LES CANONS ET LES RICERCARI
Exemples d.' Canons directs, à différents intervalles
Canon à V octave (J. Titelouze) th. du Vent Creator Conséquent,
Canon à lV«iv.wn(j. 9. Bach) Ana con 30 Vanaztont
f\ u Anteceaeni^,
wfTfr
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Conséquent
ffif f , ff\
jj"j -rp j-j -j ij^.
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Canon à la quinte (J. S. Bach) Fu^a canonica tn epidiapente (}fusika/ische Opfer)
Antécédent
LA FUGUE
Conséquent
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■' j'^'^lUjîB
te
Wi Iïirc.rr»rn
Canon à la neuvième (Pr W Rusl) Sonate en 6V p piano (1794) Anl.
LES CANONS KT LES TilCEHCARl
2° Le Canon inverse, renversé ou par mouvement contraire, dans lequel Te conséquent, au lieu de reproduire l'antécédent dans sa forme primitive, opère un changement de sens sur tous les intervalles mélodiques qui le composent : à chaque intervalle ascendant de l'antécédent, il est répondu dans le conséquent par l'intervalle analogue descendant, et réciproquement. La ligne mélodique ainsi obtenue est en quelque sorte l'image de la première, vue dans un miroir horizontal, où les notes apparaîtraient d'autant plus basses qu'elles sont plus hautes dans l'antécédent, et réciproquement :
Antécédent
Miroir horizontal (fin \>TO\eci\ox^:///inii!i/riiinniniii/i/itnniiniii)iii!ini!i!iiiii!!i!nni;ir/rrr
Conséquent, ou image g^ » "i *l^ *^ ^ ^" de rantérédent,\'ue par mouvement contraire •
Exemple de Canon par mouvement contraire
Tfiemn reqium ^ ^
(J.S.Bach' (Mustkdli.
sche Op/'eij
Cons
ver motum contt lUiuiii
Il est clair que cette opération du mouvement contraire demeure assez approximative, lorsqu'on la pratique seulement sur les degrés de la portée, puisque ces degrés, invariables pour l'œil, représentent pour l'oreille des intervalles variables (un demi-ton, un ton, ou même parfois un ton et demi). Appliqué à un thème quelconque, pris comme antécédent, ce procédé peut donc fournir, suivant la place de la clé et
LA FUGUE
des signes d'altération emplo3^és dans le conséquent, des résultats très divers, et plus ou moins utilisables musicalement. (Voir ci-dessus, p, 2 5, la réalisation du canon proposé comme exemple.)
Distinction entre le mouvement contraire et l'inversion proprement dite. — La plupart des anciens auteurs de Canons ou de Fugues se sont assez peu préoccupés de cette déformation introduite dans un thème donné par l'application du mouvement co7it?'aire, en raison de l'inégale répartition des tons et des demi-tons de la gamme, figurés par les degrés de la portée ; ils se sont contentés de cette opération faite « poui l'œil ». Toutefois, afin d'en restreindre les inconvénients, ils ont presque toujours fait choix, dans la pratique, de thèmes appartenant à l'échelle modale dite gamme mineui^e harmonique, avec altération ascendante du septième degré.
On peut, en effet, réduire mélodiquement les intervalles de cette gamme à une quinte ascendante (tonique-dominante) avec broderie de la tonique par le demi-ton inférieur, broderie de la dominante par le demi-ton supérieur, et avec les degrés diatoniques intermédiaires entre ces deux fonctions :
^ Il Degrés || Tonique WM/evmkdàBàT&sW Dcyminante
Broderie ' inférieure ■ à t^ ton :
AXE
xr
Broderie
supérieure
à y^ ton
en permutant, dans les limites de cette quinte, la fonction de tonique avec ce'.le de dominante y compris leurs broderies respectives), et en les réunissant comme précédemment par leurs degrés intermédiaires, on construit une autre éjhjlle, qui paraît être exactement l'inverse de la première :
Wcnninante baz±3iz:
Degrés intermédiaires
Tonique
Broderie \ supérieure ; à U ton
AXE
Broderie
inférieure
a Xi^, '^"
l'équivoque bien connue de la seconde augmentée avec la tierce mineure (ou de la septième diminuée avec la sixte majeure) permet même de
LES CANONS ET LES RICERCARl 37
faire entendre, en contrepoint strict, chacun des degrés de l'une de ces deux échelles, simultanément avec le degré correspondant de l'autre.
Tel est le mécanisme du procédé qu'on applique le plus souvent aux thèmes de mode mineur vulgaire, sous le nom de mouvement cotilT-aire. 11 consiste à se servir de la note médiante comme d'un axe immobile, autour duquel les autres notes de la gamme effectuent une sorte de permutation circulaire :
Sols est remplacé par Fa, et réciproquement, La — — Mi, —
Si 7?e, —
Ut ne varie pas.
Or, en attribuant arbitrairement à cette médiante [ut) caractéristique du jnode^ le rôle de pivot ou d'axe fixe, on ôte toute exactitude à l'inversion des intervalles qui en dépendent. On ne peut pas plus considérer comme équivalentes, en effet, la seconde mineure descendante ut-si, fig. b) et la seconde majeure ascendante [ut-ré, fig. a), que les tierces {ut-la, et ut-mi), ou les quartes {ut-sol :; , et ut-fa), etc.
Toutefois, c'est précisément à cette irrégularité que la plupart des thèmes mineurs doivent la double propriété de conserver leur modalité, lorsqu'ils sont transcrits par mouvement contraire, et d'être, en outre, superposables contrapontiquement à leur forme primitive ; ainsi s'explique l'emploi si fréquent de ce procédé dans la polyphonie instrumentale ou vocale, canonique ou fuguée.
Quant aux thèmes qui contiennent le tétracorde caractéristique de la gamme dite mineure mélodique (avec altération ascendante du sixième degré, en montant, et suppression, en descendant, de l'altération du septième degré), il est clair qu'ils ne participent pas aux mêmes avantages, car le fragment
jjit l^o
est emprunté au mode majeur, en montant ;
tandis que le fragment descendant 0 ifrrnrr
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LA FUGUE
conserve son caractère mineur, sans être superposabie aux précédents. Il en est de même pour la plupart des thèmes majeurs : la gamme majeure, en effet, présentée mélodiquement sous la forme d'une quinte (tonique-dominante), avec ses trois degrés intermédiaires et les broderies de ses notes extrêmes,
Tonique
Degrés intermédiaires
ZSSl
Broderie
inférieure
à î^ ton
AXE
Dominante
Broderie
supérieure
à 1 ton
ne supporte pas aussi aisément que la gamme mineure vulgaire la permutation des deux fonctions principales (tonique-dominante) avec leurs broderies, car celles-ci ne sont ni égales ni superposables en contrepoint strict :
DomiTiante
Degrés Intermédiaires
Tonique
Broderie
à 1 tOD
AXE
SU
Broderie à 1^ ton
Pour réaliser cette permutation, il faudrait tout au moins que l'altération descendante du sixième degré (la b. fig. A et B') vînt rétablir, entre les deux broderies, l'égalité que l'altérationascendante du septième degré (sol 5 , fig. a et b) leur avait artificiellement attribuée en mode mineur :
Bl
Tonique
Degrés intermédiaires
Broderie à '^ ton
AXE 3
IDomïnante
Dominante
Broderie à t^ ton
H ^ "Kll
Degrés ii Intermédiaires! I Tonique
LES CANONS ET LES hUCERCARl
Mais, mcmc dans ce dernier cas, la médiante (m/) qui sert d'axe ou de pivot (fig. A' et ^'), ne serait pas meilleure que la médiante (ut) du mode mineur (fig. a et/?), la seconde mineure ascendante (mi-fa, fig. A') n'étant pas égale à la seconde majeure descendante [mi-7'é^ fig. B'), etc.'
Toutefois, cette échelle majeure modifiée par l'altération du sixième degré (la b, emprunté au mode mineur, fig. A), corrélative de celle du septième degré [sol s , emprunté au mode majeur, fig. b)^ offre la particularité importante de reproduire exactement, mais en sens inverse^ tous les intervalles qui séparaient les degrés correspondants de cette gamme mineure (fig. b) ; de même que le fragment descendant de la gamme dite mineure mélodique (la, sol, fa, mi, fig. c, p. 27) contient exactement, mais en sens inverse, les intervalles lormant le tétracorde ascendant de la même gamme [mi, fa s, sols la, fig. C) et empruntés au mode majeur {sol, la, si, ut, fig. C.)
Et l'on constate ainsi que les emprunts d'un mode à l'autre se t'ont plus importants, au fur et à mesure que disparaissent les inexactitudes du mouvement contraire précédemment décrit (p. 26 et 27) ; jusqu'au moment où, tous les intervalles ascendants d'un thème a3'ant été remplacés par les intervalles descendants équivalents, et réciproquement, on se trouve en présence d'une inversion stricte et rigoureuse, c'est-àdire d'une substitution complète du mode mineur au mode majeur, ou réciproquement, en vertu du principe harmonique naturel de l'Accord unique sous son double aspect, ascendant ou descendant, c'est-àdire majeur ou mineur (i);
Tel est le mécanisme de l'opération qui doit, pour éviter toute équivoque, être appelée inversion rigoureuse, ou simplement inversion. EUe.consiste à se servir comme pivot ou axe immobile, non plus comme le simple mouvement contraire, de la médiante dans Vordre diatonique, mais de la médiante dans Vordre des quintes, c'est-à-dire du second degré diatonique commun aux deux modes (;v, en montant à
(i^ Voir l'f livre, p. 93 et suiv.
^o LA FUGUE
partir d'ut en majeur, ou re, en descendant, à partir de mi en mineur) :