‹ Cours de composition musicale (volume 3)Chapitre 34 sur 265 · LETTRE SYMBOLIQUE · texte numérisé non relu

LETTRE SYMBOLIQUE

Quant à cet admirable T initial (i), extrait du Rouleau mortuaire de Saint-Vital (xii" siècle), et qui représente Satan vomissant deux juifs et porté, comme sur un piédestal, par le Cerbère antique, nul n'oserait dire que ce ne soit là de l'art symbolique et expressif, s'il en fut I

LRS TIMBRES

On a soutenu néanmoins que la musique religieuse du moyen âge ne participait pas aux qualités expressives inhérentes à tout l'art de cette époque ; et on veut baser cette assertion sur l'usage des timbres (2), ou

(i) Dans la symbolique médiévale, le tau (T) était la lettre impure et maudite, (i) En musique, le mot timbre a trois acceptions principales, correspondant toutes trois h une idée d'inertie:

a) Le timbre d'un son est la qualité particulière qui le différencie d'un autre son émis dans des conditions identiques de urée, d'intensité et d'acuité: le timbre résulte de Vitienie

k la matière sonore réagissant sur le son émis. (Voir chap. vni.)

b) Le tmbre d'un tambour consiste en une cordelette double, tendue sur celle des deux

^8 LA CANTILENE MONODIQUË

mélodies-types, que les compositeurs auraient employées indistinctement, et sans souci du sens des paroles, pour des sujets totalement différents.

Il est exact, en effet, qu'un assez grand nombre de textes de la liturgie sont chantés sur la même musique : l'usage de ces timbres est fréquent dans la monodie grégorienne, et cela n'a rien qui puisse surprendre. On ne pouvait trouver des mélodies différentes pour chacune des pièces des innombrables offices ; et, puisque beaucoup de ces offices ont des textes communs, il est naturel que la musique, — assurément mo'ns facile à faire qu'une adaptation de l'Écriture à la fête d'un saint, — ait pu servir à plusieurs textes différents.

Mais si l'on examine attentivement cette appropriation d'une mélodie unique, ou timbre, à des paroles diverses, on constate qu'elle n'a point été faite au hasard, loin de là ! La musique du timbre utilisé est la plupart du temps asservie, non seulement au sens, mais même à l'accent des paroles, et modifiée en conséquence. Il y a changement de musique lorsque les paroles changent de sentiment ou d'accent: tout le principe dramatique est là. Bien plus, l'emploi du même timbre est le plus souvent limité à des textes qui, bien que différents, se réfèrent à un sentiment général identique (i).

On peut s'en rendre'compte par l'examen simultané des trois alléluia suivants :

A. Conversion de saint Paul [L. Gr., 2e éd., p. 394).

B. Election de saint Barjiabé [ibid.^ p. 478).

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