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et géniale intuition, l'auteur sut appliquer tour à tour dans ces douze pièces qui constituent un cycle d'un nouveau genre, l'ornement rythmomonodique, l'ornement contrapontique et V amplification thématique.
A vrai dire, le premier de ces trois moyens y est d'un emploi plus rare et moins typique que les deux autres ; cependant, l'arpège initial descendant, qui provient du Thème et se reproduit au début de la VII« Variation (Etude IX), orné de ses notes de passage et d'une broderie, peut encore être rattaché à la même catégorie d'ornement que V Alléluia cité précédemment ;
Andante
TREME^
. Variation ornementale'^
Mais cet emploi assez restreint du pur ornement, dont on trouvera ci-après (p. 431 et suiv.) plusieurs autres exemples, est largement compensé parles applications magistrales de \& polyphonie tx de V amplification dans cette œuvre, dont les mérites sont d'autant plus grands qu'elle fut conçue et réalisée en un temps où la forme Variation semblait avoir atteint le dernier degré de la déchéance.
L ORNEMENT POLYPHONIQUE OU CONTRAPONTIQUE.
A cette Variation tout intrinsèque des Thèmes par l'ornement rythmomonodique, sorte de floraison spontanée et instinctive de la voix qui chantait librement les louanges du Créateur, la polyphonie médiévale ne devait point tarder à imposer sa rigoureuse discipline. En effet, la superposition de chants différents, simultanés et le plus souvent imités l'un par l'autre, à tour de rôle et à intervalles constants, tout en laissant subsister dans chacune des parties mélodiques Vêlement ornemental, réglait plus sévèrement sa forme ou sa durée, et le répartissait entre les diverses voix par des moyens totalement inconnus des monodistes.
Ainsi paraît s'établir avec les premiers déchants et diaphonies (i) l'usage de faire entendre des vocalises ornementales rarws, en même temps que le Thème liturgique intégral, chanté par le peuple.
Dans cet éiax polyphonique de la Variation, le Thème subsiste /«/r/wsèquement : il ne varie pas ; la Variation circule autour de lui, s'en inspire,
(1) Voir 1" liv., chap. x.
L'ORNEMENT POLYPHONIQUE ^^,
le commente et l'imite, sans l'atteindre ni le pénétrer : elle devient purement extrinsèque.
h' 01-nement contrapontique diffère donc essentiellement du précédent en ce qu'il a pour base nécessaire la superposition consonnante de sons différents, V Harmonie, Y Accord (i).
La succession d'intervalles harmoniques élémentaires, formés par l'adjonction d'une ou de plusieurs mélodies au-dessus ou au-dessous du Thème préexistant, constitue le Contrepoint consonnant {note contre note). En voici un exemple emprunté au magnifique Choral Aus tiefer Noth de J.-S. Bach (2):
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1 THÈME
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Notes consonnantes qui deviendront la Varxatiûii
Dans cette ligne contrapontique rudimentaire, ro;-;?ewe7z? prend naissance par la subdivision i-ythntique des valeurs, dite contrepoint figuré {deux, tJ'ois, quatre notes contre une, etc.). Il en résulte une ligne ou une trajectoire mélodique faite de valeurs plus brèves, en forme de neumes plus ou moins ornementaux, qui prennent leur point d'appui, de distance en distance ou de mesure en mesure, sur les intervalles consonnants déterminés précédemment.
Entraînés par leur propre mouvement, ces neumes ou ornements contrapontiques peuvent même déplacer parfois leurs points d'appui respectifs : la consonnance, au lieu d'être rigoureusement simultanée, est alors retardée, de temps en temps, par suite de la non-coïncidence des rythmes appartenant aux parties mélodiques superposées, comme si, dans cette superposition, l'une ou l'autre des parties avait été reculée d'un ou de plusieurs temps par rapport à l'ensemble. Cette disposition très spéciale est connue sous le nom de contrepoint syncopé.
Consonnance, subdivision rythmique et syncope, tels sont en définitive les éléments organiques du Contrepoint. Leur adaptation esthétique à un Thème, par le moyen de l'imitation musicale sous toutes ses formes (directe, inverse, rétrogradée, augmentée, diminuée, etc.), constitue V ornement contrapontique ou Contrepoint fleuri, dont nous donnons ciaprès un exemple appliqué au même Thème que l'exemple précédent :
(i) Voir 1" liv., chap. vi.
(a) Éd. Peters, vol. VI, p. ?6.
Variation contrapontiqu'!
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Notes principales du contrepoint consoniiant
L'ORNEMENT POLYPHONIQUE 443
On remarquera, à la partie la plus grave dans les quatre dernières mesures, le spécimen de Contrepoint note contre note cité ci-dessus (p. 441). Ce même fragment, par le moyen des subdivisions rythmiques et des syncopes, est devenu un Contrepoint fleuri.
En étudiant les maîtres palestriniens (i), nous avons eu l'occasion d'admirer déjà les plus belles manifestations vocales de Vornement contrapontique. Transporté dans le domaine instrumental avec la Troisième Epoque de l'Histoire musicale, il subsista d'abord à peu près intact, dans les pièces d'orgue principalement. Le Choral varié et laFug'ue en contiennent maints exemples analogues à celui qu'on vient de lire. On en rencontrera ci-après, dans la Cancana, la Passacaille et la Chaconne (p. 457, et suiv.) trois applications caractéristiques, fondées sur la prépondérance respective du rythme, de Vharmonie et de la mélodie, comme moyens de Variation.
Mais, avec les errements harmoniques qui supplantaient peu à peu les vieux usages polyphoniques, avec la virtuosité qui se propageait de plus en plus aux dépens de l'expression musicale, la Variation, issue du Contrepoint, devint bientôt méconnaissable.
Le mauvais goût croissant des interprètes, qui agrémentaient de leurs fioritures les reprises des divers airs appartenant aux Danses et aux Suites, avait déjà lassé les compositeurs : par nécessité d'abord, puis par plaisir sans doute, ils s'étaient décidés à écrire eux-mêmes les Doubles variés ou les Reprises dont il a été question ci-dessus (p. 114 et 198) : ils en arrivèrent bientôt, et pour le plus grand dommage de la musique, à pratiquer la « variation pour la variation », ainsi que nous en montrerons quelques exemples ci-après (p. 460 et 461).
Alors apparaissent et pullulent ces recueils dits Thèmes variés ou Airs variés, dans lesquels les formules contrapontiques, désormais desséchées et racornies, ont revêtu l'aspect de petites vignettes harmoniques que nous avons comparées précédemment (p. 436) aux figures régulières qui décorent certains édifices.
En cet état décoratif devenu si vulgaire, les deux sortes d'ornement sont mélangées ou alternées, mais également appauvries : l'ornement monodique est devenu grupetto, fioriture italienne; l'ornement contrapontique, basse ou dessin thématique obstiné subsistant à l'une des parties, tandis que les autres se réduisent à des arpèges harmoniques peu ou point ornés.
Ce que nous avons appelé les éléments intangibles du Thème ne consiste plus guère que dans le nombre de mesures (généralement quatre ou huit) de ses périodes avec leurs harmonies plates, leur
(i) Voir I" liv., chap. x.
immuable monolome et les notes initiales de chacune d'elles, véritable « poteau indicateur », « guide-âne » de l'auditeur bénévole. Les quatre mesures suivantes, extraites de VAir célèbre de l'opéra comique Biaise e/£a^e/, de Dezède, i-ar/e par Dussek, suffiront à nous faire mesurer d'un coup d'œil l'insondable sottise de ces fastidieuses et innombrables Variations, où sont parfois amoncelées tant d'inutiles difficultés pour l'exécutant, tandis que la musique, si « musique » il y a, est réduite à la perpétuelle répétition d'une même cadence à intervalles réguliers, sinon en valeurs égales :
THEME
Variation décorative
^rjr
etc.
2EÏE
etc.
Toutefois, les Études en forme de Variations de Schumann, bien qu'elles soient apparues peu après cette période de « décomposition », contiennent des exemples d'ordre contrapontique et décoratif, qui ne participent en rien à cet état de dégénérescence. Et l'on peut vérifier par là, une fois de plus, la justesse des réflexions de Ruskin que nous avons citées au début de ce Livre (p. 17). Car il n'est pas de forme avilie ou désuète dans laquelle les sentiments d'un artiste sincère ne puissent trouver leur expression la plus émouvante et la plus originale : telle, la phrase pleine de tendresse et de passion qui s'expose à
L'AMPLIFICATION THÉMATIQUE 44,
la partie supérieure, dans cette II* Variation au rythme inquiet et haletant, tandis que la basse fait entendre le Thème dans sa forme primitive :
Vntietlinn decorntire
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etc
Certes, nous sommes assez éloignés ici du style contrapontique : c'est pourtant le même principe de la superposition de mélodies différentes qui se retrouve à l'origine de toutes les pièces instrumentales ayant donné naissance à la forme Variation proprement dite
Nous n'avions jusqu'ici constaté l'existence de cette forme qu'à titre de pièce constitutive d'une Suite ou d'une Sonate (voir ci-dessus, p. 1 14 et 3oo). On verra plus loin, dans la section historique du présent chapitre, quelle fut sa destinée en tant que pièce isolée dite Variation décorative.