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LA VARIATION DÉCORATIVE

tiennent au genre de la Variation amplificatrice et seront analysés ciaprès (p. 477 et suiv.).

Beethoven écrivit aussi un certain nombre de Thèmes pariés dans ses œuvres de Musique de Chambre avec piano : il faut citer notamment le Trio, op. 97, dont VAndante cantabile, qui sera examiné ultérieurement, comprend c/«^ véritables Variations : la dernière participe aussi du développement; elle commente et conclut la phrase du Thème (i).

Quant au finale de la IX" Symphonie, op. i25, c'est encore une géniale application de la Vai^iation : nous l'étudierons en son temps (i).

Il convient de signaler aussi quelques-uns des nombreux Thèmes variés qui constituent des œuvres séparées de Beethoven : op. 34 et op. 35, par exemple.

Les Six Variations, en F.4, op. 34, dédiées à la princesse Odescalchi, datent de l'année i8o3. Voici les premières mesures de leur Thème :

Adacio

TF.MA

Chacune de ces Variations diffère des autres par sa mesure et par sa tonalité : cette dernière particularité est infiniment rare dans cette forme de composition. La Variation étant, par sa nature même, une succession d'expositions, doit rester, en général, dans la même tonalité, car la modulation est le propre du développement : ici, au contraire, Beethoven n'hésite pas à enchaîner les tonalités des cinq premières Variations par tierces (mineures ou majeures) descendantes ; il aboutit ainsi à \3i dominante du mode opposé {ut mineur) qui relie assez naturellement au ton initial {fa) la dernière Variation, ramenant le Thème avec une phrase de conclusion. Voici le singulier enchaînement tonal de cette œuvre :

Thème à *, en FA ; i'* Variation à *, en RÉ; 2« — à I, en 5/ i> ;

3e — à C, en SOL;

4e — à i, en A//b ;

5« — à |, en ul ;

6« — à s, en fa.

Les Quin:^e Variations (avec Fugue), en .i//b, op. 3S (1802), dédiées au comte iMoritz von Lichnowsky, sont faites sur unThème extrait du ballet Les Créatures de Prométhée. Beethoven se servit une troisième fois de

i) Voir U Seconde Partie du présent Livre

ce même Thème, deux ans plus tard, pour en faire l'idée du finale dans sa Symphonie héi^oiqiie (1804), ainsi que nous le verrons dans la Seconde Partie du présent Livre.

On peut citer aussi, outre les Tî^ente-trois VaïHations sin- une Valse de Diabelli, op. 120, dont il sera question ci-après, à propos de la Variation amplificatrice, les Trente-deux Variations sur un Thème original qui ne portent pas de numéro d'œuvre : elles sont en ut mineur^ ce qui semble constituer pour Beethoven une anomalie, car l'immense généralité de ses Thèmes patries sont de modalité majeure.

Depuis le début du xix* siècle Jusque vers i83o, l'engouement pour le genre Thème parié ne connut plus de bornes et fitmème abandonner presque tous les autres genres de compositions instrumentales, sauf le Concerto^ devenu, par l'abus de la virtuosité, presque aussi peu musical.

Tous les compositeurs se livrèrent à la « confection en gros » de Thèmes pariés ; quelques-uns les intitulèrent Sonates en prenant des Romances en vogue comme texte de leurs divagations (voir ci-dessus, p. SgS et suiv.); d'autres, de second ordre heureusement ! consacrèrent leur vie entière à ce genre de production.

Nous donnons ci-après une liste, très incomplète, des plus « célèbres inconnus » qui brillèrent d'un fulgurant éclat au commencement du siècle dernier, par le rayonnement de leurs Thèmes pairies .

Joseph Gélinek (1 ySS f i82 5), J.-L. Dussek (1761 f 181 2), D. Stei- BELT (17.63 t 1823), Anton Eberl (1766 f 1807), Joseph Woelfpl u??^ t 181 2), Friedrich Kuhlau (1786 f i832), F.-W.-M. Kalkbrenner (1788 t 1849), J.-P. Pixis(i788 t 1874), Karl Czerny (1791 f 1857), Ignaz Moscheles (1794 f 1870), Ad. von Henselt (1814 f 1889).

Les deux derniers n'allèrent-ils pas jusqu'à écrire des Variations pour piano « avec accompagnement d'orchestre (i) » .. ? Mais la palme, dans ce tournoi, revient certainement à l'abbé Gélinek, qui fournissait ses éditeurs de cahiers [Hefte) comprenant chacun six Thèmes pariés..., et l'on connaît de ce Gélinek cent huit cahiers de Variations (2) ! Le

(i) Variations pour piano et orchestre sur Au clair de la Itine, par Moscheles; même disposiiion sur un thème de Robert le Diable, par Henselt.

Webere Chopin eux-mêmes n'échap, èrent pas à la contagion de cette redoutable épidémie qui sévissait alors sur la musique : par exemple les Variations pour piano et orchestre de Chopin sur : La ci darem la mano de Don Juan !

(2) Dans le 94' de ces cahiers, on voit figurer V Allegretto de 1^ VH* Symphonie de Beethoven emre des Variations sur la valse Fran:{enbrHnnen et d'autres sur un Air du hussard hongrois à Paris. Ce fut, du reste, à l'abbé Gélinek que Weber décocha celte épigramme :

Kein Thema in der Welt verschonte dein Génie, Das simpelste allein, dich selbst, varierst du nie!

(Aucun thème dans l'univers n'échappa à ion génie : toi-même, pourtant, le plus simple de tous, tu ne te varies jamais !)

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