II. — SONATES POUR PIANO. — TROISIEME MANIERE (l8l5 A
La troisième ttiauière (réflexion) est celle à laquelle appartiennent les œuvies (on peut même dire les chefs-d'œuvre) composées par Beethoven
(i) Exécuter pas trop vite et très chanté. — Ce Rondeau, le dernier qu'ait écrit Beethoven dans ses Sonates pour piano, a été analysé ci-dessus (p 3i3 et suiv.) à litre de modèle.
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dans les dix dernières années de sa vie (1816 à 1826). Malgré les incontestables beautés des Sonates de la période précédente, on pouvait considérer celle-ci comme une transition, aboutissant au style définitif adopté par l'auteur des op. 101 et suivants, après mûre réflexion.
Affranchi de la convention, sûr de sa pensée et de sa forme, le créateur de génie ne regarde plus alors qu'au dedans de lui-même; c'est son âme, son âme seule qu'il exprime, âme croyante, âme charitable, âme souffrante et qui s'élève par degrés vers l'idéal divin.
La collection des Sonates est bien loin de nous montrer encore toutes les beautés de cette troisième manière dont l'épanouissement ne sera complet que dans la IX* Symphonie, la Messe en RÉ et les derniers Quatuors, véritables oeuvres religieuses, où Beethoven entre en communication avec ce Père céleste qu'il entrevoit « au-dessus des étoiles ».
Les œuvres appartenant à ce troisième style sont aussi différentes de celles des deux autres époques que la Messe en si de J.-S. B.ach est dissemblable des Fugues construites à l'imitation de celles de Buxtehude. La nature même de ce qu'on pourrait appeler ici la substance ou la matière musicale y est d'un ordre infiniment plus élevé: il suffit, pour s'en rendre compte, de comparer la seconde idée du premier mouvement de l'op. 106 aux meilleures de celles qui appartiennent aux œuvres des autres périodes [Sonate pathétique ou op. 63, par exemple). Quant à la forme, elle est renouvelée de fond en comble par l'emploi de deux moyens dont Beethoven n'avait pas encore fait usage :
1° la Fugue qui devient partie intégrante de la construction ;
2* la Variation ampli ficatrice qui s'impose soit dans le développement, soit en tant que forme particulière.
Mais ces innovations, loin de briser les traditions de la Sonate, comme l'ont prétendu des historiens peu informés, ont, au contraire, consolidé les assiseslogiques et éternelles de cette forme, en lui apportant de tels éléments de progrès que ces admirables oeuvres sont devenues le point de départ de toute notre musique symphonique moderne.
Sonate op. 101. — Dédiée à la baronne Dorothée Ertmann.
— Composée en i8i5-i8i6. - Éditée en f4vrier 1S17 chez Artaria, sous le titre Sonate fiir das Hammerclavier.
— En trois mouvements (S. M. S.) :
i» Etivaslebhaft und mit der innigsten Empflndungli)^, en LA. Type S. Exp. Th. A, enchaîné à B. Rem. — Sorte de modèle résumé du
— Th. B en MI. type Sonate : deux thèmes briève- Dév. court par a. ment exposés, sans pont (le second Réexp. normale avec en une seule phrase), et développe-
— Dév. term. par b. ment très court.
(i) Assez anime et avec un sentiment très intime.
SONATES POL'R PIANO
Lebhaft Marsckmassig {\) c, en FA
Rem. — Cette Marche est une nouvelle
^6i Type M.
Marche: Thème à trois éléments :
— a (avec reprise), en FA.
— b, dév. par LA et RÉi>- utS,
vers laZ).
— c, conclusion, sans période :3.
Trio en SH> (SD.) avec longue Coda,
sur la D. de FA.
Da capo.
tentative de la forme M disparue depuis l'op. 3i n" 3. Son thème est en /roii périodes différentes (a, b, c) sans retour à la première.
- Le trio à la SD. est très court et relié par une péd. de D. (voir p. 3ii).
3° Latigsam und sehnsiichtsvoll (2) |, en la, et Geschwind, doch fiicht lu sehr, und mit Entschlosseuheit (3)| , en la. . Type S.
Introd. Phrase lente, binaire (la) :
— de la T. au Rel. maj. UT.
— du Rel. à la D.
cadence suspensive.
— Th. A du \" mouv., en LA.
suspension sur la. D.
Rem. — Cette phrase lente, de siructure binaire, n'est pas autre chose qu'une introduction au finale (comme dans les op. 27 no 1 et 53). Ici, elle est reliée au finale par un rappel du mouvement initial.
Exp. — Th. A. Première idée faisant pressentir le développement /i/o-wé :
— Pont mélodique assez court.
i b' à laZ). de Ml;
— Th. B < b" en il//, tiré du rythme de la première idée;
' b'" simple conclusion.
Dév. contenant le premier exemple à.&\d.Fugue employée par Beethoven comme moyen de développement :
Siiji't tiro 10 A
iTTïT^.
(i) Vit et en mouvement de Marche.
(s) Lent et plein de passion. — Cène phrase lente d'introduction au finale a été signalée déjà dans la section technique du présent chapitre (p. 3oi). (3) Pas trop vile et résolument.
LA SONATE DE BEETHOVEN
— Ce développement fugué module d'UT à la D. de la et aboutit à une rentrée caractéristique par le sujet augmenté à la basse :
RÉEXP. normale, avec Dév. term. par a et conclusion.
Sonate op. 106. — Dédiée à l'archiduc Rodolphe.
— Composée en 1818. — Editée en septembre 1819 chez Artaria, sous le titre Sonate fiir das Hamvierclavier.
— En quatre mouvements (S. M. L. F.) :
x" Allegro {\). 0, en 5; t) Type S.
Exp. Th. A en deux éléments: a' rythmique, a' mélodique (voir p. 236).
— Pont rythmique en trois éléments :
— — P' < P^"" rythme de a' en marche.
— — p", par a' modulant à la D. de sol,
— — p", conduit sur la D- de SOL.
, b' tiré de a".
— Th. B. '. b" agogique avec rappel de a" .
' i* mélodique en SOL.
Dév. Coda dynamique de b" en marche vers AfI9;
— repos par a' , devenu sujet d'exposition de fugue et épisode en M! 9 ;
— marche par a' et a" vers SOL et FA 5, (D. de SI a) ;
— repos par b" exposé en s; B ;
— a' sujet de fugue, en marche vers la D.
RÉEXP. Th. A : a' à la T., a" vers SOL\>-fa 5.
— P. (/^'j^'^p') vers laO. de S/o.
— Th.^[b',b',b')ensib.
— Dév- term. par b", puis a" .
— Coda rythmique concluante.
i" Scher\o. Assai rii'ace^, en sio Tjpe M.
SCHERZO: Th. a, b, a.
Trio en SI \> mélodique, et épisode à
deux temps, avec cadence à la D- Da capo, avec variantes et élément
rythmique nouveau.
Coda concluante.
rythmé par trois mesures (deux fois) suivies de deux accords, qu'on peut considérer comme issus rythmiquement de la cellule a' du i»'' mouvement.
3° Adagio sostenuto l^ en fa 9- sol » Type LS.
Exp. Th. principal A en une phrase-/ie<f (voir ci-dessus, p. 247 et 248) ;
— — a (précédé de deux notes préparatoires), de la T. à la D.
— — t. à la D.
— — c, Cad. à la T. par la sijffe napolitaine (modulation en sot B).
(i) Cet admirable AUegio, type le plus complet de la forme S, chez Beethoven, a éié aoalyté ci-Jessus (p. 264 et suiv.).
SONATES POUR PIANO
3bî
Reprise de b et de c, avec coda suspensive : immédiatement après cet arrêt du thème, entre une phrase très mélodique et expressive qui tient lieu de pont et se dirige lentement vers le ton de RÉ.
Th. secondaire B, en RÉ, coupé en trois phrases comme les secondes idées dans la forme Sonate :