‹ Cours de composition musicale (volume 3)Chapitre 129 sur 265 · MODE · texte numérisé non relu

MODE

^ ftfi- MINEUR

AXE

Autour de ce pivot (re') d'une parfaite stabilité, 1rs autres notes effectuent une permutation circulaire :

Ré reste invariable.

Mi est remplacé par Ut, et réciproquement Fa — — Si, —

Sol — — La, —

et ainsi de suite, indéfiniment.

Ainsi reproduit strictement en sens inverse^ un thème quelconque conserve tous ses intervalles parfaitement intacts, mais il change de mode en même temps qu'il change de sens, par i7ipersion.

On voit par là que l'usage du mouvement contî'aire et de Vinversion n'est pas autre chose qu'une application, irraisonnée d'abord, puis plus consciente, de la loi de symétrie sur laquelle reposent réellement nos deux modes, majeur et mineur, l'un par rapport à l'autre.

Et il n'est pas sans intérêt de constater ici, une fois encore, que les anciens auteurs de Motets et de Fugues, jusques et y compris J.-S. Bach, avaient seulement devancé de deux ou trois siècles la découverte des principes immuables auxquels leur admirable instinct musical obéissait déjà, sans s'en rendre compte.

Ainsi se perfectionna lentement le procédé d'abord approximatif du mouvement contraire, jusqu'à ce que des esprits plus subtils en aient déduit la notion exacte de Vinversion rigoureuse. J.-S: Bach distinguait déjà, l'un de l'autre, sans aucun doute, ces deux phénomènes si souvent confondus, même de nos jours. Mais il appartenait à Mattheson ( i ) d'établir nettement leurs différences caractéristiques.

(i) Dans son très remarquable ouvrage Der vollkommene Kapellmeister, publié en 1739, ce judicieux théoricien applique définitivement l'expression mouvement contraire simple ou mauvais [schlechte Gegenbewegung) à celui qui, prenant la médiante comme pivot, ne tient pas compte de la place des demi-tons [contrarhim simplex, nulla semiloniorum raiione

LES CANONS ET LES RfCERCARl

En opposant ici Tune à Tautre les expressions mouvement contraire et inversion^ nous nous sommes conformés à l'excellent choix de termes de ce savant musicien, corrobore depuis parnotre maître, César Franck, lequel fit, à ce propos, une minutieuse démonstration, dont plusieurs de ses élèves se souviennent encore (i).

Cette distinction trop souvent oubliée ne pouvait être clairement mise en lumière sans une étude aussi détaillée et, forcément, aussi longue que celle qui précède. Elle avait ici sa place marquée, tant en raison des immenses ressources fournies à l'art de la composition par le moupement contraire et Vinversion, que pour sa flagrante concordance avec la théorie du mode mineur.

3° Le Canon récurrent ou par mouvement rétrograde (2), dans lequel l'antécédent est reproduit non plus avec une inversion du sens des intervalles mélodiques, mais avec une inversion de Vordre dans lequel ces intervalles se succèdent: \d. dernière note de l'antécédent devient la première du conséquent, et ainsi de suite. La ligne mélodique ainsi obtenue est comme l'image de la première, vue dans un miroir vertical^ où les notes apparaîtraient d'autant plus éloignées du point de départ qu'elles en étaient plus rapprochées dans l'antécédent, et réciproquement :

Miroir

vertical»

(en projection» Conséqaent

•Antécédent: r (oxx image rétrogradée de l'anfécédent)

Premières notes- Dernières notes: ^ Premières '\r,,p<: Dernières lotes:

(^^#j%::i:^^f:iLi'iit::^:3:::nf'-u%

habita, p. 4'6); tandis que l'autre, le bon, est celui qui opère Vinversiou stricte [in stricte réversion, ihid.), en prenant par conséquent comme pivot le second degré {ré, dans le ton d'ut).

(1) « Votre sujet n'est pas renversé, il est seulement par mouvement contraire », disait César Franck à un de ses élèves, à propos d'une fugue, voulant faire entendre par là, en effet, qu'il n'avait pas été tenu compte de la place des demi-tons. Et il s'étendit longuement sur cette importante distinction.

En raison de l'acception harmonique très spéciale attribuée par Rameau et, depuis lui, par tous les harmonistes aux mots renversé, renversement (d'un intervalle, d'un accord), nous avons traduit ici le mot reversum de Mattheson par inverse, inversion, en conformité avec le terme employé au Premier Livre (p. i 11), à propos du mode mineur inverse.

(2) On l'appelle aussi « canon à l'écrevisse », traduction littérale da mot cancrijans, employé également par Mattheson ; cette dénomination provient sans doute du préjugé commun, qui, avec la complicité du Dictionnaire de l'Académie, a longtemps fait de l'écrevisse un « poisson qui marche à reculons 11 [sic]. Le mot récurrent, qui est employé ici, • l'avantage d'être beaucoup plus précis tt, par conséi^ucnt, prétcrable à tous égards.

LA FUGUE

Exemple ds Ganon par mouvement rétrograde (J.S. Bach) Muxikrdiache Opfer

^F^:^ji?uS

4° Le Canon par augmentation, dans lequel le conséquent reproduit Tantécédent en doublant (ou en quadruplant) la valeur de toutes les notes qui le composent. Le ralentissement ainsi obtenu est assez comparable au grossissement que donne une lentille divergente aux dimensions de Tobjet qu'on regarde au travers :

Antécédent:

Lentille divergente

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