‹ Cours de composition musicale (volume 2)Chapitre 80 sur 130 · CHRONOLOGIE DES SONATES DE BEETHOVEN · texte numérisé non relu

CHRONOLOGIE DES SONATES DE BEETHOVEN

Ludwig van Beethoven naquit à Bonn le 16 décembre 1770. Sa famille était d'origine flamande et habitait au xvii* siècle les environs de Louvain. Son grand-père, Ludwig, auquel il ressemblait beaucoup physiquement, était venu s'établir à Bonn en lySS, en qualité de musicien de la cour de l'Evêque, et avait pris, en 1761, la charge Je Kapellmeister en remplacement du français Touchemoulin. Johann, père de Beethoven, fut également musicien de cour", de son mariage avec Anna-Magdalena Kewerich naquirent trois fils : seul, le jeune Ludwig suivit la carrière de ses ancêtres.

Après de sérieuses études sous la direction de Ch.-G. Neefe, maître érudit et intelligent qui, non content d'enseigner le métier, savait cultiver l'esprit de ses élèves par l'exemple, en les initiant aux belles œuvres (le C/ai^ec;H de Jean-Sébastien, les Fantaisies de Ph. -Emmanuel Bach, les premières Sonates de Rust), Beethoven partit en 1792 pour Vienne, où il reçut les conseils de J. Haydn, conseils qui lui furent fort utiles et dont il subit l'influence pendant toute sa première période de production. Il travailla aussi le contrepoint avec Albrechtsberger, auquel Haydn l'avait adressé pour parfaire son éducation technique. Ce fut donc seulement après quatorze ou quinze ans d'études assidues que Beethoven osa commencer à produire des œuvres, car on ne peut compter pour telles les quelque quarante compositions, variations, lieder ou morceaux d'ensemble, qu'il écrivit avant ses trois premiers Trios, et dont il fit lui-même bon marché par la suite: ce ne sont, en effet, que devoirs ou esquisses sans intérêt artistique.

Familier, malgré la rudesse de son caractère, avec l'aristocratie habitant alors à Vienne, les Breuning, les Waldstein, les Lichnowsky, Browne, Rasoumowsky, Erdody, qui lui facilitèrent à maintes reprises la pratique de la vie, il put, jusqu'à la ruine de l'Autriche en 1809, mener une existence relativement tranquille, entrecoupée seulement d'amours incompris et de passions éphémères, et donner libre cours à son génie novateur.

Flus tard, il connut la douleur physique et morale; la fin de sa vie fut empoisonnée, d'une part, par la terrible infirmité qui, dès 1800, avait attaqué son organe auditif, et lui enlevait bientôt toute possibilité de communication immédiate avec le monde extérieur; ensuite, par l'ingratitude et la mauvaise conduite d'un neveu qu'il chérissait comme un tils.

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Mais ces circonstances qui, chez des esprits moins hauts, eussent été des causes d'anéantissement, ne firent que développer en lui le don créateur; il sut se replier sur lui-même et se créa ainsi tout un monde intérieur auquel nous devons ses œuvres les plus sublimes.

Depuis son départ de Bonn, où il faisait partie de l'orchestre de l'Archevêque-Électeur de Cologne, Beethoven n'occupa aucun poste officiel, ne fut titulaire d'aucune charge : seule, l'Académie d'Amsterdam (i) l'avait nommé membre d'honneur en 1809; quant à l'antique et illustre Société Viennoise des Amis de la Musique {2), elle ne commença à apprécier la valeur du musicien de génie qui végétait dans la capitale de l'Empire, que quatre ans avant sa mort. Plus clairvoyant, Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, avait fait ofirir, en 1809, à l'auteur de la Symphonie héroïque, des fonctions bien rémunérées que Beethoven refusa par patriotisme.

Animé d'une foi profonde en Dieu et en son art, Beethoven, comme Bach, fut un grand chrétien : toutes les oeuvres de sa dernière manière en témoignent, aussi bien que ses propres écrits. Il pratiqua toute sa vie la sainte charité envers Dieu et envers son prochain, et mourut en bon catholique, le 26 mars 1827.

L'œuvre de Beethoven se divise en trois époques, dont chacune est caractérisée par un style absolument différent [3). Chez nul musicien, en effet, les changements successifs et progressifs de l'âme ne se manifestèrent plus clairement et plus complètement que chez le poète de la Sonate pathétique, de la Symphonie pastorale et de la Messe en ré.

Nous intitulerons ces trois manières si tranchées :

Période d'imitaticn, de 179.1 à 1801 (§ 9); Période de transition, de 1801 à i8i5 (§ 10); Période de réflexion, de 181 5 à i8ï6 (§11).

Voici, dans leur ordre de production, la liste chronologique des quarante-neuf Sonatts de Beethoven, les seules de ses compositions dont nous ayons à nous occuper dans ce chapitre :

(1) Maatshappij tôt Berordering vin Toonkunst.

(2) Gesellschatt der Musikfreunde.

Ces deux Sociétés existent encore à Amsterdam et à Vienne.

(3) L'un des ouvrages les plus utiles à consulter, pour bien connaître les Sonates de Beethovrn, est un livre rédigé en français avtc des pensées allemandes per un auteur russe, W de Lenz, et intitulé: Beethoven et ses trois styles (3 vol. : i'« éd., Siapleaux, Biuxelles, 1834; l'éd., Lavinée, Paris, iN6t); 3« éd., Legouix, Paris, 1908). Ce livre est des plus instructifs pour les élèves, parce qu'il fut écrit par un musicien et un enthousiaste. La plupart des autres publications sur ces Sonates ne d nneni jusqu'à présent que d'inutiles descriptions ou de sèches nomenclatures. Quelques écrivains ont même tenté de contester cette classification des œuvres de Beethoven en trois manières successives; mais leurs assertions sont sans aucun fondement: ce sont opinions de musicographes dont nous n'avons pas a tenir compte ici, puisque nous noui adressons à des musiciens.

PREMIÈRE PÉRIODE (imitation) : 22 Sonates.

i7q5. 3 Sonates pour piano ; /a, la, f/r (dédiées à J. Haydn) . . Op. 2.

2 — pour violoncelle; fa, so/ (au roi de Prusse). . . — }■.

179b. I Sonate pour piano ; SOL — 49 n" 2.

— I — pour piano à quatre mains ; Rii — 6.

— 1 — pour piano ; Mlii {à la comtesse de Keglevics). . — /• —

1797. 3 Sonates pour piano ; wr, F.4, fiK (à la comtesse de Browne). — 10. —

1798. 3 — pour violon ; RÉ, la, Ml^ (à Salieri) — 12.

— I Sonate pour piano (pathétique); ut (au prince Ch. de

Lichnowsky) — i3. -

— 2 Sonates pour piano ; A//, SOL (à la baronne de Braun) . . — 14'

1799. I Sonate pour piano ; 50/ — 49 n» i.

1800. I — pour cor; FA — 17.

— I — pour piano; S/t> (au comte de Browne) .... — 22. ^

— 2 Sonates pour violon ; la, FA (au comte Pries) — 23.

DEUXIÈME PÉRIODE (transition) : 20 Sonates.

l8oi. I Sonate pour piano (fai/ora/e) ; «É (à J. de Sonnenfels) . Op. 28.

— I — pour piano ; LA\) (au prince Ch. de Lichnowsky). — 26.

— 2 Sonates pour piano (quasi fantasia] ; M/b (à la princesse

de Liechtenstein), ul S (à la comtesse G. Guic-

ciardi) — 27n»*iet».

1802. 3 — pour violon ; M, »/, so/, (à l'empereur Alexandre). — 3o.

— 2 — pour piano ; SOL, ré . ■ — 3i n»' 1 et2.

1803. I Sonate pour violon ; la (à Kreutzer) " . — 47.

— I — pour piano ; A//t> — 3r n» 3.

1804. I — pour piano ; fa, dilt appassionata (au comte F. de

Brunsviick) — 57.

— I — pour piano ; (/r (au comte Waldstein) — 33.

i8o5. I — pour piano; FA — .^4.

1808. I — pour violoncelle ;/,.< (au comte Gieichenstein). . — 69.

— I Sonatine pour piano ; SOL — 79.

1809. I Sonate pour piano; Kl 5 (àla comtesseThérèseBrunswik). — 78.

— I — pour piano; 1// [>, l'Adieu, l'Absence, le Revoir (k

l'archiduc Ro 'olphe) — 8i.

1S12. I — pour violon ; SOL (à l'archiduc Rodolphe). . . . -■ 96.

1814. 1 — pour piano ; mi (au comte Moritz de Lichnowsky). — 90.

TROISIÈME PÉRIODE (fétlexion) : 7 Sonates.

i8i5. ï Sonates pour violoncelle ; UT, RÈ (à la comtesse Erdody). Op. 102.

1816. 1 Sonate pour piano; lA (à la baronne Ertmann) . 1818. I — pour piano ; s<l> (à l'archiduc Rodolphe). 1820. I — pour piano ; M/ (à Maximilienne Brentano

1621. I — pour piano ; /..4 b

1822. I — pour piano ; uf (à l'archiduc Rodolphe). .

Sur ces ^Har^«/e->feM/' Sonates, trente-deux sont écrites pour piano seul : elles contiennent les plus importantes innovations du génie

beethovénien et méritent une étude spéciale. On peut même les considérer comme le véritable « Évangile musical » du xix* siècle, dont tout compositeur devrait connaître jusqu'aux moindres détails.

Nous donnons ci-après, dans l'ordre chronologique, le schéma analytique de chaque morceau avec quelques remarques, et l'analyse détaillée d'une Sonate-tj^pe, au moins, dans chacune des trois manières. Nous examinerons ensuite les principales particularités des dix Sonates de violon et des cinq Sonates de violoncelle.

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