immense des combinaisons organiques, formées de carbone, d'hydrogène et d'oxygène, qui sont l'objet d'une classification et d'une nomenclattire spéciales.
Les corps binaires se subdivisent en corps binaires Orjcfjgénés, comprenant les oxydes et les anhydrides^ et en corps binair^es non oxygénés. Les composés ternaires comprennent les" acides et les sels.
40. Oxydes. — On appelle 0J?(/f/e8 les corps binaires oxygénés qui ne donnent jamais d'acides au contact de l'eau, ni de sels au contact des bases.
NOMENCLATURE ET CLASSIFICATION
^ Les oxydes basiques, bases ou encore oxydes salifiables sont ceux qui peuvent donner des sels en s unissant aux acides; on dit quune base est monoacide ou biacide suivant qu'elle peut se combiner à une ou deux molécules d'un acide monobasique quelconque; enfin on reconnaît les bases, lorsqu'elles sont solubles dans l'eau, à ce qu'elles bleuissent la teinture rouge de tournesol.
Lorsqu'un corps ne donne qu'un seul oxyde avec l'oxygène, on forme le nom de celui-ci en ajoutant simplement son nom propre au mot oxyde: Exemples : Oxyde de carbone, oxyde de zinc. Quand le même corps peut fournir plusieurs oxydes différents, on les distingue par les préfixes proto, sesqui, bi, tri, tétra ou quadri, etc.
Le préfixe proto sert à désigner le premier, celui qui contient le moins d'oxygène, ou mieux encore celui qui ne renferme qu'un atome d'oxygène pour un atome de métal; les autres s'appliquent aux oxydes qui renferment une fois et demie, deux fois, trois fois ou quatre fois plus d'oxygène que le premier.
On appelle communément peroxyde l'oxyde le plus oxygéné de toute la série.
Les oxydes qui contiennent deux atomes de métal pour un seul d'oxygène sont souvent appelés sousoxydes, ceux qui renferment 4 atomes d'oxygène pour 3 de métal portent le nom à'oxydes saUns, enfin on se sert quelquefois des suffixes eux et ique pour distinguer un oxyde basique peu oxygéné d'un autre qui l'est davantage.
Exemples :
Cu20
Sous-oxyde de cuivre ou oxyde cuivreux.
Oxyde de cuivre ou oxyde cuivrique.
CuO
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MnO Protoxyde de manganèse ou oxyde man-
ganeux.
Mn^O'» . Oxyde salin de manganèse.
Mii^O^ Sesquioxyde de manganèse ou oxyde
manganlque.
MnO- . . Bloxyde ou peroxyde de manganèse.
Remarque.— l^es oxydes alcalino-tepreux, qui ont conservé leurs anciens noms, font exception aux règles précédentes.
Exemples :
CaO Chaux (protoxyde de calcium).
SrO Strontiane {protoxyde de strontium).
BaO Baryte {protoxyde de baryum).
MgO Magnésie {protoxyde de magnésium).
A1203 . Alumine (sesquioxyde d'aluminium).
41. Anhydrides. — On appelle anhydride tout corps binaire oxygéné qui peut donner un acide en s'unissant aux éléments de l'eau ; on reconnaît les anhydrides à ce qu'ils peuvent s'unir aux bases pour former des sels et, lorsqu'ils sont solubles, à ce qu'ils rougissent la teinture bleue de tournesol.
On emploie pour les nommer les terminaisons eux ou ique et les préfixes hypo ou per, que l'on ajoute au nom de leur élément électro-positif.. -
La terminaison eux est réservée aux anhydrides qui renferment le moins d'oxygène, la terminaison ique à ceux qui en renferment une plus grande quantité ; enfin les préfixes hypo et /^er indiquent que l'anhydride dont on parle contient moins ou plus d'oxygène que celui qui a la même terminaison, sans préfixe.
Lorsqu'il n'existe qu'un seul anhydride parmi les différentes combinaisons oxygénées d'un même corps on lui donne naturellement la terminaison ique.
NOMENCLATUIIE ET CLASSIFICATION ' 35
Exemples :
C02 Anhydride carbonique.
As^O" — arsenieiLx.
As^O'^ — arseniqae,
Cl^O. ' — hypoehlorcux.
Cl^O^ chloreux.
Cl^Qs ehloriqae^.
CPO'^ — perehlorique^ .
Exception. — \: anhydride silicique SiO^ est souvent appelé silice.
42. Corps binaires non oxjrgénés. — Le nom de tous ces corps est caractérisé par le suffixe xire, que l'on applique à l'élément électro-négatif de la combinaison.
Quand les mêmes corps simples peuvent former plusieurs composés de ce genre, on les distingue par les préfixes proto, sesqui, bi, etc., ou par les suffixes eux et ique que nous avons déjà employés dans la nomenclature des oxydes.
Quelques-uns de ces corps se rapprochent des anhydrides par l'ensemble de leurs propriétés ; on peut alors, par extension de langage, les désigner sous ce nom, mais il est nécessaire dans ce cas, pour éviter toute méprise, d'énoncer l'élément électro-négatif qui remplace l'oxygène dans leur molécule ; ordinairement on le met en préfixe.
Enfin on rencontre dans ce groupe un certain nombre de combinaisons hydrogénées qui possèdent tous les caractères des acides véritables ; on les réunit sous
(1) Les anhydrides chlorique et perchlorique n'existent pas à l'état hbre, on ne les connaît qu'en combinaison.
36 GÉNÉRALITÉS ET LOIS
la désignation commune d'^^yc/r^ac/c/es et on forme leurnom en ajoutant au mot acide le nom du métalloïde qu'ils renferment, terminé par hydrique.
Exemples :
AgCl. .... Chlorure d'argent.
Cu-Cl- Protochlorure de cuivre ovl chlorure
cuivreux.
CuCl- Bichlorure de cuivre ou chlorure eui-
vrique.
CS2 Sulfure de carbone ou anhydride sul-
focarhonique .
HCl Acide ehlorhydrique.
HBi- — hrornhydrique.
H^S.. — suif hydrique .
Remarque. — Les combinaisons hydrogénées du carbone, ou carbures d'hydrogène, sont souvent appelées, par contraction, hydrocarbures. Leur nomenclature est du domaine de la chimie organique.
43. Acides. — On appelle acide tout composé ternaire (quelquefois même quaternaire) hydrogéné, dont un atome d'hydrogène, au moins, est remplaçable par une quantité équivalente de métal.
On reconnaît les acides à ce qu'ils s'unissent aux bases, avec perte d'eau, pour former des sels ; un acide est monobasique, bibasique ou tribasique suivant qu'il contient un, deux ou trois atomes d'hydrogène substituables.
Tous les acides solubles rougissent la teinture bleue de tournesol.
Leur nomenclature est la même que celle des anhydrides.
NOMENCLATURE ET CLASSIFICATION
Exemples :
^^'O^H^ Acide hy positif ureux,
— sulfureux.
— hyposulfurigue.
— sulfurlque.
— persulfurique.
— sulfocarbonique.
— Jtuosilicique,